La Clarté-Dieu, maison franciscaine, 91400 ORSAY
La Clarté-Dieu, maison franciscaine, 91400 ORSAY

Homélie de la Solennité de la Toussaint – Année C, 01 novembre 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ap 7, 2-4.9-14 / 1 Jn 3, 1-3 / Mt 5, 1-12a

De ces lectures si riches, partons du mot ‘Apocalypse’. Révélation. Ce que nous sommes n’a pas encore été révélé, manifesté. Mais nous lui serons semblables quand nous le verrons tel qu’il est. C’est ce que vient de nous dire saint Jean dans sa 1ère lettre. Le même saint Jean, dans son livre de l’Apocalypse nous montre un ange qui monte vers où le soleil se lève. C’est précisément cela, être un saint : celui qui monte et ne tire pas vers le bas comme on aime tant faire aujourd’hui. Celui qui monte et qui marche là où le soleil se lève ; là où la puissance de la résurrection se lève pour vaincre les ténèbres de ce monde ; là où vivent ceux qui sont marqués du Dieu vivant et non pas de leurs forces mortifères. Ceux dont le nom est inscrit dans les cieux parce qu’ils aiment de l’amour dont ils sont aimés. Parce qu’ils montent vers le haut qu’est Dieu en s’abaissant vers les créatures de Dieu pour les relever quand elles ont été mises à plat.

Voyez, l’ange a pour mission de crier à quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres ». Le pape François a dit la même chose dans son encyclique Laudato Si : n’esquintez pas notre maison commune, sa création, ses créatures parce qu’elles portent la marque, l’empreinte de leur Créateur. Pour que la multitude de toutes les créatures soit effectivement marquée du sceau de notre Dieu. En commençant par la terre, la mer, les animaux et tous les humbles serviteurs et servantes de Dieu. Ces 144.000 qui marchent sur le chemin de la longue et douloureuse épreuve de leurs existences et qui lavent leur vêtement dans le sang de l’Agneau ; qui plongent leur existence dans la vie du Christ ; qui aiment de l’amour même dont ils sont aimés ; qui sont des doux et des humbles pour révéler la face lumineuse de chacun de leur compagnon d’humanité ; qui sont persécutés parce que précisément ils aiment de l’amour dont ils sont aimés. Ces petits et ces grands, marqués du sceau de l’Esprit du Christ qui se tiennent debout, parce qu’ils risquent leur liberté avec d’autres, quel qu’en soit le prix, pour se tenir debouts, libres, devant le Seigneur et à genoux devant les frères et sœurs tellement abimés par la folie des hommes qui ne se laissent pas aimés et refusent de devenir les saints qu’ils sont et ne laissent pas encore manifester la face lumineuse de leur être.

Je veux devenir un saint. Avec vous. Je veux vous aider à devenir des saints. C’est ce que nous sommes si nous ne nous laissons pas séduire par ces quatre anges qui nous détournent de nous-mêmes et des autres, qui nous détournent de l’humilité et de la vraie douceur, de la vraie pureté et de la miséricorde et nous empêchent d’être de vrais artisans la paix. Car nous sommes des saints quand nous marchons, ensemble, en vivant de l’humilité du Christ, de la douceur du Christ, de la pureté du Christ, de la miséricorde du Christ Prince de la paix, en vivant par amour toute forme de persécution à cause de Celui devant qui nous avons décidé de nous tenir debout pour risquer, en marchant, notre liberté au service des plus petits ! A cause du Christ.

Nous avons été créés pour avoir part à la beauté de Dieu et partager en frères ce que nous recevons gratuitement de la main de Dieu. Nous sommes faits pour cela : recevoir notre identité de la paternité de Dieu et prolonger cette vie reçue en vie donnée. En cela, nous sommes bienheureux et saints si nous répondons à ce pour quoi nous sommes faits.

Le Christ est le seul saint. Mais c’est en vivant cette marche de pèlerins, parfois dans la grande épreuve, parfois en lavant nos vies dans le sang des hommes, parfois dans le sang de l’agneau, c’est ainsi que peu à peu, avec toux ceux qui nous précèdent et ceux qui nous suivront, nous serons par pure grâce revêtus de blanc par le Christ lui-même et nous recevrons de Dieu la sainteté que, certainement pour une grande part, nous vivons déjà.

Alors, en présence des anges et des Anciens, avec les quatre vivants, avec Marie qui est la première d’entre nous à vivre de cette sainteté, nous deviendrons en plénitude qui nous sommes, fils et filles de Dieu et pouvons dès à présent chanter pour toi Seigneur :

« Louange et gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles » !

Homélie du 28ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C, 13 octobre 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

2R 5, 14-17 / 2Tm 2,8-13 / Lc 17,11-19

Naaman, un lépreux, un étranger guéri par Elisée, un prophète juif ! Dix lépreux dont un étranger samaritain, guéris par Jésus, le Messie !

Naaman est sur la terre promise et se rend au Jourdain. Comme pour mieux anticiper le baptême dans lequel nous avons été plongés, là même où l’auteur du baptême fut baptisé et l’accès des nations païennes à la foi en Christ. Les dix lépreux se rendent auprès de Jésus, seulement considéré comme Maître et pas encore comme Messie.

Naaman se plonge 7 fois dans le Jourdain, les dix lépreux implorent Jésus : « Jésus, Maître, aie pitié de nous ! ».

Jésus renvoie les dix lépreux pas encore guéris vers les prêtres. Et c’est en cours de route qu’ils sont guéris.

Naaman guéri retourne vers Élisée, l’homme de Dieu ; un seul des lépreux, un étranger samaritain, retourne vers Jésus. Tous les deux rendent grâce à Dieu pour leur guérison pour rendre gratuitement ce qu’il a reçu gratuitement au cours de leur marche. Marie-Madeleine s’est retournée à deux reprises au matin du tombeau, signe de sa conversion, pour mieux s’entendre appelée par son nom par Jésus qui lui restaure alors toute son identité. François d’Assise, une fois passé de la recherche de la gloire humaine à l’humilité de Dieu entend cette voix qui lui dit : « François, retourne au pays qui t’a vu naître ». Plutôt que de zapper d’un événement à l’autre, nous-mêmes, quels temps et quels moyens prenons-nous pour retourner à notre véritable intériorité, vers Celui qui est à la source de tout bien, et notamment de notre délivrance et de notre guérison.

  • Retourner à notre maison intérieure pour dire notre nécessité d’être délivré, restauré, relevé, appelé et sauvé (aie pitié de nous),
  • Retourner à notre maison intérieure pour nous entendre dire d’aller vivre toutes nos relations et y compris sacramentelles dans la vérité et l’humilité, sans les fuir, sans se crisper, mais dans la simplicité,
  • Retourner vers le centre de notre existence, le Dieu de nos vies de qui tenons la vie et l’être, de qui nous recevons la délivrance et le pardon, et qui nous appelle à notre tour à inviter d’autres à se lever de leurs lèpres ? Nous-mêmes, nous retournerons à la fin de cette Eucharistie pour redonner à notre tour ce que nous avons reçu.

Je suis attentif à cette terre promise que Naaman emporte sur ses deux mulets, autant qu’ils peuvent en emporter pour que, de retour dans son pays, il puisse en faire la mémoire de Celui qui l’a sauvé : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que Celui qui m’a délivré de ma lèpre. Aujourd’hui je n’ai plus besoin de la terre du pays de Jésus, mais de la terre de mon cœur où je puis laisser résonner l’appel du Christ : « lève-toi, va » ? Cette terre dure de mon cœur que j’ai laissé transformer par le Christ pour devenir une terre de bénédiction et un être de bonté pour d’autres. Cette terre de ma vie où j’accueille jour après jour cet appel du Seigneur à marcher, à prendre en charge ma vie et celle des autres, à assumer ma lèpre à bras le corps, à m’abandonner à la confiance et à la foi en Dieu, le seul Maître de la vie. Ainsi, ma vie qui était lèpre peut devenir aussi pure que celle d’un petit enfant, l’enfant de Dieu que je deviens par mon baptême.

« Ta foi t’a sauvé ». Sur la parole du Christ seule, je puis me mettre en marche avec la lèpre de mon péché. N’est-ce pas finalement ma décision, sur cet appel du Christ, à aller vers mes frères les hommes, avec la lèpre de mes refus, n’est-ce pas ma volonté et mon courage qui vont m’en délivrer ? « Ta foi t’a sauvé » !

Saint Paul nous le dit bien dans la 2ème lecture : « souviens-toi de Jésus-Christ » ! L’anamnèse de cette Eucharistie est précisément ce temps essentiel où nous faisons mémoire de ce qui a été relevé en nous, gratuitement, indépendamment de nos mérites et dont le baptême en est l’expression, cette plongée dans la mort à nous-mêmes pour ressusciter avec le Christ. Remercier pour tout ce qui est passé de la mort à la vie de Dieu, de l’égoïsme au don de soi, de la haine au pardon. Pour hier, pour aujourd’hui, mais aussi pour ce qui est à venir !

« Christ est ressuscité d’entre les morts : voilà mon Evangile », nous dit saint Paul. Christ, lépreux de son temps, rejeté par presque tous, est ressuscité pour faire de nous des vivants selon le cœur de Dieu. Vivons donc en ressuscités en passant de ce qui ne peut que vieillir à l’éternelle jeunesse de l’Evangile. 

Homélie du 25ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C, 22 septembre 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ep 4, 1-7.11-13 / Mt 9, 9-13

L’homme de cette parabole est un escroc, un pécheur. Dieu n’oublie pas mais est-ce qu’Il punit ? En fait il s’est punit lui-même, car il s’est coupé de Dieu et des autres. Il a désormais une vie sans Dieu. Il s’est tourné vers l'argent qui n’est pas mauvais en soi mais qu’il a transformé en malhonnête parce qu’avec cet argent il va exploiter le plus pauvre. Un jour, en Inde, un homme rencontre un mendiant. Il lui demande comment il fait pour vivre si pauvre, et le mendiant lui répond : « je ne suis pas pauvre puisque je suis riche de Dieu. Ce sont les riches qui sont pauvres quand ils vivent séparés de Dieu et des autres ». 

Le salaire du péché, c’est cette coupure de la relation, quelle qu’elle soit. Le bien véritable, c’est bien notre relation à Dieu et aux autres. Pour être restauré dans cette relation, il faut redécouvrir l'humilité et la repentance sincère. Choisir de croire en Dieu et quand on se laisse guider par Lui, Lui confier sa vie, et l’on devient riche.

Le maître, que l'on peut fort bien identifier à Jésus lui-même, loue ce gérant malhonnête. Non pour sa malhonnêteté. Il l'appelle bel et bien un trompeur, un fils des ténèbres. Il n’approuve pas ses actes. Mais il le loue parce qu'il s'était montré très habile. C’est la pointe de cette parabole : quand vous êtes appelés à gérer votre vie selon l’Evangile, vous les fils de la lumière, eh bien soyez au moins aussi habiles que lui l'a été pour son avenir matériel, alors qu’il était un fils des ténèbres. Il s'est trouvé des gens pour le recevoir. Eh bien, trouvez-vous, vous aussi, des amis acquis à la cause du Christ et de sa Bonne Nouvelle. Le Royaume de Dieu est le plus important. L’accent est mis sur l’amitié. Mais si tu as été malhonnête avec cet argent, et que tu as pu développer des vertus d’amitié en tissant des liens, tu auras pu te racheter en t’introduisant dans des comportements évangéliques. Dans cette parabole, nous ne sommes pas dans le champ du droit, et de tes comportements sont condamnables. Mais le Seigneur dit qu’il y a plus que la loi. Du mal peut sortir du bien. Du point de vue de Dieu, c’est la relation qui compte et qu’il s’agit de restaurer quand le péché la détruit.

C’est la rupture de la communauté et de la relation humaine qui est condamnée, c’est la dureté du cœur qui empêche le partage. L’intendant infidèle fini par créer de la relation. Et c’est comme cela qu’on entre dans le Royaume de Dieu.

Employons donc tous les moyens à faire le bien, spécialement aux plus déshérités qui se feront, eux, nos avocats quand nous aurons à rendre compte de la gestion de notre existence. En donnant de soi car c’est sur tous nos actes de bonté que nous serons jaugés.

Oui, nous sommes invités à nous montrer dignes de confiance dans la bonne gestion de notre existence et celle de ceux dont nous avons la charge, depuis les toutes petites choses jusqu’à celles de plus haute importance. Et la plus importante, que Jésus appelle le bien véritable, c'est notre réussite définitive en Dieu. Et il prend l’image de l'argent qui est dit trompeur. Non pas qu’il soit mauvais en soi encore une fois, mais dans l’usage qu’on peut en faire. Il est trompeur quand, comme d’autres idoles, il nous trompe en nous détournant de Dieu et des autres. Quand il nous donne de fausses assurances. Quand, comme toute idole, il nous rend étranger à nous-même : nous croyons les posséder, mais ce sont elles qui nous possèdent, tant elles peuvent nous aliéner. Comme le dit un rappeur : l'argent est un bon conseiller, mais un mauvais maître.  

Alors il nous faut choisir : ‘vous ne pouvez servir deux maîtres’. Les liens qui nous enchaînent, ces fétiches qui nous hypnotisent, sont incompatibles avec l'amour de Dieu qui rend libre. Le péché du riche n’est pas de posséder mais d’user pour soi-seul, ce qui entraîne la sécheresse d’être seul. L’argent peut couper la relation mais il peut aussi favoriser la relation. Choisissons donc ce qui éveille à une plus grande conscience de soi.

Homélie du 22ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C, 1 septembre 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Si 3, 17-18.20.28-29 / He 12, 18619.22-24a / Luc 14, 167-14

Sirac le Sage vit dans une communauté de foi exposée aux influences "modernistes" de la brillante civilisation grecque. Loin d'être un étroit conservateur, il sait cependant défendre les valeurs profondes et surtout la foi en un Dieu supérieur à la raison humaine.

La sagesse, définie ici comme écoute de Dieu, est supérieure au savoir. L'homme sensé médite les maximes de la sagesse divine. Sirac insiste sur l'humilité, en réaction contre le besoin de se faire valoir : plus les savants sont de grands savants, plus ils sont humbles. Sans humilité, nous dit Sirac, ta condition est sous l’emprise de l'orgueil qui prend la racine de son mal en lui-même.

Invitation à ne pas valoir en fonction d’une image de soi surdimensionnée ou en sachant jouer des coudes, marcher sur les pieds des autres pour vous hausser dans l'échelon social. Toi, efforce-toi de trouver grâce devant le Seigneur.

Cette sagesse, cette humilité préparent l'enseignement de Jésus sur le choix des dernières places.

L’Evangile n’est pas une simple leçon de politesse, ou encore la fausse humilité et ce secret calcul : se mettre à la dernière place pour provoquer le : ‘avance plus haut’.

La phrase-clé de l’Evangile se trouve à la fin de ce texte que malheureusement nous n’avons pas entendu : « Heureux ceux qui prendront part au repas dans le royaume des cieux ! » Le repas messianique est bien le repas des humbles. Pour reprendre l’Evangile de dimanche dernier, notre cher moi avec tous ses artifices d’orgueil, ne peuvent pas passer par la porte étroite des amis de Dieu. Il faut les laisser à la porte sous peine de n’être pas en capacité d’entrer. Il est impératif pour un convive de Dieu de revêtir la vraie humilité dont le Christ est le maître, y compris devant son Père. Quand Jésus critique les invités choisissant les premières places, il vise sans doute les pharisiens, puisque c'est un chef de pharisiens qui a invité. Ces pharisiens, plus exposés aux petites vanités et au gros orgueil (c’est ce que le pape François dénonce en ces abus de cléricalisme), nous rappellent le pharisien au temple, bien devant, à la première place, faisant valoir ses titres et ses mérites : je jeûne, je donne le dixième de mes biens, etc.

Dieu n'a que faire de lui. Il sera abaissé... plein de honte.

Jésus lui oppose celui qui se sait indigne de participer au repas du royaume et qui se met à sa vraie place, la dernière, persuadé qu'il n'en mérite pas d'autre, tel le publicain qui se tenait à distance. S'il se met à la dernière place, assurément, ce n'est pas par un calcul habile : il sait que Dieu sonde les reins et les cœurs ; aussi se présente-t-il tel qu'il est, comme un pécheur. Sans souci de paraître ou de se faire valoir. C’est son humilité qui touche Dieu qui nous a invités. Et Dieu le prend avec lui, plus haut, tout près de son coeur.

L’humble n'invite pas ceux qui t'inviteraient en retour car humilité rime avec gratuité : faire du bien sans arrière-pensée, à ceux qui n'ont rien à te rendre. Car il y a plus de joie à donner qu’à recevoir et qui donne gratuitement reçoit au centuple de ce qu’il a donné. Comme la joie d'aimer suit l'amour, elle devient contagieuse.

Toi, si soucieux d'être estimé, valorisé par les autres, laisse cela. C'est si peu de chose ! Ce qui importe, c'est de valoir devant Dieu. L’homme ne vaut que ce qu’il vaut au regard de Dieu. Toi, si préoccupé de tirer profit de tes "générosités", laisse ces calculs. Fais plaisir sans arrière-pensée.

Laissez, nous dit l’épitre aux hébreux, toute idée de Dieu marquée par la crainte. Vous êtes venus vers Jésus ! Il nous introduit dans la fête, une fête décrite avec des images familières aux Hébreux : Montagne de Sion, cité du Dieu Vivant, Jérusalem céleste... expressions pour traduire l'aspect communautaire de notre foi.

C’est ce que nous faisons en venant à l’Eucharistie : nous sommes venus vers Jésus et vers l'assemblée. Jésus cherché et trouvé dans la communauté de foi. Nous sommes venus nous unir à la liturgie de ce Jérusalem céleste. C'est là que se célèbre l'unique liturgie devant le Père, entouré de milliers d'anges en fête et des premiers-nés de la foi, maintenant arrivés à la perfection, dans les cieux. Notre liturgie ne fait qu'y prendre part. Une liturgie spirituelle où ce ne sont pas l'extérieur, le matériel qui font rencontrer Dieu, mais la simplicité, l'intériorité, la vérité du coeur.

17ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C- La Clarté-Dieu, 28 juillet 2019, Fr Jean-Marie Burnod, ofm Clarté Dieu

Gen 18/20-32 / Col 2/12-14 / Lc 11/1-13)

 

Voici deux dimanches de suite que nous lisons en première lecture, à la messe, des passages du livre de la Genèse concernant l’histoire d’Abraham. Dimanche dernier, le récit rapportait la rencontre de Dieu avec Abraham au chêne de Mambré, à Hébron. Dieu lui annonce que sa femme Sara aura un fils, malgré son grand âge. Et Sara, très curieuse, qui écoutait aux portes si je puis dire, ou derrière la toile de tente, se mit à rire. Isaac sera l’enfant du rire, mais surtout l’enfant de la promesse.

