La Clarté-Dieu, maison franciscaine, 91400 ORSAY
La Clarté-Dieu, maison franciscaine, 91400 ORSAY

Solennité du Christ ROI– Année B- La Clarté-Dieu, 25 novembre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

Dn 7, 13-14 / Ap 1, 5-8 / Jn 18, 33b-37

 

En 1925 le pape Pie XI institue la fête du Christ-Roi par l’encyclique Quas Primas qui met en lumière l’idée que les nations devraient obéir aux lois du Christ. La réforme liturgique de 1969 mettra l’accent sur l’idée que dans le Christ toute la création est récapitulée. Cette fête devient alors la fête du Christ roi de l’univers. Le règne du Christ couvre le domaine de l’histoire et le monde visible, et c’est le règne de la grâce qui concerne l’Église militante, c’est-à-dire nous.

 

Ce règne couvre également le champ de l’au-delà, le monde invisible, le paradis et c’est le règne de gloire qui concerne l’Église triomphante, c’est-à-dire les saints. Du coup, célébrer le Christ-Roi, c’est accepter de mettre sous le règne du Christ toute mon existence, passée, présente et future. Soumettre ma mémoire blessée à la catharsis de la croix, puissance qui guérit et transfigure. Tout ce passé qui me pèse et me rend si lourd je l’offre humblement au Seigneur et je lui dis : « dis seulement un mot et je serai guéri...si tu le veux Seigneur tu peux me guérir…Fils de David, aie pitié de moi ».

 

Le Seigneur m’a aimé jusqu’au bout ; son règne va jusqu’à la croix, lui qui a dit « Pardonne leur Père car ils ne savent pas ce qu’ils font ».  J’ai besoin d’être debout, résolu, déterminé pour rendre témoignage à la vérité de ce Dieu qui est amour comme le Christ lui-même qui dit : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

 

Chacun de nous appartient à la vérité car par le baptême je suis configuré au Christ Prêtre, prophète et roi. C’est pourquoi quel que soit ma condition, mon état de vie je me battrai toujours pour que le règne du Christ soit manifesté. Cette manifestation, je la veux entière et parfaite. J’aspire et j’espère au plus profond de mon être avoir part à la vie éternelle avec le Christ.

 

Comme le bon larron, je dis aujourd’hui même au Seigneur : « Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton royaume. » Toi qui es la résurrection et la vie, tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues te serviront. Ta domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et ta royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

33ème dimanche du temps de Dieu – Année B- La Clarté-Dieu, 18 novembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Dn 12, 1-3 / He 10, 11-14.18 / Mc 13, 24-32

 

Dans les médias, les journalistes parlent de scoops pour dévoiler un événement extraordinaire. Aujourd’hui, dernier dimanche de l’année liturgique avant la fête du Christ roi, dimanche prochain, quatre scoops.

Premier scoop par Daniel : « En ce temps de détresse, ton peuple sera délivré. Beaucoup qui dormaient dans la poussière se réveilleront pour la vie éternelle. » Première fois que dans l’Ancien Testament on trouve l’espérance en la résurrection des morts.

Deuxième scoop : le psalmiste donne son espérance en la résurrection en s’adressant directement à Dieu : « tu ne peux m'abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption. Mon Dieu, j'ai fait de toi mon refuge. Tu m'apprends le chemin de la vie. A ta droite, éternité de délices ». Un appel à s’abandonner dans la confiance !

Troisième scoop par l’auteur de la lettre aux Hébreux : « Jésus Christ s'est assis pour toujours à la droite de Dieu. Par l’offrande de sa vie, il nous a mené pour toujours à la sainteté ». Quand le pardon est accordé, on n’offre plus de sacrifice pour le péché et l’on parvient à la sainteté.

Enfin, dernier scoop de la part de Jésus : Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.

Que de bonnes nouvelles : le Christ est au milieu de nous, et il est ressuscité. Il est à notre porte. Il vient rassembler ses élus, c’est-à-dire nous-mêmes, des quatre coins du monde.

Nous avons dans nos têtes une représentation linéaire du temps et de sa réalisation. Nous pensons que c’est de la fin du monde dont le Christ parle en cette fin d’année liturgique, comme si cette espérance serait réalisée quand le temps et ce monde visible disparaîtront. Mais le Christ lui-même nous dit que sa génération, celle du Christ, ne passera pas avant que tout cela n’arrive.

Cette heure, eh bien c’est le centre, le point focal de chacune de nos existences et celle de toute la création. Cette heure-là s’accomplit quand le Christ passe de la mort à la résurrection. Cette heure-là, elle s’accomplit quand il nous offre sa victoire définitive sur le péché et sur la mort par son pardon. Cette heure-là, c’est la venue de cette nouveauté radicale du Christ offerte à tous les hommes, parce qu’il chemine à nos côtés, parce qu’il est le Verbe éternel de Dieu, la Parole de Dieu faite chair dans notre humanité qui, si le ciel et la terre passent, ne passera jamais. Cette heure-là, c’est sa résurrection. Elle est déjà accomplie une fois pour toute ; à nous de la rendre visible !

Car ce point focal de mon existence s’accomplit en moi quand je passe d’une vie sans charité à une vie faite d’amour. Au même titre que ce figuier qui reverdit après un long hiver passé sec au creux de la terre et arrive le Printemps, il lance ses ramures tendres annonciatrices d’un fruit doux et suave. Le Christ nous invite à croire qu’au-delà de toutes les morts à vivre dans notre vie et même le passage par la mort corporelle, en retrouvant les mots et les gestes de notre consentement libre au don gratuit qu’Il nous fait de son amour, Dieu nous fait le don en surabondance de sa vie. Nous sommes comme ce figuier quand, engloutis dans nos morts ou notre poussière, nous nous relevons : « confiance, lève-toi, il t'appelle ».

Nous qui sommes animés par la foi et rassemblés autour du Christ en ce dernier dimanche de l’année qui symbolise le dernier des jours où nous ne vivons pas en Dieu pour accueillir le jour de Dieu dans nos vies, c’est cette confiance-là qui nous permet de recevoir le Christ comme accomplissant la Parole de Dieu ; nous accueillons son pardon, sa vie de ressuscité une fois pour toutes. Nous accueillons aussi l’urgence de notre conversion à vivre : c’est celle de notre relèvement ; celle de notre responsabilité et de notre liberté ; celle aussi de notre témoignage. Il est urgent que notre monde souvent loin de Dieu et qui parfois le rejette, puisse recevoir lui aussi cette Parole de Vie qui ne passe pas quand tout le reste passe. Et il en va de la responsabilité de notre propre conversion et de notre témoignage.

« Seigneur mon partage et ma coupe, de toi dépend mon sort. Je te garde devant moi sans relâche ; tu es à ma droite : je suis inébranlable. Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance car tu ne peux m’abandonner à la mort ni me laisser, moi ton ami, voir la corruption. »

Mon Dieu, aujourd’hui encore, je décide librement de faire de toi mon unique refuge car c’est Toi qui m’apprends le chemin de la vie : sous ton regard, mon cœur déborde de joie ! En ta présence, ce sont déjà ici-bas les délices de ton Royaume éternel. Amen !

 

 

31ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 4 novembre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

Dt 6, 2-6 / He 7, 23-28 / Mc 12, 28b-34

 

« Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ». Telle est la réponse de Jésus au scribe. La prédication du Seigneur portait sur la venue du Royaume de Dieu. Le royaume de Dieu s’est approché mais il faut l’accueillir, c’est pourquoi il dit d’abord « convertissez-vous ». Entendons simplement : « accomplissez les œuvres du royaume ». Le Seigneur nous montre les œuvres du royaume dans les béatitudes. Heureux ceux qui vivent selon les vertus du royaume de Dieu. Heureux les pauvres de cœur : « les anawim », les pauvres de YAHVE qui n’ont faim et soif que de Dieu lui-même. Ceux qui se rassasient de la Parole Dieu, qui en vivent et qui se détachent volontiers des biens de ce monde pour préférer Dieu par-dessus tout. Ceux dont le cœur est entièrement disposé à reconnaitre les œuvres de Dieu et à le glorifier pour ses merveilles.  A ceux qui vivent les béatitudes le Seigneur dit le royaume des cieux est à eux. Au scribe il dit tu n’es pas loin du royaume de Dieu. Il reste au scribe la mise en pratique, la conversion véritable dans l’accomplissement des œuvres du royaume.

En Jn 9 Au sujet de l’aveugle-né, les disciples posent une question à Jésus : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! ». (vs 1-2) Et à vous qui portez un handicap et qui vous posez parfois des questions du genre : qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter un tel sort, n’est-ce pas parce que je suis un vaurien que j’en suis là  et que sais-je encore ? A vous, comme le Christ, je réponds : « vous n’avez rien fait mais c’est pour que les œuvres de Dieu soit manifesté. Ne voyez-vous pas tant d’amour que l’on vous porte ? A vous qui donnez de votre temps, de votre énergie à ces anawim (foi et lumière), qui leur portez tant d’affection, à vous le Seigneur ne dit pas comme au scribe que vous n’êtes pas loin du royaume mais je vous dis au nom de notre Seigneur : « le royaume des cieux est à vous ». En effet le Seigneur vous dit en Mt 25, 40 : « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Solennité de Tous les Saints– Année B- La Clarté-Dieu, 01 novembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ap 7, 2-4.9-14 / 1Jn 3, 1-3 / Mc 5, 1-12a

 

 « J’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève ». Les anges, ce sont toutes les personnes qui autour de nous font du bien, exercent de la bonté avec une puissance de miséricorde qui les font ressembler à Dieu, qui sont pour nous un visage de Dieu. Ce sont ceux qui vont chercher ce qui lève en direction du meilleur qu’est Dieu, ceux qui veillent à toutes les petites pousses de résurrection dans ce monde. Une invitation pour nous à devenir et à être pour d’autres ces anges qui montent du côté où le soleil se lève.

Ces anges, dans le livre de l’Apocalypse, se tournent tous ceux qui veulent faire du mal à la terre, à la mer, aux arbres et aux serviteurs de Dieu. Ne détruisez pas ce qui est l’œuvre de Dieu. Respectez notre maison commune voulue et créée par Dieu quand Il vit que cela était bon. Chaque fois que vous touchez aux conditions de vie de notre planète, vous la détruisez. Nous venons d’apprendre que, depuis 1970, 60% des animaux vertébrés ont disparu. Ne touchez pas non plus aux conditions de vie des hommes et des femmes, en particulier des plus fragiles car Dieu les a créées et quand il fit, Il vit que cela était très bon.

Ces anges, qui vont du côté où Dieu suscite et ressuscite, viennent marquer le front des serviteurs de Dieu pour les inviter à la sainteté, les marquer de leur appartenance à Dieu et non pas aux forces mortifères, les marquer dans leur conformité au Christ. Il est, lui, le Saint par excellence, notre frère qui a parfaitement acquis l’image et la ressemblance de Dieu, celle qu’il avait de toute éternité avec Dieu.

Ces serviteurs, c’est nous : nous constituons cette foule immense de toutes nations, tribus, peuples et langues, quand nous nous tenons debout devant le Christ ; debout, c’est-à-dire déjà ressuscités, libres enfin d’être bons avec les autres, libres enfin d’exercer la miséricorde à qui n’en peut plus parce que traversant de grandes épreuves, libres enfin de les traverser habités par le Christ qui vient nous délivrer du poids de nos ténèbres.

Ce qui fait un saint, ce n’est pas une perfection morale de quelque ordre que ce soit. C’est se laisser marquer par cette appartenance au Christ, qui nous porte dans nos grandes épreuves, qui re-suscite notre identité de fils et de fille de Dieu, qui dynamise notre capacité à être bon et miséricordieux, pour soi, pour d’autres. Être saint, c’est se tenir dans la vraie joie de celui qui se sait habité par le Christ, même dans les grandes épreuves, lui l’Agneau porteur de la vie, le Prince de la paix.

Porteurs du sceau qui marque que Dieu vit en nous, nous sommes vêtus de blanc, signes que nous sommes déjà ressuscités. Nous proclamons d'une voix forte que le Salut ne vient pas des hommes mais qu'il est donné par notre Dieu. Nous, appelés à être disciples du Christ au quotidien, marqués par le sceau du baptême, plongés dans la mort et la résurrection du Christ, nous pouvons devenir saints dans la vie de tous les jours.

Nous avons alors le coeur pur, celui qui n’est pas double ! Être saint en nous rendant étrangers à l’esprit du monde. Être saint en accueillant un amour que le monde ne connaît pas et que nous avons à lui révéler en en vivant tout simplement...

Contemplons Jésus qui construit en nous une nouvelle manière d'être : celle des enfants du Royaume qui vivent les Béatitudes, cette jubilation de Jésus qui prend sa source dans sa communion à son Père, pour que nous en vivons :

  • Heureux sommes-vous, nous qui choisissons la vie en devenant des chercheurs de Dieu,
  • Heureux sommes-vous de faire nôtres les valeurs évangéliques d'humilité, de douceur, de pureté, de sainteté et de justice.
  • Heureux sommes-vous d'être des artisans de paix en toutes circonstances.
  • Heureux sommes-vous d’oser venir conformer notre vie à celle du Christ.
  • Oui, heureux sommes-vous de faire le bon choix de la sainteté même si aux yeux du monde cela paraît fou ! Mais la folie de la Croix nous sauve en nous révélant qui nous sommes, des anges de Dieu appelés à être bons et miséricordieux !
  • Heureux sommes-nous également quand nous ne confondons pas sainteté et perfection ! Le risque de la perfection, c'est la performance héroïque qui ne fait pas de nous les enfants du Royaume car dans ce genre d'exercice, le risque est trop grand d'être prisonnier de sa propre image. La Sainteté, elle, est un humble et fidèle chemin en choisissant l'Évangile du Christ, où -même dans l'épreuve, la persécution ou l'esprit du monde-, brillent déjà la joie et l'allégresse qu'il y a dans le cœur de Dieu et dans tous ces saints qui vivent en enfants de lumière.

Quelle joie et quelle espérance de découvrir ce lien indissoluble qui unit le ciel et la terre par les saints qui nous ont précédés et nous qui sommes sur ce chemin de vie. Un lien qui fait que tout ce qui est semé sur cette terre avec amour s'épanouit au ciel en un fruit que Dieu reconnaît comme sien !

 

29ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 21 octobre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

Is 53, 10-11 / He 4, 14-16 / Mc 10, 35-45

 

Le moteur de la vie humaine est la quête de bonheur. L’homme déploie sans cesse ses énergies corporelles et spirituelles en vue de mener cette existence épanouie qu’il appelle de tous ses vœux. Servir, partager, espérer, réussir, se réjouir, constituent des actions diverses au sein de multiples lieux d’engagement de sa personne. Cette quête est cependant marquée par la douleur. Les échecs dus à ses limites peuvent le plonger dans l’égarement et l’immobilisme.  L’homme a besoin d’être guidé, éclairé pour vivre dans la justesse de la pensée et de l’action, pour déployer avec vigueur et assurance ses énergies au service du bien. D’où lui viendra cette lumière qui le rassure ? Cette lumière lui viendra de celui qui le connaît et qui le comprend. Qui mieux que le créateur connait sa créature ? Qui mieux qu’une mère ou un père connait sa progéniture ? Par sa parole le Seigneur rejoint son fils quand il dit : « Mon serviteur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. » Toi qui m’écoutes maintenant le Seigneur te dit : « tu réussiras alors que tu te sens si faible, si fragile, si limité en bien des endroits ».

Le Seigneur ne se contente pas de nous montrer le chemin par la parole. Il est celui là même qui a traversé les cieux pour venir jusqu’à nous afin que par lui nous traversions le monde pour parvenir aux cieux. En effet la lettre aux hébreux nous invite à tenir ferme dans la foi et nous dit : « nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. » Que ressentons nous qui soit étranger à la passion de notre Seigneur ? Il nous rejoint dans ce que nous avons de plus intime à savoir notre souffrance. Oui, il a lui-même énormément souffert du péché des hommes. Avec lui, « avançons nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce pour obtenir miséricorde et secours ». Libérons nos cœurs de la désespérance, car aux cœurs de nos souffrances se tient le Seigneur. Tenons-lui toujours la main.

Le chemin du Christ est vraiment celui du bonheur et de la paix. Le Seigneur s’évertue à en convaincre les fils de Zébédée qui veulent rechercher leur bonheur dans le pouvoir, la domination, la vaine gloire. Le Seigneur leur montre que la place que nous tenons est un don. Il leur dit en effet : « Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. » Il est donc très important pour le disciple du Christ de se tenir avant tout comme un serviteur à qui le Père a confié une mission. Quelles que soient nos aptitudes, le plus important est l’esprit dans lequel cette mission sera accomplie, celui du serviteur.  Le serviteur de Dieu, le seul et vrai maitre qui nous confie sa mission et nous en donne le mode d’emploi : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur…car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Ce chemin du service, chemin d’obéissance est chemin de vrai bonheur, de résurrection et de vie éternelle.

28ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 14 octobre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

Sg 7, 7-11 / He 4, 12-13 / Mc 10, 17-30

 

Le désir de vivre chez l’être humain est instinctif et profondément ancré dans son être.  C’est dans la nature de l’homme d’aimer la vie et de fuir la mort, de rechercher tout ce qui lui permet d’entretenir et de sauvegarder la vie reçue depuis sa naissance. Même lorsqu’il en vient au suicide, c’est dans l’espérance profonde d’une vie meilleure à la présente. L’on comprend donc aisément la question de cet homme qui demande à Jésus, la conduite à tenir pour avoir la vie éternelle en héritage. Mais comment s’y prend-il ?

« Bon maitre »

Cet homme commence sa demande à Jésus par le procédé stylistique de la « captatio benevolentiae ». Jésus ne se laisse cependant pas émouvoir par cette civilité flatteuse. Il voit découvre tout de suite qu’il s’agit d’un homme qui aime le paraître. Jésus va donc faire un saut qualitatif pour le situer dans le domaine divin. Si tu cherches qui est bon alors adresse toi à Dieu, car lui seul est bon. Le décor est planté. Il s’agit pour cet homme d’élever plus haut son âme, de prendre de la hauteur spirituelle.

La Parole de Dieu est totale

C’est dans cette logique que Jésus poursuit quand il lui cite les commandements de Dieu. En effet les dix commandements peuvent se scinder en deux grandes parties : ceux qui regarde strictement la louange et le service divin et les sept suivants qui concernent les rapports humains. Jésus omet sciemment les trois premiers pour ne citer que les autres.  Lorsque l’homme lui fait comprendre qu’il a mis en pratique tous ces commandements depuis sa jeunesse, le texte nous dit que Jésus l’aima. Autrement dit il le connut. Il l’a pleinement saisi dans ses limites et l’invite à la perfection. Tout quitter pour venir à Dieu. Car il ne faut pas confondre aimer Dieu et aimer son prochain. Les deux se complètent sans se confondre. L’amour de Dieu nous plonge dans la gratuité absolue, le don total de soi. Cet homme n’a jamais envisagé sa pratique religieuse sous cet angle. L’un sans l’autre plonge immanquablement le croyant dans l’hypocrisie.  C’est en cela que la deuxième lecture (hébreux) est éclairante.

La parole de Dieu est Lumière

« Tout est nu devant elle ». Elle fait la vérité en l’homme. Le croyant accepte de se laisser déranger par la Parole qui le remet sans cesse en cause car « elle juge des intentions et des pensées du cœur ». Nul n’est à l’abri du jugement de la parole : « Pas une créature n’échappe à ses yeux ». Le Seigneur Jésus, le saint de Dieu comme l’appelle les démons à Geraza, reste humble devant le mystère de la Parole : « Dieu seul est bon ». Il faut toujours se dire comme Socrates : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». L’humilité est la caractéristique de celui qui craint le Seigneur et le commencement de la Sagesse, c’est la crainte du Seigneur.

La Sagesse, Chemin de bonheur total

Dans la première lecture (Sagesse de Salomon), Salomon nous dit qu’il a préféré la sagesse par-dessus tout : « Je l’ai préféré aux trônes et aux sceptres ; à côte d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ». Celui qui a la Sagesse ne manque de rien. Salomon renchérit en disant : « Tous les biens me sont venus avec elle et par ses mains, une richesse incalculable ». C’est bien ce que fait comprendre le Seigneur à ses disciples lorsqu’il leur dit : « Nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Evangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà le centuple : maisons, frères, enfants, etc…avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle ».

Avec Jésus, on joue à qui perd gagne. Pourvu que l’on accepte de jouer le jeu à fond. A chacun selon sa condition et son état de vie, le Seigneur dit aujourd’hui même : « Viens et suis-moi » !

27ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 07 octobre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Gn 2, 18-24 / He 2, 9-11 / Mc 10, 2-16

 

Ces lectures nous parlent de notre origine : Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir la même origine.

Or nous voyons dans le livre de la Genèse que Dieu créé l’homme et la femme et qu’il tire la femme du côté de l’homme, en lui retirant une côte. Récit symbolique pour dire trois choses :

  • L’homme ne vient pas de lui-même, mais de Dieu. Il ne peut faire de lui-même sa propre origine. Dans notre société hautement technicisée, c’est une bonne nouvelle de rappeler que l’homme doit rechercher ce qui le fonde en un autre que lui-même. Et que s’il ne faut pas chercher notre origine seulement dans le commencement de notre vie ou du monde avec le big bang ; il faut le rechercher dans ce qui fonde aujourd’hui ma vie, bien sûr avec mon histoire passée, mais ouverte vers son avenir que je saurai inventer avec Dieu.
  • D’autre part, cette côte retirée de l’homme est là pour marquer que ni l’homme ni la femme ne peuvent revendiquer l’un sur l’autre une toute puissance car ils sont tirés de la vulnérabilité et de la blessure de l’autre. Nous naissons blessés d’une blessure originelle pour nous empêcher d’être tout puissants. Nous avons tous une histoire de blessures qui, reconnue et acceptée paisiblement devient le lieu même où nous pouvons être les plus féconds. Je pense, en disant cela, à toutes les personnes que je rencontre en prison mais aussi à l’extérieur, et qui peinent sur le chemin de la vie parfaite parce que leur blessure n’est pas refermée par le baume d’être reconnu aimable et aimé, blessure de ne pas arriver à s’accepter tel que qu’on est. Alors que c’est en l’assumant, cette histoire de blessures, et en se donnant aux autres avec une immense bonté que des portes s’ouvrent.
  • Enfin, si la femme a tiré de l’homme dans la première création de notre réalité faite d’argile, dans la nouvelle création où nous sommes appelés à devenir des êtres spirituels, le Christ, l’homme nouveau, sera tiré de la femme, Marie, la nouvelle Eve. Comme pour nous inviter à un saut qualitatif de l’homme d’argile que nous sommes tous, blessés dans son origine, et devenir l’homme spirituel. C’est notre vocation à tous. Puisque précisément le Christ, par sa vie partagée avec nous, nous conduit à devenir une multitude de fils jusqu’en sa gloire, c’est-à-dire en devenant ces hommes spirituels où notre origine multiple, blessée, devient unifiée et pacifiée puisque le Christ devient notre origine commune.

 

Dans sa maison, Jésus s’assoit et appelle ses disciples. Face à notre origine blessée, Jésus place un enfant au milieu de ses disciples. Il l’embrasse. Au temps de Jésus et dans tout l'Orient, un enfant ne compte pas : il n'intéresse pas les adultes. Là au milieu d'eux, cet enfant est moins un signe de l’innocence qu’un signe de la faiblesse, de celui qui ne compte pas, un mineur. Devant nos toutes volontés de puissance, un enfant, faible, vulnérable, impuissant ; pour oser risquer de devenir qui nous sommes. A la parole qui blesse, condamne ou détruit l’autre, un enfant qui ne parle pas. A la folie des hommes, un enfant qui ne connaît rien de la vie.

 

Accueillir cet enfant dans la Foi, c’est accueillir ce qui est faible et blessé en nous ; c’est accueillir nos volontés de toute puissance et les transformer en beaucoup de bienveillance, même avec la face cachée de mon être. C’est apprendre à s’aimer soi-même pour en révéler la vraie face lumineuse et spirituelle de tout mon être. Un enfant pour que je passe de l’enfant d’argile blessé à l’enfant spirituel unifié par cette origine commune qu’est le Christ.

Jésus embrasse l’enfant blessé qui est en nous. François d’Assise a voulu devenir mineur, en embrassant le lépreux qui est en lui, qui est chez les autres. Pour qu’à travers moi, réconcilié, j’accueille le Père des cieux et que chacun de nous trouve sa vraie place.

Que celui qui veut devenir grand se fasse le serviteur, le serviteur de cet enfant-là !

23ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 09 septembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 35, 4-7a / Jc 2,1-5 / Mc 7,31-37

 

Introduction générale

Le Christ vient à moi, pendant cette eucharistie, pour m'ouvrir "l'oreille du cœur" pour que j'entende. Il veut délier ma langue timide, afin que je transmette autour de moi sa Bonne Nouvelle. Accueillons-le, Lui qui ouvre en nous des chemins de vie.

 

Homélie

Jésus quitta la région de Tyr, passe par Sidon et va vers le lac de Galilée pour aller en Décapole. C'est un détour et cela l’oblige à passer par la montagne. Mais l’essentiel pour Jésus est de passer par des régions païennes. Jésus change de rive pour décloisonner son milieu.

Ce détour s'explique aussi par le désir qu’a Jésus d'éviter les pharisiens avec lesquels il a eu maille à partir. Dans ces régions à l'écart, dans l’anonymat, Jésus pourra ainsi se consacrer à la prière et à l’enseignement de ses disciples. Mais cet anonymat ne dure pas longtemps : on le cherche de partout. Et voici qu'on lui amène un sourd-muet. Séance tenante, il prend le malade, loin de la foule, à l'écart il lui met les doigts dans les oreilles et, prenant de la salive, lui touche la langue. Utiliser la salive est courant, et les mamans le font pour apaiser l'enfant qui s'est heurté le genou, le bras.

Alors Jésus lève les yeux au ciel pour implorer la force d'en-haut et là, il soupire, il respire à fond, comme s'il prenait un élan, pour mieux lutter contre le mal qui enferment, tous ces endurcissements qui excluent, ces cléricalismes qui s’approprient les pouvoirs et laissent à la porte du festin tous les autres invités. Les premiers prendront la dernière place tandis que ces derniers auront la 1ère place.

Ce sourd symbolise bien sûr le peuple de la 1ère alliance, sourd aux appels du Christ alors que ce sont des païens qui accèdent à la foi par l'entendement du cœur. Telle est la véritable écoute, l’écoute du cœur, par le cœur. Et seul celui qui sait écouter peut dire une parole profonde. Dieu est la vérité : il nous rend capable de nous faire entendre toutes les vérités, même les plus exigeantes. Marc, qui écrit pour des païens convertis, sait que le baptême délie la langue afin de "proclamer les merveilles" de Dieu.

Nous sommes, nous, ce sourd auquel Jésus dit : Ouvre-toi, ne reste pas bloqué par tes refus, tes peurs, tes tristesses, tes principes. Ouvre-toi aux tiens, au monde. Parle. Proclame. Pas forcément avec des mots. Que ta vie toute entière soit annonce.

Allons plus loin. Ce signe de Jésus est signe de la puissance d’amour de Dieu. Guérir un sourd-muet est impossible à l’homme. En le réalisant, nous découvrons en Jésus le Messie, celui qu'Isaïe prédisait comme "ouvrant les oreilles des sourds", celui qui ouvre l'homme à Dieu. Par tous ces signes, comme en chacun des sacrements, Jésus ouvre un monde neuf, une nouvelle création, et les témoins de ce signe ne s’y sont pas trompés puisqu’ils proclament : « Tout ce qu'il fait est admirable ! ». Rappelons-nous le récit de la première création : "Et Dieu vit que cela était bon".

Oui, Jésus est le Messie, mais il recommande à ses disciples de n'en rien dire à personne. Car les esprits ne sont pas prêts. Autant se taire en attendant qu’ils ouvrent leurs oreilles, leurs yeux et leurs cœurs, à la lumière de la croix, pour proclamer sa résurrection à toute la création. C’est la journée de la création voulue par notre pape François.

Ecoutons, regardons les signes de la nouvelle création en germe avec toutes ces initiatives plus respectueuses de l’unité entre l’économie, la vie de l’homme et le respect de la création. Ne soyons plus "sourds-muets" aux appels des plus déshérités qui appellent à un plus juste partage. Entendons le cri de Dieu qui souffre avec nous et veut dire "effata" à tant de réalités blessées. Au nom du Christ, que de nombreux relais de fraternité puissent se mettre en place pour être capables de s’exclamer avec les plus déshérités : "tout ce qu'il fait est admirable !"

Le Christ aujourd’hui te dit "effata". N'oublie pas d'ouvrir tes oreilles, ta bouche et plus encore ton cœur à ce que Dieu fait pour toi, à ce que Dieu est pour toi, à ce que Dieu dit en toi, à ce que Dieu veut pour toi !

22ème Dimanche du temps ordinaire– Année B, 02 septembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Dt 4, 1-2. 6-8 / Jc 1,17-18.21b-22.27 / Mc 7,1-8.14-15.21-23

 

"Vous faites une belle brochette d'hypocrites", vient de dire Jésus aux Pharisiens. "Ce culte-là, je n’en veux pas. Car vous m’honorez des lèvres mais votre cœur est loin de moi. Vos doctrines ne viennent pas de Dieu ; elles ne sont que préceptes humains."

Quelle violence de la part de Jésus. Quelle exigence aussi ! Mais on n'est-on pas exigeant avec ceux qu'on aime... Il doit y avoir quelque chose d'essentiel là mais quelque chose qui est comme perverti. Car enfermer la vie dans des principes, dans des lois, pour asseoir ses petits pouvoirs sur les autres et croire ainsi gérer ce qui en soi n’est pas assumé : voilà ce que Jésus leur reproche comme une perversion de cette loi.

Pour Dieu, un commandement n’est pas un ordre ou un principe, mais une parole de vie, au service de la vie. Les commandements sont l’expression d’une alliance, celle entre Dieu et les hommes. Quand je fais alliance avec quelqu’un, c’est pour servir la relation avec cette personne : ce n’est pas d’abord un ensemble de lois. Même s’il faut que, pour servir cette alliance, cette relation, des lois pour en préciser le cadre. Des lois qui permettent à chacun de trouver sa juste place. Des lois que je finirai tellement d’intégrer qu’elles ne me paraitront plus une contrainte, comme par exemple rouler à droite sur les routes.

En nous cohabite le meilleur et le pire, le pur et l’impur. L’impur n’est pas dans les choses extérieures à l’homme -et c’est une vraie révolution quand Jésus dit cela à un juif de l’époque-. L’homme livré à lui-même n’est pas capable de rien. Comme les habitants d’une navette spatiale, un jour ou l’autre, auront besoin de recevoir d’ailleurs ce qu’ils ne pourront pas se donner eux-mêmes pour vivre, l’homme doit s’ouvrir à plus grand que lui pour pouvoir risquer le meilleur de lui-même. Il ne s’agit pas d’être parfaits, mais d’unifier l’intérieur et l’extérieur. Et pour cela, d’accueillir avec douceur cette Parole de vie que Dieu sème en nous afin qu’elle grandisse.

Dieu inscrit au fond de notre cœur cette Parole de vie. Pour que nous passions d’une extériorité qui produit vie superficielle, qui ne permet pas de vivre en vérité ou qui entraîne toute forme de radicalisme, passage donc à une intériorité qui permet d’aimer avec bonté et miséricorde. Seule une telle intériorité permet notre engagement à servir les autres. Nous attacher, non aux principes mais à la douceur de la Parole semée en moi. Non à la loi, mais à l’esprit de la loi, non aux rites mais à l’amour que ces rites appellent à vivre.

Le Christ est lui-même la Parole de Vie : il accomplit parfaitement ces commandements de vie. Il en est la réalisation parfaite. Il nous engendre alors par sa Parole, puisqu’il est lui-même la Parole de Dieu pour qu’à notre tour nous risquions notre liberté et notre parole.

La Parole de Dieu semée en nous, cette intériorité, cet engagement envers les autres, accueillons-les avec grande humilité, mais aussi avec la Foi, la confiance qui seule produit le bien, le bon et le vrai, qui seule peut sauver ce qui en nous n’est pas de Dieu.

Laissons pour finir la parole à saint François dans son admonition 16 : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. Ont vraiment le cœur pur ceux qui ne cessent jamais d’adorer et de voir rien d’autre que le Seigneur Dieu Vivant et vrai.

18ème Dimanche du temps ordinaire–Année B, 5 août 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ex 16, 2-4.12-15 / Ep 4,17.20-24 / Jn 6,24-35

 

En plein désert, Dieu nourrit son peuple pour sa marche de la vie quotidienne. Il donne Mannou, qui a donné manne en français et qui veut dire « qu'est-ce que c'est ? ». Qu’est-ce qui me nourrit dans la vie et qui a la consistance de la vie éternelle ? Le pape récemment parlé que toutes nos idoles modernes comme l’orgueil, l’opposé de l’humilité, les addictions au travail, à l’alcool ou à la drogue, la carrière aux dépends de la famille et des enfants, le culte de la beauté.

Toutes ces idoles divinisent ce qui n’est pas Dieu : elles promettent la vie et elles engendrent la mort. Elles nous font miroiter la beauté mais avec elles tout devient laid. Les Médias nous font croire que c’est une nourriture solide mais en les consommant, un grand vide se creuse dans nos vies de plus en plus et à les chercher on y perd sa vie. On nous fait croire quand les thésaurisant on ne manquera de rien ; mais plus on n’en consomme moins nous sommes rassasiés. Par exemple la course à toujours plus de progrès, avoir par exemple le plus bel ordinateur, le dernier téléphone, le dernier cri. Alors que la vraie manne venue du ciel est une nourriture pour chaque jour qu’on ne peut ni conserver ni s’approprier mais qui nourrit vraiment, qui est une vraie nourriture.  Nos idoles modernes nous promettent bonheur mais en fait, elles ne nous offrent qu’une solitude effroyable. Elles nous contraignent à nous immoler à elles.

Un exemple en prison…

Mais la manne, le pain venu du ciel : qu’est-ce que c’est ? Ce ne sont pas ces idoles, comme dit saint Paul dans sa lettre aux chrétiens d’Ephèse, qui nous entraînent à être à la remorque de notre pensée. Cette manne, celle que nous désirons le plus profondément, c’est le pain que Dieu nous donne à manger, le pain qui descend du ciel.

Ce pain-là, nul ne peut donner soi-même. C’est un pain qu’on accueille, qu’on reçoit dans le don gratuit de Dieu. C’est un pain produit avec d’autres et qui veut servir les autres et non pas d’abord soi. Pensez à cette image du paradis chez les chinois avec baguettes pour se servir de pour servir ses frères de riz.

Ce pain-là, on ne peut le garder pour soi sous peine qu’il pourrisse : il est pour autrui. En le mangeant il nourrit vraiment notre corps, notre âme, notre intelligence, notre désir, notre vie !

Ce pain-là, on l’accueille dans la foi et il nourrit notre foi. Jésus ne dit-il pas : « l’œuvre de Dieu c’est de croire que celui que le père envoyé » ? c’est-à-dire de croire au Christ. Notre travail, c’est de croire en soi, dans les autres et en Christ. Car ce pain venu du ciel, c’est Jésus venu sur notre terre. Jésus dit de lui-même : « je suis le pain de la vie ». Le verbe fait chair, la Parole du Père donnée en nourriture, sa vie donnée en partage pour les bons comme pour les méchants, sa guérison offerte aux plus vénérables, son pardon donné gratuitement à tous les pêcheurs et même les plus grands des pêcheurs.

Le pain des idoles n’engendrait qu’une la solitude effrayante : le pain de Dieu construit la fraternité en nous donnant des frères, une communauté.

Le pain des idoles est pour soi et contre les autres alors que le pain de Dieu se multiplie par la charité des frères.

Le pain des idoles promettait la liberté mais il ne procure que la servitude : le pain de Dieu, lui propose, la vraie liberté des enfants de Dieu.

L’homme qui prend de ce pain là et s’abreuve à la source du Christ devient l’homme nouveau dont parle saint Paul.

Travaillons donc pour la nourriture qui demeure dans la vie éternelle.

13ème Dimanche du temps ordinaire– Année B, 1er juillet 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24 / 2 Co 8, 7.9.13-15 / Mc 5, 21-43

 

 « Ne crains pas, crois seulement » !

Dieu est l’auteur de la vie et il a créé l’homme à son image pour qu’il devienne à sa ressemblance. Il porte en lui, nous dit le livre de la Sagesse, l’image éternelle de Dieu. Chaque personne que nous rencontrons, et nous-même, nous portons l’empreinte éternelle de Dieu, et donc son incorruptibilité. Nous sommes créés à images de Dieu. Ce qui veut dire que ni la mort, ni la souffrance que Dieu combat avec nous, ni nos doutes voire nos péchés, rien ne peut détruite l’image éternelle de Dieu que nous portons en nous. Cf les miettes dans la patène : chacune d’elle contient tout l’amour de Dieu.

Le livre de la Sagesse ne parle pas de la mort corporelle, mais de ce qui atteint la vie spirituelle, c’est-à-dire nos œuvres mortifères. Il nous dit cette bonne nouvelle que l’homme n’est pas l’auteur à lui seul de la mort mais une entité, jamais personnifiée dans la Bible, appelée diable, diviseur ou père du mensonge. L’homme collabore avec ce mal quand il se laisse séduire par lui et quand il en fait l’expérience. Quoiqu’il en soit, la vie éternelle de Dieu qui vit en nous est plus forte que nos œuvres de mort et même que la mort elle-même. Dieu ne veut pas la mort de sa créature : il la veut vivante.

Le psaume 29 ne dit-il pas que lorsqu’on est au fond du trou, Dieu nous relève ? Par sa puissance d’amour manifesté par un proche, par Sa Parole, par ses sacrements, par le don que nous faisons lorsque nous nous exerçons à la charité, Dieu nous relève.

Saint Paul, lui, nous dit qu’on devient riche par la pauvreté du Christ. Cela ne veut-il pas dire qu’on ne peut pas donner si on ne sait pas accueillir et se faire pauvre devant l’autre. Et l’on ne peut pas accueillir si l’on ne sait pas donner. C’est un vrai partage qui est demandé, pas du superflu. Quand on est tenté par le diable, on ne sait plus partager et l’on va dans le sens de la mort. Mais quand on croit au Christ, qu’on se fait humble, on expérimente que c’est en donnant qu’on reçoit. Ce sont souvent ceux qui sont les plus démunis qui savent partagent et c’est grâce à ceux-là qui partagent que le monde n’explose pas.