         Dieu quitte alors Mambré pour aller à Sodome où nous assistons à cette étonnante palabre à propos de la ville. “Que mon Seigneur ne s’irrite pas, dit Abraham. S’il se trouve 40, 20, 10 justes dans la ville, la détruiras-tu ? ” “Pour dix justes, répond Dieu, je ne la détruirai pas”. Vous connaissez la suite. Après avoir fait sortir Lot, Sodome fut transformé en montagne de sel où rien ne vit et rien ne pousse.

         Nous aurions peut-être tort de sourire trop vite à notre tour à la lecture de ces récits qui figurent en réalité parmi les plus anciens de l’ancien testament et nous rapportent des traditions qui remontent à quelques 9 ou 10 siècles avant Jésus-Christ (à l’époque de la constitution de l’empire de David et Salomon).

         À la mort du roi Saül, autour de l’an 1000 avant notre ère, David est sacré roi à Hébron puis à Jérusalem, fédérant les diverses tribus pour les constituer en royaume et en peuple. Salomon poursuit l’œuvre de son Père, réduisant à l’état de vassalité les royaumes voisins : Philistins et Cananéens à l’intérieur, Ammonites, Moabites, araméens à l’extérieur. Le roi et sa dynastie apparaissent désormais aux yeux de peuple comme les responsables du salut de la nation, face à Dieu.

         C’est le début d’une nouvelle culture qui met Jérusalem en contact avec les traditions des autres peuples et de ses responsabilités à leur égard.

         Dans cette situation nouvelle, dans le contexte d’un empire ouvert sur les autres peuples, on se met à réfléchir, à reprendre l’histoire passée des tribus pour comprendre à la fois la situation présente et l’avenir de la promesse portée désormais par l’institution royale.

         C’est alors que sont élaborés les plus anciens textes concernant l’histoire d’Abraham et des patriarches.

         Cette histoire, dans le livre de la Genèse, commence par le récit de sa vocation, clé de tous les textes qui suivent.

         Yahvé dit à Abram :

         Laisse ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je te montrerai.

         Ainsi je ferai de toi une grande nation

                   et je te bénirai

         et je bénirai ceux qui te béniront,

         celui qui te méprisera, je le maudirai ;

         et par toi tous les clans du sol acquerront la bénédiction.

         Retenons dans ce passage ce qui concerne la promesse. Je te bénirai, je ferai de toi une grande nation, et par toi tous les clans du sol, c'est-à-dire toutes les nations de la terre acquerront la bénédiction.

         Dans le contexte politique de la rédaction de ce texte à l’époque de David-Salomon, le peuple désormais constitué vit sous la bénédiction de Dieu. Quant aux autres peuples, leur sort dépend de l’attitude qu’ils prennent vis-à-vis de celui qui vit sous la bénédiction de Dieu.

         Par toi, toutes les nations de la terre acquerront la bénédiction, c'est-à-dire par toi Abraham, mais à travers lui, par le roi, par David et sa descendance, les peuples seront bénis de Dieu. Ainsi, suivant leur attitude et leur relation avec le peuple descendant d’Abraham, tous les peuples, par lui, par le peuple d’Abraham représenté par son roi, pourront être bénis de Dieu.

 

 

 

         Et nous en arrivons à notre récit de Sodome. Après avoir reçu l’hospitalité d’Abraham, Dieu quitte Mambré qui est à Hébron pour aller à Sodome. Il se parle à lui-même et il s’interroge nous dit la bible : “Vais-je cacher à Abraham ce que je vais faire ? ” Si Dieu prend la décision de ne rien lui cacher, c’est parce que Abraham doit devenir cette nation grande et puissante et que par lui tous les peuples de la terre acquerront la bénédiction. Par le patriarche, la bénédiction aurait pu intervenir sur tous ceux qui sont menacés de mort. Par Abraham, la bénédiction aurait pu atteindre Sodome. En fait, cette bénédiction n’atteint aujourd’hui, à l’époque où l’on écrit, que Lot et ses deux filles. C’est précisément d’eux que sont nés ces deux peuples incorporés présentement à l’empire Davidique : les Moabites et les Ammonites.

         Voilà. Cette histoire est importante pour nous, parce qu’elle est parole de Dieu, parce que dans la foi, on peut en faire une lecture chrétienne.

         Abraham, Moïse préfiguraient le roi David en attendant la venue d’un nouveau David qui pour nous est Jésus-Christ. C’est par Jésus-Christ que nous sommes les héritiers de la promesse. Ce n’est plus Abraham, c’est Jésus-Christ notre médiateur auprès du Père.

         Si dans l’ancien testament c’est par le peuple descendant d’Abraham que tous les autres peuples peuvent être bénis, dans le nouveau testament, c’est par Jésus-Christ. “Il n’y a, sous le ciel, aucun autre nom offert aux hommes qui soit nécessaire à notre salut, sinon celui de Jésus-Christ”, est-il écrit dans les Actes.

         Mais il faut aller plus loin encore. Le nouveau testament ne peut être séparé de l’ancien. Tous les deux, ancien et nouveau, constituent la parole de Dieu. Si l’on s’en tient au seul nouveau testament, on risque fort de mettre l’accent sur notre adhésion personnelle indispensable à Jésus-Christ, mais d’en oublier l’aspect collectif, communautaire. L’ancien testament nous rappelle l’importance du peuple, notre solidarité à l’intérieur du peuple de Dieu qui est l’Église. C’est en tant que participant à l’ensemble de la communauté que nous sommes tendus aujourd’hui encore vers l’accomplissement de la promesse.

         L’ancien testament nous rappelle ainsi notre solidarité avec les autres peuples. Il nous oblige à croire à la solidarité de tous les peuples et de tous les hommes devant Dieu.

Homélie du 16ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C, 21 juillet 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Gn 18, 1-10a / Col 1, 24-28 / Luc 10, 34-38

Dans la 1ère lecture du livre de la Genèse, Seigneur rend visite à Abraham au chêne de Mambré près d’Hébron. Et Abraham l'accueille avec empressement. Cette scène a été choisie comme parallèle à l'évangile de l'accueil de Jésus par Marthe et Marie. Abraham court vers les trois hommes et se hâte vers Sara : Vite, prépare quelque chose ; Abraham lui-même court vers son troupeau pour choisir un veau frais et pour le préparer. Puis, il se tient debout devant les trois hommes pendant qu’ils mangent.

L'hospitalité, l’accueil, c’est sacré. Le voyageur qu’on accueille représente, surtout dans les populations africaines, le Seigneur lui-même qui passe près de son serviteur. Pendant cette visite, Dieu renouvelle ses promesses : dans un an, ta femme Sara aura un fils ! Abraham était trop vieux et il avait perdu, lui et sa femme, l'espérance d’avoir une descendance. Cette visite va être l’anticipation d’une visite parfaite quand Dieu va visiter son peuple en envoyant le Messie, Jésus, le fils tant attendu. Et cela se répète en chacun de nous quand nous savons attendre et entendre la promesse de Dieu et l’accueillir avec empressement, comme Abraham. Dieu frappe souvent à notre porte ; sommes-nous chez nous quand il frappe chez nous ?

Soit dit en passant, ces trois hommes qui viennent visiter Abraham n’en font qu’un. Trois qui sont en fait un seul. C’est la première trace dans l’expérience humaine du Dieu unique en trois personnes. L'art oriental a représenté la sainte Trinité par cette scène du repas au chêne de Mambré, et l'icône de Roublev est, sans doute, la réussite la plus belle.

Dans l’Evangile, Jésus est en route vers Jérusalem, vers sa mort et sa résurrection. Il entre dans le village de Béthanie, à trois kilomètres de la ville sainte. Cette fois-ci, c’est Jésus lui-même qui visite ses amis très chers, Marthe, Marie et Lazare. Aimons voir que Jésus ait des amis, ce bien si précieux dans la vie. Marthe le reçoit dans sa maison, comme Abraham, avec empressement.

Notre sympathie va tout droit vers Marthe quand on la voit accomplir son beau service concret alors que Marie laisse sa sœur faire le service toute seule. Mais pourquoi Marie a-t-elle choisi la meilleure part ? N’oublions pas l'évangile de dimanche dernier, où Jésus fustige le prêtre et le lévite affairés aux choses de Dieu, au lieu de secourir l'homme tombé aux mains des brigands. N’oublions pas que Jésus lui-même a été charpentier à Nazareth et non contemplatif dans un cloître ? Qu'il a été un missionnaire - actif jusqu'à l’épuisement !

Marie, elle, se tient aux pieds du Seigneur, dans l'attitude du disciple qui reçoit tout de son maître. Elle écoute sa Parole. En sa personne, elle représente toute l'Eglise dont la tâche première est d'écouter la Parole de Dieu qui nous parle pour que nous la mettions en pratique. Marie, c’est toute l'Eglise, c’est nous-mêmes, dans l’attitude d’écoute du Christ. Lui ouvrir notre cœur ; le laisser entrer dans notre vie ; être ouverts à la vie de Dieu. Marie accueille elle aussi son Seigneur avec empressement, comme Abraham. Et Marthe le met en pratique le service. Comme les trois anges sont un seul visiteur, Marthe et Marie sont une même vocation, comme les deux faces d’une même feuille de papier. C’est notre unique vocation.

Accueillir la Parole de Dieu qu’est le Christ. L’écouter avec empressement, puis transformer cette écoute profonde en gestes de justice, de tendresse, de bonté et de service de nos frères et sœurs.

Prier et travailler. Accueillir, écouter pour mieux servir. Bien servir et surtout revenir à l’écoute de Dieu qui frappe à notre porte, mendiant l’hospitalité de notre cœur.

Homélie du 15ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C, 14 juillet 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Gt 30,10-14 / Col 1, 15-20  / Lc 10, 25-37

Que faut-il faire pour avoir la vie éternelle ? Voilà la question que pose ce docteur de la Loi. Et Jésus répondit : « Qu'y a-t-il dans la Loi ? Qu'y lis-tu ? »

Dans la Loi, les préceptes sont nombreux, mais dans l'Évangile, le Seigneur a tout résumé cette loi en un seul commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et aussi ton prochain comme toi-même ». « Tu as bien répondu, dit Jésus, fais cela et tu vivras ». Mais ce docteur, cherchant à se justifier et voulant entendre que seuls les bons juifs ceux de sa famille, de son clan, de son pays, de sa religion, quelqu’un qui lui ressemble, quoi, seuls ceux-là peuvent être son prochain, demande : « Qui est mon prochain ? »

Le Seigneur lui répond par la parabole qui commence ainsi : « Un homme descend de Jérusalem à Jéricho ». Pour le père de l’Eglise qu’est Origène, l'homme qui descendait est Adam. Il descend de Jérusalem qui représente le paradis vers Jéricho qui est le monde. Les bandits sont les forces ennemies.

L’homme qui descend « de Jérusalem à Jéricho », est donc le nouvel Adam qui « a été envoyé » « pour les brebis perdues de la maison d'Israël ». Il tombe sur les brigands qui le dépouillent et le couvrent de plaies. Cela représente les péchés de l'humanité. Les bandits le laissent nu, sans la moindre assistance. Ils l'abandonnent non pas mort, mais « à moitié mort ». Par le même chemin descend d'abord un prêtre qui représente la Loi, puis un lévite qui symbolise les Prophètes. Sans doute ont-ils fait preuve de bonté envers d'autres hommes, mais pas envers celui « qui descend de Jérusalem à Jéricho ». Ils le voient, le laissent là et passent leur chemin. A demi mort mais pas mort : ils n’ont donc pas eu raison de sa vie, plus forte que la Loi et les Prophètes.

Seul un Samaritain, un païen, s’arrête aux côtés de l’homme attaqués par les forces ennemies et gisant à terre. Ce Samaritain, c’est le Christ. Il va devenir son « gardien » pour veiller sur lui : « il ne dort ni ne sommeille le gardien d’Israël ». Psaume 121. Cet homme va pendre sur lui le drame de cet homme tombé à terre et le porter lui-même. On ne sait s’il descend « de Jérusalem à Jéricho » comme le prêtre et le lévite ou s’il monte pour sauver cet homme et veiller sur lui. Mais arrivé près de lui, rempli de compassion, il s'approche de lui et ile deviens son prochain. Il s’identifie à lui, à sa cause, à son devenir. « Il bande ses blessures, y verse un mélange d'huile et de vin », comme on aide tous ceux qui sont malades, préfigurant ainsi les viatiques et les sacrements de l’Eglise pour tous les blessés de notre humanité. Puis, « il charge le blessé sur sa propre monture », c'est-à-dire sur son propre corps, le corps du Christ. Il porte et assume toute notre humanité. Il porte sur lui nos péchés et souffre avec nous, pour nous. Il nous porte et nous conduit dans une l’auberge qu’est l'Église qui accueille tous les blessés de la vie. Il laisse deux deniers à l’hôtelier, signe de la surabondance de Dieu, l'hôtelier qui représente le responsable de l'Église auquel est confié le service du soin.

Puis, dans l'auberge, il ne le quitte pas : il demeure avec lui toute une journée, il soigne ses blessures non seulement le jour, mais aussi pendant la nuit, lui témoignant ainsi toute sa sollicitude et toute sa compassion. Le matin, au moment de partir, il prend sur son argent, sur ses ressources personnelles, « deux deniers » et il les confie à l'aubergiste, le responsable de l'Église en lui demandant de prendre soin de l’homme jusqu’à sa guérison complète. C’est toute la compassion de l’Eglise pour qu’elle prenne en charge jusqu’au retour du Christ la vie de l’homme plus précieuse que la loi, son avenir plus riche que ses conditionnements, son corps plus vaste que ses blessures, son intelligence plus large que les Prophètes, son humanité plus grande que tous les rites. En plus, il lui promet que tout ce qu'il dépensera pour la guérison totale de cet homme tombé à terre lui sera remboursé, redonné au centuple. « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Quant à la promesse de revenir que fait le Samaritain, elle figure le retour du Sauveur. « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et je referai vos forces ».

« Fais cela et tu vivras » : ce gardien de nos personnes qu’est le Christ, le Bon Samaritain, s’est donc montré infiniment plus proche des hommes que la Loi et les Prophètes. Il a fait miséricorde à celui qui était tombé sur des ennemis. Il s'est montré son prochain beaucoup plus en actes qu’en paroles. Et voilà comment le Christ nous demande de nous conformer à lui : se rendre proche et faire miséricorde à l'égard de ceux qui sont tombés sur le mal, bander leurs plaies, y verser de l'huile et du vin et les prendre en charge.

Fais ceci et tu seras un vivant ! « Celui qui s'est montré miséricordieux envers lui, voilà celui qui fut son prochain ».

Le prochain n’est plus celui qui nous ressemble et qui est de la même sensibilité que nous ; il est celui qui se rend proche et fait miséricorde à ceux qui sont tombés ; non pas les bien portants, mais les malades ; non pas ceux qui se justifient eux-mêmes, comme ce docteur de la Loi, mais ceux sont tellement humbles qu’ils ne trouvent leur justification qu’en Dieu seul.

Au docteur de la Loi comme à nous tous : « Va et toi aussi fais de même ». Tu obtiendras la vie éternelle. 

Homélie du 13ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C, 6 juillet 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Gn 27, 1-5.15-29 / Mt 9, 14-17

Le peuple juif est en plein drame de la déportation. Le Seigneur lui promet de retrouver sa terre. Aujourd’hui, réjouissez-vous, car demain adviendra ta délivrance. Se réjouir aujourd’hui de la promesse de demain. Quand tu ne vois pas d’issues dans ta vie, ni comment tes chemins vont s’ouvrir, fais confiance au Seigneur, aides-toi et le ciel t’aidera, et tu verras des chemins s’ouvir dans ton cœur parce que tu feras confiance. Tu seras nourri de son lait, rassasié de sa consolation. Cette confiance totale, j’allais dire aveugle, nous ouvre à l’espérance par la persérance. Ne réduit jamais pas le réel à ce que tu en vis aujourd’hui, aussi dur soit-il, ne réduit jamais ta vie à ce que tu en ressents aujourd’hui. Ouvre-toi à plus grand que toi et des chemins vont s’ouvrir dans ton cœur.

Le peuple de la 1ère alliance mettait donc toute sa joie à retrouver sa terre. Cette terre était considérée comme le plus grand don de Dieu, puisqu’il était errant, nomade. Encore aujourd’hui, nous savons combien le peuple israëlien, dont beaucoup ne sont pas pratiquants, sont attachés à leur terre et vont même jusqu’à l’étendre et occuper la terre palestinienne. Quand Paul arrive, tout juif qu’il est, il représence la nouvelle alliance. Il met alors sa joie, non plus dans le don d’une terre, mais dans le Christ et le Christ crucifié. Non plus dans la Jérusalem terrestre mais dans la Jérusalem céleste, c’est-à-dire la foi au Christ. Non plus dans l’homme qui se fait tout seul, jusqu’à entrer en guerre, mais dans l’abandon et la confiance en Dieu.

Pour un franciscain, fils de saint François, nous savons que la plus grande joie est celle de la conformité en Christ, et Jésus-Christ crucifié.

La terre, la loi, ne pourront plus être désormais la source de notre vraie joie, mais dans notre conformité au Christ. Réjouissons-nous parce que nous sommes, non de la terre, mais de la Jérusalem céleste. Réjouissons-nous de ce que notre nom est inscrit dans les cieux, dans le cœur de Dieu. C’est là que nous mettons votre confiance et toute notre foi. C’est là que réside désormais notre espérance qui fait que jamais plus nous ne vous désespérerez de votre situation d’aujourd’hui. Demain sera ouvert sur plus grand que notre vie et notre ressenti. Rien ne pourra alors nous nuire parce que nous sommes attachés au Christ, un Christ crucifié et ressuscité. Oui, c’est un Christ ressuscité que François adore et c’est lui qui l’envoie réparer son cœur, son église, son humanité qui, il le voit, tombe en ruines.

Cette conformité au Christ est bien la source de la mission de saint François et la nôtre. Cet évangile d’envoi des 72 disciples que nous avons entendu est précisément celui de l’envoi par saint François, des premiers frères à Poggio Bustone. 2 par deux. Dans les quatre directions cardinales.

Se conformer au Christ nous donne la vraie paix qui fait que rien de pourra nous nuire. Cette paix, on ne peut pas la garder pour soi, enfouie dans le secret de notre cœur. Elle contagieuse ou elle n’est rien ! Pas de demi-mesure. Cette paix venue de Dieu, on ne l’annonce que si on l’expérimente. On mange que si on accueille l’hospitalité qu’on nous offre. On est accueilli comme des pauvres et des mendiants  qui dépendent des autres. On vient avec rien, seulement avec la paix qu’on expérime. Et là, parce que l’on est sans pouvoir, clérical ou autre, on peut annonce que le Royaume de Dieu s’est approché de ceux qui nous reçoivent : oui, ce Royaume, il vous est rendu non plus inaccessible, mais accessible, à portée de main, à portée de cœur… En avez-vous profité et bénéficié ? Si oui, on peut alors reconnaître ceux qui accueillent la présence de Dieu. Si ta paix touche ton frère, il te donnera tout ce qu’il te faut pour ta mission. Toi, qu’il t’a accueilli, alors tu le guériras.