Le Christ désire que la fille de ce chef de Synagogue soit une vivante. Comme cette femme qui souffre tant. Comme pour chacun de nous. Nous disons dans le langage courant : « c’est la foi qui sauve ». Mais c’est tellement vrai. Oui, c’est la foi qui sauve cette femme malade de ses pertes de sang, malade surtout d’être considérée comme impure aux yeux des juifs. Elle croit que Jésus peut sauver sa vie en touchant son vêtement. Elle se jette aux pieds de Jésus pour accueillir la guérison à laquelle elle croit de tout son cœur en osant braver la foule et toucher, ne serait-ce que la frange du manteau de Jésus. En même temps, elle craint de n’être pas guérie. Imaginez : après 12 ans de maladie, avec son exclusion de la communauté ou les manipulations de la foule, comment croire encore qu’on peut en être délivré ? Regardez tous ceux qui n’osent même pas demander d’être sauvés, ceux qui sont dans l’ombre de la mort. Crois seulement, dit Jésus. Comment est-ce possible ? Comment croire que la vie de Dieu aura le dernier mot sur la maladie et les forces mortifères ? Comme regarder d’un regard qui relève et réchauffe celui que les forces de mal ont réduit ? Comment regarder celui qui n’en peut plus à cause de son handicap ou de son cancer ? Comment lui faire sentir par une parole et surtout par notre attitude à l’exemple du Christ : oui, nous croyons en toi, nous croyons en toutes les forces de vie de Dieu qui coulent dans tes veines spirituelles, nous croyons que tu es image de Dieu, nous croyons que tu portes en toi son éternité de vie.

Cette femme jetée à ses pieds, cette jeune fille couchée par la mort, c’est leur foi en Christ qui font qu’elles se relèvent. Cette parole de tendresse qui relève, cette main de Jésus qui saisit la mort à bras le corps pour en faire une vivante, quelle espérance ! Proclamons-là cette espérance aujourd’hui, à temps et à contre temps : que la vie de Dieu l’emporte sur toutes nos expériences mortifères. Laissons-nous toucher par les autres, saisissons à bras le corps les corps morts de nos contemporains. Disons que nous croyons en toi, toi que nous rencontrons sur notre chemin et que nous invitons à croire en toi-même.

« Ne crains pas, crois seulement » !

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, Année B, 3 juin 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ex, 24.3-8 / HE 9.11-15 / Mc 14, 12-26

Introduction

C’est aujourd’hui la fête du saint Sacrement, la "Fête-Dieu", la fête du Corps et du Sang du Christ, la célébration du Christ qui se rend présent dans l'Eucharistie... A l'époque des évangiles, le corps voulait dire la personne, et le sang symbolisait la vie. Quand nous recevons le Christ en personne, nous recevons sa vie et son don de lui-même, depuis la crèche jusqu’à la croix.

Nous voici rassemblés pour célébrer ce don du Christ en communion avec toute l’Eglise.

Tous, nous sommes appelés former le corps du Christ. Dans l'humilité et la simplicité, tournons-nous avec assurance vers le Seigneur afin qu'il pardonne ce qui, en nous et dans le monde, fait obstacle à la construction et à l'unité de son Eglise, et tout ce qui détruit la joie.

Notre Père

C’est encore François qui disait à ses contemporains : « Que vous reçoive tout entier Celui qui se donne à vous tout entier ». Jésus s'est offert lui-même pour nous révéler Celui que nous appelons : « Notre Père, … ».

 

Invitation pour la communion

C'est à ce don entier du Christ que nous sommes appelés à communier : "Offrons-nous

 

nous-mêmes tout entier à celui qui se donne à nous tout entier : ce sera là notre véritable culte". Le voici, le pain de l'homme en route, l’Agneau qui enlève le péché du monde…

 

Homélie

Nous croyons que nous sommes le corps du Christ.

Notre personne est unique mais elle est faite d’un corps physique, d’un corps psychique, d’un corps affectif, d’un corps doué d’une raison, d’un corps familial et social et aussi d’un corps spirituel. Tous ces corps sont appelés à s’harmoniser, s’ajuster et s’unifier sans que l’un n’étouffe l’autre et en permettant à chacun de bénéficier des autres pour s’épanouir.

L’homme, dans ses différents corps, fait l’expérience, parfois cruelle, de passer par bien des déserts, de sentir la faim, le dénuement. Il fait en même temps l’expérience d’être habité par de grands désirs, soit qui l’unifient, soit qui le tiraillent. Il fait l’expérience d’avoir besoin de diverses nourritures pour être comblé. De pain et d’eau, bien sûr, mais aussi de paroles vraies. Un bébé, par exemple, a besoin de lait mais il ne peut pas vivre sans un regard vrai, des paroles aimantes et des caresses. L’homme a besoin d’une parole et d’un pain qui le tire vers plus haut que lui et qu’il ne peut se donner lui-même. Une parole et un pain à recevoir de Dieu. Dans nos déserts, nos pauvretés. Et de la pierre que nous sommes parfois pourra jaillir des sources d’eaux vives. A tous et aux personnes handicapées, maltraitées, blessées dans leur corps ou leur psychisme, à celles dont l’amour a été trahi et qui les déchire, Dieu donne toute sa vie, toute son existence. Le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Christ deviennent une vraie nourriture. Tu as senti la faim, la pauvreté et la nudité, la pierre dure des souffrances : Dieu te donne une vraie nourriture.

Le corps du Christ que nous sommes est aussi le fruit de nos actes gratuits (c’est cela l’action de grâce), comme le pain et le vin que nous allons offrir dans un instant. Nos vies faites de tant de corps sont appelées à être vécues et assumées dans la vérité de ce que nous sommes. Ils peuvent être alors présentés à Dieu pour devenir corps et sang du Christ, un corps ressuscité, un seul pain pour nourrir la multitude de ceux qui peinent sur le chemin, mais aussi de ceux qui ne peinent pas mais qui ont faim d’autre chose que ce que les richesses matérielles croient leur procurer.

Ce pain sera rompu car la vie du Christ a été rompue à cause de la folie des hommes. Il va disparaître de nos regards quand nous le recevrons. Mais il se retrouvera visible dans la charité que nous saurons manifester les uns avec les autres dès la sortie de cette Eucharistie. Et notre charité sera à son tour pain de vie et nourriture d’espérance pour d’autres.

C’est pourquoi nous avons choisi de partager après la Parole de Dieu et la communion, ce que nous venons chercher à La Clarté-Dieu, ce que nous voulons aussi donner de nous-mêmes.

"Recevez ce que vous êtes, et devenez ce que vous recevez !", le corps Christ.

7ème Dimanche de Pâques– Année B, 13 mai 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 1, 15-17.20a.20c-26 / 1 Jn 4, 11-16 / Jn 17, 11b-19

 

A la veille de la fête de saint Mathias, nous voyons la communauté chrétienne de l’époque choisir Mathias pour prendre la place vide laissée par Judas qui a trahi son Seigneur. « Qu’un autre prenne sa charge ». Nous sommes nous aussi des Mathias appelés à prendre notre part du ministère de l’Eglise car chacun de nous est appelé à être témoin de la résurrection du Seigneur. Attester, comme le dit saint Jean dans la 2ème lecture, que le Père a envoyé son Fils Jésus comme Sauveur.

Mais, me direz-vous, comment vivre notre vocation dans l’Eglise à la suite du collège des Apôtres : Pierre, Jean, les autres apôtres avec Mathias, et Paul, l’avorton, le saint de Dieu ?

Il nous invite avant tout à demeurer dans son amour comme lui-même demeure dans son Père pour une éternité d’amour. Notre liberté, vrai don de Dieu donnée par le Christ le jour de l’Ascension, ce n’est pas d’être laissés seuls et sans repères. Nous sommes libres parce nous sommes habités de sa présence. Telle est bien la vocation du chrétien : « vivre avec nos frères en la présence de Dieu ». Aimer nos plus proches en demeurant en Dieu. Dans la 1ère lettre de saint Jean, le mot demeurer vient 6 fois. La vie chrétienne, avant d’être centrifuge, est centripète : demeurer en Dieu, vivre en sa présence, dans son amour, dans la prière, la contemplation, par ses sacrements. C’est pour cela que nous venons chaque dimanche ou chaque jour pour nous centrer en Lui, pour puiser dans l’Amour qu’est Dieu l’amour dont nous avons besoin pour vivre heureux et rendre les autres heureux. Demeurer dans l’amour qu’est Dieu et laisser Dieu demeurer en nous. Quand on demeure chez quelqu’un, on entre dans son intimité, dans sa vie, dans sa confiance, et notre relation avec cette personne tellement plus proche et vraie. Le Christ est venu jusque chacun de nous pour nous faire un cadeau immense : nous donner la Parole de son Père et la joie de la relation entre le Père et le Fils : « qu’ils aient en eux MA joie et qu’ils y soient comblés ». Voilà ce que le Christ nous propose pour être ses témoins et prendre notre charge au ministère du Christ : une vie centripète.

Et puis, la vie chrétienne est aussi centrifuge. Il suffit de passer un moment devant le hublot de sa machine à laver le linge pour comprendre la force de celui qui se centre sur la source de la vie et reçoit d’elle l’énergie pour aller au plus loin risquer sa liberté, elle vers les autres en se vidant de tout ce qui n’est pas christique. Ce que nous communiquerons, c’est ce que nous vivons au cœur de cette demeure qu’est Dieu. Ce ne sont pas d’abord des paroles et des connaissances que nous communiquerons mais notre vie intime avec le Christ. Si je vis de la source qu’est Dieu, je serai source pour d’autres. Si je demeure en Lui, d’autres voudront y demeurer avec moi. Si je proclame par ma qualité de vie que Jésus est le Fils de Dieu, d’autres seront entraînés à vivre de cette proclamation. Si j’accepte les appels de l’Eglise comme Mathias a su le faire en risquant ma liberté, je donnerai à d’autres de risquer également le meilleur d’eux-mêmes au service de l’Evangile et des autres. Si le bonheur de Dieu est de nous communiquer la joie qu’il vit dans sa relation entre le Père et le Fils, dans leur intimité, notre joie sera de donner de la joie à Dieu en demeurant avec lui dans cette vie centripète et en nous donnant aux autres dans cette vie centrifuge.

 

« De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. »

Dans ce monde là, ce monde si souvent sans Dieu et qui parfois lutte contre la vérité qu’est Dieu. C’est dans ce monde-là que nous sommes invités à aimer et à le remplir de la lumière de Dieu, de sa bonté et de sa vérité, sans utiliser les mêmes armes que ce monde. Mais avec la vraie douceur, la simplicité, la bonté, le respect, la non-violence et le pardon.

« J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu. »

Nous nous savons accompagnés dans l’exercice difficile et délicat de notre liberté par celui qui est la liberté même. « Je veille sur eux ». Et il veille bien sur chacun de nous pour qu’à notre tour nous veillions bien les uns sur les autres. Et que la joie du Père et du Fils dans l’Esprit saint soit en nous comme dans toutes nos relations : « Je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. »

Ascension du Seigneur – Année B, 10 mai 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 1, 1-11 / Ep 4, 1-13 / Mc 16, 15-20

Qu'avez-vous à regarder le ciel ?

  1. Nous fêtons, non pas un départ mais une autre présence de Jésus. Car, au moment de nous quitter visiblement, il nous dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ». Jésus, Emmanuel, Dieu avec nous, toujours présent, mais autrement que dans l’immédiateté d la rencontre. Autrement et même plus intensément car agissant par son Esprit qu’il nous communique.
  2. Quand une personne part à la retraite, ce n'est pas un adieu mais un départ qui permet à d’autres de donner à leur tour le meilleur d’eux-mêmes, mais autrement. De même pour le Christ : « Je m'en vais vous préparer une place, mais je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous soyez aussi ».
  3. Si le Christ disparaît de nos regards terrestres en ce jour, il nous confie une tâche : « Soyez mes témoins... », avec l’aide de mon Esprit que je vous envoie. Travaillez les deux pieds sur la terre et le regard tourné vers le ciel. Cueillez des fleurs, et soutenez le faible qui marche à vos côtés...

Cette fête de l’Ascension, c’est Pâques que nous continuons de fête. Le Christ a passé 40 jours auprès de ses disciples en leur montrant les signes de sa résurrection. Et nous fêtons le passage de la vie terrestre du Christ à sa vie glorieuse. Pour nous y entraîner à sa suite. Il est le Premier né d’une multitude, notre Premier de cordée. Et nous à sa suite. Le Ressuscité est désormais présent dans le seul regard de la foi.

Nous fêtons ce passage où il nous entraîne et aussi notre espérance : "Il reviendra" (Ac 1,11). Nous possédons déjà comme dans une graine qui a déjà germée ce que nous aurons un jour en plénitude : notre place avec lui auprès du Père.

. Jésus reste parmi nous dans la dynamique de son Esprit, dans l’humilité des sacrements et la lumière de la foi. Et Jésus s'élève et disparaît dans une nuée. Etre élevé, c’est s’engager dans la cause de l’Evangile. Au quotidien. Si les Apôtres ne restent pas à regarder le ciel les bras croisés, c’est bien pour retrousser leurs manches pour travailler à préparer le Royaume de Dieu jusqu'à ce que Jésus-Christ vienne parachever l’œuvre immense de sa création.

Nous savons désormais que tout pouvoir a été donné au Christ. Un pouvoir total. Sur tout, au ciel et sur la terre. Même sur toutes les forces mortifères et la mort elle-même. Qu’il nous envoie avec comme défenseur son Esprit pour nous assister.

Allez, faites des disciples, préparez-les à la foi ; apprenez-leur à vivre la foi, à vivre de la foi. Si je vous quitte des yeux du corps, je suis avec vous tous les jours, avec l'Eglise d'aujourd'hui, jusqu'à la fin du monde. Et là où je suis, vous y serez aussi.

Seigneur, tu es la porte du Royaume. Tu es la route vers le Père. Tu nous élèves vers ce qui est éternel pour en vivre au quotidien. Par ton Esprit, tu nous fais donner de l'importance à ce qui ne sera jamais détruit par la mort : l'amour, le don de soi, l'aide aux plus vulnérables, l'engagement pour la justice et le témoignage de notre foi...

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4ème Dimanche de Pâques– Année B, 22 avril 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 4, 8-12 / Jn 3, 1-2 / Jn 10, 11-18

 

Introduction

Ce quatrième dimanche de Pâques, d'une fête unique qui dure jusqu'à la Pentecôte, est illuminé par la figure du bon Pasteur. Un Pasteur qui ne pas craint d'aller au-devant du danger, de se laisser supprimer pour nous. Mais un Agneau redressé dans sa résurrection.

C'est le Christ pascal au nom duquel Pierre fera marcher le mendiant paralysé. C'est le Pasteur qui nous guide vers l'intimité avec le Père jusqu'à cette gloire du face à face quand nous le verrons tel qu'il est. Ce dimanche qui valorise le Berger valorise aussi les brebis. A quelle dignité ne sommes-nous pas appelés ! et c’est le dimanche des vocations.

Célébrons donc l'Eucharistie, non comme un troupeau amorphe qui ne se sent pas concerné, mais comme une assemblée où chacun est valorisé dans la mesure de sa participation.

Homélie

C'est à ceux qui ont tué Jésus que Pierre proclame le message de la résurrection : Vous l'avez rejeté. Dieu l'a ressuscité. Ce Jésus que vous avez rejeté comme une mauvaise pierre, est devenu la pierre d'angle. C’est la pierre la plus importante de notre édifice personnel ou communautaire, avec laquelle tout tient, sans laquelle rien ne tient. Pourquoi faut-il que nous rejetions ce qui seul peut nous sauver ? Pourquoi Dieu a planté sa tente parmi nous et n’a pas été accueilli ? Pour quoi avoir mis saint Pierre en prison pour avoir fait le bien ? « Nous sommes interrogés pour avoir faire du bien » ! St Jean le dit : « le monde n’a pas connu Dieu ». Et du coup, ce que nous sommes, c’est-à-dire fils de Dieu, n’est pas encore révélé en sa totalité. Plus que jamais, nous sommes invités à accueillir Dieu et nous accueillir nous-mêmes en vérité. Nous le verrons tel qu’il est et nous nous verrons tels que nous sommes. Oui, ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; nous le voyons comme à travers un épais brouillard. Mais le Fils de Dieu, par sa résurrection, vient déchirer le voile devant nos visages et nous révéler notre vraie identité, notre vraie vocation. Pour devenir celui que nous contemplons et, pour les autres, miroir du Christ.

Si nous pouvons le rejeter, lui ne nous rejettera jamais. La preuve, nous dit saint Jean, c’est qu’il est le bon berger qui ne fuit pas quand pour les brebis arrive le loup, quand le danger nous guette ou que nous fuyons la vérité de qui nous sommes pour de fausses vérités, de faux appuis, ou de faux bergers. Au contraire, il va à la recherche de chacun de nous, là où le danger nous attire. Il est capable de laisser 99 brebis pour nous qui sommes si éloigné de nous-même ou des autres. Il nous cherche jusqu’à ce qu’il nous ait trouvé. Il reste près de nous au plus fort de notre épreuve. Puis il nous prend alors sur ses épaules et nous restaure notre vrai visage. Il va même jusqu’à donner sa vie pour chacun de nous. Et aller au-delà des frontières, pour celles qui ne sont pas de ton enclos, que nous ne connaissons pas. Pour que personne ne soit laissé de côté. Et elles ont tout autant du prix à ses yeux. Ce berger est même capable de transformer tout ce que nous rejetons de vrai et de bon en puissance de vie et de force : la pierre rejetée, le Christ, est devenue pierre d’angle. Sur qui nous pouvons compter.

Oui, tu as du prix à mes yeux, tu comptes pour moi. Se mettre sous le regard de quelqu’un qui nous aime ainsi peut nous remettre en route, et cela nous rend capables de faire du bien. Tout ce qu’aimer peut engendrer ! Si nous savions nous regarder ainsi…

Ce « je t’aime » en actes de notre bon berger, peut effacer nos larmes, redonner espoir et goût à la vie, raviver un dynamisme perdu, re-susciter un amour étiolé. Aimer celui qui aime de la sorte, c’est vivre avec lui et pour les autres. Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même, disant sainte Thérèse de Lisieux.

Le Christ a donné sa vie pour chacune et chacun de nous. Si nous nous laissons pétrir par cette intimité avec lui qui est ressuscité, le Christ nous fait renaître. Jusqu’où serons-nous capables de donner de nous-mêmes pour sa mission ?

4ème Dimanche de Carême– Année B, 18 mars 2018, Fr Hugues Roquette, Clarté Dieu

2Ch 36, 14-16.19-23 / Ep 2, 4-10 / Jn 3, 14-21

 

Nous venons de chanter : "L'heure est venue d'affermir votre coeur. L'heure est venue de courir vers la vie » ! C'est comme un écho à cet évangile de saint Jean que nous venons d'entendre. L’heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. "Souvent l'évangile de St Jean parle de l'heure. Déjà à Cana, quand Marie dit à Jésus : "Ils n'ont plus de vin", Jésus lui répond : "Que me veux-tu, femme ? Mon heure n'est pas encore venue. D'autres fois l'heure n'est pas encore venue, et aujourd'hui : "l'heure est venue. ''C'est maintenant l’heure où le Fils de l'homme doit être glorifié. C'est l'heure de sa croix, l'heure de sa mort et de sa Résurrection, l’heure du jugement et du salut du monde, l'heure de la plus grande révélation de Dieu.

         Jésus prend une comparaison dans la nature : "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. "Ceux qui travaillent dans leur jardin le savent bien, une graine doit mourir pour porter du fruit. Les évangiles synoptiques (de Mt, Mc et Lc) parlent de Jésus en agonie au jardin des oliviers avant son arrestation et sa passion. "Il priait (Mc) pour que s'il était possible cette heure passât loin de lui. Il disait à Dieu son Père : "Père tout t'est possible : éloigne de moi cette coupe ; pourtant, pas ce que je veux mais ce que tu veux !" Dans l'évangile de saint Jean, nous avons le débat intérieur de Jésus : "Mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? Père, sauve-moi de cette heure ? - Mais non ! C'est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom !" Jésus a connu l'angoisse de la mort. Il a obéi par amour. Il est resté fidèle au Père, attaché à sa volonté. La voix du Père s’est fait entendre : « Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore. » La croix est l'heure de la gloire, l'heure où Jésus sera glorifié, l'heure de la manifestation de Dieu, l'heure où le prince de ce monde va être jeté dehors, et Jésus va être élevé. Il va être élevé sur la croix, il va être élevé par sa Résurrection et son Ascension, sa montée vers le Père. Sa mort sur la croix est l'œuvre des hommes, sa Résurrection et son Ascension sont l'œuvre de Dieu le Père.

         Nous sommes à quelques jours de la semaine sainte. Pour nous, l'heure est venue de courir vers la vie. L’évangile de ce jour donne le sens de la mort de Jésus. Il a donné sa vie pour sauver l'humanité. Et l'évangile donne le sens de notre vie et de notre mort : "Qui aime sa vie la perd ; qui s'en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle." Prenons ce chemin du service, de l'aide, de l'ouverture aux autres... ce chemin nous mène à la vie, nous en faisons l'expérience. Et Jésus élevé de terre attire à lui tous les hommes. Contemplons la croix. J'ai souvent visité un détenu de Colombie à qui j'ai donné une croix. Il l'avait mise sur un mur de sa cellule, et nous faisions chaque fois une prière en la regardant. Elle était pour lui le signe que Jésus l'aimait et lui pardonnait. Jésus attire à lui tous les hommes.

La semaine prochaine, nous entrerons dans la semaine sainte. Continuons le Carême encore quelques jours. La lumière est au bout du chemin !

3ème Dimanche de Carême– Année B, 04 mars 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ex 20, 1-17 / 1Co 1, 22-25 / Jc 2, 13-25

 

         « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage ». En ce troisième dimanche de Carême qui marque notre progression vers Pâques, il est bon de nous entendre dire à nouveau que si Dieu est notre Sauveur c’est bien parce qu’Il nous fait sortir de tous nos exils. Exils qui nous conduisent souvent loin de nous-mêmes, loin de notre véritable identité au point, parfois, de ne plus nous reconnaître et de devenir étrangers à nous-mêmes et envers nos semblables. A cause de ce qu’Il est c’est-à-dire Bonté de qui vient tout bien, Dieu a le pouvoir de nous faire sortir de tous les esclavages dus à nos manques d’amour. Esclavages qui viennent blesser la liberté pour laquelle nous avons été créés. Un seul moyen de retrouver la voie de notre liberté, c’est de reprendre résolument le chemin de Dieu qui veut nous abreuver à la source de Vie. Regardons dans notre vie toutes les sorties de nos liens mortifères que nous avons pu effectuer grâce à telle ou telle personne. Là, je puis reconnaître que Dieu est présent dans ma vie, qu’Il est mon sauveur parce qu’Il m’a vraiment sauvé de ces liens en m’entraînant à sa suite sur de vrais chemins de liberté.

Les préceptes du Seigneur, ses 10 paroles de vie, c’est-à-dire son Décalogue, c’est la pédagogie de Dieu pour que nous retrouvions le goût de Dieu. Comme dans une course en haute montagne, ce Décalogue déroule sous nos yeux les passages obligés de notre marche parfois périlleuse afin de nous protéger du danger. Dieu ne veut pas que nous tombions et c’est le sens de cette expression : « Je suis un Dieu jaloux ». Je désire -pourrait-il nous dire-que, dans ces passages étroits, tu progresses de façon sûre dans la Loi d’amour de Dieu. Je te donne ces basiles, non pour te charger davantage mais pour te protéger de toi-même et t’ouvrir à cette vie que je désire partager avec toi et que je vis avec mon Père.

Remémorons-nous le Psaume 19. La suite « amoureuse » du Seigneur, c’est la seule qui nous restitue notre vraie liberté, c’est la seule qui donne le vrai bonheur :

La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples. Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard…

Dans l’Evangile, Jésus est là, parmi les siens et ceux-ci cherchent à l’arrêter comme un malfaiteur. Ils exigent des signes mais quand ils sont devant leurs yeux, ils ne savent même pas les lire. « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai », et saint Jean d’ajouter : « le Temple dont il parlait, c'était son corps ». Ce Temple, mon corps, votre corps, vous l’avez pollué avec vos trafics et vos idoles : eh bien je le relèverai. Même terme employé pour la « résurrection. » Le seul signe donc que Jésus veut donner à ceux qui recherchent des signes merveilleux dans les effets médiatiques, le bling-bling, et à ceux qui recherchent une pseudo sagesse coupée de Dieu dans l’ésotérisme, le paganisme éthéré et les richesses inutiles, le seul signe, c’est un Messie crucifié, puissance de Dieu, Sagesse de Dieu. Pauvre, sans apparats, serviteur sans gloire mais ressuscité car Dieu l’a fait sortir des liens mortifères dans lesquels nous l’avons mis pour nous acheminer vers notre véritable liberté.

Ainsi, le chemin qui nous mène du Décalogue à la Pâque de Jésus est le chemin spirituel qui, en nous faisant intérioriser les lois du Seigneur, nous révèle l’Amour que Jésus va accomplir dans sa propre chair.

En montagne, les passages difficiles sont balisés et équipés par un premier de cordée. Jésus est notre premier de cordée puisqu’en Lui se trouve accomplie la plénitude de l’amour de Dieu et que c’est en Lui et en lui seul que nous pouvons « passer » les passages difficiles qui conduisent à la liberté qu’est Dieu.

L’Evangile de Jean me dit que la sortie d’Egypte, puis la Loi, puis le Corps de Jésus livré, crucifié et ressuscité, en enfin l’amour du Seigneur, c’est la passion de ma vie qui me fait monter vers la joie et la lumière de Pâques.

Avec saint Paul, je sais que la folie de Dieu est plus sage que l'homme et sa faiblesse plus forte que l'homme ». Arrivés à cette troisième étape de notre route de Carême, accueillons Dieu dans un cœur pauvre, humble et reconnaissant : hâtons-nous sur la route de Dieu qui ne cesse de nous rechercher où que nous soyons pour nous libérer de nos entraves. Sur nos chemins escarpés vers la liberté, devenons fous de l’amour de Dieu derrière le premier de cordée. Par la louange et la charité envers les hommes nos frères, donnons notre amour par amour de Dieu pour tous, notamment les plus faibles et les plus fragiles, en qui le visage du Christ nous est révélé.

Là est le Carême que Dieu aime ! 

5ème Dimanche du temps ordinaire– Année B, 04 février 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Jb 7, 1-4.6-7 / 1Co 9, 16-19.22-23 / Mc 1, 29-39

 

Introduction :

Nous savons, surtout en cette période, que la vie est difficile pour tous. Mais si nous sommes accablés, Christ vient pour nous faire le don de son espérance. Dieu plus grand que notre cœur, plus grand que nos frontières, plus grand que nos péchés. Ce don, ce pardon, nous serons appelés, après avoir rencontré le Christ en cette l'eucharistie, à le communiquer à ceux que nous rencontrerons. Accueillons-le maintenant !

 

Homélie :

La présence de tant de personnes souffrantes en est pour nous un rappel : ceux qui, comme Job, n’en peuvent plus, pour qui la vie est une immense corvée, où le soir n’en finit pas, tous ces migrants, notamment à Calais. Pour eux, saint Paul et surtout Jésus cherchent à ranimer notre zèle missionnaire. « Faites-vous tout à tous, annoncez l'Évangile ! » Même si, en France, les chrétiens sont devenus minoritaires, le nombre importe peu : ce qui compte, c’est que nous soyons des passionnés de Dieu, des zélés de sa Parole, de ses gestes de relèvement, des porteurs de l’Evangile. Saint Paul nous dit d’être tout à tous, déracinés avec les étrangers, engagés avec ceux qui s’impliquent pour servir la dignité des hommes et des femmes, dynamiques avec les jeunes, respectueux de la différence culturelle ou religieuse, et leur faire découvrir qu’ils sont aimés de Dieu, d’un amour extraordinaire, un amour capable de soulever des montagnes et poser des gestes de relèvement.

Jésus s'intéresse pleinement à la vie quotidienne des hommes qu'il rencontre. Il se fait proche d’eux pour eux-mêmes. Il ne fait pas du racolage, mais il ne se lasse pas de révéler aux hommes combien ils sont aimés de son Père. Ils les accueillent tels qu'ils sont, là où ils en sont, avec leurs joies et leurs soucis quotidiens. Et pas seulement le dire, mais leur montrer : par des gestes concrets. Jésus ne se contente pas de vivre avec chacun de nous ; il dit ce qu'il vit dans sa relation à son Père, il nomme Celui qui le fait vivre, au risque même de ne pas être accepté, d’être rejeté et haï. Regardons-le avec la belle-mère de Pierre : "sans plus attendre", on parle à Jésus de la malade ! Il la prend par la main et la fit se lever. Quelle délicatesse, quelle force humble !

Sans plus attendre… la personne fragile devient donc la personne prioritaire. Oui, les plus fragiles, les plus faibles, notamment les personnes malades et handicapées qui ne sentent plus leurs forces, les pécheurs qui ne savent plus combien ils sont aimables, les prisonniers enfermés dans leur culpabilité. Tous ceux que Jésus rencontre, il ré-ouvre en eux un chemin de lumière et de liberté, là où certains les ont peut-être enfermés. Le Christ ouvre des chemins de liberté : quand on aime comme Dieu nous aime, on devient libre.

L'Église que nous sommes est l’Eglise faite de pécheurs qui se savent pardonnés ; c’est l'assemblée de ceux qui reconnaissent que Jésus les sauve. En sachant que Dieu sauve au-delà des frontières de notre Église. Jésus nous parle de son Père comme de Celui qui fait lever son soleil sur les méchants comme sur les bons : « sortons, dit Jésus, allons aux villages voisins pour que j’y prêche aussi ; c’est pour cela que je suis sorti ». Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père. Beaucoup seront surpris au jour de son Jugement d’amour quand ils se verront accueillis par un Christ qu'ils n'auront apparemment pas reconnu sur la terre mais qui les accueillera dans ses immenses bras d’amour. "Chaque que vous avez donné un verre d’eau à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi que vous l’avez fait !"

Dans son encyclique « Dieu est amour », Benoît XVI écrit : "L'amour du prochain consiste précisément dans le fait que j'aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n'apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu'à partir de la rencontre intime avec Dieu. J'apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon le regard de Jésus Christ " (§ 18). Jésus s'approche de la malade, il la prend par la main et il la fait se lever ! La fièvre la quitta et elle les servait ! A peine guérie, la belle mère de Pierre se met à servir, à se consacrer aux autres, à se donner aux autres. A la suite du Christ, elle choisit librement d'orienter sa vie au service des autres et au service de Dieu. C’est ce que tentent de faire vos pasteurs, vos frères prêtres, tous les bénévoles qui soutiennent notre centre de La Clarté-Dieu, vous-mêmes pour relever celui qui n’en peut plus.

Oui, saint Paul a raison : "Si j'annonce l'Évangile, je n'ai pas à en tirer orgueil". Un chrétien n’est pas meilleur qu’un autre mais il se sait habité par Celui qui nous fait passer du bien au meilleur. Si l'Évangile est un don, il est aussi une tâche à faire et un risque ! À qui on aura donné beaucoup, il sera beaucoup demandé ! Malheur à moi si je n'annonce pas l'Évangile !

Notre vocation à nous, chrétiens rassemblés ici pour ce temps de ressourcement et d’action de grâce, c'est d'annoncer l'Évangile, par la parole parfois, mais surtout par la qualité de notre vie et de nos gestes. Aux plus fragiles d’entre nous et de notre entourage. Au bureau, à la maison, dans le quartier.

Nous célébrons l’Eucharistie comme chaque dimanche, c'est-à-dire que nous rendons grâce à Dieu pour le don qu’il nous fait de sa Vie et pour l’énergie, le souffle, l’Esprit saint qu'il nous donne pour être d’authentiques témoins, des passionnés de Dieu, des hommes habités par le Christ et respectueux des hommes que Dieu aime sans aucune restriction. Vivons comme Jésus, d'autant plus tournés vers les hommes que nous sommes enracinés dans une vie de prière, de contemplation et de vraie fraternité ! Nous sommes là, ensemble, pour porter les souffrances de ceux qui n’en peuvent plus. Nous sommes là pour tous pour qu’ils se sentent soutenus par notre humble présence.

Louons Dieu dans la confiance, surtout dans l’épreuve comme Job. Et proclamons la Bonne Nouvelle en bénissant et en libérant des ténèbres par la lumière et la bonté de nos vies.

2ème Dimanche du temps ordinaire Clarté Dieu– Année B, 25 février 2018, Fr Romain MAILLEUX, Franciscains à Bruxelles

Gn 22,1-2. 9-13. 15-18 / Rm 8, 31b-34

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc  (9, 2-10)

2Six jours après,

Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean.

Il les fit monter sur une haute montagne,

à l'écart, seuls.

 

Et il fut transfiguré devant eux.

3Ses vêtements devinrent resplendissants,

d'une blancheur telle,

que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.

 

4Élie leur apparut avec Moïse,

et tous deux s'entretenaient avec Jésus.

 

5Pierre, voulant répondre, dit à Jésus:

"Rabbi, il est bon que nous soyons ici.

Faisons donc trois tentes:

une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie."

6Il ne savait en effet que répondre, Pierre;

tant ils étaient saisis de frayeur.

 

7Survint une nuée qui les couvrit de son ombre,

et de la nuée survint une voix:

"Celui-ci est mon fils, l'Aimé,

écoutez-le!"

 

8Et soudain, regardant tout autour,

ils ne virent plus personne,

sauf Jésus, seul, avec eux.

 

9Ils descendirent de la montagne.

Il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu,

si ce n'est quand le fils de l'homme se lèverait d'entre les morts.

 

Ils se retinrent de parler,

se demandant toutefois entre eux ce que voulait dire:

"se lever d'entre les morts".

 

Homélie

 

"Et il fut transfiguré devant eux".

 

Métamorphosé, dit le texte. Un visage autre, transformé, un visage au-delà du visage habituel, au-delà de l'humain. Un visage habité, habillé de lumière, celle de l'amour, l'amour de cette voix qui sort de la nuée: "Celui-ci est mon fils, l'Aimé, écoutez-le!".

 

Et non seulement le visage, mais le corps, l'humain tout entier est habillé de lumière: "Ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille".

 

La lumière, l'épanouissement, le rayonnement que donne à l'Aimé l'amour reçu. "Celui-ci est l'Aimé". Car c'est bien parce qu'il est l'Aimé, parce qu'il est aimé que le fils de l'homme, le fils de l'humain, Jésus, est rayonnant de lumière, de beauté et de bonheur. Et cela, sur une haute montagne, là où le ciel rejoint la terre, où l'au-delà de l'humain rejoint l'humain.

 

En chacune, en chacun de nous aussi, le ciel peut rejoindre la terre. La transfiguration de l'amour, par l'amour, dans l'amour! Quel est le couple aimant, l'enfant aimé, la personne aimée, qui n'a pas connu, qui ne connaît pas ses moments de transfiguration, d'extase ? Quel est le spirituel, le contemplatif, le mystique, le fou de Dieu, qui n'en est pas visité ? Et, en contrepoint hélas, on sait que tant d'enfants, de femmes et d'hommes ne les connaissent pas et ne les connaîtront jamais ces moments-là, parce qu'ils ne sont pas ou ne se sentent pas aimés.

 

Heureux instants que ces transfigurations où l'on vit l'intense, où l'on sent qu'une présence nous dépasse, que c'est venu d'ailleurs. Présence que nous, chrétiens, nous nommons Dieu, Jésus, l'Esprit, le divin, et qui prendra d'autres noms dans d'autres langues. Présence en haut de la montagne, là où le ciel rejoint la terre, en nous les humains.

 

À côté de Jésus, il y a Moïse, la Loi, et Élie, les Prophètes, tout ce qui est, était l'essentiel jusque-là. Ils ne sont pas la lumière, ils sont à côté.

 

Pierre est déconcerté. Impulsif comme il est, il faut qu'il dise quelque chose. Il est de ceux-là qui ne supportent pas le silence devant les situations énigmatiques. Il veut répondre, dit le texte, comme si on l'avait interrogé, alors que rien ne lui a été demandé. Il parle sans savoir ce qu'il dit, ajoute le texte. Il sent bien pourtant, il voit bien que quelque chose d'inédit, d'unique, survient en cet homme vêtu de lumière. "Rabbi, il est bon que nous soyons ici, s'écrie-t-il. Restons-y. Plantons des tentes ! Une pour chacun de vous".  On est si bien ici !

 

Et non, Pierre ! La transfiguration, elle ne se laisse pas mettre sous tente. Elle échappe à toute prise, à toute mise en demeure. Non sans avoir livré son message, cependant : "Jésus, lui, vous reste, seul. Écoutez-le." Et soudain, poursuit le texte, regardant tout autour, ils ne virent plus personne, sauf Jésus, seul, avec eux." Moïse et Élie ont disparu. Il reste, il y a Jésus. Uniquement Jésus.

 

Les transfigurations, on ne peut les fixer sur la vie qui coule, on ne peut les figer. Il faut descendre de la montagne, revenir vers l'humain et ses vicissitudes, l'humain cheminant sur les sentiers de la terre.

 

Nous savons que l'amour, même le plus fort, le plus transfiguré et le plus transfigurant, le plus divin, ne peut préserver l'Aimé de tout obstacle sur les chemins de la vie.

 

Le Père Aimant de Jésus-Christ, cette voix qui avait proclamé "Celui-ci est mon fils, l'Aimé", n'a pas pu le préserver, lui, l'Aimé, du mal que lui ont voulu et fait les hommes, ceux de sa propre religion, lorsqu'ils ont défiguré le plus beau des enfants de l'homme, lorsqu'ils lui ont craché au visage leur mépris, leur haine et leurs coups, jusqu'à le faire basculer chez les morts.

 

L'amour des mères, l'amour des pères, l'amour de celles et ceux qui aiment, si grand soit-il, ne peut préserver les enfants, tous les enfants, de tous les dangers, des violations et des dégradations, des cruautés ou autres maux qui les menacent.

 

L'amour des proches, si fort soit-il, ne peut préserver les "aimés" du monstre assassin qui mange la vie, de la souffrance, de la peur de vivre.

 

L'amour, si grand, si infini qu'il soit, peut vaincre la cupidité qui détruit l'autre ; il ne peut la supprimer. L'ivraie croît, avec le grain.

 

Mais il peut être présent, l'amour, toujours. Être là. Être avec. Après la transfiguration, "il n'y avait plus que Jésus, seul, avec eux".

 

Avec eux ! Avec leurs joies et leurs peines, avec leurs souffrances et leurs questions. Car les questions, elles sont là, elles sont nôtres. Ils ne disaient rien en descendant de la montagne, "se demandant toutefois ce que pouvait bien vouloir dire : se lever d'entre les morts".