Jésus nous met en garde : jamais ne t’approprie ce que produit ta mission, mais seulement de ce que ton nom est inscit dans le cœur de Dieu. Seulement de ta conformité au Christ ressuscité.

Je t’envoie. Comme un agneau au milieu des loups. N’emporte que ton amour de Dieu. Crée des liens. Dis : « Paix à cette maison » et fait la paix. Guéris ce qui est blessé… et la Paix sera là !

Homélie de la fête du Saint-Sacrement – Année C, 23 juin 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Gn 14, 18-20 / 1 Co 11, 23-26 / Luc 9, 11b-17

 

Toi, tu sais donner du pain à tes enfants, dit le Christ : moi je donne ma vie pour les bons comme pour les méchants. Ainsi, pourrait-on résumer la fête de l’Eucharistie, du pain de Dieu donné à profusion pour toute personne.

Ce pain est d’abord un beau symbole de la création. L’homme avant l’agriculture était essentiellement un carnivore. Puis il assécha les marécages, draina les ruisseaux, domestiqua la terre, quand il découvrit la graine de céréales, vrai cadeau du ciel. Terre qu’il cultiva à la sueur de son front, mais en même temps qu’il regarda lever pour laisser la terre lui donner son fruit en son temps. Son seul travail fut alors d’éradiquer les herbes qui auraient étouffé ces germes de vie. Cela symbolise ainsi le travail à faire pour éradiquer le mal qui travaille le cœur de l’homme et la confiance pour laisser grandir le don de Dieu. L’homme peut alors rassembler les graines, les piler et les mélanger à un peu d’eau pour cuire ce qui va devenir du pain et nourrir sa famille. Un pain se met toujours sur la table dans un sens précis et dans des familles chrétiennes, on bénit le pain d’un signe de la croix pour rendre grâce au Seigneur pour le fruit du ciel et le travail de l’homme. Ce pain qui est un lieu de partage après l’effort ou après un conflit tel que ceux qui le partagent ensemble. Et quand ils le rompent, ils deviennent des co-pains ! signe d’une amitié ou d’une fraternité ainsi née.

Le peuple de la 1ère alliance, errait dans le désert, au sortir de sa captivité en Egypte. Et Dieu lui envoie du pain sous forme de petites galettes, signe que Dieu ne l’abandonne pas à son sort difficile une fois qu’il l’eût libéré. Il lui donne la manne, ce dont il a besoin pour sa marche vers sa liberté. Manne vient du mot hébreu Mannou : qu’est-ce que cela ? Oui, qu’est-ce que ce pain venu du ciel ? Cette manne descendue, un vrai don qui refait nos forces ; cette manne qui est la mémoire de notre Dieu qui nous libère ; un don qu’on ne peut stoker sans qu’il ne pourrisse ; un pain qui sert pour la marche vers sa terre de liberté.

Dans l’Evangile Jésus avait guéri toute sorte de maladies, le jour baisse, une foule de 5.000 hommes harassés, affamés, en quête de pain et de sens. Et Jésus dit à ses disciples : « donnez-leur vous-mêmes à manger ». D’où la tentation pour les disciples d’aller acheter du pain, de dépendre de leurs seules forces au risque d’en présumer. Jésus, lui, fait asseoir tout le monde et se met à rendre grâce : à se positionner dans la gratuité d’un don qui est tellement plus grand que nos seules forces humaines. Plus on veut faire par soi moins on reçoit et plus on fait confiance, plus on reçoit. Travailler beaucoup pour faire confiance ; beaucoup faire confiance pour que notre œuvre devienne l’œuvre de Dieu. Travaillons donc notre rapport à Dieu, à soi et aux autres. La rigidité intérieure est un tel obstacle à recevoir les dons de Dieu, le don des autres. Jésus, lui, est dans cet acte de gratuité en se mettant sous la seule dépendance de Dieu. Il rompt le pain et le donne.

5 pains et deux poissons pour 5.000 hommes. Une vie donnée en partage pour la multitude. Une vie rompue par le mal qui travaille le cœur de l’homme duplice. Une vie livrée, abandonnée entre les mains des bons comme des méchants pour nourrir chacun de la totalité de cet amour-là qui lui vient de son Père. Dans une seule petite hostie, il y a la totalité de cet amour-là. Et quand je ramasse les miettes du calice, je n’oublie pas qu’elles représentent tous ceux qui se considèrent comme des miettes, des déchets, ou ceux qu’on considère comme des moins que rien. Ceux-là sont présents dans ces miettes-là : le Christ les prend avec lui pour les faire sortir des enfers de leurs vies, pour les relever et les entraîner avec lui dans sa puissance de vie qu’est la résurrection. Ce sont ceux-là qui seront les premiers servis à la table du Royaume par le Maître Lui-même. Tous seront rassasiés et il en restera 12 paniers pour tous ceux qui restent et qui n’en peuvent plus d’être ignorés, rejetés et exclus.

« Ils le reconnurent, les disciples d’Emmaüs, à la fraction du pain ».

Oui, chaque fois que nous nous entrons dans la logique de la gratuité et de la confiance ;

chaque fois que nous sommes des êtres qui bénissent le Créateur du ciel et qui travaillent la terre dans le respect de chaque créature ;

chaque fois que nous rompons nos vies comme le pain en partage ;

chaque fois que nous livrons notre vie pour autrui à cause de Dieu afin de nourrir ceux qui n’en peuvent plus.

Alors oui, la fécondité de l’amour de Dieu donnera la vie à profusion à partir du peu que nous aurons su donner et partager.

« Donnez-leur vous-mêmes à manger ». « Faites ceci en mémoire de moi ».

Sainte Trinité Solennité du Seigneur – Année C- La Clarté-Dieu, 16 juin 2019, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

Pr 8, 22-31 / Rm 5, 1-5 / Jn 16, 12-15

 

Parler de la Trinité c’est parler de la présence de Dieu dans l’histoire du salut, un mystère qui remonte aux origines. En effet Dieu se manifeste toujours comme un Dieu Trine. En Gn 1, 1, alors que le souffle de Dieu « l’Esprit » planait sur les eaux, Dieu créa par sa Parole. Lors de la vocation de Moïse, Dieu parle à Moïse dans le buisson ardent (Ex 3 : le feu comme symbole de l’Esprit, cf. langue de feu à la Pentecôte.) Au mont Sinaï, Dieu dit à Moïse : « voici je vais arriver jusqu’à toi dans l’épaisseur de la nuée (symbole de l’Esprit) » Ex 19, 9 ; au baptême de Jésus l’Esprit Saint s’est manifesté sous la forme d’une colombe (Mc1, 10 ; Mt3,16 ; Lc3, 22). Dieu parle et se manifeste toujours par un des symboles de l’Esprit (le feu, le vent et l’eau).  

Quant à la Parole de Dieu, exprimée de diverses manières dans le passé, elle trouve en Jésus Christ son accomplissement parfaite : « Après avoir à bien des reprises et de bien des manières parlé autrefois aux pères par les prophètes. Dieu en la période finale où nous sommes, nous a parlé à nous par un Fils qu’il a établi héritier de tout, par qui aussi il a créé les mondes » (He1, 1).

Sagesse, Loi et Logos.

En Pr8, 22-31, la Sagesse est comparable au logos du prologue de saint Jean. La Sagesse grandissait aux côtés de Dieu et il était là quand il créait. Il faut entendre « l’être là » biblique dans le sens d’une présence active. La Sagesse est donc aux côtés de Dieu comme créatrice à l’instar du Logos qui était auprès de Dieu et par qui tout a été fait. A la différence du logos, la Sagesse n’est pas Dieu. Le discours sur la sagesse est une manière poétique et symbolique de parler de Dieu.

Quant au logos, il s’agit d’une présence réelle de Dieu : « Le Verbe était Dieu… le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ».  Par sa parole Dieu crée l’univers et l’homme, par sa loi il crée son peuple Israël, qui par l’acquisition de la Sagesse est rendu capable de vivre selon la Loi : « le commencement de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur ». En effet, la crainte du Seigneur n’est rien d’autre que l’obéissance filiale à la volonté de Dieu par la mise en pratique de sa Loi. Pour résumer le Siracide dira ceci en identifiant la Sagesse à la Loi : « Tout cela, c’est le livre de l’alliance du Dieu Très-Haut, la Loi que Moïse nous a prescrite pour être le patrimoine des assemblées de Jacob » (Si 24, 23).

Celui qui accomplit parfaitement la Loi, c’est Jésus-Christ. En effet, sur la croix quand il dit que tout est accompli, il peut dès lors rendre l’Esprit (Jn19, 39). Là où les hommes rendent l’âme, le Seigneur Jésus remet l’Esprit au Père en unissant son humanité pure et sainte à Dieu son Père. Il donne de ce fait à tout homme le pouvoir d’être racheté dans l’Esprit qui fait de chacun de nous des fils par lui et en lui. Jésus peut donc dire en toute certitude : « Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : l’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître ».

Le mystère de la Trinité, c’est avant tout l’engagement du fidèle à rendre témoignage de l’amour de Dieu Père, Fils et Esprit tel que le Christ nous l’a révélé. En effet, comme le dit saint Augustin le Fils et le Saint-Esprit sont envoyés, lorsque d’invisibles qu’ils sont, ils se montrent à nous sous une forme corporelle. Mais parce que le Père n’a jamais apparu de la sorte, et qu’il a toujours envoyé le Fils, ou l’Esprit-Saint, on dit qu’il n’a point de mission (préface du livre III, de la Trinité, St Augustin). Seul le Père est invisible, le croyant se doit de rendre visible le Fils et L’Esprit comme a su le faire Jésus de Nazareth, le verbe fait chair, par qui l’Esprit se répand sur toutes créatures.

Pentecôte Solennité du Seigneur – Année C, 9 juin 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 2, 1-11 / Rm 8, 8-17 / Jn 14, 15-16.23b-26

 

Pâques et Pentecôte sont le déploiement d’une même fête sur 50 jours : elles célèbrent le Ressuscité transformé par l'Esprit et l'Esprit envoyé par le Ressuscité. L'Esprit-Saint parachève ce qu'il a commencé. Tout était déjà dans le bourgeon et le bourgeon a gonflé : maintenant il éclate.

Cinquante jours pour une seule grande fête pascale dominée par la vie de l'Esprit dans nos communautés.

Nous sommes avec les apôtres et Marie dans une maison toute verrouillée. Ils sont assis. Et voilà que, tel un bruit ou un violent coup de vent, l’Esprit Saint les fait se lever du dynamisme de la première cellule de l’Eglise.

Dans la 2ème lecture de saint Paul, quand il s’adresse aux Romains, il utilise 12 fois le mot Esprit : être rempli de l’Esprit, avoir et recevoir l’Esprit, être habité par l’Esprit. Et c’est l’Esprit qui va attester que nous sommes effectivement enfants de Dieu : c’est dans l’Esprit saint que nous pouvons appeler Dieu Père, papa : c’est seulement l’Esprit que nous pouvons entrer dans cette relation d’intimité avec Dieu au point de l’appeler papa. « Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera et nous viendrons chez lui, et chez lui et nous ferons une demeure ».

Saint Paul fait l’opposition entre la chair et l’Esprit. Pour lui, la chair, c’est vivre sans Dieu, en l’écartant, en l’ignorant, avec des valeurs qui sont opposées à celles de l’Évangile. Vivre selon l’Esprit, c’est tout le contraire : c’est vivre en intimité avec Dieu, c’est vivre avec lui, c’est vivre selon les valeurs évangéliques que sont la justice, la miséricorde, le respect. Si l’Esprit Saint est notre vie, en vivant dans la communion du Père et du Fils, c’est pour que nous soyons des vivants et des ressuscités. Croyons en lui et nous serons, comme le Christ, des ressuscités.

Dans l’Évangile, nous apprenons trois choses sur l’Esprit saint. Il est notre défenseur, notre enseignant et notre mémoire.

Notre défenseur parce que nous sommes comme le Christ soumis à des attaques, à des adversaires, parfois redoutables. Mais lorsqu’on vit une intimité avec le Christ et en cohérence avec l’Évangile, les adversaires -même avec toutes leurs armes- ne peuvent rien contre nous nous. L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse et le Christ nous a assuré : « N’ayez pas peur j’ai vaincu le monde ».

L’Esprit Saint est notre enseignant au sens où le Christ, en quittant le monde visible -tout en nous assurant de sa présence invisible-, nous dit qu’il nous enverra l’Esprit saint qui nous enseignera tout pour apprendre à aimer comme Dieu nous a aimés. Cela seul a de l’importance. Et lorsque nous aurons rendu le dernier souffle de notre existence, c’est cela qui restera pour l’éternité.

L’Esprit Saint est aussi notre mémoire : il nous fait nous souvenir de tout ce que le Christ a dit et fait sur notre terre pour que nous puissions en vivre et vivre du dynamisme de l’Esprit du Christ, pour en rayonner.

La 1ère lecture tirée des Actes des apôtres est l’annonce de la résurrection du Christ, de la présence de son Esprit à toute la création, à l’univers entier. La Pentecôte est une réponse positive au drame de la Tour de Babel où l’homme voulait réduire toutes les différences à l’uniformité : je veux voir qu’une tête ! Réduire ainsi les différences de langues, de culture et de sensibilité et en défiant la grandeur de Dieu par la construction d’une immense tour. Nous savons bien aujourd’hui, après le XXe siècle qui a été terrible en totalitarismes divers et variés, combien le non-respect de la différence se transforme tôt ou tard en dictature, exclusion et mort. Les apôtres ont fait le jour de la Pentecôte l’expérience du respect de charisme de chacun en entendant les merveilles de Dieu chacun dans sa propre langue et dans sa propre culture. Désormais la parole de Dieu, la vérité qu’est Dieu n’est plus à décrypter de façon fondamentaliste comme un donné venu du ciel, mais comme une expérience de relation et d’intimité avec le Christ vivant et Ressuscité. Les langues de feu qui se partagent pour chacun d’entre nous représentent le dynamisme de l’Esprit Saint donné à tous en totalité, comme le pain eucharistique coupé en mille morceaux est reçu par le croyant dans la totalité du don du Christ à chacun d’entre nous.

« L'Esprit est votre vie », dit saint Paul. Avant, nous étions esclaves : esclaves de nos peurs, de nos retournements sur nous-mêmes. Avec l'Esprit-Saint, nous sommes devenus des fils et des fils libres. Nous pouvons en vérité nous tourner vers le Père qui fait de nous des vivants. Nous pouvons laisser l'Esprit-Saint gonfler nos voiles : il nous donnera des ailes pour déployer en nous et chez les autres des énergies nouvelles. L'Esprit nous donnera de passer sur la rive de l'autre, sur d'autres rives pour annoncer et chanter les merveilles de Dieu.

 

 

L’Ascension Solennité du Seigneur – Année C, 30 mai 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 1, 1-16 / He 9, 24-28 ; 10, 19-23 / Lc 24 46-53

 

Je vous propose de prendre de la hauteur : c’est le cas de le dire !

Jésus disparaît du regard de ses disciples pour retourner d’où il est venu : la boucle est bouclée mais pas sans une profonde transformation de la réalité de toutes les créatures que nous sommes.

Le temps de Dieu n’est pas linéaire comme celui qui va du big-bang jusqu’à la fin du monde visible. Il n’est pas non plus une boucle qui sans cesse se reduplique, tel ceux qui croient en la réincarnation. Le temps de Dieu est éternel. Dieu est Père et Fils vivant dans la communion totale de leur Esprit. De toute éternité, le temps des hommes, le vrai temps des hommes, est celui de la foi au Christ venu nous révéler le visage du Père et nous ouvrir la porte de son Royaume. Un temps qui part du Christ, Alpha et source de toute vie, pour y retourner, Omega et finalité de toute existence. Et entre les deux, le don qu’il nous fait de bien exercer notre liberté avec la force et l’assistance de l’Esprit Saint, lui le défenseur, lui qui nous fait nous souvenir de tout ce que le Christ nous a laissé : ses actes de bonté et de miséricorde. Il ne nous appartient pas de connaître les limites du temps mais d’être le témoin du Christ né et ressuscité. Pour préparer le royaume du Christ de Dieu.

Vous restez à regarder le ciel ? Non, nous disent les anges vêtus de blanc. Bien sûr, joignez les mains pour vous centrer sur le Christ mais ne vous croisez pas les bras : allez témoigner du Ressuscité, le cœur tourné vers le ciel, et les pieds sur terre.

Nous avons là, dit l’auteur de la lettre aux Hébreux, un chemin nouveau et vivant que le Christ a inauguré en franchissant le rideau de sa chair, celle de sa vie livrée pour tous. Passer par le même chemin, c’est monter avec le Christ vers cette vie de foi, une vie livrée, donnée pour le bonheur des autres. C’est passer d’une vie sans Dieu à une vie avec Dieu et pour Dieu. L’Ascension, c’est cette montée avec le Christ vers le cœur de notre origine et l’horizon de notre destinée, c’est-à-dire la vie trinitaire.

Depuis le big-bang, toute la création va vers ce sommet, vers son accomplissement. Même si l’on sait très bien que cette création est finie, limitée et qu’un jour s’éteindront ses atomes, chaque être venant de Dieu va vers Dieu, comme le Christ l’a inauguré : sœur araignée et sœur limace, le chêne et le roseau, le faible et le riche, l’infiniment petit et l’infiniment grand : tout est aspiré, élevé par le Christ vers cette vie divine, accomplissement de toute la création.

Le Christ vient du Père et il retourne. Il a assumé notre condition de créature jusque dans la mort et son amour est tel qu’il nous délivre de toute peur et de toutes nos ruptures d’alliance. En ce jour de l’Ascension, il nous aspire ainsi que toute la création vers la vie qu’est Dieu. Il nous fait le don de l’Esprit Saint qui anime et forme notre liberté afin de collaborer, avec tes frères et des sœurs, à cette immense et belle œuvre d’ascension de toute la création vers sa destinée ultime, c’est-à-dire le Royaume de Dieu, de l’amour.

En se retirant pour aller là nous serons, le Christ ne nous laisse pas tout seuls mais avec le Défenseur, l’Esprit Saint qui chaque jour nous fait nous souvenir des paroles et des actes du Seigneur. Le Christ se retire pour ne pas saturer notre espace et notre temps de sa présence mais en élargissant par son Esprit Saint l’espace de notre tente et de notre liberté. Le Christ se retire pour nous donner de nous donner.

6ème dimanche de Pâque année C- La Clarté-Dieu, 26 mai 2019, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

Ac 15, 1-2.22-29 / Ap 21,10-14.22-23 / Jn 14, 23-29

 

La crise des judaïsants : se faire juif par la circoncision avant de devenir chrétien. Paul s’y oppose car la grâce du Christ nous libère de la Loi c’est-à-dire des pratiques religieuses du judaïsme.