 

Le Jésus qui est avec nous aujourd'hui, en cette Eucharistie tout particulièrement, c'est le Jésus de Pâques, celui qui s'est levé d'entre les morts. Il est notre espérance, puisqu'il sait, lui, ce que veut dire "se lever d'entre les morts", et puisqu'il est avec nous. 

L’EPIPHANIE– Année B, 07 janvier 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 60, 1-6 / Ep 3, 2-3a.5-6 / Mt 2, 1-12

 

Epiphanie : cela veut dire "révélation", "manifestation".

Venus d’Orient, trois mages étrangers à la foi juive suivent la lumière de l’étoile qui les guident jusqu’à Bethléem. Arrivés devant la Crèche, ils adorent Jésus et reconnaissent en lui le Sauveur.

  Balthazar offre une urne remplie d’or pour honorer Jésus comme roi.

  Gaspard offre de l’encens pour honorer la divinité du Christ et le rencontrer dans la prière.

  Quant à Melchior, il tend un coffret contenant de la myrrhe -gomme aromatique-, signe de souffrance. Il annonce ainsi que le Christ souffrirait par amour pour chacun de nous et pour nous sauver.

A Noël et à l'Epiphanie, des anges et une étoile pour proclamer la gloire de Dieu. Un astre apparaît, figure de la naissance du Christ annoncé par le livre des Nombres : "De Jacob montera une étoile, d'Israël surgit un sceptre". A cette époque, la naissance des rois est comparée à des astres, des étoiles. L'astre guide le chemin vers le Christ pour y aller l’adorer. Aujourd’hui, la Parole de Dieu et la communauté qui porte cette Parole nous accompagnent pour l’adorer.

Les mages symbolisent l'ensemble de l'humanité, la vocation de toute personne à accéder au Royaume de Dieu. Les bergers venaient des alentours pour le voir, les mages viennent de loin pour l'adorer : ils symbolisent la venue de tous les peuples étrangers à la foi. Ils représentent ce qui en nous est le plus étrange, le plus étranger à nous-mêmes et aux autres. Le plus étranger accède à Dieu pour être illuminé dans la foi. Avec les bergers et les mages, les premiers incroyants à accéder à la foi, c’est chacun de nous, dans toute ses zones d’incroyances, qui est invité à :

  1. vivre la recherche de Dieu guidés par toutes les étoiles de nos vies. Essayons de les chercher, de les scruter, de les nommer.
  2. à adorer le Christ quand nous l’avons trouvé. A déposer les armes de nos violences intérieures ou de nos volontés de puissances, pour mettre Dieu à la première place dans notre existence.
  3. à lui offrir le meilleur de nous-mêmes en servant nos frères. C’est en donnant que l’on reçoit. C’est en pardonnant qu’on est pardonné.

Notre or, c’est le Royaume de Dieu que nous recevons pour le donner aux autres.

Notre encens, c’est la confession de la divinité du Christ et de sa résurrection qui fait de nous des vivants.

Notre myrrhe, c’est incarner l'humanité du Christ dans des actes de bonté, de beauté et de justice auprès de nos semblables. Pour qu’ils soient des ressuscités.

La galette des rois est une tradition typiquement française déjà active au 14ème siècle. La galette était partagée en autant de portions que de convives, plus une. Cette portion supplémentaire, appelée "part du Bon Dieu" ou "part de la Vierge", était destinée au premier pauvre qui se présenterait.

Nous aussi, que cette galette des rois que nous allons partager représente notre capacité à laisser de la place à ce qui est étrange en l’autre, en nous pourquoi pas ! Après cette adoration et cette fête, retournons comme les mages vers le réel de notre vie par un autre chemin, c’est-à-dire autrement que nos habitudes trop humaines où notre péché nous lie, mais par le chemin de l’Evangile, en mettant nos pas dans ceux du Christ, dans le chemin de son amour.

Car à la crèche, comme les rois mages, nous avons rencontré celui qui vaut toute l'attention, tout l'or, l'encens et la myrrhe du monde. Alors, fais silence, et tu pourras entendre le Verbe de Dieu. C'est en écoutant et en se taisant que l'on va au-devant du Verbe de Dieu. Sors de toi-même, et il entrera. Plus tu sors, plus il entre. A Noël, Marie et Joseph sont partis, hors de chez eux. Vers eux se déplacent les bergers et les mages. A ton tour, sort de ton « cher moi ». Vide-toi pour pouvoir être rempli. Sors pour pouvoir entrer, car Dieu ne peut emplir le coeur de ceux qui sont tout pleins d'eux-mêmes.

Bonne fête de l’Epiphanie et faites-vous l'âme libre !

Nuit de Noël– Année B, 24 décembre 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 9, 1-6 / Tt 2, 11-14 / Lc 2, 1-14

 

Un enfant, un bébé : c’est tout ce que le Seigneur a trouvé pour nous sauveur ! Un bébé emmailloté, couché dans une mangeoire ! Un bébé et ses parents, refusés partout, refusés par tous. Même dans la pièce commune il ne leur est pas fait de place !

Comme on ne fait pas de place pour les chômeurs dans le monde du travail. Pas de place pour les fragiles dans un monde de haute technologie. Pas de place pour les personnes aux marges aux yeux des biens pensants. Pas de place pour les pauvres dans les amas des milliards détournés de tout investissement pour un développement durable. Pas de place pour le respect de la création dans un système qui exploite au lieu de servir. Pas de place pour le Créateur dans ce monde de sécularisme où l’homme se fait tout seul. Pas de place pour le Prince de la Paix dans un monde de violence, pas même dans la maison commune. Pas même dans ce qu’il y a de plus commun dans nos existences, dans notre quotidien.

Depuis qu’il s’est exclu lui-même du jardin du paradis, l’homme avait fait du bois de l’arbre de la connaissance du bien et du mal le signe de sa peur. Plus tard, du bois, Noé s’en servit pour construire un bateau et collaborer avec son Créateur et empêcher ainsi sa création d’être engloutie.

Et voilà qu’en cette sainte nuit, le Créateur vient lui-même, emmailloté sur du bois. Au point le plus bas du globe. Au plus bas pour élever l’homme au plus haut de sa dignité de fils de Dieu. Pour le remettre debout alors qu’il était tombé si bas au jardin d’Eden. Le Messie vient dans le jardin du chant des bergers, à Bethléem. Il vient dans de petites grottes où seuls des animaux trouvent un refuge. Là où ces bêtes sauvages et violentes tapissent le fond de notre cœur. Pas dans la salle commune, notre quotidien, mais là où nous avons peur de l’autre, peur de nous-mêmes ; là où le ressentiment paralyse nos relations, là où nous sommes incapables de dire merci à nos proches et leur montrer par des gestes concrets que nous estimons, non seulement ce qu’ils font mais ce qu’ils sont. Là, Il vient, couché sur du bois qui sert de mangeoire à ces animaux sauvages de nos vies. 12 ans plus tard, ce bébé deviendra charpentier pour travailler ce bois, fruit de la terre et du travail des hommes, et donner forme à ce qui en nous n’en a pas à cause de ces bêtes sauvages. Ce bois que l’homme aura tôt fait de transformer en croix de torture pour éliminer à nouveau son Créateur dans ce nouveau jardin du Golgotha. Mais ce bois que Dieu saura bien cependant transformer en arbre nouveau d’où coulera le fruit de la vie de Dieu, vrai sang versé pour la multitude, vrai corps donné pour tous.

Il vient, ce Sauveur, ce Prince de la Paix. Il descend pour tous ceux qui marchent dans les ténèbres ; pour les inscrits sur des registres et pour tant de sans domiciles ; pour les prisonniers qui vivent dans les cellules de l’ombre ; pour cette femme qui vends son corps pour nourrir ses enfants ; pour cet homme dont la drogue ou l’alcool vient détruire sa dignité ; pour ces soi-disant justes qui ne vivent qu’anesthésiés ; pour ces violents qui retournent leur propre violence contre les autres ; pour ceux qui piétinent les autres et ceux qui sont piétinés ; pour chacune et chacun  de nous ; pour les malades et ceux qui nous sont chers ; pour les personnes heureuses et ceux qui ne le sont pas. Il vient, pour TOUS. Même et surtout pour ces bêtes sauvages qui prennent tant de place en nos vies. Il vient pour TOUT sauver en tous. Il vient. Et c’est un bébé. Un bambin pour que plus personne n’ait peur, surtout pas d’un enfant. Pour que chacun puisse avancer à son rythme, à nos côtés, derrière nous, mais infiniment présent. Il vient. Emmanuel, Dieu-avec-nous !

Sur ceux qui marchent dans les ténèbres, voilà qu’une lumière se lève. Sur ceux qui habitent le pays de l’ombre, voilà qu’une lumière a resplendi. Sur les bergers qui passent la nuit dans les champs, voilà que la gloire du Seigneur les enveloppe de sa lumière.

Il n’y avait pas de place pour lui dans la pièce commune et voilà que des bergers viennent l’entourer là où ces bêtes le réchauffent. Il était seul dans une mangeoire avec ces animaux et voilà que des mages originaires d’Orient viennent se prosterner devant lui et lui offrent le meilleur d’eux-mêmes. Il était seul dans le tombeau de la mort et voilà que des femmes viennent embaumer son corps mort et, sur l’appel de l’ange, elles repartent du tombeau en courant, pour Jérusalem et, d’une communauté vouée à la mort, elles la ressuscitent en fraternité.

Un enfant, un bébé : c’est désarmant ! Désarmant de tendresse et d’espérance. Un bébé où tout est dit de l’innocence retrouvée, le nouvel Adam éternellement jeune. Un enfant qui transforme ceux qui viennent l’adorer en communauté de frères. Un enfant qui change la peur en Foi. Un enfant qui remet l’homme excentré en son véritable centre. Un enfant qui aime, couché sur le bois, jusqu’au bois de la croix, pour que ressuscite en tous la joie et l’espérance de Dieu. Un emmailloté, prisonnier des liens mortifères que sa créature lui impose, pour libérer l’homme de ce qui le tient captif.

Frères et sœurs, soyons dans la joie : laissons-nous envelopper de la lumière de cet Enfant. Laissons nos cœurs être tendres de la tendresse de Dieu. C’est Noël : Jésus, Dieu sauve ; Emmanuel, Dieu avec nous. Oui, Dieu nous sauve en étant avec nous, là où nous sommes, tels que nous sommes.

Dieu nous aime comme des enfants. Et Dieu se laisse aimer comme un enfant.

Homélies

Ap 7, 2-4.9-14 / 1 Jn 3, 1-3 / Mt 5, 1-12a

 

Chacun de nous est appelé par Dieu à être saint, c’est-à-dire à être bon avec tous ceux que nous rencontrons.

 

  1. Dans le texte de l'Apocalypse, saint Jean nous donne à voir  une foule immense qui échappe à la dévastation de la terre et de la mer par l'intervention de l'Ange de Dieu. Contre toute apparence, l’homme ne peut jamais totalement détruire la part d’innocence que Dieu a créée en lui. Même si mon cœur m’accuse, Dieu est plus grand que mon cœur. La part de sainteté en moi est plus grande que la partie de mon être abîmée par mon péché. Cette foule n’est pas anonyme, comme le soldat inconnu sous l’arc de triomphe : ce sont les serviteurs de Dieu, chacun de nous. Nous portons en nous le sceau, la marque du Dieu vivant. Nous portons ce vêtement blanc avec lequel le Christ ressuscité vient revêtir ce qui est laid en nous pour nous révéler notre véritable sainteté. Si j’accepte d’être ce serviteur de Dieu, je peux alors proclamer d'une voix forte : le Salut ne vient pas des hommes, il est donné par notre Dieu. Un des Anciens qui observe cette foule prend la parole : qui sont tous ces gens vêtus de blanc et d'où viennent-ils ? La réponse : ils viennent de la grande épreuve, ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau. En langage d’aujourd’hui : tous ces personnes, ce sont les saints de la vie de tous les jours, nous, parce que marqués par le sceau du baptême, plongés dans la mort et la résurrection du Christ, dans nos prisons mais pourtant appelés à la liberté par le Christ ; dans l’angoisse ou la peur et pourtant dans l’espérance d’être un vivant selon le cœur de Dieu ; dans la souffrance et pourtant déjà dans la paix du Christ. Notre baptême, nous le vivons comme un témoignage quotidien de conversion et d'amour. Parce que nous sommes devenus disciples du Christ.

 

  1. La deuxième lecture, elle aussi de saint Jean, nous dit que nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est. Mais surtout parce que nous nous laisserons regarder par le Christ tel qu’il nous voit, c’est-à-dire déjà sauvés, déjà libérés de toutes nos chaines, déjà relevés de ce tout qui nous anéantit. Etre saint, c’est laisser passer la lumière du Christ à travers l’épaisseur de notre vie humaine comme un vitrail opaque d’une petite église. Etre saint, c’est accueillir ce regard du Christ sur nous-mêmes ou sur les autres, regard qui transforme notre regard et nos actes. Être saint, quels que soit notre caractère, nos limites, nos erreurs et même notre péché, au cœur même de nos contradictions et des nuits de nos vies, être saint, c’est croire que nous sommes déjà comblés de l'amour du Père qui nous appelle ses enfants. Être saint, c’est celui qui n’est pas double ! C’est, de toute notre vie en en vivant tout simplement, chanter l’amour de Dieu pour les bons comme pour les méchants...

 

  1. Etre saint, c’est vivre les Béatitudes en devenant un enfant du Royaume. Être saint, c’est les vivre en sachant que Jésus les a vécues parfaitement, Lui le seul saint. Être saint, c’est pleurer avec ceux qui n’en peuvent plus et rester à leurs côtés au lieu de fuir. Être saint, c’est avoir faim de la justice, voire se révolter, quand d’autres sont écrasés par l’injustice sociale. Être saint, c’est faire la paix en toutes circonstances, dans nos relations parfois si difficiles, mais aussi dans notre propre histoire de blessures. Être saint, c’est se tenir à côté de son conjoint qui ne vous reconnaît même plus à cause de sa maladie, ne jamais l’abandonner ni le réduire à ce que la maladie a fait de lui. Être saint, c’est être un vrai doux, ni mièvre ni indolore ni sans saveur, mais engagé à vivre de la loi d’amour de Dieu quand d’autres la transforme en pierres à lapider. Être saint, c’est choisir la vie en devenant des chercheurs de Dieu. Être saint, c’est choisir l'humilité à l’orgueil, la douceur à la force, la sainteté au péché, la justice à la corruption. Être saint, c’est faire le choix de ne pas être prisonnier de notre « belle » image de nous-même mais ouverts au regard de Dieu qui nous décentre et nous ouvre.

 

  1. Certes, choisir l'Evangile du Christ, c'est inévitablement affronter l'épreuve, parfois même la persécution tant la différence entre l'esprit du monde et l'Esprit qui nous vient du Père est grande et tant sont répandus aujourd'hui l'indifférence et l’individualisme. Mais heureux sommes-nous quand, au cœur de nos vies quotidiennes, nous vivons en enfants de lumière.

 

Seigneur, fais-moi devenir ce que tu as créé en moi, ce saint et ce témoin qui expérimente chaque jour combien est immense ton amour pour tout personne.

 

AMEN !                          

28ème dimanche Ordinaire – Année A, 15 octobre 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 25,6-10a / Ph 4, 12-14.19-20 / Mt 22, 1-14

 

Isaïe nous décrit un banquet de fête. Tous les peuples du monde entier sont invités, et chacun d’entre nous. Et ce banquet signe la fin de l’humiliation du peuple, la fin de la souffrance et de la mort. Il signe la pleine communion enfin retrouvée avec Dieu et avec les autres.

Il en est de même pour saint Paul qui a connu persécutions et privations de toutes sortes. Mais c’est en Dieu qu’il trouve sa force quand il est au plus mal : lui seul peut le combler pleinement.

L’Évangile nous parle de notre réponse à l’invitation de Dieu. Là aussi un banquet, et un banquet de noces. Il s’agit de célébrer pour un Roi les noces de son Fils, ses noces avec toute l’humanité et toutes les personnes de notre humanité. Chacun y est invité, gratuitement, généreusement. Chacun de nous est désiré de Dieu : il est espéré par Dieu. Tous mais pourtant aucun des premiers invités ne l’accepte et ils préfèrent leurs affaires. Certains vont même jusqu’à maltraiter les serviteurs de ce banquet de fête.

La bonne nouvelle principale des lectures de ce jour, c’est la bonté de Dieu envers tous. Gratuitement, il nous offre tout ce qu’il est, sa vie, son amour, sa miséricorde. Même si nous ne l’accueillons pas, même si nous mettons le Fils à la dernière place, même si nous l’éliminons de notre paysage, Dieu est bon pour tous et il nous donne gratuitement son amour.

Si nous ne l’accueillons pas, ce n’est pas pour autant que Dieu ne persévère pas, même si nous le rejetons. Sa bonté est sans limite. Il ne veut laisser personne de côté. Les bons comme les méchants. Personne n’en est digne, mais c’est Dieu qui nous revêt de sa dignité. Pas de conditions simplement d’accepter son invitation car il ne veut pas forcer notre liberté qu’Il nous confie, même si finalement nous pouvons en user de la manière qui ne soit pas la meilleure.

Comment peut-on refuser une invitation qui vient du Roi lui-même ? Quel mystère…Ceux qui se mettent au centre refusent l’invitation à accueillir la bonté infinie de Dieu ; raison de plus pour aller aux périphéries où cette bonté de Dieu est particulièrement attendue et nous, d’être des serviteurs pour leur proposer.

Entre dans la salle de noces un homme qui semble avoir accueilli cette bonté mais sans revêtir l’habit de noce. Il est au banquet mais son cœur n’est pas revêtu d’amour pour vivre de cet amour-là. On peut faire les choses sans être habité de l’intérieur et sans les faire en toute vérité. Cet homme-là est accueilli dans la lumière de Dieu, mais son cœur ne laisse pas pénétrer cette lumière qui aurait pu éclairer les ténèbres de son cœur.

En tout homme, il y a l’attente d’un infini. Le peuple de la première alliance n’a pas répondu à cet appel contre toute attente. Alors qu’elle lui était accordée gratuitement. Sans condition aucune. Si l’invitation est gratuite, la réponse à donner implique de vivre revêtu du vêtement du Royaume, un vêtement de non-violence et de justice, un vêtement de joie et de pardon, un vêtement d’humilité et de fidélité, le vêtement du dévouement fraternel et du partage. C’est le vêtement du baptême : « vous avez revêtu le Christ ! ». Revêtons donc l’homme nouveau. Nous sommes responsables du don gratuit qui nous fait devenir nous-mêmes les serviteurs d’un tel banquet offert à tous.

Le Seigneur se tient à ta porte et il frappe. Si tu ouvres ton cœur, il entrera, il fera chez toi sa demeure. Il te servira lui-même à la table de son Royaume où tu as accepté de festoyer.

25ème dimanche Ordinaire – Année A, 24 septembre 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 55, 6-9 / Ph 1, 20c-24.27a / Mt 20, 1-16

 

Saint Paul nous dit : « Pour moi, vivre, c’est le Christ ». Être un vivant pour que « la grandeur du Christ soit manifesté dans mon corps », dans mon cœur, dans mes relations, dans ma vie. Mais comment ?

En cherchant d’abord le Seigneur et son Royaume. C’est le prophète Isaïe qui nous le dit. Le chercher là où il se laisse trouver. Cela suppose de quitter nos chemins parfois trop humains pour rejoindre le chemin de Dieu. D’élargir nos pensées pour rejoindre les pensées de Dieu. Cela suppose de nous former mais en sachant que Dieu est plus grand que notre savoir. De bouger et de changer car Dieu n’est pas statique : il se découvre sur un chemin. D’aimer mais de savoir que Dieu est plus grand que notre cœur. Où est-il sinon toujours plus haut que nos pensées, plus haut que nos idées ? Si je sais faire entrer dans mon univers et mes pensées l’univers et les pensées de Dieu bien plus élevées que les miens, je deviens un chercheur en quête de Dieu.

Chercher le Seigneur, oui, mais la parabole de l’Evangile nous révèle que c’est le Seigneur qui nous cherche. Elle est centrée, non pas d’abord sur ces hommes embauchés au fur et à mesure des heures de la journée, mais sur le maître du domaine. Ce n’est pas tant nous qui cherchons Dieu que Dieu lui-même qui nous cherche. Il vient à notre rencontre. Dès l’aurore, il sort, il se met à la recherche de ceux qui n’ont rien à faire. Du lieu de nos ténèbres pour nous illuminer. De nos lieux mortifères pour nous ressusciter. Du lieu de nos défigurations pour nous transfigurer. Du lieu de notre humanité pour la susciter à sa dimension divine.

Le Maître du Royaume sort au petit jour pour embaucher des ouvriers à sa vigne, et les associer à sa divine création, pour partager son unique richesse entre tous, pour que Dieu soit tout en chacun de nous, pour donner du travail et de la dignité à ceux qui n’en n’ont pas, pour donner sa présence à ceux que personne n’a visité.

Il sort dès l’aube, il sort une nouvelle fois à 9h, puis à l’heure la plus chaude de midi, à 15h, et enfin une heure avant que les ténèbres de la nuit ne reviennent. Il n’a de cesse de quitter le rang qui l’égale à Dieu pour donner à chacun ce qui peut le nourrir. Depuis l’aube jusqu’au soir. De la crèche à la croix.

Et il nous dit : vous ne faites rien de vos vies ? Vous vous perdez dans vos pensées qui ne sont pas celles de Dieu ? Perdus dans vos addictions ? Dans vos tocs ? Dans votre recherche de vous-mêmes ? Et vous ne produisez rien, affairés sans rien faire ? Parce que ce qui est premier dans vos vies ne vous nourrit pas et ne donne pas sens à votre vie. Un jour ton enfant dit à son père : tu veux gagner toujours plus et tu travailles sans arrêt, mais tu n’as pas même une heure à me consacrer pour jouer avec moi…

Eh bien, ce qui est premier en ta vie, accepte de le mettre en dernier. Pour que ce qui est dernier devienne premier : c’est-à-dire ta capacité à aimer, ta capacité à te laisser rencontrer tel que tu es, ta qualité de relation dont tu crois te protéger par un évitement de l’autre ou de la vérité de toi-même ; quitte ta vie fondée sur du donnant-donnant, comme ces ouvriers de la 1ère heure qui se permettent de juger la bonté de leur maître, et mets de la gratuité dans ta vie.

Dieu veut donner à chacun la plénitude de la vie de Dieu. Autant pour le dernier arrivé que le premier. Pour que Dieu soit tout en chacun. Car Dieu est bon, Dieu est riche en pardon. La vie passe tellement vite qu’un jour que nous sommes invités à nous dire : qu’est-ce que fait de ma vie ? Affairé sans rien faire ou me laissant embaucher par le vrai maître de ma vie pour lui dire : « pour moi, vivre, c’est le Christ ».

Eh bien, si « pour moi vivre c’est le Christ », je peux comme mon maître sortir de moi-même, fort de la richesse de son Royaume pour rejoindre ceux qui n’en peuvent plus et qui sont affairés sans rien faire, rejoindre la pauvreté de mon frère le plus proche pour l’inviter à la vigne du Seigneur. Vivre avec le Christ pour épouser sa cause, c’est-à-dire pour partager son Royaume aux esseulés, aux sans emploi, aux victimes des injustices humaines. Associer les plus faibles au travail de cette vigne éternelle où sont promis des fruits d’abondance.

Comme le Christ, sortir. Comme le Christ, inviter. Comme le Christ, être bon avec le premier comme le dernier. Comme le Christ, être bon et riche en pardon. Comme le Christ, quitte à traverser un désert ou même vivre dans ce désert, y planter une vigne, une fleur de bonté, une fleur de pardon.

Loué sois-tu pour tous ceux qui ne jugent pas les autres en critiquant la bonté du Seigneur qui est pour tous. Loué sois-tu pour tous ceux qui accueillent l’invitation du Seigneur à s’y embaucher. Merci Seigneur, pour tous les ouvriers de ta vigne.

25ème dimanche Ordinaire – Année A, 24 septembre 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 22, 19-23 / Rm 11, 33-36 / Mt 16, 13-20

 

Avec ses disciples, Jésus commence par un sondage d’opinion : « D’après les gens, le Fils de l’Homme, qui est-il ? ». Un sondage donne un reflet du réel, mais ce n’est pas le réel. Jésus se méfie toujours de ce qui n’est qu’apparence, de celui qui dit et ne fais pas, de celui qui dit croire mais ne s’engage pas.

C’est pourquoi il insiste : « et pour vous, qui suis-je ? ». Pour moi Benoît, pour chacun de vous, qui est le Christ ? Quelqu’un qu’on observe de l’extérieur ? Quelqu’un qu’on écoute ? Ou quelqu’un à qui on donne sa confiance. Une totale confiance.

La foi en quelqu’un, en Christ, suppose aussi un engagement. De toute sa personne. Sinon, cela n’est rien. D’ailleurs, dans la 1ère lecture, on retire le pouvoir au gouverneur Shebna car il a utilisé son pouvoir à ses propres fins et non pas pour s’engager pour Dieu au service de ses sujets. Et c’est à un autre que ce pouvoir de servir est donné.

Voilà qu’à la question du Christ : « Pour vous, qui suis-je ? », Pierre dit toute sa foi au Christ : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! ». Il engage toute sa personne, toute sa vie, pour le suivre, même si l’on sait qu’il reniera le Christ. Mais ce qui compte, c’est de lui donner toute sa foi et sa confiance. Et le Christ de lui répondre : « Tu es Pierre et sur cette Pierre, je bâtirai mon église ».

La pierre est le symbole fort du Messie, de celui qui vient pour tout sauver. Il est réservé au Christ. Pensez au rocher que Moïse a frappé dans le désert et d’où il sorti de l’eau pour abreuver le peuple assoiffé. Pensez au psaume : « tu es mon rocher, mon abri dans la détresse ». Et voilà qu’à cause de la foi de Pierre, Christ lui change son nom : il ne s’appellera plus Simon, mais Pierre. Pour être comme le Christ. Pour être pour les autres un homme sur qui s’appuyer, un homme qui dit du bien et qui fait du bien.

C’est notre vocation à chacun de nous. Confesser notre foi au Christ, s’engager de toute notre vie avec lui et pour lui, car là est notre bonheur. Du coup, c’est devenir pour les autres une pierre solide, malgré nos propres fragilités, une pierre sur laquelle ils peuvent s’appuyer.

Jésus me dit aujourd’hui, comme à vous, à cause de notre foi, même fragile : « Tu es Pierre ».

  • Ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. Celui qui était attaché, enchaîné dans la vie par telle addiction, tel esclavage, tel pouvoir, telle jalousie, quelle que soit l’enchaînement, et nous en connaissons tous, eh bien je te charge de contribuer à le délier et ce sera délié dans le ciel.
  • Et ce que tu auras lié sur la terre, sera lié dans le ciel. Celui qui était sans lien, sans amis, sans secours, sans terre, sans espoir, sans travail et auquel tu auras permis de créer des liens de fraternité, cela sera lié dans le ciel.

Voilà ce que nous pouvons faire les uns les autres, voilà ce que la communauté des croyants permet : relier celui qui n’est pas en liens avec ses frères ; délier ce qui est chaine mortifère pour autrui. Et Dieu se porte garant de ce que la communauté a décidé de lier ou de délier.

Voilà notre mission : croire de toute notre vie au Christ, recevoir notre vrai nom du Christ pour être une pierre solide pour les autres, quelqu’un qui crée des liens forts, éternels et qui délie là où la souffrance de destruction est trop forte. Je rends grâce à Dieu pour toutes ces pierres que nous sommes les uns pour les autres à cause de notre foi au Christ.

Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie– Année A, 15 Août 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Jn  11, 19a ;12,1-6a.10ab / 1Co 12, 20-27a / Lc 1, 39-56

 

Marie, tu es l’une de nous, de la même humanité, et pourtant la première d’entre nous, la croyante réussie aux yeux de Dieu.

Marie, tu es une jeune femme parmi tant d’autres, et pourtant maison de Dieu, tabernacle de Dieu, palais de Dieu, pour citer cette prière de saint François.

Marie, tu vis et souffres comme nous, et pourtant tu es parfait consentement à la Parole de Dieu, à la volonté de Dieu qui n’est qu’amour.

Marie, tu es vierge mais pourtant féconde. Et ton « Oui » rend tes impossibles ouverts à l’amour gratuit de Dieu.

Tu es la femme ayant pour manteau le soleil, la lumière de Dieu, et la lune, part obscur de nous-même, est l’escabeau de tes pieds. Une femme sujette comme nous au dragon du mal qui occupe le tiers du ciel et qui veut précipiter ton Enfant pour le détruire.

C’est donc qu’avec le Christ par toi, Marie, il y a, pour les deux-tiers du reste du ciel et de nos vies, il y a de la place pour le oui à la vie, à la bonté et à l’amour des autres et de Dieu.

Marie, la totalité de ta vie est ouverte au « Oui » à Dieu et les deux-tiers de nos personnes, parfois complices du péché, ouvertes aussi à cette Vie du Royaume. A quelle espérance tu nous convies de croire que la mort et l’égoïsme n’auront pas le dernier mot de nos vies, mais la résurrection du Christ et notre oui à la vie de Dieu pour aimer toute créature.

Marie, tu mets au monde un fils, qui est le berger de toutes les nations. Et qui plus est le Fils de Dieu. Il n’y a qu’à toi que cela a été donné. Marie, par la totalité de ton consentement, il n’y a que toi qui est « chez toi » dans la Parole de Dieu. Tu vis de la Parole de Dieu, ton Fils. Ta vie prend la source dans les paroles de Dieu. C’est la raison pour laquelle tu es aussi resplendissante d’amour et de bonté. Le fait que la Parole de Dieu te soit totalement intime te confère la lumière intérieure de la sagesse. Celui qui pense avec Dieu pense bien. Celui qui parle avec Dieu parle bien. Il possède des critères de jugement valables pour toutes les choses du monde. Il devient sage, et, dans le même temps, il devient bon. C’est d’autant plus beau que par le Magnificat que l’Église entonne chaque soir, Marie, tu parles avec nous, tu nous parles et tu nous invites à connaître la Parole de Dieu, à aimer la Parole de Dieu, à vivre la Parole de Dieu, le Christ.

Ton secret, Marie, est là. Tu es tellement habitée par l’Esprit de Dieu, tu es tellement accueillante à la Parole de Dieu, que la Parole prend corps en toi : tu mets Dieu au monde. Et quand tu rencontres Elisabeth, parce que tu portes le Christ en toi, tu éveilles en elle le meilleur qu’elle porte en elle, Jean, son Fils. Ta visitation chez elle fait que le plus profond d’elle-même tressaille d’allégresse.

Il en est de même pour nous. C’est ce que nous dit saint François : nous pouvons, comme toi, Marie, enfanter Dieu au monde, si je puis dire, le rendre visible, crédible, tangible, chaque fois que nous l’enfantons par des actes de bonté et de lumière. Chaque fois que nous partageons la vie du Christ, au plus intime de notre existence, et qu’il devient plus nous-mêmes que nous-mêmes. Alors nos rencontres peuvent devenir des visitations. Nous quittons l’indifférence et l’égoïsme tellement généralisés, nous nous décentrons de nous-mêmes pour nous centrer sur la vie, la joie et la lumière du Christ. Et toutes nos rencontres en deviennent les bénéficiaires : nous éveillons alors le meilleur de l’autre en lui parce que nous portons en nous le meilleur qui est le Christ qui vit en nous. Vous savez, quelqu’un que nous rencontrons et qui est habité de la sorte nous donne envie profondément de vivre à tel sommet. Quand nous ne le sommes pas, interrogeons-nous : de qui je vis ? qui m’habite ? À qui je consonne ? Nos rencontres familiales, professionnelles, communautaires sont-elles de simples rencontres et plus après plus rien parce que nous aurons voulu utiliser la présence de l’autre pour soi, comme faire valoir. Ou bien sont-ce plutôt des visitations où l’on peut demeurer en présence de l’autre et communiquer à partir du meilleur que nous portons chacun de nous ?

Marie, tu es désormais revêtue de gloire. Nous contemplons en toi la gloire que Dieu destine à chacun de ses enfants. Car cette gloire est celle de ton fils, la tienne propre, que tu nous donnes en partage. Au fond, la vérité ultime de notre joie est qu’aujourd’hui nous célébrons avec toi la victoire du Christ, même sur la mort elle-même, et notre humanité en bénéficie gratuitement, ainsi que le proclamait la voix puissante du livre de l’Apocalypse : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! ».

Dimanche de Pentecôte – Année A, 04 juin 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 2, 1-11 / 1Co 12, 3b-7.12-13 / Jn 20, 19-23

 

Introduction

Quand on dit de quelqu’un qu’il a l’esprit de la maison, on dit beaucoup. Nous, chrétiens, avons l’Esprit de notre Maison qu’est l’Eglise. L’Esprit qui descendit sur la terre informe a créé notre monde. L’Esprit de Pentecôte qui descend sur les Apôtres crée l’Eglise et donnant aux pierres vivantes que nous sommes la vitalité, la guérison et le dynamisme du témoignage dans nos veines pour en irriguer le corps tout entier, le monde tout entier.

Pentecôte, c'est Pâques, plus que jamais. Pâques en son dernier sommet. Au dernier jour de la grande Fête éclate avec magnificence ce qui s'était accompli dans le divin silence du matin de la Résurrection.

C'est l'accomplissement pascal. Et le soleil du matin de la résurrection brille maintenant à son midi.

 

Homélie

Pentecôte : cinquantième jour après Pâques. Il est dit que le jour de la Pentecôte a lieu le soir venu après la mort du Christ et que c’est le premier jour de la semaine, c’est-à-dire le premier jour de la nouvelle création de Dieu. Pâques et Pentecôte ne sont donc pas deux fêtes différentes, car elles célèbrent le Ressuscité transformé par l'Esprit et l'Esprit envoyé par le Ressuscité. L'Esprit-Saint parachève ce qu'il a commencé. Tout était dans le bourgeon, mais le bourgeon a gonflé, et maintenant il éclate.

Saint Paul dit dans son épître que c’est uniquement dans la Foi, c’est-à-dire lorsque nous sommes animés par l’Esprit du Père et du Fils, que nous pouvons découvrir que Jésus, l’homme Jésus de Nazareth, est bien le Seigneur. C’est-à-dire le Seigneur de toute vie, le Seigneur de gloire, le Seigneur ressuscité.

Et dans l’Évangile, il est précisé que cet événement a lieu dans le lieu où les apôtres sont enfermés, portes verrouillées. Cet évangile, à mon sens, récapitule toute la vie du Christ en quelques mots. C’est extraordinaire !

Dans le lieu où nous sommes enfermés, avec nos portes verrouillées par crainte de beaucoup de choses, verrouillés par nous-mêmes ou par les autres, eh bien là, et pas ailleurs, il est dit dans l’Évangile que Jésus vient : c’est tout le temps de l’Avent.

Là où nous sommes enfermés, portes verrouillées, il est au milieu de nous : c’est Noël, Emmanuel, Dieu avec nous. Et Jésus nous dira la fin de sa vie : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Ensuite, là où nous sommes enfermés, portes verrouillées, Jésus nous donne sa paix : « La paix soit avec vous ». La paix du Christ soit au cœur de toutes nos réalités, les plus dures soient-elles, les plus belles soient-elles.

Là où nous sommes enfermés, portes verrouillées, il nous montre les marques de sa passion. La passion, c’est le drame d’une vie donnée avec amour et refusée par les autres à cause du mal qui est à l’œuvre en eux. En montrant les marques de sa passion le jour de la Pentecôte, Jésus veut montrer à ses disciples qu’on ne peut pas faire l’économie d’une vie donnée avec amour qui ne fasse l’expérience de la croix. Mais puisque Jésus-Christ est le premier-Né d’entre les morts, cette vie donnée avec amour a vaincu la haine et la mort.

Là où nous sommes enfermés, portes verrouillées, après nous avoir montré les marques de sa passion, Jésus nous donne à nouveau sa paix, la paix du ressuscité avec la joie de Pâques et l’illumination du nouveau Jour de la Création.

Là où nous sommes enfermés, portes verrouillées, il nous envoie. C’est l’Ascension. Il nous fait le don de son souffle qu’est l’Esprit Saint avec la mission de soulager les autres des blessures de notre vie. C’est la Pentecôte. À nous de le recevoir, ce don, ce souffle, cet Esprit saint.

Vous voyez notre Evangile : Avent, Noël, la vie ordinaire, la passion, Pâques, Ascension, Pentecôte : tout en quelques lignes.

Il nous est dit dans la 2ème lecture que tout remplis de l’Esprit Saint, les disciples étaient baptisés, c’est-à-dire plongés dans la vie et le dynamisme de cet Esprit saint. Quel que soit notre origine ou nos déterminations, nous sommes tous, par ce baptême, égaux devant le Christ. Egaux et désaltérés, c’est-à-dire soulagés de nos maux et de nos peines, de tout retour sur nous-mêmes qui nous recroqueville et nous enroule comme le serpent de la Genèse pour nous dérouler de nous-mêmes grâce au dynamisme de l’Esprit saint. Nous sommes alors capables de nous tourner vers les autres et capables de communiquer dans la langue de l’autre selon le don de l’Esprit Saint. Communiquer quoi ? Les merveilles de Dieu. La seule vraie communication, c’est recevoir et donner toutes les merveilles de Dieu. Cela forme de nous un seul corps dans le Christ, une unité qui permet l’épanouissement des différences. Pour manifester tous les dons de l’Esprit saint en vue du bien commun. C’est servir les autres dans cet Esprit et dans ce souffle de Jésus-Christ mort et ressuscité.

« L'Esprit est votre vie », dit saint Paul. Avant, nous étions esclaves, enfermés, portes verrouillées. Avec l'Esprit-Saint, nous sommes devenus libres et vivants. Nous pouvons laisser l'Esprit saint gonfler nos voiles pour déployer en nous et chez les autres des énergies nouvelles. Pour être capables de passer sur la rive de l'autre et sur d'autres rives. Pour y chanter, vivre et annoncer les merveilles de Dieu qui nous fait passer des ténèbres à son admirable lumière.

Ascension du Seigneur - Année A, 25 mai 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 6, 1-17 / Ac 2, 4-9 / Jn 14, 1-12

 

         En cette fête de l’Ascension, nous regardons vers le ciel. Le ciel ? Certains pensent – et j’en suis – à ces superbes soirées d’été où nous nous laissons attirer vers l’infini en contemplant dans le ciel la "voie lactée". Je pense aussi aux psaumes :  "Le ciel, c’est le ciel du Seigneur ; Aux hommes, Il a donné la terre." Ou encore : "La vérité germera sur la terre et du ciel se penchera la justice." "Il fut enlevé au ciel." Ac 1, 2. "Celui qui était descendu est le même qui est monté au plus haut des cieux." Ep 4, 10. "Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu." Mc 15, 19.