Quelle solution ? La délégation envoyée à Antioche par l’assemblée de Jérusalem est constituée de Paul et Barnabé et de Jude et Silas. Paul et Barnabé (ceux qui ont donné leur vie pour le nom du Seigneur) et Jude et Silas (des hommes d’autorité). Autrement dit, l’autorité est mise au service de la vie donnée. La sainteté, l’idéal de la vie chrétienne, c’est la vie donnée. Le sens spirituel de cette délégation permet de donner aux mesures prises, et dont ils sont porteurs, sa véritable signification. La délégation par la vient donner aux chrétiens d’Antioche des mesures conservatoires, autrement dit il s’agit d’une mise à l’épreuve, d’un test.

Les différentes parties sont-elles capables de faire des concessions pour le nom de Jésus ? N’ont-ils pas en Paul et Barnabé cautionné par Jude et Silas, c’est-à-dire l’ensemble des apôtres et la communauté entière, des modèles de vie donnée ?

De fait, il ne s’agit pas d’une simple question d’ablation du prépuce (circoncision). Il ne s’agit pas non plus d’une question d’incirconcision car « pour celui qui est en Jésus Christ, ni la circoncision ni l’incirconcision ne sont efficaces, mais la foi agissant par l’amour » (Ga5, 6).

Par le baptême, le baptisé n’appartient pas au ministre qui baptise mais il entre dans la vie nouvelle en Jésus-Christ. Paul dira en substance, « Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais annoncer l’Evangile ». Par cette affirmation c’est tout le sens et la valeur du sacrement qu’il nous faut comprendre. Jésus a combattu le ritualisme, le formalisme, en somme tous les « ismes ».

Dans la lecture de l’apocalypse (deuxième lecture) il est écrit : « Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c’est le Seigneur Dieu, Souverain de l’univers, et l’Agneau. ». Qui est l’agneau ? C’est l’agneau immolé, le mystère de la vie donnée, mais aussi de la vie reçue, le mystère de Pâques, mystère du Salut.

Sommes-nous prêts à être avec et comme Jésus, l’agneau ? Nous n’en sommes pas capables par nous-mêmes. C’est pourquoi il nous envoie l’Esprit saint qui nous enseignera comment devenir agneau, et comment être les luminaires de la gloire de Dieu qui illuminent le sanctuaire du royaume. La pentecôte approche, disposons dès à présent nos cœurs à recevoir l’Esprit saint.

 

4ème Dimanche de Pâques – Année C- La Clarté-Dieu, 12 mai 2019, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Ac 13, 14.43-52 / Ap 7, 9.14b-17 / Jn 10, 27-30

 

Annoncer l’Evangile

Être en marche

Celui qui annonce l’Evangile est en marche vers le royaume du Père à la suite de notre Seigneur J.C. Dans cette marche, il entraine avec lui ceux que le Père appelle à suivre le Christ. La meilleure manière d’évangéliser est d’être soi-même porteur d’espérance, être sûr que l’on parviendra au bonheur sans fin, là où il n’y a plus ni faim, ni soif ; là où Dieu essuiera toute larme des yeux de ses élus (deuxième lecture).

Dans l’épreuve

Cette marche est jalonnée d’épreuves

  • Les persécutions
  • La jalousie : « quand les juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient.
  • La violence : « les juifs provoquèrent l’agitation parmi les femmes de qualité adorant Dieu et parmi les notables de la cité ; ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé et les expulsèrent ».

 

Rester fort et savoir discerner la volonté de Dieu pour avancer

 

Les apôtres parlaient avec assurance et sans peur. Ils étaient par l’Esprit du Seigneur qui les rendait forts dans l’épreuve et capable de discerner la volonté de Dieu.

Les apôtres ont su s’approprier la Parole du Seigneur qui dit : « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ». Par conséquent ils vont dire aux juifs : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la Parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, nous nous tournons vers les nations païennes.

 

La joie et la foi comme fruit de la mission

 

« En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés la vie éternelle devinrent croyants ».

 

L’Evangile : du particulier à l’universel

 

Le peuple que Dieu a préparé dans la première alliance pour être la lumière des nations, s’est enfermé dans une religion nationale, servant à des fins identitaires. Le sort réservé au Christ dont l’appel à une foi dépouillée de toutes formes d’idolâtrie ou d’intégrisme va être aussi celui de ses disciples qui se verront incompris et rejetés par les chefs religieux juifs. La religion est déviée de sa fonction essentielle lorsqu’elle devient un moyen d’exclusion et de rejet des autres identités culturelles. Les apôtres Paul et Barnabé nous ouvrent le chemin vers l’autre, chemin d’un évangile universel, chemin du Christ sauveur de tous les hommes. L’Evangile nous met en marche avec pour mission de construire la fraternité universelle. Sortons de nos prisons idéologiques en faisant de l’Evangile de Jésus-Christ, l’instrument de communion et de dialogue interculturel et interreligieux pour un monde de paix, d’amour et de fraternité. 

2ème Dimanche de Pâques– Année C, 28 avril 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 5, 12-16 / Ap 1, 9-11a.12-13.17-19 / Jn 20, 19-31

 

Nous voyons les disciples dans leurs peurs, la peur des juifs et de tout ce qui vient de se passer. Dans les Actes des apôtres, nous voyons la foule qui a peur de passer de la religion des miracles à une foi personnelle, une relation personnelle avec le Christ, en s’attachant à lui.

C’est précisément là où il y a la peur et l’enfermement que le Christ vient, là qu’il nous rejoint pour nous apporter Sa paix : « la paix soit avec vous ». Tout de suite après, Jésus nous envoie : sortez de vos enfermements et pour cela : « recevez l’Esprit Saint ».

Cet Esprit du Père et du Fils, c’est le désir profond que le corps blessé de l’humanité retrouve sa vigueur et puisse ressusciter le meilleur de lui-même. La miséricorde du Seigneur, c’est bien ce cadeau immense qui nous est donné que nous célébrons de manière particulière aujourd’hui. C’est saint Jean-Paul II qu’il a voulu. Ce cœur au cœur de nos misères et de nos angoisses. La misère du péché est recouverte par la miséricorde de l’amour. Un homme blessé apporte la paix à d’autres blessés. Et nos blessures sont des lieux de rencontre avec les autres blessés et le Ressuscité. Toute cette peine que Jésus s’est donné pour nous relever, Il veut qu’à notre tour nous la donnions en prolongeant tout ce qu’il a fait pour nous. Il dit à ses disciples : « recevez l’Esprit Saint, à qui vous remettez ses péchés ils lui seront remis ; à qui vous me maintiendrez ses péchés ils lui seront maintenus ». Qu’as-tu fait de cette miséricorde que je t’ai moi-même donné alors que tu étais enfermé dans tes propres murs ? Bien sûr, ma miséricorde est pour tous et elle ne peut dépendre de toi. Mais elle est un trésor que tu ne peux laisser enfoui. Le corps blessé de l’humanité, tu vas pouvoir le sortir de ses enfermements et aller sur les places ; là, les blessés de la vie pourront être revêtus de la miséricorde de Dieu. Il nous est dit dans les Actes que l’ombre des disciples guérissait les malades. Un peu comme l’ombre de l’Esprit saint sur Marie à l’Annonciation lui fit accéder à ce monde nouveau. Oui, le Seigneur nous relève par sa miséricorde.

Et Thomas, l’un des douze ? Le corps de Jésus qui se présente devant Thomas est troué, transpercé amoché. Cela montre bien que la croix n’est pas un mauvais moment dont la résurrection serait l’heureuse conclusion : le visage du Ressuscité et de Dieu est inséparable de ce corps blessé avec ses trop nombreuses blessures.

Dieu n’est pas qu’impassible ; le corps dont parle saint Jean devant Thomas est bien ce corps blessé. Et si dans la lettre aux hébreux Jésus intercède avec ses plaies pour nous aujourd’hui, plus encore Jésus présente à Dieu -par intermédiaire de Thomas- les blessures de l’humanité. Le corps de l’Eglise est blessé, le corps de l’humanité l’est largement. Jésus montre donc avec son corps blessé et ressuscité toute la peine qu’il s’est donné pour relever l’humanité blessée.

Thomas doit donc l’accepter mais plus encore s’engager comme le Christ qui s’est donné la peine pour les membres souffrants de son corps. Avance ton doigt, mets tes mains, engage toute ton existence pour rejoindre ce corps blessé là où il est enfermé et donne-lui ce que toi-même tu as reçu : la miséricorde, ce cœur de Dieu qui est pour toi, qui est pour tous. Tu ne comprendras la résurrection que si tu te donnes de la peine pour faire vivre l’autre, pour le tirer de la mort, de l’angoisse, de la maladie ou de la souffrance.

La résurrection, c’est l’acte par lequel on fait vivre quelqu’un d’autre parce que c’est précisément ce que le Christ a fait : produire la vie, donner la vie et se donner !

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur – Année C- La Clarté-Dieu, 14 avril 2019, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

Is 50, 4-5 / Ph 2, 6-11 / Lc 22, 14-23,56

 

La passion du serviteur de Dieu, c’est la domination absolue du mal. La figure du juste souffrant et victime de la cruauté humaine traverse l’histoire à travers divers personnages illustres comme Job, Jérémie, Jésus-Christ, les martyres de toutes sortes et de tous horizons, plus près de nous Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela etc… La société fonctionne de façon répétitive selon une logique exorciste par le moyen de la victimation de l’innocent. Autrement dit, le mal sévissant sans cesse, il faut le sacrifice d’un innocent pour apaiser la colère et le désir de vengeance qui couvent dans la société. C’est ce que j’appelle la domination absolue du mal.

Lorsque l’on voudra procéder autrement pour sortir de l’impasse en demandant à chacun de faire un effort d’élévation spirituelle et morale par une conversion intérieure, l’on est sûr de s’entendre dire que ce genre de discours est bon pour les lieux de culte, pour la religion et que la société en général ne saurait s’appuyer sur de telles convictions. Ceux qui y croient sont traités en fait de rêveurs, d’utopistes, à posteriori de prophètes. S’ils venaient à gagner du monde à leur cause, ils courent fortement le risque de se faire taire par des forces obscures. C’est ce que j’appelle la domination absolue du mal, le cercle vicieux, la spirale infernale.

L’antienne du milieu du jour de la deuxième semaine du temps de l’avent s’écrie : « Oh ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! ». Aujourd’hui nous entendons le Seigneur Jésus-Christ s’écrier : « Mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Allons nous répondre à la souffrance et au mal par le rêve, par le désir d’un bonheur perpétuellement insatisfait ? Par une espérance béate ?

Le Seigneur Jésus-Christ nous ouvre un chemin de vie qui pour nous est le chemin de vie et de salut par excellence. Ne disons pas « Hosannah ô fils de David » comme la foule, c’est-à-dire pour accompagner sans le savoir le Christ à la croix. N’est-ce pas pourquoi, Qohélet en son temps, ayant fait cet amer constat dira : « Vanité des vanités, tout est vanité ! » ? Est-ce vrai ? Nous voulons bien dire non !

Chers frères et sœurs, parce que nous n’avons pas le courage de vivre à fond notre engagement chrétien, nous participons à la perpétuation du système, à ce que j’appelle la domination absolue du mal. Parce que le mal est absolu, il doit être absolument combattu, mais ensemble dans la communion fraternelle en Jésus-Christ, Fils de Dieu et lumière du monde.

1er Dimanche de Carême– Année C, 10 mars 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Dt 26, 4-10 / Rm 10, 8-13 / Lc 4, 1-13

 

Être attentif à ce qui germe en moi pour apprendre à être libres dans le Christ

Le peuple de Dieu est un peuple nomade, maltraité et emprisonné. Il erre sur un chemin désertique. Jésus lui-même a été conduit sur sa terre désertique. Nous-mêmes faisons parfois l’expérience du désert dans notre terre intérieure.

Le peuple crie dans le désert : « un pauvre crie, le Seigneur entend ». Dieu le délivre de sa prison et lui fait la promesse d’une terre vers laquelle il marche. Jésus lui-même marche dans le désert vers Jérusalem comme nous-même sortons de notre quant à soi pour aller de notre terre asséchée vers la terre bienheureuse de l’autre. Voilà chemin pascal de ce temps de carême.

Si Dieu a donné autrefois une terre à son peuple ; aujourd’hui la terre de nos vies, c’est notre vie intérieure, là où le Seigneur veut semer sa vie divine. Ce n’est plus la terre qui est le symbole de notre foi, mais notre cœur. Du coup, plus de différence entre les hommes : la coupure entre le peuple juif et les nations n’existe plus : Dieu vient planter sa vie et sa Parole dans le jardin intérieur de tout homme, de toute femme.

Dans ce jardin, je peux y apporter les prémices des fruits de mon sol intérieur, des fruits de bonté et de justice, des fruits de pardon et de tendresse, des fruits de prière et d’intériorité. L’abondance n’est pas encore là, mais ce que nous avons et ce que nous sommes, nous le présentons à Dieu en ce début de carême pour qu’il vienne féconder cette terre de nos personnes et y faire germer sa puissance de vie et de résurrection.

Comme le Christ au désert, j’ai des choix à faire pour que cette germination en moi puisse se réaliser. Et pour cela, j’ai, comme le Christ, un combat spirituel à mener. Un combat énorme. Demandons pour cela l’aide et la persévérance à Dieu.

On voit Jésus confronté durement aux trois tentations majeures qui, au fond, traversent chacune de nos vies. Plus quelqu’un cherche à mener une vie bonne, belle, juste et vraie, plus il trouve des oppositions très fortes. Et Jésus va résister aux trois tentations du diable en les changeant de nature et de sens et en les convertissant en puissance de vie.

La 1ère tentation, c’est de transformer ce qui vient de la terre -une pierre- en pain. C’est croire que mon bonheur dépend de ce que je possède ou de mon ventre. Après 40 jours, Jésus a faim. Mais il affirme que nous avons plus faim de relations que de pain. Avoir quelqu’un qui m’aime et que je puisse aimer. La réponse à cette tentation est le Jeudi saint où Jésus prendra du pain, signe de sa vie donnée à toute personne. Oui, « l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

La 2ème tentation, c’est de se prosterner devant tous les royaumes humains de la terre -encore une fois la terre-. C’est notre volonté de puissance sur les autres qui transforme notre besoin légitime d’être reconnu et apprécié en besoin de paraître et de briller. Au point de faire de l’ombre aux autres. Jésus répond à cette tentation en se prosternant devant son Père, véritable Royaume de nos vies. Et il se mettra à genoux le Jeudi saint devant l’homme le plus fragile et le plus blessé et lui lavera les pieds.

La 3ème tentation, l’adversaire propose à Jésus de se jeter en bas en défiant les lois de la gravité pour prendre le pouvoir en vendant son âme. Jésus répond à cette tentation en descendant plus bas encore, en naissant dans une mangeoire d’animaux et en mourant sur la croix des païens.

Vous voyez, ce combat spirituel peut nous mener vers la vraie libération quand nous vivons notre rapport aux biens, aux pouvoirs ou à nos responsabilités et à nos relations comme le Christ. Vivons-nous une vie en prenant le pain eucharistique du Christ ? Vivons-nous tournés vers le Père ? Servons-nous nos frères pour construire la fraternité du Royaume de Dieu ?

Sortons avec Jésus vainqueur de ces 3 principales tentations. Lorsqu’on a, comme le Christ, l’assurance d’être bien-aimé, dans le cœur de Dieu, on n’a plus besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. On est libre. Libre par rapport aux choses car on ne se définit pas à partir d’elles ; libre par rapport au prestige car nous savons qui nous sommes ; libre par rapport au pouvoir car nous n’avons pas besoin de dominer pour exister. Ces 3 tentations, c’est toujours la même chose : nous faire croire que nous devrions être quelqu’un d’autre que ce que nous sommes.

Jésus nous donne cette grâce d’entrer en résistance face à tout ce qui n’est pas digne de chacun de nous. Nous avons quarante jours pour nous exercer à être plus libres à l’image de Jésus. Laissons-nous tenter par cette liberté-là. Amen.

8ème Dimanche de Carême– Année C, 03 mars 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Si 27, 4-7 / 1Co 15, 54-58 / Lc 6, 39-45

 

Discernement et humilité, voilà ce à quoi l’Ecriture de ce jour nous invite, me semble-t-il.

Nous sommes plongés dans un monde où croire en l’autre n’est pas chose facile à cause de nos différences. Et le Christ nous dit : « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? … Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère ». Cette parole définit une exigence personnelle qui nous invite à ne pas accabler de reproches notre semblable pourtant si différent, surtout parce que la poutre dans mon œil me rend aveugle. La parole de Jésus nous invite à commencer par « un travail sur soi. » Ce travail commence par une disponibilité intérieure pour écarter ce qui nous empêche de voir la vraie réalité : ne pas projeter sur l’autre nos propres opinions, mais vivre en amitié, accueillir et écouter d’abord. Alors, une parole peut naître de la bonté du cœur et devenir constructive. Une bonté acquise souvent au prix de grands combats intérieurs pour enlever ce qui nous empêche de voir clair et nous libérer de toute jugement sur l’autre. S’exprimer avec humilité et sans dureté. Celui qui a cheminé dans l’aridité des jours et dans les difficultés de la fidélité est capable alors de montrer ce chemin de vie. Celui qui est capable de bouger intérieurement peut aider l’autre à bouger.

Qu’il y ait du mal en nous, chez les autres, dans le monde, c’est l’évidence. Mais c’est précisément à cause de cela que nous avons à discerner ce dont nous sommes capables dans l’ordre bien, du bon et du vrai. La lucidité sans la bienveillance, c’est une lumière crue, cruelle, blessante, une fausse lucidité. La vraie lucidité, c’est celle qui voit au-delà des apparences. Parce que vous comme moi, avec nos limites, nous avons absolument besoin d’être encouragés par un regard de bienveillance et de confiance.

" L’homme regarde le visage, Dieu regarde le coeur. " Nous, nous ne voyons souvent que le visible, mais la vérité d’un être humain est de l’ordre de la profondeur. C’est pourquoi on ne voit clair qu’avec le regard du coeur.

Nous avons une grande responsabilité les uns à l’égard des autres. Il s’agit pour nous d’être les témoins de Dieu - rien moins que cela - les témoins du regard que Dieu, lui, pose sur nous. Ce regard que Jésus pose sur nous, alors que nous sommes pauvres et pécheurs, ce regard de bonté et de vérité qui voit au-delà du visible, nous rejoint dans la vérité de notre être.

Avec les défauts des autres, les difficultés à vivre ensemble, la fatigue à supporter les autres, Dieu nous demande non pas de faire la morale ou d’être des redresseurs de torts, mais de nous aider les uns les autres à avoir du courage. A croire en la bonté de Dieu qui est à l’œuvre, en nous, chez l’autre, et dans chaque être humain.

Je vous propose, cette semaine, de prendre une feuille et d’y inscrire notre principale qualité. Puis prendre un autre papier et y inscrire la principale qualité de ceux qui nous entourent. Nous aurons des surprises ! d’heureuses surprises, vous verrez.

Au sein d’une humanité blessée, souffrante, il est urgent de témoigner de notre foi en la bonté des autres et de Dieu. Envers et contre tout, envers et contre tout mal, nous avons besoin, aujourd’hui, d’un vrai regard de foi, d’espérance, sur les autres, sur nous-mêmes et sur Dieu.

Nous porterons alors du fruit, celui d’un arbre bon qui donne un bon fruit. Comme les saints qui nous marquent. Ceux qui mûrissent dans l’épreuve pour vivre d’une bonté nouvelle : ils deviennent une icône de Jésus. Tous ces visages de bonté qui nous aident dans la vie parce qu’ils sont des présences de Dieu dans notre vie. Et Marie en premier. Elle ne s’appuie que sur son Dieu en qui elle fait confiance. C’est parce que Marie aime Dieu qu’elle peut mettre toute sa foi en lui. Et sa Foi va devenir la lumière qui va éclairer sa vie.

Demandons la grâce du discernement et de l’humilité. Demandons cette disponibilité que vit Marie.

6ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C- La Clarté-Dieu, 17 février 2019 – Chapelle du Couvent d’Orsay Clarté Dieu, Fr Henri NAMUR, ofm

 

Jr 17,5-8 / 1Co 15, 12.16-20 / Lc 6, 17.20-26

 

Jésus a passé toute la nuit à prier son Père... Quand Jésus quitte les hommes pour prier son Père, c'est en fait pour mieux les retrouver ensuite ! Au matin, il a appelé et choisi ses disciples et, maintenant, redescendu au carrefour des chemins, il vient à la rencontre des hommes, ceux d'alors et ceux de tous les temps ... nous, aujourd'hui, qui nous sommes rassemblés dans cette Chapelle...

Jésus lève les yeux...Nous sommes un peu dans l'ambiance précédant un grand discours ...un discours dont le programme repose sur les conversions indispensables à mettre en œuvre pour puiser aux sources du vrai bonheur, pour goûter la saveur de vivre de Dieu !

Jésus lève les yeux, il voit la foule, il nous voit et voici que du silence, sa voix s'élève : « Bienheureux » ! Ce mot tout pétri d'Esprit-Saint va aller se répétant comme un thème d'une fugue de BACH : « Bienheureux ! » Là où, en hébreu ou en grec, il n'y a qu'un seul mot, notre langue, elle, en a besoin de deux pour traduire le plus fidèlement possible la richesse d'un tel terme ! En effet, au plus près du texte, il convient d'entendre « Heureux et debout ! » : c'est la seule façon d'être fidèle au double dynamisme intérieur de ce mot ! En s'exprimant ainsi, Jésus nous dit tout à la fois le bonheur promis (heureux) et l'urgence qu'il y a à le prendre à pleines mains pour le faire nôtre (debout !). Ce qui veut dire que les Béatitudes du Royaume ne s’imposent pas à nous, nous sommes invités, en tant que partenaires de l’Alliance, à leur donner corps ! Ne croyez-vous pas que la dignité que nous confère un tel partenariat cela, déjà, est une bonne Nouvelle, une Béatitude ?

Oui, heureux sommes-nous, comme l'affirme Jérémie et comme le proclame Jésus, quand nous suivons les chemins du Seigneur et mettons en lui seul notre confiance ! Heureux sommes-nous au point de bondir de joie, quand, au cœur même de nos épreuves, nous plantons profond notre espérance en Jésus tel une ancre arrimée solidement au rivage ! Heureux sommes-nous quand nous sommes en butte à, toutes sortes d'épreuves et incompréhensions à cause du nom de Jésus... non parce que nous aunons quelque connivence malsaine avec la souffrance, mais bien au contraire parce que nous savons en qui nous avons mis notre confiance ! Heureux sommes-nous quand nos forces de Vie et nos joies de vivre se ressourcent à une profondeur telle que l'amour de Dieu jaillit là où tout pur et limpide, venant donner à nos existences, quels qu'en soient les heurs et les malheurs, une vitalité telle que c'est déjà la puissance de la résurrection qui y est à l'œuvre ! Jérémie a bien raison de nous redire aujourd’hui que « quand nos racines sont étendues vers le courant de l'amour de Dieu, alors notre feuillage reste vert maigre la chaleur », malgré l'âge, malgré la maladie...

Heureux sommes-nous encore quand, à la suite de fr François d'Assise, nous mettons tout en œuvre pour garder notre cœur constamment tourné vers le Seigneur car, alors, nous ferons l'expérience que nos lieux d'aridité et de souffrance sont porteurs de fruits, des fruits qui ne viennent pas de nous mais de l'Esprit de vie et de fécondité qui nous est donné.

Oui, heureux sommes-nous quand nous demeurerons fidèles malgré les obstacles, les contradictions, les souffrances. Oui heureux sommes-nous quand, dans ce lieu franciscain, nous suivons la pauvreté évangélique de frères François d'Assise. Une pauvreté évangélique originale qui appelle ses frères à vivre sans esprit d'appropriation, reconnaissant Dieu comme seul propriétaire de la création et des créatures. Oui, heureux sommes-nous, en ce lieu franciscain, quand nous faisons nôtre la tradition franciscaine de « l'usus pauper » de « l'usage pauvre » des biens de la Création, permettant ainsi une authentique jouissance de tous les biens de la création que nous recevons alors comme un don.... Oui, heureux sommes-nous et bondissons de joie, parce qu'en tout cela, nous sommes déjà vainqueurs grâce à Celui en qui nous nous abandonnons ... !

Oui comme l'écrit St Paul, c'est lui le Christ, qui est la tête, nous, nous sommes son corps et, du coup, notre destin est lié au sien ! Pour mieux le comprendre, il n'y a qu'à penser à la naissance d’un enfant. Si tout se passe normalement, la tête sort la première et le reste du corps suit ! Puisque le Christ-tête est entré dans les cieux, nous qui sommes son corps, nous le suivrons nécessairement là où il est entré : « Le Christ est ressuscité d'entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité ». Alors bienheureux sommes-nous de croire, que. La mort n'est plus le mur d l'absurde sur lequel on se cogne mais un passage, une Pâque que nous passons avec Jésus en faisant corps avec lui.

Enfin, au terme de cette méditation sur les Béatitudes, n'oublions jamais que la seule Béatitude qui compte, c'est d'être dans le Christ, c'est-à-dire d'accueillir sa croix qui vient opérer en nous un véritable retournement. Les Béatitudes sont vraiment un appel à vivre à l'envers... à l'envers des valeurs du monde. En fait, les valeurs du monde nous font souvent marcher sur la tête. C'est la croix du Christ qui nous permet de retomber sur nos pieds pour marcher dans le réel de Dieu, un réel qui fait qu'il y a plus de joie à donner qu'à recevoir, à aimer qu'à être aimé.  Bref, une véritable « révolution » évangélique qui fait de nous tous des fils et des filles appelés au bonheur et debouts dans les tempêtes de la vie.

 

5ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C- La Clarté-Dieu, 10 février 2019, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Is 62, 1-2a.3-8 / 1Co 15, 1-11 / Lc 5, 1-11

 

  • La parole de Dieu
  • L’expérience de Dieu
  • Un mystère de l’intériorité

Dans la première lecture le prophète Isaïe fait l’expérience de Dieu au cours d’une vision : « Je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple… ». Le temple qui est la demeure de Dieu nous plonge dans la dimension de l’intérieur, de ce qui est au-dedans, intime, profond, secret.

Ensuite les séraphins qui se tenaient au-dessus de lui proclamaient le Dieu trois fois saint, Dieu de l’univers. La terre est remplie de sa gloire, cette gloire symbolisée par la fumée « nuée » qui remplissait le Temple, marquant cette présence réelle et pleine de Dieu.

Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? Par sa parole Dieu se donne à connaître. Il choisit ses prophètes, ses messagers. Ceux dont il purifie les lèvres et qu’il rend digne de proclamer son message.

Le temple, la gloire et la parole sont des lieux de la manifestation de Dieu. Celui qui en fait l’expérience n’en sort jamais sans être transformé. Il devient un témoin.

 

L’expérience de Paul : les écritures et les apparitions

 

Paul proclame que le « Christ est mort pour nos péchés conformément aux écritures et il a été mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux écritures…en dernier lieu il est même apparu à l’avorton que je suis.» L’expérience de Dieu met toujours l’homme devant sa fragilité, sa petitesse et son péché. Cette expérience est également réelle et totale chez Paul : « A vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi ». Paul a travaillé avec zèle car il ne peut plus se taire c’est pourquoi il dit : « Je me suis donné de la peine plus que tous les autres. »

L’expérience de Pierre : Obéissance et abondance et transformation

Le Seigneur va rejoindre Pierre dans ses habitudes, de sa profession de Pêcheur. Ce travail dont il vit et qui est son occupation quotidienne. Pierre va poser un acte de foi essentiel quand il jette le filet sur ordre du Seigneur. Cette obéissance va lui valoir de faire l’expérience de la surabondance de la grâce divine. Il en est bouleversé et choqué : « Seigneur, éloigne-toi de moi car je suis un homme pécheur. » De là Pierre va recevoir une nouvelle mission : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras ».

Aucune expérience de Dieu n’est authentique si elle n’opère un changement qui ouvre un chemin de vie nouvelle. Sachons obéir comme Pierre à la parole Dieu. Lui un professionnel de la pêche est invité à jeter les filets le jour sachant bien que la pêche se fait dans la nuit. Naaman le Syrien fut guéri dans le jourdain parce qu’il a fini par obéir à l’ordre du prophète qui lui paraissait pourtant saugrenu. Jésus a nourri la foule avec cinq pains et deux poissons. Il a guéri la femme hémorroïsse qui a cru qu’en touchant simplement le pan de son manteau, elle guérirait…

Nous croyons trop souvent que tel ou tel cas est désespéré. Nous pensons pouvoir régler nos difficultés par notre intelligence et notre sagesse. Mais il y a tant de fois où la solution qui nous est proposé nous paraît insupportable voir stupide. Et pourtant…Savons-nous qui nous parle ?

3ème dimanche du temps Ordinaire – Année C- La Clarté-Dieu, 27 janvier 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ne 8, 2-4a.5-6.8-10 / 1Co 12, 12-30 / Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21

 

Serviteur de la Parole, nous dit Luc au début de son Evangile. Esdras est un prêtre qui est serviteur de la Parole et qui nous parle au nom de Dieu. Nous aussi nous sommes invités, à la suite de tous les prophètes, être les serviteurs de la Parole de Dieu.

Mais il est étonnant de voir que Jésus lui aussi au début de son ministère dans la synagogue de Capharnaüm, est serviteur de la Parole. Il ouvre le livre, il lit une parole du prophète Isaïe, puis il le referme.

C’est tout à fait étonnant car il est lui-même la Parole de Dieu, le verbe de Dieu fait chair, devenu homme, semblable nous. Lui, la Parole de Dieu, se fait serviteur de cette Parole. N’est-ce pas pour nous dire : la parole de Dieu que je suis, que l’incarner dans toute ma vie, si je la garde au plus profond de mon existence d’homme, je la reçois d’un autre que moi, le Père. Et si je suis appelé à être auteur de cette Parole, je ne peux le faire qu’en la recevant totalement du Père.

Le Christ nous dit : « l’Esprit du Seigneur est sur moi ». C’est-à-dire qu’il se met sous l’Esprit, qu’il qui la reçoit de lui, qu’il se repose en lui. C’est lui, l’Esprit du Père et du Fils qui l’envoie et qu’il envoie nous remettre en liberté.

Lui la Parole de Dieu, et en même temps serviteur de la Parole, il garde cette parole ouverte comme le livre. Car il est le plus ouvert des hommes. Une parole qui concerne avant tout la libération de tous, et en particulier des prisonniers, des aveugles et des opprimés. Remettre en liberté ; se rendre libre d’être libre. C’est pourquoi tous ont les yeux fixés sur lui.

Puis Jésus referme le livre. En effet nous ne sommes pas une religion du livre mais engagés à la suite d’une personne, le Christ, lui-même Parole de Dieu. C’est sa personne qui est le livre ouvert, le livre de nos vies. Sa parole ne s’accomplit pas par un livre fait de papier mais par sa personne. Cette parole se réalise car Jésus dit ce qu’il fait et il fait ce qu’elle dit. Jésus est à la fois prophète qui parle au nom de Dieu et en même temps médecin qui guérit. Entre parenthèse, c’est précisément même la signification d’un sacrement qui dit ce qu’il fait et qu’il fait ce qu’il dit.

« Aujourd’hui s’accomplit cette page l’écriture que vous venez d’entendre ! » Elle s’accomplit dans la personne même du Christ.

J’ai accompagné, au fond ténébreux d’une cellule de prison, pendant 16 mois, un très jeune homme pour des questions liées de près ou de loin -je ne sais pas- au terrorisme. Nous avons cheminé ensemble avec le livre ouvert la Parole de Dieu, jour après jour. Nous avons découvert ensemble, peu à peu, cette amitié avec le Christ. Au point que, un jour, alors qu’il est toujours en prison, il me dit : avec le Christ, même si je suis encore derrière les barreaux, je suis devenu vraiment libre. Libre de ne pas être jugé en fonction du mal que j’ai pu commettre, mais aimé sans condition. Libre avoir maintenant la paix dans un cœur habité par Dieu. Libre avoir trouvé des frères dans le Christ. Aujourd’hui s’est accompli pour lui ce passage de l’Ecriture. Le livre de sa vie est désormais ouvert sur un avenir où s’est mis en marche avec le Christ, derrière le Christ. Il est devenu membre du corps du Christ avec des frères. Dieu lui a accordé plus d’honneur car il en était dépourvu. Il souffrait et nous pouvons maintenant partager sa joie. Car Dieu l’a libéré, nous avec, parce que nous avons laissé l’Esprit du Seigneur nous faire vivre.

2ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C- La Clarté-Dieu, 20 janvier 2019, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Is 62, 1-5 / 1Co 12, 4-11 / Jn 2, 1-11

 

La fête de l’épiphanie se poursuit normalement encore aujourd’hui. En effet l’Epiphanie célèbre trois mystères : les mages guidés par l’étoile vers la crèche, le baptême du Seigneur dans le jourdain par Jean-Baptiste et l’eau changée en vin aux noces de Cana. Ces trois événements signifient trois grandes manifestations messianiques de notre Seigneur Jésus-Christ, roi de l’univers, roi d’Israël et roi sur nos vies.

  1. J.C, Roi de l’univers

Les mages viennent de l’Orient pour représenter les nations du monde, apportant à l’enfant-Jésus des présents (l’or, la myrrhe et l’encens), symboles de la création toute entière qui célèbre son roi, le messie qui vient restaurer et sauver l’œuvre du Créateur.

 

  1. J.C, Roi d’Israël

Lors du Baptême de Jésus, la voix du Père se fait entendre des cieux en disant : « Tu es mon fils, aujourd’hui je t’ai engendré » (Ps2) qui est un psaume messianique qui sert à l’intronisation du roi en Israël, signifiant par là que Jésus est le messie, le fils de David annoncé par les prophètes dont Jean-Baptiste est le dernier, oint par l’Esprit manifesté sous la forme d’une colombe.  Le roi d’Israël est un roi temporel et sa filiation est symbolique. Quant à Jésus sa royauté n’est pas de ce monde et sa filiation est réelle. Et pourtant c’est lui, le roi qu’Israël attend, le messie qui accomplit les écritures comme le confessera Pierre « Tu es le messie, le fils du Dieu vivant ». Que signifie donc réellement la royauté du Christ ? Les noces de Cana nous le dirons.

 

  1.  J.C, Roi de nos vies

Les noces de Cana où l’eau est changée en vin, événement que nous célébrons en ce jour fera pour nous l’objet d’une attention particulière. Durant ces noces l’on parle des six jarres d’eau. Pourquoi 6 au lieu de 7 qui signifie la totalité de l’œuvre de Dieu ponctuée par son repos du septième jour ? Il y a bel et bien une septième jarre, le corps de l’homme croyant, l’homme de l’alliance nouvelle, l’alliance des noces du royaume, ce corps qui va consommer le vin nouveau du Christ, le bon vin qui a été gardé pour la fin, comme le souligne le marié, mais qui pourtant permet aux noces de prendre un nouveau départ. Ce vin qui permet un nouveau commencement qui réfère au commencement de la Création (Gn1, 1), à mettre aussi en lien avec les débuts des évangiles selon Marc et Jean. Le septième est à comprendre comme le jour de la résurrection qui n’est pas le jour du sabbat (septième jour de la semaine juive) mais le premier jour de semaine, jour de résurrection du Christ, jour de la création nouvelle.  La communion au vin de l’alliance nouvelle rend participant au règne du Christ ressuscité, toujours vivant. Le règne du Christ qui n’est pas de ce monde est un règne spirituel qui se manifeste dans le cœur de tout croyant, celui qui reconnait le Christ comme l’époux de l’Eglise. Chaque fois que tout chrétien renouvelle en lui l’alliance du Christ avec son Eglise, c’est la royauté universelle du Christ qui s’accomplit, c’est la royauté du Christ sur Israël qui s’accomplit. Il faut entendre ici accomplissement non pas comme conformité ou équivalence mais comme réalisation, correction et dépassement. En effet, En Christ le nouveau Moïse, le nouvel Elie, le nouveau Jonas etc… il y a plus que Elie, plus que Moïse et plus que Jonas et plus que tous les rois et prophètes de l’ancienne alliance. Ainsi donc avec le vin nouveau du Christ qui réchauffe, qui dynamise et qui réjouit les cœurs célébrons les noces du royaume du Christ en témoignant d’un monde d’amour, de bonheur et de fidélité.

Solennité de l’Epiphanie du Seigneur– Année C- La Clarté-Dieu, 6 janvier 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Is 60, 1-6 / Ep 3, 2-3a.5-6 / Mt 2, 1-12

 

Cette page de Matthieu est un monument théologique qui invite à une visite attentive des moindres détails. Avec les savants d’aujourd’hui, ceux qui sont favorables à l’évolutionnisme contre le créationnisme remettent à jour une théologie catholique tenue sous le boisseau depuis longtemps, en particulier celle d’un théologien écossais Duns Scot, franciscain du 14ème siècle et patron de notre Province franciscaine.

Jusqu’à lui, la liturgie et la réflexion de l’église portaient essentiellement sur le mystère de la Rédemption : le Verbe de Dieu s’est incarné pour sauver l’homme du péché. La fête de Pâque, centrale, drainait toutes les autres.

Pour Duns Scot et ses nombreux disciples encore actuels, l’amour de Dieu créateur qui nous fait le don de son Christ ne peut dépendre du péché de l’homme. Duns Scot ne peut imaginer que la créature la plus parfaite, la plus sainte, le Christ donc, doit son existence terrestre à quelques causes contingentes et, qui plus est, aux « déficientes » de l’homme du fait qu’il est pécheur. Dieu a créé le monde entier en vue de l’Incarnation de son Fils. Autrement dit, le Christ s’est incarné sur notre terre, indépendamment du péché de l’homme. Le Christ est voulu en lui-même pour le plus grand amour de Dieu. Il est le motif de la création et le couronnement de la création.

Relisez le début de la lettre de Paul aux Éphésiens : « Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l'amour. Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ ».