         Dans la Bible, pas d’opposition entre le ciel et la terre comme des "mondes à part", ou les oppositions dont les hommes ont le secret ! Le Ciel, c’est Dieu ; la terre, ce sont les hommes créés par Dieu. Il y a certes distinction, mais pas d’opposition. Dans le ciel, Dieu n’oublie pas sa créature car Il continue de la désirer de son immense amour : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».

         La fête de l’Ascension, c’est cette "solidarité" entre ciel et terre, entre le « monde de Dieu » et le « monde des hommes », dans leur juste autonomie et leur heureuse amitié. Le Christ en est le pont, le pontife.

         A l’Ascension, le Christ ne « s’évade pas » dans un autre monde appelé ciel. Il porte plutôt son amour immense répandu sur la terre jusqu’à son Père qui en est la source. Toute notre humanité est ainsi assumée, accomplie, récapitulée dans le Christ.

         L’Ascension, c’est Pâques dans son exaltation, dans son élévation. Frères et sœurs, au jour de l’Ascension, nous sommes attirés vers le Haut qu’est Dieu, la tête dans le ciel tout en gardant les pieds sur terre. N’est-ce pas là notre vocation ?

         Et si le Christ est la tête de l’Église, nous sommes son corps. C’est pourquoi l’Eglise s’engage dans les combats de ce monde, parfois très durs, pour tout conduire vers le tout qu’est Dieu. Le ciel a pris chair pour que la terre soit attirée vers Dieu.

  • Oui, nous sommes bien de Dieu et non le fruit du hasard.
  • Nous pouvons marcher avec Dieu chaque jour ; nous ne sommes pas seuls car Il nous assure de Sa présence.
  • Et si nous sommes en Dieu, nous sommes vraiment nous-mêmes : nous sommes attirés vers Celui qui rassemblera toutes les générations, toutes les cultures, toutes les croyances. Le Christ, notre frère aîné, venu déposer le ciel sur la terre, apportera sa moisson bien travaillée de la terre dans les mains célestes du Père.

         C’est là notre chemin. C’est là notre vocation. C’est là notre espérance et notre dynamisme.

         Notre foi se déploie depuis Pâques jusqu’à l’Ascension insufflée par le dynamisme de l’Esprit saint. Nous croyons, non pas aux "forces de l’esprit" qui sont sans consistances, mais à la communion des saints, présence du ciel à nos côtés, pour que notre terre devienne ce laboratoire de l’amour de charité dont le Christ est la tête. Un laboratoire où le Christ déploie son amour en purifiant nos égoïsmes, en attirant la très haute vocation de l’Homme à sa vocation de fils de Dieu.

         Avant de les quitter, Jésus réunit ses amis. Pour leur donner l’amitié de Dieu. Rien que cela. C’est cette amitié qui les transforme et les envoie vers toutes les nations de la terre. La vraie amitié n’a peur du large. Elle rayonne. Elle donne force et enthousiasme pour aller vers les autres. Et s’ils regardent le ciel quand le Christ s’en retourne près du Père, ce n’est pas pour pleurer un ami qui disparaît à jamais, mais pour accueillir un ami éternellement présent. Plus de nostalgie : c’est le temps du témoignage.

         Le Christ a vécu sur notre terre en assumant les limites d’un corps d’homme. Quelques proches partageaient son intimité. Ressuscité, il fait exploser nos limites humaines et c’est l’humanité toute entière qui peut le voir et partager son intimité. Invisible désormais aux yeux de chair, il est présent à celui qui croit. Son amour dépasse le cercle des intimes pour que toutes les nations deviennent des disciples. Et pour cela, le Christ a besoin de nous comme ses témoins. Nouvelle preuve de son immense amitié : c’est par nous que le Christ veut maintenant être visible et être ami de tous.

         Bonne fête de l’Ascension !

5ème dimanche de Pâques – Année A, 14 mai 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 6, 1-17 / Ac 2, 4-9 / Jn 14, 1-12

Une vie active est remplie d’objectifs divers et variés. Elle est aussi marquée par les épreuves et les souffrances. Elle est formée par le travail, les amitiés, les affections.  Tôt ou tard nous devons nous arrêter pour prendre du recul, pour lever la tête du guidon et choisir l’essentiel : Quel est le cœur de ma vie, le centre de mon existence ? Être centré sur ce cœur-là, cela me paraît être le principal objectif de notre vie et de nos relations.

La première communauté chrétienne s’est posé, bien évidemment, cette même question. Un conflit entre les frères de langue grecque et les frères de langue hébraïque, dans l’expansion des premières communautés chrétiennes, leur ont fait poser la question : que deviennent la prière et la Parole de Dieu ? Du coup, ils choisissent des hommes, les premiers diacres, pour permettre à toute la communauté chrétienne, y compris ces diacres, d’être assidus à la prière et au service de la Parole de Dieu. L’objectif est de garder au cœur de notre existence la fécondité de cette Parole de Dieu qui est une Parole de vie et une Parole de vérité, une Parole qui fait cheminer, une Parole qui se donne à tous sans exception, une Parole qui veut soutenir les plus vulnérables.

Et saint Pierre, dans la 2ème lecture, nous invite à être des pierres vivantes et d’entrer dans la construction de la demeure spirituelle. Construire l’homme intérieur, fondé sur le Christ, bâti par la Parole de Dieu, c’est l’objectif de toute notre vie de chrétien. Une personne qui est capable de tenir quand tout autour de lui s’écroule ; une personne qui assume son histoire de blessures et capable de tenir debout lorsque les tempêtes à la surface pourraient le détruire ; une personne sereine comme le fond de l’océan est calme alors que la surface est tempête… voilà le chemin, l’objectif et notre vie.

Cette personne avec ceux de son entourage est alors capable de construire avec d’autres cette existence qui donne à voir le visage du Christ, un coeur bon et miséricordieux, un visage rayonnant -même avec ses rides-, des bras qui portent ceux qui n’en peuvent plus. Quand nous construisons nos églises ou nos cathédrales, c’est l’ensemble des pierres qui dessinent un espace qui n’est pas vide mais rempli de la présence de Dieu. Un espace ouvert à tous qui donne avoir le visage du Christ ressuscité à toutes les croyants mais bien au-delà au monde entier.

Chacune de nos personnes est invitée à devenir cette pierre vivante qui a pour fondation la pierre d’angle qu’est le Christ, pierre qui a été rejetée par ceux qui n’ont pas voulu accueillir la richesse de cette Parole. Pierres reliées entre elles par le ciment de l’amour comme les pierres de la cathédrale sont reliées entre elles. Bâtir l’homme intérieur, le vrai temple de Dieu, c’est alors devenir capable de donner une descendance, des fruits. Vous le savez comme tant de personnes veulent léguer à leurs enfants et leurs petits-enfants, quand ils partiront, le meilleur d’eux-mêmes qu’ils ont construit tout au long de leur vie. Il en est de même : tous ceux qui laissent construire leur existence par le Christ seront féconds et donneront beaucoup de fruits.

« Je suis le chemin, la vérité et la vie », dit le Christ.

Saint Pierre nous dit de nous approcher du Seigneur, de cheminer avec lui, de le fréquenter comme deux personnes se fréquentent ce qui va permettre peut-être d’éveiller en elles un véritable amour. Être un ami avec le Christ comme un ami est avec son ami. Certes cet ami qu’est le Christ a été refusé par ceux qui ont refusé de le fréquenter, de cheminer avec lui sur le chemin de la résurrection. Mais il est un véritable ami si nous acceptons de devenir cette pierre vivante posée sur la pierre d’angle que le Christ.

C’est parce que le Christ est dans l’intimité du Père qu’il peut accomplir les œuvres du Père. De même, si nous construisons cet homme intérieur, cette maison intérieure de Dieu en nous, nous ferons nous-mêmes les œuvres du Christ et donc celles du Père. Et le Christ nous dit même que nous en ferons de plus grandes encore. Les œuvres qui découleront de notre amitié et de notre intimité avec lui seront des œuvres de vérité et de bonté. Nous délaisserons tout ce qui est mensonge, faire-valoir ou hypocrisies pour devenir vrais avec nous-même, avec les autres et avec Dieu. Nous irons dans le sens de la vie : nous savons bien qu’un chrétien veut respecter la vie du commencement jusqu’à la fin et entre deux celle des plus vulnérables.

« Je suis le chemin, la vérité et la vie », dit le Christ pour que nous soyons pour d’autres chemin de vie et de vérité.

4ème dimanche de Carême – Année A, 26 mars 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

1S 16, 1b.6-7.10-13a / Ep 5, 8-14 / Jn 9, 1-41

 

Une remise en question, un changement de regard...

Une remise en question tout d'abord. "Je suis venu en ce monde, dit Jésus, pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles."

En apparence, il ne se passe rien, puisque le récit s'achève comme il avait commencé, sur la question du péché. Mais il s'est produit entre-temps un fameux retournement de situation : au début, en effet, lorsqu'on parlait de péché, on n'envisageait que deux hypothèses : ou bien l'aveugle était pécheur, ou bien c'était ses parents qui étaient pécheurs. Or, voilà qu'à la fin du récit, le passage de Jésus fait apparaître une troisième éventualité : les vrais pécheurs, ce ne sont ni l'aveugle ni ses parents, mais ceux-là mêmes qui les soupçonnent de péché. Les soupçonneurs sont soupçonnés. Les accusateurs sont accusés !

"Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : "Serions-nous des aveugles, nous aussi ?" Jésus leur répondit : "Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : "Nous voyons", votre péché demeure." Le comble de l'aveuglement, nous dit Jésus, c'est de ne pas voir qu'on est aveugle ! Et en ce sens, le pire des péchés, c'est peut-être de prétendre n'en jamais commettre ! Oui, cet évangile est une remise en question.

Mais l'évangile d'aujourd'hui, c'est aussi un long chemin... le long chemin que parcourt l'aveugle tout au long des interrogatoires qu'on lui inflige, la reconnaissance progressive de Jésus comme Seigneur. Le vrai miracle n'est pas celui qu'on croit. Il n'est pas tant la guérison de cet aveugle que le changement radical de son comportement. Un homme qui mendiait, poli et docile aux autorités se met à leur tenir tête ! une foi qui grandit dans l'adversité. Une foi qui grandit en proportion des risques qu'elle prend.

L'aveugle avait peur des Juifs. Et il sort guéri : il prend le risque de se faire jeter dehors ! Mais dans le même temps, il découvre qui est Jésus : "Je crois, Seigneur."

Si la foi de l'aveugle est la figure de la nôtre, cela veut dire qu'il nous faut prendre les risques de faire la lumière autour de nous et en nous pour découvrir en vérité que Jésus est Lumière. Seuls ceux qui aiment peuvent bien parler de l'amour. Seuls ceux qui prennent au sérieux et qui essaient de mettre en pratique l'Évangile ont des chances de découvrir qui est en vérité Jésus. Seuls ceux qui font la paix, peuvent découvrir en Jésus le Prince de la Paix. Seuls ceux qui font la lumière peuvent de découvrir que Jésus est lumière pour le monde !

Oui, une remise en question, mais aussi un changement de regard sur les situations et sur les personnes. Apprendre à regarder comme Dieu et nous verrons en chacun personne un frère que le Christ aime.

Acceptons la remise en question de l'Évangile, car c'est la condition pour que Jésus puisse nous guérir de notre aveuglement. Mettons-nous en chemin, risquons-nous à la suite de Jésus, car c'est le seul moyen de découvrir vraiment qui il est. Enfin, changeons de regard sur les choses, les situations et sur les gens, car Dieu ne regarde pas à la manière des hommes.

3ème dimanche de Carême – Année A, 19 mars 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ex 17, 3-7 / Rm 5, 1-2.5-8 / Jn 4, 5-42

 

Quelle surprise et même quel scandale pour les amis de Jésus qui reviennent de la ville de trouver Jésus assis sur la margelle d’un puits en conversation avec une femme de Samarie.

Les Juifs vouaient aux Samaritains une haine séculaire. Les Juifs purs les méprisaient comme un peuple hérétique car ils ne fréquentaient pas le temple de Jérusalem. Et il était de bon ton de rendre gloire à Dieu en détestant les Samaritains. C’était devenu une injure de jeter à quelqu’un le nom de "Samaritain" et encore plus de "Samaritaine" !

Jésus est là. Dans ce pays ennemi et hérétique. Pour y demeurer deux jours, et il va accoster cette femme dite "impure". Impure parce que Samaritaine. Impure parce femme légère avec ses vrais ou faux maris.

Mais avec la liberté qui n’appartient qu’à lui, Jésus accepte d’aller au-delà de ce que la société de son temps a déclaré impur. Pour lui, il n’y a pas d’exclus, pas d’ennemis, pas de maudits, pas d’impardonnables, pas d’irrécupérables ! D’où que tu es, Jésus vient pour toi. Aucun obstacle ne peut venir de tes origines, de ta culture, de ta religion, de ta manière de vivre. Dieu se propose à toi : à toi de le chercher. A tous est promis l’eau vive de sa Parole et de son Amour.

Pour les nomades, un puits dans le désert, c’est bien plus qu’un puits ou qu’un point d’eau : c’est un lieu de rencontre et d’échanges. Un endroit où l’étranger devient l’ami. Un le lieu aussi où les mariages se nouent.

L’eau, rare en ce lieu aride, devient maintenant la Parole de cet homme mystérieux. Une parole merveilleuse, profonde comme ce puits et qui dévoile la vérité de toute une vie. "Il m’a dit tout ce que j’ai fait, venez l’écouter". Une parole plus vitale qu’une source au milieu du désert. Une parole aussi définitive puisque la Samaritaine peut laisser là sa cruche avec laquelle elle puisait l’eau du puits. Elle n’a plus soif de cette eau-là, elle n’a plus soif de ces amours-là. La Parole de Dieu a comblé sa soif.

A ce puits, où se nouent les mariages, se déclare un mariage spirituel : la nouvelle alliance entre le Christ et l’humanité, qu’elle soit pécheresse ou sainte. Et l’adoration du Père en esprit et en vérité, ce ne fera plus, dit Jésus, au temple de Jérusalem, dans le cœur des hommes et des femmes qui se tourneront vers Dieu.

Aujourd’hui comme hier, Jésus fait jaillir l’eau vive de sa Parole en nos Samarie d’aujourd’hui. Ces Samaritains, ces Samaritaines, qui sont-elles pour nous ? C’est peut-être cette belle-sœur divorcée que la famille rejette, ou ce fils homosexuel, ce collègue de travail dont on se détourne ? Un croyant d’une autre religion ou cet homme suspecté à cause de ses idées, de ses origines, de son ethnie, ou tout simplement de son "look" ?

Et cette Samarie, elle peut être parfois en chacun de nous. Il y a des personnes qui désespèrent d’elles-mêmes : "Ma vie est inconsistante, trop en désordre : Dieu ne peut pas m’aimer ainsi"… N’oublions jamais cette Bonne Nouvelle de l’évangile de la Samaritaine. Jésus propose l’eau vive de sa Parole à toute personne, en commençant par les plus isolés.

Jésus est assis sur la margelle de ton puits. Quand tu vas y chercher la source de tes profondeurs à ton puits, Jésus y est déjà là : il y est arrivé avant toi. Et là, il te demande : « Donne-moi à boire ». Il se révèlera à toi comme le Messie, le Fils du Dieu éternellement vivant. Ne passe donc pas près de ton puits sans t’y arrêter !                 

2ème dimanche de Carême – Année A, 12 mars 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Gn 12, 1-4a / 1,8b-10 / Mt 17, 1-9

 

Une remise en question, un changement de regard...

Une remise en question tout d'abord. "Je suis venu en ce monde, dit Jésus, pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles."

En apparence, il ne se passe rien, puisque le récit s'achève comme il avait commencé, sur la question du péché. Mais il s'est produit entre-temps un fameux retournement de situation : au début, en effet, lorsqu'on parlait de péché, on n'envisageait que deux hypothèses : ou bien l'aveugle était pécheur, ou bien c'était ses parents qui étaient pécheurs. Or, voilà qu'à la fin du récit, le passage de Jésus fait apparaître une troisième éventualité : les vrais pécheurs, ce ne sont ni l'aveugle ni ses parents, mais ceux-là mêmes qui les soupçonnent de péché. Les soupçonneurs sont soupçonnés. Les accusateurs sont accusés !

"Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : "Serions-nous des aveugles, nous aussi ?" Jésus leur répondit : "Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : "Nous voyons", votre péché demeure." Le comble de l'aveuglement, nous dit Jésus, c'est de ne pas voir qu'on est aveugle ! Et en ce sens, le pire des péchés, c'est peut-être de prétendre n'en jamais commettre ! Oui, cet évangile est une remise en question.

Mais l'évangile d'aujourd'hui, c'est aussi un long chemin... le long chemin que parcourt l'aveugle tout au long des interrogatoires qu'on lui inflige, la reconnaissance progressive de Jésus comme Seigneur. Le vrai miracle n'est pas celui qu'on croit. Il n'est pas tant la guérison de cet aveugle que le changement radical de son comportement. Un homme qui mendiait, poli et docile aux autorités se met à leur tenir tête ! une foi qui grandit dans l'adversité. Une foi qui grandit en proportion des risques qu'elle prend.

L'aveugle avait peur des Juifs. Et il sort guéri : il prend le risque de se faire jeter dehors ! Mais dans le même temps, il découvre qui est Jésus : "Je crois, Seigneur."

Si la foi de l'aveugle est la figure de la nôtre, cela veut dire qu'il nous faut prendre les risques de faire la lumière autour de nous et en nous pour découvrir en vérité que Jésus est Lumière. Seuls ceux qui aiment peuvent bien parler de l'amour. Seuls ceux qui prennent au sérieux et qui essaient de mettre en pratique l'Évangile ont des chances de découvrir qui est en vérité Jésus. Seuls ceux qui font la paix, peuvent découvrir en Jésus le Prince de la Paix. Seuls ceux qui font la lumière peuvent de découvrir que Jésus est lumière pour le monde !

Oui, une remise en question, mais aussi un changement de regard sur les situations et sur les personnes. Apprendre à regarder comme Dieu et nous verrons en chacun personne un frère que le Christ aime.

Acceptons la remise en question de l'Évangile, car c'est la condition pour que Jésus puisse nous guérir de notre aveuglement. Mettons-nous en chemin, risquons-nous à la suite de Jésus, car c'est le seul moyen de découvrir vraiment qui il est. Enfin, changeons de regard sur les choses, les situations et sur les gens, car Dieu ne regarde pas à la manière des hommes.

8ème Dimanche du temps ordinaire - année A, 26 février 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 49, 14-15 / Co 4, 1-5 / Mt 6, 24-34

Isaïe, au nom de son peuple qui subit la déportation et toutes ses conséquences, crie vers le Seigneur : « le Seigneur m’a abandonné ». Souvenons-nous sur la croix, le Christ en pleine souffrance, en plein anéantissement, reprend le cri de son peuple avec le psaume 22 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». C’est le cri de tant de souffrants, partout, sur toute la Terre, sur un lit d’hôpital, dans une cellule de prison, en pleine solitude vide, un amour trahi.