Comme Paul, Duns Scot voit l’incarnation comme première avant le mystère de la Rédemption. Avant la création, avant la faute originelle, préexiste l’amour inconditionnel du Père pour son Fils Bien Aimé. Toute la création est consacrée au Christ : tout est pour Lui, tout est par Lui. Il est premier en tout, et l’Homme est voulu pour lui-même indépendamment de son péché.

Tout commence donc par l’amour entre le Père et son Fils Ben-Aimé. Tout le reste s’en suivra pour tous les hommes depuis Adam jusqu’au dernier des 144 mille de l’Apocalypse pour être embrassés par un même amour. Certes, le péché des hommes peut modifier le déroulement de ce dessein d’amour, mais non son origine ou sa finalité. L’Incarnation n’est pas un accident provoqué par ce péché : c’est un acte d’amour irrévocable.

Et, me direz-vous, l’Épiphanie dans tout cela ? Nous fêtons aujourd’hui l’immense amour de Dieu pour tous : il déborde le petit territoire du Peuple juif. Les Mages étrangers qui viennent adorer le Christ à la crèche est bien le Dieu que Duns Scot a décrit, ce Dieu qui aime son Fils et la création tout entière indépendamment du péché. Un « Père immense » en amour qui invite chacun de nous à être un missionnaire du Christ. Ouvrons donc grande ouverte la porte de l’évangile à toute la création, au-delà des sphères connues. L’Épiphanies est la fête du Christ révélé à tous, ce Christ qui révèle à tous l’amour débordant du Père.

Ainsi, quand lorsque nous manifestons notre amour à nos frères, nous fêtons ce mystère de l’Incarnation révélé dans cette épiphanie telle qu’elle est sortie du cœur de Dieu avant toute création. Nous réalisons le vœu premier du Père et nous devenons sa joie : le ciel est en fête. Les Anges de Noël jouent de leurs instruments et la paix envahit la terre. Nous rendons Dieu comblé de bonheur !       

4ème Dimanche de l’Avent – Année C- La Clarté-Dieu, 23 décembre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Mi 5, 1-4 / He 10, 5-10 / Lc 1, 39-45

La rencontre joyeuse est l’un des thèmes de ce dimanche. Marie rencontre Elisabeth. Jésus rencontre Jean-Baptiste.  Le sacerdoce du Christ rencontre le sacerdoce d’Aaron (figuré par Zacharie).

Elisabeth dira de Marie : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». En effet Marie est celle qui a dit « oui » au Seigneur. Elle entre dans la maison de Zacharie devenu muet à cause de son incroyance : (Lc1, 20). Le silence de Zacharie signifie la fin du sacerdoce d’Aaron. Désormais le temps est au sacerdoce du Christ : « Me voici, je suis venu mon Dieu pour faire ta volonté » (deuxième lecture : lettre aux Hébreux). Le sacerdoce du Christ est un sacerdoce du don de soi à Dieu et non celui des holocaustes et des sacrifices pour le péché. « Tu m’as fait un corps ».

  • C’est avec ce corps que Marie s’est rendu chez sa cousine Elisabeth. 
  • C’est avec ce corps qu’elle porte en son sein le Messie.
  • C’est avec ce corps qu’Elisabeth a senti Jean-Baptiste tressaillir d’allégresse en son sein dès qu’il sentit la présence du Messie.
  • C’est avec ce corps que le Seigneur Jésus-Christ viendra au monde pour annoncer l’Evangile jusqu’à s’offrir en sacrifice parfait à Dieu le Père pour le salut du monde.
  • C’est avec ce corps glorifié qu’il ressuscitera pour entrer dans le royaume éternel du Père.

Notre corps est pour chacun signe et moyen de salut. Ce corps nous lui devons le meilleur soin possible pour en faire un instrument de bien pour soi-même et pour autrui. Nous allons bientôt fêter Noël. Qu’est-ce que Noël si ce n’est la fête de l’Incarnation. La célébration du corps comme lieu et instrument de la révélation de Dieu et de sanctification de l’homme.

Comment nous servir de notre corps pour qu’il ne soit pas un instrument de la chair (au sens johannique) au service de la voracité, de la bestialité, de la déprédation et de la dévitalisation du monde et j’en passe… mais plutôt un moyen de fécondité, de charité, d’embellissement et de sanctification et de célébration joyeuse de la vie dans l’Esprit.

Ce temps de l’avent est le temps où nous apprenons à célébrer nos rencontres, à leur donner un visage humain qui glorifie le Père, un temps où on apprend à sourire, à être un cadeau pour l’autre, un temps où on apprend à concrétiser dans le bien tout ce que l’on a dans le cœur. Un temps où on apprend sans cesse à sentir la vie au contact de l’autre. Un temps où plus que jamais, je prends conscience de ce que je suis un corps, un être en lien corporel, physique par lequel je me dois de communiquer l’Esprit de Dieu.  

Lorsque nous offrirons un cadeau à Noël, c’est à tout cela qu’il faudra penser. Oui « c’est par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes, que nous sommes sanctifiés ».

2ème Dimanche de l’Avent – Année C- La Clarté-Dieu, 16 décembre 2018, Fr Max de WASSEIGE, ofm Chapelle Notre Dame des Buis

 

So 3, 14-18a / Ph 4, 4-7 / Lc 3, 10-18

 « Nous n'avons pas d'autre devoir que la joie » (Paul Claudel)

J'ai le triste privilège de vous parler de la joie !! Car elle n'est pas évidente dans un monde où il y a tant de blessures et dont l'avenir est incertain. Mais je ne peux me dérober car tous les textes de la Liturgie en parle.

D'abord Sophonie. Il est paradoxal de voir que s'est lui qui évoque « le jour de Yahvé » avec une imagerie qui a fait trembler des générations, et dont s'est inspiré le fameux Dies irae ! Mais ici, le prophète parle de « danse », « de cris de joie », « d'ovations », et même « d'allégresse », cette joie qui vient du fond des entrailles et qui éclate en public.

Et si je prends la Lettre de Paul à ces chers Philippiens. L'apôtre parle de « joie, de sérénité ». Or Paul est en captivité quand il écrit cette lettre !

Jean-Baptiste, dont les paroles ne sont pas tendres, est      la veille d'être emprisonné par Hérode. L'annonciateur proclamera à tout le peuple la Bonne Nouvelle. Comment peut-on annoncer une bonne nouvelle quand on est à la veille d'une décapitation ?

Je vais donc vous parler de la joie. Paul Claudel en faisait un devoir pour les chrétiens : « Nous n'avons pas d'autre devoir que la joie ». Or, la joie n'est pas évidente, on a même l'impression que plus notre société s'enfonce dans la consommation, plus elle perd la joie profonde. Et, plus la joie s'éloigne du cœur profond, plus notre société aura tendance à illuminer les rues, les façades et les devantures des magasins !

Et pourtant, dans le jardin de notre cœur, la joie est, malgré tout, une plante vivace qui résiste aux rigueurs de l'hiver, à la tristesse, au découragement. A travers tout, elle se fraye un chemin car la faim de bonheur est inscrite dans nos gênes. Tous, nous sommes en quête de joie mais cette quête s'arrête assez souvent à la jouissance immédiate : nous avons tendance à visiter ces parcs de loisirs, tous plus beaux les uns que les autres. Notre faim de bonheur est d'ailleurs habilement excitée par les médias et conditionnée, de façon séduisante, par quantité de promotions et d'occasions à ne pas manquer. Mais toutes ces joies, à portée de main, sont-elles la vraie joie ? Car, dans le jardin de notre cœur la vraie joie est une plante qui pousse parmi beaucoup d'autres. Pas mal de sirènes tentent de nous séduire. Il est rare cependant que celui qui succombe à leur charme trouve ce qu'il cherchait. La magie se dissipe souvent comme brume du matin !

La vraie joie est, au contraire, durable, son caractère distinctif est d'ailleurs la fidélité. Parce qu'elle se nourrit à des sources stables et non pas dans une culture de perpétuel zapping qui cherche à tuer le temps et qui ne trouve jamais le vrai repos. La vraie joie est également plus qu'un bien-être psychologique. Elle n'est pas seulement affaire de caractère heureux, de tempérament optimiste.

De nombreux Saints d'ailleurs avaient un côté sombre. Saint François a dû se bagarrer longtemps avec un tempérament dépressif. Mais son tempérament dépressif, il l'a caché dans les plaies du Christ. Il est sans doute devenu le Saint le plus jubilant de l'Histoire.

Quand on lit l'Evangile de Luc, on remarque que la joie jaillit, à chaque page, du début à la fin. Dès le début un ange dit aux bergers : « Voici que je viens vous annoncer une grande joie ». Et après le parcours si extraordinaire du Maître, les disciples repartent à Jérusalem « en grande joie ».

Si les Chrétiens avaient mieux intériorisé la Bonne-Nouvelle, ils n'auraient pas mérité l'apostrophe de Nietzsche :« Mais vous, si votre foi vous rend heureux, montrez-vous donc heureux ! Vos têtes sont encore plus tristes que vos pensées ».

Alors, que le message joyeux de notre Bible soit marqué sur notre visage !

2ème Samedi de l’Avent – Année C- La Clarté-Dieu, 15 décembre 2018, Fr Max de WASSEIGE, ofm Chapelle Notre Dame des Buis

 

Si 48, 1-4.9-11 / Mt 17, 10-13

Mon cher Jean-Baptiste,

L'Evangile de ce jour me pousse à t'écrire cette lettre et je ne te cache pas qu'il m'a d'abord heurté, ou plutôt c'est toi qui me heurtes, j'oserais presque dire me scandalise.

D'abord ta tenue : ton vêtement en poils de chameau et ta ceinture autour des reins. Ensuite ta nourriture : des sauterelles et du miel sauvage. Est-ce un accoutrement pour quelqu'un de sérieux ?

Je sais qu'au désert certains ascètes disaient que manger un aliment cuit était une intempérance, mais quand même !

Mais surtout ce qui m'effraie c'est ton discours et la manière de le prononcer. Tu ne parles pas, tu cries, tu vocifères : "Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?"

Je te vois dans ta tenue d'ascète, haranguant, vociférant, les veines du cou saillantes, la peau desséchée et burinée par le soleil torride du désert.

Ne devrais-tu pas baisser d'un ton pour annoncer la venue de l'Agneau sans défense, vos mères ne se sont-elles pas rencontrées dans la joie ? Toi qui te nourris de miel que tes paroles sont dures ! Il est vrai qu'avant toi Isaïe parlait déjà "De la parole qui frappe le pays comme un bâton" "Du souffle des lèvres qui brûle les méchants".

Mais si tu cries, c'est parce que tu es plein de la sainteté de Dieu et que tu rencontres tant de cœurs secs et stériles, tant de chemins tortueux que tu veux redresser pour préparer le chemin de Celui qui vient.

Si tu cries, ce n'est pas par rage ou par désespoir mais par abandon entre les mains de Celui qui peut redresser ce qui est tordu et combler ce qui est vide.

Un jour tu as compris que le temps est venu où le monde devait faire peau neuve. Toi qui t'es approché de Dieu, tu as vu que ton peuple en était fort éloigné. Il est vrai que ton accoutrement et ta manière rude de parler ruinent le confort familier et blessent les habitudes chéries !

Et tu nous dis : "Recommence à rêver du chemin perdu que tu n'as jamais pris."

"Ose devenir ce que tu n'as jamais pu être et qui est pourtant ta vocation profonde. "N'est-ce pas la conversion que tu nous prêches, Jean-Baptiste ! Mais tu as surtout compris que ta mission était de préparer les chemins d'un Autre devant qui tu devais t'effacer. Tu n'avais qu'une peur : qu'on te prenne pour le Messie : "Moi je vous plonge dans l'eau pour que vous changiez de vie, mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, je n'ose pas même mettre mes pieds dans ses sandales."

Tu n'avais qu'une joie : le montrer du doigt afin que lui grandisse et que toi tu diminues. Doigt qui montre la Vie, l'Amour, le Chemin. Le montrer et disparaître telle était ta mission et ta joie.

Voilà, Jean, tu as brillé comme une étoile filante. Sorti du désert créé par Dieu, tu es bien vite entré dans le désert créé par les hommes qui ne supportent pas les paroles qui brûlent. Ils préfèrent les paroles qui endorment, les discours prêt-à-porter qui n'ont pas d'avenir et qui au bout du chemin sont des paroles meurtrières.

Les engeances de vipères que tu dénonçais t'enfermeront dans un trou à rats où tu as du te demander, comme un Autre le fera plus tard, si Dieu ne t'avait pas abandonné. Puis tu es mort, la tête coupée par un caprice de femme.

Combien encore aujourd'hui, après toi, ont la tête tranchée parce qu'ils ont voulu mettre un peu d'humanité dans nos déserts.

Oui, mon cher Jean-Baptiste, tu devais disparaître comme un Autre après toi, car comme Lui tu mettais trop de lumière dans nos lâchetés et nos compromissions.

Oui donne-nous la force de proclamer après toi Celui qui vient, qui est bien plus proche que nous n'osons l'espérer, et bien plus grand que nous n'osons l'imaginer !

Oui, bien sûr, nous n'aurons pas ton dépouillement et ta parole de feu, mais toi qui est maintenant près de Lui, demande-lui si nous ne pouvons quand même pas mettre nos pieds dans ses sandales !

Solennité du Christ ROI– Année B- La Clarté-Dieu, 25 novembre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Dn 7, 13-14 / Ap 1, 5-8 / Jn 18, 33b-37

 

En 1925 le pape Pie XI institue la fête du Christ-Roi par l’encyclique Quas Primas qui met en lumière l’idée que les nations devraient obéir aux lois du Christ. La réforme liturgique de 1969 mettra l’accent sur l’idée que dans le Christ toute la création est récapitulée. Cette fête devient alors la fête du Christ roi de l’univers. Le règne du Christ couvre le domaine de l’histoire et le monde visible, et c’est le règne de la grâce qui concerne l’Église militante, c’est-à-dire nous.

 

Ce règne couvre également le champ de l’au-delà, le monde invisible, le paradis et c’est le règne de gloire qui concerne l’Église triomphante, c’est-à-dire les saints. Du coup, célébrer le Christ-Roi, c’est accepter de mettre sous le règne du Christ toute mon existence, passée, présente et future. Soumettre ma mémoire blessée à la catharsis de la croix, puissance qui guérit et transfigure. Tout ce passé qui me pèse et me rend si lourd je l’offre humblement au Seigneur et je lui dis : « dis seulement un mot et je serai guéri...si tu le veux Seigneur tu peux me guérir…Fils de David, aie pitié de moi ».

 

Le Seigneur m’a aimé jusqu’au bout ; son règne va jusqu’à la croix, lui qui a dit « Pardonne leur Père car ils ne savent pas ce qu’ils font ».  J’ai besoin d’être debout, résolu, déterminé pour rendre témoignage à la vérité de ce Dieu qui est amour comme le Christ lui-même qui dit : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

 

Chacun de nous appartient à la vérité car par le baptême je suis configuré au Christ Prêtre, prophète et roi. C’est pourquoi quel que soit ma condition, mon état de vie je me battrai toujours pour que le règne du Christ soit manifesté. Cette manifestation, je la veux entière et parfaite. J’aspire et j’espère au plus profond de mon être avoir part à la vie éternelle avec le Christ.

 

Comme le bon larron, je dis aujourd’hui même au Seigneur : « Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton royaume. » Toi qui es la résurrection et la vie, tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues te serviront. Ta domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et ta royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

33ème dimanche du temps de Dieu – Année B- La Clarté-Dieu, 18 novembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Dn 12, 1-3 / He 10, 11-14.18 / Mc 13, 24-32

Dans les médias, les journalistes parlent de scoops pour dévoiler un événement extraordinaire. Aujourd’hui, dernier dimanche de l’année liturgique avant la fête du Christ roi, dimanche prochain, quatre scoops.

Premier scoop par Daniel : « En ce temps de détresse, ton peuple sera délivré. Beaucoup qui dormaient dans la poussière se réveilleront pour la vie éternelle. » Première fois que dans l’Ancien Testament on trouve l’espérance en la résurrection des morts.

Deuxième scoop : le psalmiste donne son espérance en la résurrection en s’adressant directement à Dieu : « tu ne peux m'abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption. Mon Dieu, j'ai fait de toi mon refuge. Tu m'apprends le chemin de la vie. A ta droite, éternité de délices ». Un appel à s’abandonner dans la confiance !

Troisième scoop par l’auteur de la lettre aux Hébreux : « Jésus Christ s'est assis pour toujours à la droite de Dieu. Par l’offrande de sa vie, il nous a mené pour toujours à la sainteté ». Quand le pardon est accordé, on n’offre plus de sacrifice pour le péché et l’on parvient à la sainteté.

Enfin, dernier scoop de la part de Jésus : Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.

Que de bonnes nouvelles : le Christ est au milieu de nous, et il est ressuscité. Il est à notre porte. Il vient rassembler ses élus, c’est-à-dire nous-mêmes, des quatre coins du monde.

Nous avons dans nos têtes une représentation linéaire du temps et de sa réalisation. Nous pensons que c’est de la fin du monde dont le Christ parle en cette fin d’année liturgique, comme si cette espérance serait réalisée quand le temps et ce monde visible disparaîtront. Mais le Christ lui-même nous dit que sa génération, celle du Christ, ne passera pas avant que tout cela n’arrive.

Cette heure, eh bien c’est le centre, le point focal de chacune de nos existences et celle de toute la création. Cette heure-là s’accomplit quand le Christ passe de la mort à la résurrection. Cette heure-là, elle s’accomplit quand il nous offre sa victoire définitive sur le péché et sur la mort par son pardon. Cette heure-là, c’est la venue de cette nouveauté radicale du Christ offerte à tous les hommes, parce qu’il chemine à nos côtés, parce qu’il est le Verbe éternel de Dieu, la Parole de Dieu faite chair dans notre humanité qui, si le ciel et la terre passent, ne passera jamais. Cette heure-là, c’est sa résurrection. Elle est déjà accomplie une fois pour toute ; à nous de la rendre visible !

Car ce point focal de mon existence s’accomplit en moi quand je passe d’une vie sans charité à une vie faite d’amour. Au même titre que ce figuier qui reverdit après un long hiver passé sec au creux de la terre et arrive le Printemps, il lance ses ramures tendres annonciatrices d’un fruit doux et suave. Le Christ nous invite à croire qu’au-delà de toutes les morts à vivre dans notre vie et même le passage par la mort corporelle, en retrouvant les mots et les gestes de notre consentement libre au don gratuit qu’Il nous fait de son amour, Dieu nous fait le don en surabondance de sa vie. Nous sommes comme ce figuier quand, engloutis dans nos morts ou notre poussière, nous nous relevons : « confiance, lève-toi, il t'appelle ».

Nous qui sommes animés par la foi et rassemblés autour du Christ en ce dernier dimanche de l’année qui symbolise le dernier des jours où nous ne vivons pas en Dieu pour accueillir le jour de Dieu dans nos vies, c’est cette confiance-là qui nous permet de recevoir le Christ comme accomplissant la Parole de Dieu ; nous accueillons son pardon, sa vie de ressuscité une fois pour toutes. Nous accueillons aussi l’urgence de notre conversion à vivre : c’est celle de notre relèvement ; celle de notre responsabilité et de notre liberté ; celle aussi de notre témoignage. Il est urgent que notre monde souvent loin de Dieu et qui parfois le rejette, puisse recevoir lui aussi cette Parole de Vie qui ne passe pas quand tout le reste passe. Et il en va de la responsabilité de notre propre conversion et de notre témoignage.

« Seigneur mon partage et ma coupe, de toi dépend mon sort. Je te garde devant moi sans relâche ; tu es à ma droite : je suis inébranlable. Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance car tu ne peux m’abandonner à la mort ni me laisser, moi ton ami, voir la corruption. »

Mon Dieu, aujourd’hui encore, je décide librement de faire de toi mon unique refuge car c’est Toi qui m’apprends le chemin de la vie : sous ton regard, mon cœur déborde de joie ! En ta présence, ce sont déjà ici-bas les délices de ton Royaume éternel. Amen !

 

31ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 4 novembre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Dt 6, 2-6 / He 7, 23-28 / Mc 12, 28b-34

 

« Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ». Telle est la réponse de Jésus au scribe. La prédication du Seigneur portait sur la venue du Royaume de Dieu. Le royaume de Dieu s’est approché mais il faut l’accueillir, c’est pourquoi il dit d’abord « convertissez-vous ». Entendons simplement : « accomplissez les œuvres du royaume ». Le Seigneur nous montre les œuvres du royaume dans les béatitudes. Heureux ceux qui vivent selon les vertus du royaume de Dieu. Heureux les pauvres de cœur : « les anawim », les pauvres de YAHVE qui n’ont faim et soif que de Dieu lui-même. Ceux qui se rassasient de la Parole Dieu, qui en vivent et qui se détachent volontiers des biens de ce monde pour préférer Dieu par-dessus tout. Ceux dont le cœur est entièrement disposé à reconnaitre les œuvres de Dieu et à le glorifier pour ses merveilles.  A ceux qui vivent les béatitudes le Seigneur dit le royaume des cieux est à eux. Au scribe il dit tu n’es pas loin du royaume de Dieu. Il reste au scribe la mise en pratique, la conversion véritable dans l’accomplissement des œuvres du royaume.

En Jn 9 Au sujet de l’aveugle-né, les disciples posent une question à Jésus : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! ». (vs 1-2) Et à vous qui portez un handicap et qui vous posez parfois des questions du genre : qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter un tel sort, n’est-ce pas parce que je suis un vaurien que j’en suis là  et que sais-je encore ? A vous, comme le Christ, je réponds : « vous n’avez rien fait mais c’est pour que les œuvres de Dieu soit manifesté. Ne voyez-vous pas tant d’amour que l’on vous porte ? A vous qui donnez de votre temps, de votre énergie à ces anawim (foi et lumière), qui leur portez tant d’affection, à vous le Seigneur ne dit pas comme au scribe que vous n’êtes pas loin du royaume mais je vous dis au nom de notre Seigneur : « le royaume des cieux est à vous ». En effet le Seigneur vous dit en Mt 25, 40 : « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Solennité de Tous les Saints– Année B- La Clarté-Dieu, 01 novembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ap 7, 2-4.9-14 / 1Jn 3, 1-3 / Mc 5, 1-12a

 « J’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève ». Les anges, ce sont toutes les personnes qui autour de nous font du bien, exercent de la bonté avec une puissance de miséricorde qui les font ressembler à Dieu, qui sont pour nous un visage de Dieu. Ce sont ceux qui vont chercher ce qui lève en direction du meilleur qu’est Dieu, ceux qui veillent à toutes les petites pousses de résurrection dans ce monde. Une invitation pour nous à devenir et à être pour d’autres ces anges qui montent du côté où le soleil se lève.

Ces anges, dans le livre de l’Apocalypse, se tournent tous ceux qui veulent faire du mal à la terre, à la mer, aux arbres et aux serviteurs de Dieu. Ne détruisez pas ce qui est l’œuvre de Dieu. Respectez notre maison commune voulue et créée par Dieu quand Il vit que cela était bon. Chaque fois que vous touchez aux conditions de vie de notre planète, vous la détruisez. Nous venons d’apprendre que, depuis 1970, 60% des animaux vertébrés ont disparu. Ne touchez pas non plus aux conditions de vie des hommes et des femmes, en particulier des plus fragiles car Dieu les a créées et quand il fit, Il vit que cela était très bon.

Ces anges, qui vont du côté où Dieu suscite et ressuscite, viennent marquer le front des serviteurs de Dieu pour les inviter à la sainteté, les marquer de leur appartenance à Dieu et non pas aux forces mortifères, les marquer dans leur conformité au Christ. Il est, lui, le Saint par excellence, notre frère qui a parfaitement acquis l’image et la ressemblance de Dieu, celle qu’il avait de toute éternité avec Dieu.

Ces serviteurs, c’est nous : nous constituons cette foule immense de toutes nations, tribus, peuples et langues, quand nous nous tenons debout devant le Christ ; debout, c’est-à-dire déjà ressuscités, libres enfin d’être bons avec les autres, libres enfin d’exercer la miséricorde à qui n’en peut plus parce que traversant de grandes épreuves, libres enfin de les traverser habités par le Christ qui vient nous délivrer du poids de nos ténèbres.

Ce qui fait un saint, ce n’est pas une perfection morale de quelque ordre que ce soit. C’est se laisser marquer par cette appartenance au Christ, qui nous porte dans nos grandes épreuves, qui re-suscite notre identité de fils et de fille de Dieu, qui dynamise notre capacité à être bon et miséricordieux, pour soi, pour d’autres. Être saint, c’est se tenir dans la vraie joie de celui qui se sait habité par le Christ, même dans les grandes épreuves, lui l’Agneau porteur de la vie, le Prince de la paix.

Porteurs du sceau qui marque que Dieu vit en nous, nous sommes vêtus de blanc, signes que nous sommes déjà ressuscités. Nous proclamons d'une voix forte que le Salut ne vient pas des hommes mais qu'il est donné par notre Dieu. Nous, appelés à être disciples du Christ au quotidien, marqués par le sceau du baptême, plongés dans la mort et la résurrection du Christ, nous pouvons devenir saints dans la vie de tous les jours.

Nous avons alors le coeur pur, celui qui n’est pas double ! Être saint en nous rendant étrangers à l’esprit du monde. Être saint en accueillant un amour que le monde ne connaît pas et que nous avons à lui révéler en en vivant tout simplement...

Contemplons Jésus qui construit en nous une nouvelle manière d'être : celle des enfants du Royaume qui vivent les Béatitudes, cette jubilation de Jésus qui prend sa source dans sa communion à son Père, pour que nous en vivons :

  • Heureux sommes-vous, nous qui choisissons la vie en devenant des chercheurs de Dieu,
  • Heureux sommes-vous de faire nôtres les valeurs évangéliques d'humilité, de douceur, de pureté, de sainteté et de justice.
  • Heureux sommes-vous d'être des artisans de paix en toutes circonstances.
  • Heureux sommes-vous d’oser venir conformer notre vie à celle du Christ.
  • Oui, heureux sommes-vous de faire le bon choix de la sainteté même si aux yeux du monde cela paraît fou ! Mais la folie de la Croix nous sauve en nous révélant qui nous sommes, des anges de Dieu appelés à être bons et miséricordieux !
  • Heureux sommes-nous également quand nous ne confondons pas sainteté et perfection ! Le risque de la perfection, c'est la performance héroïque qui ne fait pas de nous les enfants du Royaume car dans ce genre d'exercice, le risque est trop grand d'être prisonnier de sa propre image. La Sainteté, elle, est un humble et fidèle chemin en choisissant l'Évangile du Christ, où -même dans l'épreuve, la persécution ou l'esprit du monde-, brillent déjà la joie et l'allégresse qu'il y a dans le cœur de Dieu et dans tous ces saints qui vivent en enfants de lumière.

Quelle joie et quelle espérance de découvrir ce lien indissoluble qui unit le ciel et la terre par les saints qui nous ont précédés et nous qui sommes sur ce chemin de vie. Un lien qui fait que tout ce qui est semé sur cette terre avec amour s'épanouit au ciel en un fruit que Dieu reconnaît comme sien !

 

29ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 21 octobre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Is 53, 10-11 / He 4, 14-16 / Mc 10, 35-45

 

Le moteur de la vie humaine est la quête de bonheur. L’homme déploie sans cesse ses énergies corporelles et spirituelles en vue de mener cette existence épanouie qu’il appelle de tous ses vœux. Servir, partager, espérer, réussir, se réjouir, constituent des actions diverses au sein de multiples lieux d’engagement de sa personne. Cette quête est cependant marquée par la douleur. Les échecs dus à ses limites peuvent le plonger dans l’égarement et l’immobilisme.  L’homme a besoin d’être guidé, éclairé pour vivre dans la justesse de la pensée et de l’action, pour déployer avec vigueur et assurance ses énergies au service du bien. D’où lui viendra cette lumière qui le rassure ? Cette lumière lui viendra de celui qui le connaît et qui le comprend. Qui mieux que le créateur connait sa créature ? Qui mieux qu’une mère ou un père connait sa progéniture ? Par sa parole le Seigneur rejoint son fils quand il dit : « Mon serviteur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. » Toi qui m’écoutes maintenant le Seigneur te dit : « tu réussiras alors que tu te sens si faible, si fragile, si limité en bien des endroits ».

Le Seigneur ne se contente pas de nous montrer le chemin par la parole. Il est celui là même qui a traversé les cieux pour venir jusqu’à nous afin que par lui nous traversions le monde pour parvenir aux cieux. En effet la lettre aux hébreux nous invite à tenir ferme dans la foi et nous dit : « nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. » Que ressentons nous qui soit étranger à la passion de notre Seigneur ? Il nous rejoint dans ce que nous avons de plus intime à savoir notre souffrance. Oui, il a lui-même énormément souffert du péché des hommes. Avec lui, « avançons nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce pour obtenir miséricorde et secours ». Libérons nos cœurs de la désespérance, car aux cœurs de nos souffrances se tient le Seigneur. Tenons-lui toujours la main.

Le chemin du Christ est vraiment celui du bonheur et de la paix. Le Seigneur s’évertue à en convaincre les fils de Zébédée qui veulent rechercher leur bonheur dans le pouvoir, la domination, la vaine gloire. Le Seigneur leur montre que la place que nous tenons est un don. Il leur dit en effet : « Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. » Il est donc très important pour le disciple du Christ de se tenir avant tout comme un serviteur à qui le Père a confié une mission. Quelles que soient nos aptitudes, le plus important est l’esprit dans lequel cette mission sera accomplie, celui du serviteur.  Le serviteur de Dieu, le seul et vrai maitre qui nous confie sa mission et nous en donne le mode d’emploi : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur…car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Ce chemin du service, chemin d’obéissance est chemin de vrai bonheur, de résurrection et de vie éternelle.

28ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 14 octobre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Sg 7, 7-11 / He 4, 12-13 / Mc 10, 17-30

 

Le désir de vivre chez l’être humain est instinctif et profondément ancré dans son être.  C’est dans la nature de l’homme d’aimer la vie et de fuir la mort, de rechercher tout ce qui lui permet d’entretenir et de sauvegarder la vie reçue depuis sa naissance. Même lorsqu’il en vient au suicide, c’est dans l’espérance profonde d’une vie meilleure à la présente. L’on comprend donc aisément la question de cet homme qui demande à Jésus, la conduite à tenir pour avoir la vie éternelle en héritage. Mais comment s’y prend-il ?

« Bon maitre »

Cet homme commence sa demande à Jésus par le procédé stylistique de la « captatio benevolentiae ». Jésus ne se laisse cependant pas émouvoir par cette civilité flatteuse. Il voit découvre tout de suite qu’il s’agit d’un homme qui aime le paraître. Jésus va donc faire un saut qualitatif pour le situer dans le domaine divin. Si tu cherches qui est bon alors adresse toi à Dieu, car lui seul est bon. Le décor est planté. Il s’agit pour cet homme d’élever plus haut son âme, de prendre de la hauteur spirituelle.

La Parole de Dieu est totale

C’est dans cette logique que Jésus poursuit quand il lui cite les commandements de Dieu. En effet les dix commandements peuvent se scinder en deux grandes parties : ceux qui regarde strictement la louange et le service divin et les sept suivants qui concernent les rapports humains. Jésus omet sciemment les trois premiers pour ne citer que les autres.  Lorsque l’homme lui fait comprendre qu’il a mis en pratique tous ces commandements depuis sa jeunesse, le texte nous dit que Jésus l’aima. Autrement dit il le connut. Il l’a pleinement saisi dans ses limites et l’invite à la perfection. Tout quitter pour venir à Dieu. Car il ne faut pas confondre aimer Dieu et aimer son prochain. Les deux se complètent sans se confondre. L’amour de Dieu nous plonge dans la gratuité absolue, le don total de soi. Cet homme n’a jamais envisagé sa pratique religieuse sous cet angle. L’un sans l’autre plonge immanquablement le croyant dans l’hypocrisie.  C’est en cela que la deuxième lecture (hébreux) est éclairante.

La parole de Dieu est Lumière

« Tout est nu devant elle ». Elle fait la vérité en l’homme. Le croyant accepte de se laisser déranger par la Parole qui le remet sans cesse en cause car « elle juge des intentions et des pensées du cœur ». Nul n’est à l’abri du jugement de la parole : « Pas une créature n’échappe à ses yeux ». Le Seigneur Jésus, le saint de Dieu comme l’appelle les démons à Geraza, reste humble devant le mystère de la Parole : « Dieu seul est bon ». Il faut toujours se dire comme Socrates : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». L’humilité est la caractéristique de celui qui craint le Seigneur et le commencement de la Sagesse, c’est la crainte du Seigneur.

La Sagesse, Chemin de bonheur total

Dans la première lecture (Sagesse de Salomon), Salomon nous dit qu’il a préféré la sagesse par-dessus tout : « Je l’ai préféré aux trônes et aux sceptres ; à côte d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ». Celui qui a la Sagesse ne manque de rien. Salomon renchérit en disant : « Tous les biens me sont venus avec elle et par ses mains, une richesse incalculable ». C’est bien ce que fait comprendre le Seigneur à ses disciples lorsqu’il leur dit : « Nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Evangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà le centuple : maisons, frères, enfants, etc…avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle ».

Avec Jésus, on joue à qui perd gagne. Pourvu que l’on accepte de jouer le jeu à fond. A chacun selon sa condition et son état de vie, le Seigneur dit aujourd’hui même : « Viens et suis-moi » !

27ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 07 octobre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Gn 2, 18-24 / He 2, 9-11 / Mc 10, 2-16

 

Ces lectures nous parlent de notre origine : Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir la même origine.

Or nous voyons dans le livre de la Genèse que Dieu créé l’homme et la femme et qu’il tire la femme du côté de l’homme, en lui retirant une côte. Récit symbolique pour dire trois choses :

  • L’homme ne vient pas de lui-même, mais de Dieu. Il ne peut faire de lui-même sa propre origine. Dans notre société hautement technicisée, c’est une bonne nouvelle de rappeler que l’homme doit rechercher ce qui le fonde en un autre que lui-même. Et que s’il ne faut pas chercher notre origine seulement dans le commencement de notre vie ou du monde avec le big bang ; il faut le rechercher dans ce qui fonde aujourd’hui ma vie, bien sûr avec mon histoire passée, mais ouverte vers son avenir que je saurai inventer avec Dieu.
  • D’autre part, cette côte retirée de l’homme est là pour marquer que ni l’homme ni la femme ne peuvent revendiquer l’un sur l’autre une toute puissance car ils sont tirés de la vulnérabilité et de la blessure de l’autre. Nous naissons blessés d’une blessure originelle pour nous empêcher d’être tout puissants. Nous avons tous une histoire de blessures qui, reconnue et acceptée paisiblement devient le lieu même où nous pouvons être les plus féconds. Je pense, en disant cela, à toutes les personnes que je rencontre en prison mais aussi à l’extérieur, et qui peinent sur le chemin de la vie parfaite parce que leur blessure n’est pas refermée par le baume d’être reconnu aimable et aimé, blessure de ne pas arriver à s’accepter tel que qu’on est. Alors que c’est en l’assumant, cette histoire de blessures, et en se donnant aux autres avec une immense bonté que des portes s’ouvrent.
  • Enfin, si la femme a tiré de l’homme dans la première création de notre réalité faite d’argile, dans la nouvelle création où nous sommes appelés à devenir des êtres spirituels, le Christ, l’homme nouveau, sera tiré de la femme, Marie, la nouvelle Eve. Comme pour nous inviter à un saut qualitatif de l’homme d’argile que nous sommes tous, blessés dans son origine, et devenir l’homme spirituel. C’est notre vocation à tous. Puisque précisément le Christ, par sa vie partagée avec nous, nous conduit à devenir une multitude de fils jusqu’en sa gloire, c’est-à-dire en devenant ces hommes spirituels où notre origine multiple, blessée, devient unifiée et pacifiée puisque le Christ devient notre origine commune.

 

Dans sa maison, Jésus s’assoit et appelle ses disciples. Face à notre origine blessée, Jésus place un enfant au milieu de ses disciples. Il l’embrasse. Au temps de Jésus et dans tout l'Orient, un enfant ne compte pas : il n'intéresse pas les adultes. Là au milieu d'eux, cet enfant est moins un signe de l’innocence qu’un signe de la faiblesse, de celui qui ne compte pas, un mineur. Devant nos toutes volontés de puissance, un enfant, faible, vulnérable, impuissant ; pour oser risquer de devenir qui nous sommes. A la parole qui blesse, condamne ou détruit l’autre, un enfant qui ne parle pas. A la folie des hommes, un enfant qui ne connaît rien de la vie.

 

Accueillir cet enfant dans la Foi, c’est accueillir ce qui est faible et blessé en nous ; c’est accueillir nos volontés de toute puissance et les transformer en beaucoup de bienveillance, même avec la face cachée de mon être. C’est apprendre à s’aimer soi-même pour en révéler la vraie face lumineuse et spirituelle de tout mon être. Un enfant pour que je passe de l’enfant d’argile blessé à l’enfant spirituel unifié par cette origine commune qu’est le Christ.

Jésus embrasse l’enfant blessé qui est en nous. François d’Assise a voulu devenir mineur, en embrassant le lépreux qui est en lui, qui est chez les autres. Pour qu’à travers moi, réconcilié, j’accueille le Père des cieux et que chacun de nous trouve sa vraie place.

Que celui qui veut devenir grand se fasse le serviteur, le serviteur de cet enfant-là !

23ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 09 septembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Is 35, 4-7a / Jc 2,1-5 / Mc 7,31-37

 

Introduction générale

Le Christ vient à moi, pendant cette eucharistie, pour m'ouvrir "l'oreille du cœur" pour que j'entende. Il veut délier ma langue timide, afin que je transmette autour de moi sa Bonne Nouvelle. Accueillons-le, Lui qui ouvre en nous des chemins de vie.