C’est alors l’occasion de douter de tout : de Dieu, de soi, les autres. Mais douter n’est pas péché, mais crier sa souffrance. D’abord pour ne pas la garder en soi. Crier sa détresse, c’est l’occasion d’un acte de foi, de confiance. Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné et en même temps, Seigneur aide moi faire confiance.

La réponse de Dieu à Isaïe : Même si une mère abandonnait son enfant, moi je ne t’abandonnerai jamais. Dieu, s’il est un père pour chacun de nous, il est aussi une mère ! Et quand tu nous sommes perdus, avec ce sentiment d’abandon, c’est lui, le Seigneur, qui n’a de cesse de nous chercher pour nous retrouver comme il le fait pour la brebis égarée.

Saint Paul, quand il s’adresse aux chrétiens de Corinthe, ne dit-il pas la même chose ? Les corinthiens, attirés par toutes sortes d’idoles, comme nous aujourd’hui, sont tentés de mal juger les autres et même parfois de mal se juger eux-mêmes ; ils deviennent alors les victimes de leur jugement qui est faussé parce que mal orienté vers une fin qui ne rend pas heureux. Paul leur dit et nous le redit : ne te laisse pas fausser et désorienter par ton seul jugement, par ton seul sentiment. Car ta foi en Dieu est plus grande que ton jugement et que ton sentiment. Dieu seul est capable te rendre justice, c’est à dire d’ajuster ton jugement, ton sentiment et les intentions de ton cœur, au réel de Dieu et des autres.

Il en est de même pour l’Évangile : nous ne pouvons servir deux maîtres à la fois. Nous jugeons parfois le réel à l’aune de ce que nous possédons ou alors de ce que nous ne possédons pas mais que nous voudrions. Nous sommes parfois affairés sans rien faire parce que nos désirs sont mal orientés en étant en quête de ce qui ne nourrit pas pleinement. Le souci excessif ne produit rien de bon : seule la confiance permet de vivre en paix et d’accueillir la vie comme un cadeau. Le but de notre vie est de rechercher ce qui comble : c’est le Royaume de Dieu et sa justice. Cherchons d’abord le Royaume de Dieu et tout le reste nous sera donné en plus. Gratuitement.

Bien sûr, il est de notre devoir de bien gérer notre existence et de ne pas vivre comme un oiseau sur la branche. Mais en même temps, ne vivons pas comme si tout dépendait de nous et en rien de Dieu. Si les soucis que nous avons et qui sont légitimes, nous paraissent parfois insurmontables, n’est-ce pas parce que nous ne comptons uniquement que sur nos propres forces. Or, notre vie consiste à chercher le Royaume de Dieu et sa justice : travaillons donc beaucoup mais comme si tout dépendait de Dieu est en rien de nous. Et en même temps, faisons confiance totalement à Dieu dans l’abandon, comme si tout dépendait de notre bon usage de notre liberté.  Alors oui, dans ces conditions, on peut dire avec le Christ : « chaque jour suffit sa peine ».

Je résume. Travailler et en même temps s’en remettre à Dieu. Exercer notre liberté et s’abandonner à sa grâce car il est une mère pour chacun de nous. Calmes dans la confiance et la foi, dignes de confiance et tendus vers ce Royaume de paix et de justice à construire pour tous et pour la plus grande gloire de Dieu. C’est cela qui rend heureux.

 

6ème Dimanche du temps ordinaire - année A, 12 février 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Si 15, 15-20 / 1Co 2, 6-10 / Mt 5, 17-37

 

"Dieu qui veut habiter les cœurs droits et sincères" il vient faire sa demeure en ceux qui gardent sa Parole. Saint Paul nous le dit à sa manière : nous sommes le temple du Seigneur. Mais comment garder un "cœur droit et sincère" ?

La 1ère lecture montre que Ben Sirac le Sage n'ignore pas le drame du péché ; mais il fait confiance à la Sagesse. Elle s'offre comme une mère à ceux qui sont disposés à accueillir son enseignement. Dieu nous a créés libres et responsables, et nous avons à choisir : d'un côté la vie en observant les commandements d’amour du Seigneur, de l'autre la mort, à cause de l'orgueil qui les rejette. Si l'homme est libre de ses choix, il n'est pas seul, livré à lui-même. Nous pouvons toujours compter sur la protection du Seigneur. Lorsque la mort physique n'a pu prendre qu'un corps accidenté, usé, vieilli ou malade, elle ne prend rien d'essentiel. Par contre, si elle s'empare d'une vie dominée par la haine, le mépris des autres, la recherche du profit, alors la mort est victorieuse. Elle humilie l'homme et sa liberté ; elle le tue deux fois ; elle prend tout. Beaucoup confondent la liberté avec l’absence de règles morales. Il est difficile de rester vraiment libres devant les séductions de l’argent, du plaisir et du pouvoir. La vraie liberté s’obtient par un combat de tous les jours contre nos tendances égoïstes.

Saint Paul nous invite également à faire "le choix de Dieu". "Ce qui est folie aux yeux des hommes est sagesse de Dieu". C'est dans cette sagesse que nous trouvons la vraie vie. Et c'est l'Esprit Saint qui fait de nous des adultes dans la foi, des êtres capables de dire non à l'esprit de domination. Choisir de suivre le Christ, c’est prendre le même chemin que lui, celui du service, du don de soi, de l'ouverture à Dieu et aux autres. C'est ce qui nous fait reconnaître disciples du Christ.

« Je ne suis pas venu abolir mais accomplir ». L'ancienne alliance était une étape dans la croissance de sainteté. Elle reste toujours valable, mais aujourd'hui nous sommes invités à aller plus loin : "On vous a ditMoi je vous dis…". Obéir à des commandements ne fait pas de nous des "justes", des personnes ajustées à Dieu. La pratique scrupuleuse d'un règlement ne suffit pas à rendre heureux. Il lui faut aussi de la solidarité, de l'amour. Avec le Christ, nous pouvons faire un pas de plus, davantage : « Si votre justice ne surpasse pas celle des anciens… ». Non seulement il faut être juste comme les pharisiens, mais en plus aimer votre frère comme vous-mêmes. L’amour du prochain transfiguré par le Christ. Nous sommes donc invités à choisir, non plus entre le bien et le mal, mais entre le bien et le meilleur, vers ce qui tend vers la sainteté de Dieu. Il n'est plus question d'obligations ou d'interdits. Ce que Jésus attend de nous c'est que toute notre vie soit remplie de l'amour qui est en Dieu : "Soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait !".

Certes, il n’a que Jésus qui peut aimer comme cela !". Il a pardonné à Zachée en le regardant dans son arbre et en s'invitant chez lui. Il n'a pas jeté la pierre à la femme adultère, mais il lui a donné la force de poursuivre sa route. Il a pardonné à Pierre qui venait de le trahir. Il a pardonné à ceux qui le faisaient mourir sur la croix. Il nous a révélé le véritable amour, celui de la brebis perdue ou du fils prodigue…

Ce chemin est exigeant. Que votre oui soit oui, que votre non soit non. Amen et oui, cela revient au même. Si l’on choisit Jésus, tout ce qui ne conduit pas à l’amour doit être abandonné. Si l’on dit Amen à Jésus, c’est cela seul qui compte. Jésus est le Seigneur. Dieu l’a ressuscité des morts. Nous savons qu’il a réussi en Christ. Il nous offre son Esprit Saint qui se déploie dans notre faiblesse pour avancer sur le chemin de son Amour. Toutes les lignes de l’Ancien Testament se rassemblent dans le Christ : c’est lui le fondement de notre Amen à Dieu. Nous n’avons qu’un seul oui, qu’un seul Amen, c’est Jésus lui-même.

3ème dimanche Ordinaire – Année A, 22 janvier 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 8, 23b-9,3 / Co 1, 10-13.17 / Mt 4, 12-23

 

Voici le début de la vie publique de Jésus. Jean-Baptiste l’a baptisé, il vient d’être tenté dans le désert quarante jours et Jean-Baptiste est emprisonné. Des risques pour tous en cette période trouble. Jésus quitte alors Nazareth, le pays de son enfance et va sur les bords du Lac de Galilée, un véritable carrefour, un lieu d’échange, là où sont entremêlés les diverses religions, de nombreux étrangers et même les païens. Au cœur du danger. Et c'est là qu'il commence son ministère, sur la terre de Zabulon et de Nephtali. Pas à Jérusalem dite pieuse, mais aux frontières, aux périphéries, là où sont des étrangers. Jésus choisit Capharnaüm, ville douanière, étape sur la route de la mer, entre Damas et Césarée-Maritime. Ce sera "sa ville", son port d'attache, son centre de rayonnement.

C’est là que, 700 ans avant, les armées violentes assyriennes détruisent les terres de Zabulon et de Nephtali. Sur ces mêmes rives du lac de Galilée, la population est vaincue, dominée, puis traînée en esclavage. Isaïe console alors le peuple de Dieu en prédisant une grande lumière : la libération de cet esclavage. Ce qui s’est effectivement réalisé. Lumière des lumières, Dieu lui-même vient libérer son peuple.

Dans cet évangile, Matthieu reprend ce texte d'Isaïe. Une façon de nous dire que l'action de Jésus vient accomplir ce qui s’était préparé du temps d’Isaïe. Mais Jésus vient cette fois nous délivrer du véritable esclavage : le péché. “Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est là”. Il est à portée de main, accessible. Suis-je ouvert à recevoir une telle parole qui éclaire ma vie, qui transforme la petite étoile des Mages en une puissance lumière qui me sauve ?

Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une lumière...”, « tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie ». Or, cette lumière, c'est le Christ Jésus, le Royaume de Dieu parmi nous.

Oui, dans le chemin de notre propre histoire, nous pouvons constater que des lumières durables sont intervenues dans notre existence ; qu’il s’est opéré des passages des ténèbres à la lumière ; d’un zapping à une unité ; d’une vie sans relief à une vraie paix, une vraie joie -ce qui ne signifie nullement absence de soucis, voire d’événements graves à vivre, à porter, à assumer-.

« Le Royaume de Dieu est tout proche », « Jésus proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple ». Voilà ce que nous annonce le Christ dans son Evangile. Non seulement il l’annonce, mais il est en acte : c’est lui-même. Chaque fois qu’un malade retrouve la guérison, chaque fois qu’un pêcheur accueille le pardon, chaque fois que quelqu’un qui s’auto justifie se laisse ajuster à la vie de Dieu. Et si notre vie est une marche, une marche vers l’autre, une marche avec des projets, une marche vers l’inconnu, vers les frontières, de manière exposée, elle est aussi une attente active où nous nous laissons rejoindre par l’autre, par les événements, par Dieu également.

Oui, le Royaume de Dieu se fait proche. Il est lui-même la lumière dans nos ténèbres.

  • Là où nous ne pouvions pas rejoindre l’autre, un Autre nous a rejoints.
  • Là où nos ténèbres intérieures étaient un obstacle, une lumière s’est rapprochée pour éclairer notre regard et y donner à reconnaître Celui de Dieu.
  • Là où nous étions paralysés par nos peurs et nos doutes, par nos histoires relationnelles difficiles parfois, par nos blessures, là où tu étais enfermé dans tes filets mortifères, un autre que nous même t’invite à être pêcheur d’homme pour les libérer de les filets qui les enferment.
  • Là où tu étais paralysé, je te ferai délivrer les autres de leurs paralysies.
  • Là où tu étais aveugle et tu ne voyais pas la vie, je mettrai en toi une lumière pour éclairer ceux qui marchent dans les ténèbres.
  • Là où tu étais bloqué dans ta barque, je te mettrai au carrefour des nations pour être un passeur de frontières.
  • Là où tu étais à ton compte, je te ferai partager mon destin et ma mission.
  • Là où tu étais bloqué par ton passé, aussitôt tu te lèveras vers l’avenir que le Christ te propose.

Sur un seul regard qui relève, Jésus appelle : « Venez derrière moi. Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent ». En le suivant, on devient libres et joyeux : libres dans nos rapports aux biens, libres dans nos rapports aux autres, libres dans nos responsabilités. Libres pour témoigner de Celui qui, gratuitement, s’engage avec nous, pour inaugurer un tissu de relations plus vraies et plus lumineuses.

Solennité de la Vierge Marie – Année A, 1er janvier 2017, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Nb 6, 22-27 / Ga 4, 4-7 / Lc 2, 16-21

 

Chers sœurs et frères dans la foi, Bonne et Heureuse Année ! Une année qui se termine, et l’année 2017 commence, c'est l'occasion de jeter un regard sur le temps qui s'écoule et de voir comment nous l'employons. C'est un moment où nous avons l'impression de pouvoir arrêter le temps... ne serait-ce qu'un instant, pour bien le regarder et ouvrir notre avenir.

Nous savons bien que ce qui est définitif n'est pas limité au monde qui passe. Les biens du monde transitoire et passager ne sont pas notre seule raison de vivre. Si nous sommes rassemblés ici, en ce moment, c'est parce que nous sommes croyants. Ce qui nous attire ici, c'est la présence du Sauveur, une présence toujours neuve au cœur de nos vies.

Nous sommes donc venus rencontrer le Seigneur, le premier jour de l'année, pour lui dire encore notre attachement, notre foi. Car nous savons que le seul moyen de donner un sens à nos années, c'est de vivre le présent en présence de Dieu, de nous remettre chaque jour à la suite de Jésus, de nous laisser entraîner dans son sillage, afin d'être avec lui dans ce qui a poids d’éternité dans le monde qui passe.

Nous savons que la bénédiction pour les autres n’est jamais sans effet. Tout comme son contraire, la malédiction. Si tout est centré sur le Seigneur, c’est parce que tout bienfait vient de lui : Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu'il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix ! En ce jour où nous nous souhaitons une bonne et heureuse année, il n’y a pas de beau souhait à formuler à ceux que nous rencontrons pour que Dieu nous garde à travers heurs et malheurs. Voilà notre raison d'être en paix. Et c’est le jour de l’année pour prier pour la paix.

Le 1er janvier, qu'on appelait autrefois la Circoncision, est aujourd'hui la fête de Marie, Mère de Dieu. Le texte de saint Paul aux Galates est le seul texte de Paul qui parle de Marie. Dieu a voulu faire de nous ses filles et ses fils. Il nous a choisis comme des enfants tellement unis à lui que nous pouvons l'appeler notre Père. “ Son Fils est né d'une femme… pour faire de nous des fils.” Ainsi, le Fils de Dieu, en devenant Fils de Marie, a fait de nous des filles et des fils du Dieu vivant.

Par elle s'accomplit le grand mystère du Dieu vivant dans notre chair, un Dieu venu partager nos espoirs, nos fatigues, nos limites physiques et même notre mort. C'est par le oui de Marie que Dieu est venu vivre dans notre chair, qu'il a partagé notre condition humaine en devenant notre frère, en partageant à son tour avec nous sa condition de Fils de Dieu. C'est par Marie, finalement, que nous sommes devenus filles et fils de Dieu “par une femme”.

C'est Marie qui accueille Jésus en notre nom. C'est elle qui reçoit le message de l'ange et qui dit oui aux projets de Dieu sur nous. Et par elle, nous sommes devenus sœurs et frères de Jésus, filles et fils de Dieu.

En célébrant l'eucharistie aujourd'hui, unissons-nous de plein cœur à la volonté même de Marie, qui a laissé grandir en elle le projet de Dieu. Que durant cette nouvelle année, nous disions aussi notre oui au Dieu vivant, comme elle a su le faire. En ce début de l'année civile, comme Marie qui méditait tout dans son cœur, nous demandons de quoi sera fait l'avenir. Gardons sa disponibilité et sa confiance. Si nous appartenons à Dieu, nous savons qu’il marche avec nous. Même dans les ténèbres, comme le dit le psaume 22, je ne crains aucun mal.

Jour de Noël - année C, 25 décembre 2016, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 62, 1, 1-5 / Ac 13, 16-17.22-25 / Mt 1, 18-25

 

Dieu s’est fait homme pour que, marchant derrière un homme, ce que nous pouvons, nous parvenions jusqu’à Dieu, ce que nous ne pouvons pas. C’est saint Augustin qui parle de la sorte.

« Au commencement était le Verbe ». « C’est lui, le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père (de toute éternité). C’est lui qui nous l’a fait connaître ».

Les parents, les éducateurs, les enseignants le savent bien : celui qui ne se sait pas aimé a un immense handicap de départ pour aimer à son tour et être fécond dans sa vie. Celui qui se sait aimé, précédé dans cette vie donnée et reçue, peut devenir à son tour plus facilement fécond. Celui qui fait l’expérience d’être enfant, peut devenir plus facilement parent.

Et voilà qu’en ce jour très saint, Dieu se fait Enfant. Il nous dit ce qu’est être enfant de Dieu pour que nous le soyons vraiment ; même si dans nos engendrements humains nous souffrons de ne pas l’être pleinement. Dieu se fait Enfant pour que nous soyons enfants de Dieu et nous le sommes vraiment.

Un Enfant qui naît dans les ténèbres d’une pauvre crèche pour être la lumière du monde.

Un Enfant qui ne peut pas manger du pain et qui est le pain de la vie.

Un Enfant qui ne sait pas marcher et qui est le chemin.

Un Enfant qui ne sait pas parler et qui est le Verbe éternel, la Parole de Dieu.

Un Fils unique pour que nous soyons uniques aux yeux de Dieu.

Un Enfant qui ne sera pas reçu par les siens parce qu’il est la Vérité.

Un Enfant pauvre pour nous combler de sa richesse divine.

Un Enfant qui se laisse aimer pour nous révéler l’amour de son Père pour les bons comme les méchants.

Un Enfant qui va transfigurer la Loi de Moïse en gratuité de l’Amour de Dieu.

C’est une joie immense que cette fête. Ecoutez la voix des guetteurs : tous ensemble ils crient de joie car tous les lointains de la terre ont vu le salut de Dieu. Tout ce qui est éloigné, même en nous, de nous, des autres, de Dieu, toute notre existence voit le salut de Dieu, le bonheur d’un Dieu qui vient Lui-même pour éclairer nos ténèbres et nous révéler notre véritable identité de fils et de filles de Dieu. Saint François dira que c’est la plus grande fête de l’Année liturgique car tout est déjà dans cet Enfant comme le développement de la plante et son fruit sont déjà entièrement dans son germe. Le reste n’est que déploiement logique de ce qui est déjà là. En lui est la vie et la véritable existence d’un Enfant de Dieu vient le lui. Rien de ce qui existe n’existe sans lui et ne se fait sans lui.

Comme ils sont beaux les pas du messager du Verbe fait chair ! Comme ils sont beaux les gestes de celui qui rend témoignage de celui qui vient dans le monde ! Comme ils sont heureux ceux qui naissent de Dieu, de cette vie donnée gratuitement par Dieu, reçue gratuitement par nous. Comme ils sont heureux quand ils la redonnent gratuitement à leurs proches, et à ceux qui sont si loin de notre Dieu qui nous aime ! Oui, comme ils sont beaux ces enfants de Dieu qui deviennent des messagers de cette Bonne Nouvelle qui jamais n’aurait pu être découverte par l’intelligence humaine, ni même pressentie, tant elle est inouïe, c’est-à-dire, jamais entendue, parce qu’aucune volonté d’homme ne pouvait prévoir. Cette Bonne nouvelle est devenue abordable pour tant hommes éloignés de leurs centres, jusqu’à faire pleurer et craquer le plus grand des meurtriers et l’émouvoir pour qu’il vienne à son tour adorer le Fils de Dieu dans la crèche de sa vie.                     

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