Homélie

Jésus quitta la région de Tyr, passe par Sidon et va vers le lac de Galilée pour aller en Décapole. C'est un détour et cela l’oblige à passer par la montagne. Mais l’essentiel pour Jésus est de passer par des régions païennes. Jésus change de rive pour décloisonner son milieu.

Ce détour s'explique aussi par le désir qu’a Jésus d'éviter les pharisiens avec lesquels il a eu maille à partir. Dans ces régions à l'écart, dans l’anonymat, Jésus pourra ainsi se consacrer à la prière et à l’enseignement de ses disciples. Mais cet anonymat ne dure pas longtemps : on le cherche de partout. Et voici qu'on lui amène un sourd-muet. Séance tenante, il prend le malade, loin de la foule, à l'écart il lui met les doigts dans les oreilles et, prenant de la salive, lui touche la langue. Utiliser la salive est courant, et les mamans le font pour apaiser l'enfant qui s'est heurté le genou, le bras.

Alors Jésus lève les yeux au ciel pour implorer la force d'en-haut et là, il soupire, il respire à fond, comme s'il prenait un élan, pour mieux lutter contre le mal qui enferment, tous ces endurcissements qui excluent, ces cléricalismes qui s’approprient les pouvoirs et laissent à la porte du festin tous les autres invités. Les premiers prendront la dernière place tandis que ces derniers auront la 1ère place.

Ce sourd symbolise bien sûr le peuple de la 1ère alliance, sourd aux appels du Christ alors que ce sont des païens qui accèdent à la foi par l'entendement du cœur. Telle est la véritable écoute, l’écoute du cœur, par le cœur. Et seul celui qui sait écouter peut dire une parole profonde. Dieu est la vérité : il nous rend capable de nous faire entendre toutes les vérités, même les plus exigeantes. Marc, qui écrit pour des païens convertis, sait que le baptême délie la langue afin de "proclamer les merveilles" de Dieu.

Nous sommes, nous, ce sourd auquel Jésus dit : Ouvre-toi, ne reste pas bloqué par tes refus, tes peurs, tes tristesses, tes principes. Ouvre-toi aux tiens, au monde. Parle. Proclame. Pas forcément avec des mots. Que ta vie toute entière soit annonce.

Allons plus loin. Ce signe de Jésus est signe de la puissance d’amour de Dieu. Guérir un sourd-muet est impossible à l’homme. En le réalisant, nous découvrons en Jésus le Messie, celui qu'Isaïe prédisait comme "ouvrant les oreilles des sourds", celui qui ouvre l'homme à Dieu. Par tous ces signes, comme en chacun des sacrements, Jésus ouvre un monde neuf, une nouvelle création, et les témoins de ce signe ne s’y sont pas trompés puisqu’ils proclament : « Tout ce qu'il fait est admirable ! ». Rappelons-nous le récit de la première création : "Et Dieu vit que cela était bon".

Oui, Jésus est le Messie, mais il recommande à ses disciples de n'en rien dire à personne. Car les esprits ne sont pas prêts. Autant se taire en attendant qu’ils ouvrent leurs oreilles, leurs yeux et leurs cœurs, à la lumière de la croix, pour proclamer sa résurrection à toute la création. C’est la journée de la création voulue par notre pape François.

Ecoutons, regardons les signes de la nouvelle création en germe avec toutes ces initiatives plus respectueuses de l’unité entre l’économie, la vie de l’homme et le respect de la création. Ne soyons plus "sourds-muets" aux appels des plus déshérités qui appellent à un plus juste partage. Entendons le cri de Dieu qui souffre avec nous et veut dire "effata" à tant de réalités blessées. Au nom du Christ, que de nombreux relais de fraternité puissent se mettre en place pour être capables de s’exclamer avec les plus déshérités : "tout ce qu'il fait est admirable !"

Le Christ aujourd’hui te dit "effata". N'oublie pas d'ouvrir tes oreilles, ta bouche et plus encore ton cœur à ce que Dieu fait pour toi, à ce que Dieu est pour toi, à ce que Dieu dit en toi, à ce que Dieu veut pour toi !

22ème Dimanche du temps ordinaire– Année B, 02 septembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Dt 4, 1-2. 6-8 / Jc 1,17-18.21b-22.27 / Mc 7,1-8.14-15.21-23

 

"Vous faites une belle brochette d'hypocrites", vient de dire Jésus aux Pharisiens. "Ce culte-là, je n’en veux pas. Car vous m’honorez des lèvres mais votre cœur est loin de moi. Vos doctrines ne viennent pas de Dieu ; elles ne sont que préceptes humains."

Quelle violence de la part de Jésus. Quelle exigence aussi ! Mais on n'est-on pas exigeant avec ceux qu'on aime... Il doit y avoir quelque chose d'essentiel là mais quelque chose qui est comme perverti. Car enfermer la vie dans des principes, dans des lois, pour asseoir ses petits pouvoirs sur les autres et croire ainsi gérer ce qui en soi n’est pas assumé : voilà ce que Jésus leur reproche comme une perversion de cette loi.

Pour Dieu, un commandement n’est pas un ordre ou un principe, mais une parole de vie, au service de la vie. Les commandements sont l’expression d’une alliance, celle entre Dieu et les hommes. Quand je fais alliance avec quelqu’un, c’est pour servir la relation avec cette personne : ce n’est pas d’abord un ensemble de lois. Même s’il faut que, pour servir cette alliance, cette relation, des lois pour en préciser le cadre. Des lois qui permettent à chacun de trouver sa juste place. Des lois que je finirai tellement d’intégrer qu’elles ne me paraitront plus une contrainte, comme par exemple rouler à droite sur les routes.

En nous cohabite le meilleur et le pire, le pur et l’impur. L’impur n’est pas dans les choses extérieures à l’homme -et c’est une vraie révolution quand Jésus dit cela à un juif de l’époque-. L’homme livré à lui-même n’est pas capable de rien. Comme les habitants d’une navette spatiale, un jour ou l’autre, auront besoin de recevoir d’ailleurs ce qu’ils ne pourront pas se donner eux-mêmes pour vivre, l’homme doit s’ouvrir à plus grand que lui pour pouvoir risquer le meilleur de lui-même. Il ne s’agit pas d’être parfaits, mais d’unifier l’intérieur et l’extérieur. Et pour cela, d’accueillir avec douceur cette Parole de vie que Dieu sème en nous afin qu’elle grandisse.

Dieu inscrit au fond de notre cœur cette Parole de vie. Pour que nous passions d’une extériorité qui produit vie superficielle, qui ne permet pas de vivre en vérité ou qui entraîne toute forme de radicalisme, passage donc à une intériorité qui permet d’aimer avec bonté et miséricorde. Seule une telle intériorité permet notre engagement à servir les autres. Nous attacher, non aux principes mais à la douceur de la Parole semée en moi. Non à la loi, mais à l’esprit de la loi, non aux rites mais à l’amour que ces rites appellent à vivre.

Le Christ est lui-même la Parole de Vie : il accomplit parfaitement ces commandements de vie. Il en est la réalisation parfaite. Il nous engendre alors par sa Parole, puisqu’il est lui-même la Parole de Dieu pour qu’à notre tour nous risquions notre liberté et notre parole.

La Parole de Dieu semée en nous, cette intériorité, cet engagement envers les autres, accueillons-les avec grande humilité, mais aussi avec la Foi, la confiance qui seule produit le bien, le bon et le vrai, qui seule peut sauver ce qui en nous n’est pas de Dieu.

Laissons pour finir la parole à saint François dans son admonition 16 : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. Ont vraiment le cœur pur ceux qui ne cessent jamais d’adorer et de voir rien d’autre que le Seigneur Dieu Vivant et vrai.

18ème Dimanche du temps ordinaire–Année B, 5 août 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ex 16, 2-4.12-15 / Ep 4,17.20-24 / Jn 6,24-35

 

En plein désert, Dieu nourrit son peuple pour sa marche de la vie quotidienne. Il donne Mannou, qui a donné manne en français et qui veut dire « qu'est-ce que c'est ? ». Qu’est-ce qui me nourrit dans la vie et qui a la consistance de la vie éternelle ? Le pape récemment parlé que toutes nos idoles modernes comme l’orgueil, l’opposé de l’humilité, les addictions au travail, à l’alcool ou à la drogue, la carrière aux dépends de la famille et des enfants, le culte de la beauté.

Toutes ces idoles divinisent ce qui n’est pas Dieu : elles promettent la vie et elles engendrent la mort. Elles nous font miroiter la beauté mais avec elles tout devient laid. Les Médias nous font croire que c’est une nourriture solide mais en les consommant, un grand vide se creuse dans nos vies de plus en plus et à les chercher on y perd sa vie. On nous fait croire quand les thésaurisant on ne manquera de rien ; mais plus on n’en consomme moins nous sommes rassasiés. Par exemple la course à toujours plus de progrès, avoir par exemple le plus bel ordinateur, le dernier téléphone, le dernier cri. Alors que la vraie manne venue du ciel est une nourriture pour chaque jour qu’on ne peut ni conserver ni s’approprier mais qui nourrit vraiment, qui est une vraie nourriture.  Nos idoles modernes nous promettent bonheur mais en fait, elles ne nous offrent qu’une solitude effroyable. Elles nous contraignent à nous immoler à elles.

Un exemple en prison…

Mais la manne, le pain venu du ciel : qu’est-ce que c’est ? Ce ne sont pas ces idoles, comme dit saint Paul dans sa lettre aux chrétiens d’Ephèse, qui nous entraînent à être à la remorque de notre pensée. Cette manne, celle que nous désirons le plus profondément, c’est le pain que Dieu nous donne à manger, le pain qui descend du ciel.

Ce pain-là, nul ne peut donner soi-même. C’est un pain qu’on accueille, qu’on reçoit dans le don gratuit de Dieu. C’est un pain produit avec d’autres et qui veut servir les autres et non pas d’abord soi. Pensez à cette image du paradis chez les chinois avec baguettes pour se servir de pour servir ses frères de riz.

Ce pain-là, on ne peut le garder pour soi sous peine qu’il pourrisse : il est pour autrui. En le mangeant il nourrit vraiment notre corps, notre âme, notre intelligence, notre désir, notre vie !

Ce pain-là, on l’accueille dans la foi et il nourrit notre foi. Jésus ne dit-il pas : « l’œuvre de Dieu c’est de croire que celui que le père envoyé » ? c’est-à-dire de croire au Christ. Notre travail, c’est de croire en soi, dans les autres et en Christ. Car ce pain venu du ciel, c’est Jésus venu sur notre terre. Jésus dit de lui-même : « je suis le pain de la vie ». Le verbe fait chair, la Parole du Père donnée en nourriture, sa vie donnée en partage pour les bons comme pour les méchants, sa guérison offerte aux plus vénérables, son pardon donné gratuitement à tous les pêcheurs et même les plus grands des pêcheurs.

Le pain des idoles n’engendrait qu’une la solitude effrayante : le pain de Dieu construit la fraternité en nous donnant des frères, une communauté.

Le pain des idoles est pour soi et contre les autres alors que le pain de Dieu se multiplie par la charité des frères.

Le pain des idoles promettait la liberté mais il ne procure que la servitude : le pain de Dieu, lui propose, la vraie liberté des enfants de Dieu.

L’homme qui prend de ce pain là et s’abreuve à la source du Christ devient l’homme nouveau dont parle saint Paul.

Travaillons donc pour la nourriture qui demeure dans la vie éternelle.

13ème Dimanche du temps ordinaire– Année B, 1er juillet 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24 / 2 Co 8, 7.9.13-15 / Mc 5, 21-43

 

 « Ne crains pas, crois seulement » !

Dieu est l’auteur de la vie et il a créé l’homme à son image pour qu’il devienne à sa ressemblance. Il porte en lui, nous dit le livre de la Sagesse, l’image éternelle de Dieu. Chaque personne que nous rencontrons, et nous-même, nous portons l’empreinte éternelle de Dieu, et donc son incorruptibilité. Nous sommes créés à images de Dieu. Ce qui veut dire que ni la mort, ni la souffrance que Dieu combat avec nous, ni nos doutes voire nos péchés, rien ne peut détruite l’image éternelle de Dieu que nous portons en nous. Cf les miettes dans la patène : chacune d’elle contient tout l’amour de Dieu.

Le livre de la Sagesse ne parle pas de la mort corporelle, mais de ce qui atteint la vie spirituelle, c’est-à-dire nos œuvres mortifères. Il nous dit cette bonne nouvelle que l’homme n’est pas l’auteur à lui seul de la mort mais une entité, jamais personnifiée dans la Bible, appelée diable, diviseur ou père du mensonge. L’homme collabore avec ce mal quand il se laisse séduire par lui et quand il en fait l’expérience. Quoiqu’il en soit, la vie éternelle de Dieu qui vit en nous est plus forte que nos œuvres de mort et même que la mort elle-même. Dieu ne veut pas la mort de sa créature : il la veut vivante.

Le psaume 29 ne dit-il pas que lorsqu’on est au fond du trou, Dieu nous relève ? Par sa puissance d’amour manifesté par un proche, par Sa Parole, par ses sacrements, par le don que nous faisons lorsque nous nous exerçons à la charité, Dieu nous relève.

Saint Paul, lui, nous dit qu’on devient riche par la pauvreté du Christ. Cela ne veut-il pas dire qu’on ne peut pas donner si on ne sait pas accueillir et se faire pauvre devant l’autre. Et l’on ne peut pas accueillir si l’on ne sait pas donner. C’est un vrai partage qui est demandé, pas du superflu. Quand on est tenté par le diable, on ne sait plus partager et l’on va dans le sens de la mort. Mais quand on croit au Christ, qu’on se fait humble, on expérimente que c’est en donnant qu’on reçoit. Ce sont souvent ceux qui sont les plus démunis qui savent partagent et c’est grâce à ceux-là qui partagent que le monde n’explose pas.

Le Christ désire que la fille de ce chef de Synagogue soit une vivante. Comme cette femme qui souffre tant. Comme pour chacun de nous. Nous disons dans le langage courant : « c’est la foi qui sauve ». Mais c’est tellement vrai. Oui, c’est la foi qui sauve cette femme malade de ses pertes de sang, malade surtout d’être considérée comme impure aux yeux des juifs. Elle croit que Jésus peut sauver sa vie en touchant son vêtement. Elle se jette aux pieds de Jésus pour accueillir la guérison à laquelle elle croit de tout son cœur en osant braver la foule et toucher, ne serait-ce que la frange du manteau de Jésus. En même temps, elle craint de n’être pas guérie. Imaginez : après 12 ans de maladie, avec son exclusion de la communauté ou les manipulations de la foule, comment croire encore qu’on peut en être délivré ? Regardez tous ceux qui n’osent même pas demander d’être sauvés, ceux qui sont dans l’ombre de la mort. Crois seulement, dit Jésus. Comment est-ce possible ? Comment croire que la vie de Dieu aura le dernier mot sur la maladie et les forces mortifères ? Comme regarder d’un regard qui relève et réchauffe celui que les forces de mal ont réduit ? Comment regarder celui qui n’en peut plus à cause de son handicap ou de son cancer ? Comment lui faire sentir par une parole et surtout par notre attitude à l’exemple du Christ : oui, nous croyons en toi, nous croyons en toutes les forces de vie de Dieu qui coulent dans tes veines spirituelles, nous croyons que tu es image de Dieu, nous croyons que tu portes en toi son éternité de vie.

Cette femme jetée à ses pieds, cette jeune fille couchée par la mort, c’est leur foi en Christ qui font qu’elles se relèvent. Cette parole de tendresse qui relève, cette main de Jésus qui saisit la mort à bras le corps pour en faire une vivante, quelle espérance ! Proclamons-là cette espérance aujourd’hui, à temps et à contre temps : que la vie de Dieu l’emporte sur toutes nos expériences mortifères. Laissons-nous toucher par les autres, saisissons à bras le corps les corps morts de nos contemporains. Disons que nous croyons en toi, toi que nous rencontrons sur notre chemin et que nous invitons à croire en toi-même.

« Ne crains pas, crois seulement » !

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, Année B, 3 juin 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ex, 24.3-8 / HE 9.11-15 / Mc 14, 12-26

Introduction

C’est aujourd’hui la fête du saint Sacrement, la "Fête-Dieu", la fête du Corps et du Sang du Christ, la célébration du Christ qui se rend présent dans l'Eucharistie... A l'époque des évangiles, le corps voulait dire la personne, et le sang symbolisait la vie. Quand nous recevons le Christ en personne, nous recevons sa vie et son don de lui-même, depuis la crèche jusqu’à la croix.

Nous voici rassemblés pour célébrer ce don du Christ en communion avec toute l’Eglise.

Tous, nous sommes appelés former le corps du Christ. Dans l'humilité et la simplicité, tournons-nous avec assurance vers le Seigneur afin qu'il pardonne ce qui, en nous et dans le monde, fait obstacle à la construction et à l'unité de son Eglise, et tout ce qui détruit la joie.

Notre Père

C’est encore François qui disait à ses contemporains : « Que vous reçoive tout entier Celui qui se donne à vous tout entier ». Jésus s'est offert lui-même pour nous révéler Celui que nous appelons : « Notre Père, … ».

Invitation pour la communion

C'est à ce don entier du Christ que nous sommes appelés à communier : "Offrons-nous

 

nous-mêmes tout entier à celui qui se donne à nous tout entier : ce sera là notre véritable culte". Le voici, le pain de l'homme en route, l’Agneau qui enlève le péché du monde…

Homélie

Nous croyons que nous sommes le corps du Christ.

Notre personne est unique mais elle est faite d’un corps physique, d’un corps psychique, d’un corps affectif, d’un corps doué d’une raison, d’un corps familial et social et aussi d’un corps spirituel. Tous ces corps sont appelés à s’harmoniser, s’ajuster et s’unifier sans que l’un n’étouffe l’autre et en permettant à chacun de bénéficier des autres pour s’épanouir.

L’homme, dans ses différents corps, fait l’expérience, parfois cruelle, de passer par bien des déserts, de sentir la faim, le dénuement. Il fait en même temps l’expérience d’être habité par de grands désirs, soit qui l’unifient, soit qui le tiraillent. Il fait l’expérience d’avoir besoin de diverses nourritures pour être comblé. De pain et d’eau, bien sûr, mais aussi de paroles vraies. Un bébé, par exemple, a besoin de lait mais il ne peut pas vivre sans un regard vrai, des paroles aimantes et des caresses. L’homme a besoin d’une parole et d’un pain qui le tire vers plus haut que lui et qu’il ne peut se donner lui-même. Une parole et un pain à recevoir de Dieu. Dans nos déserts, nos pauvretés. Et de la pierre que nous sommes parfois pourra jaillir des sources d’eaux vives. A tous et aux personnes handicapées, maltraitées, blessées dans leur corps ou leur psychisme, à celles dont l’amour a été trahi et qui les déchire, Dieu donne toute sa vie, toute son existence. Le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Christ deviennent une vraie nourriture. Tu as senti la faim, la pauvreté et la nudité, la pierre dure des souffrances : Dieu te donne une vraie nourriture.

Le corps du Christ que nous sommes est aussi le fruit de nos actes gratuits (c’est cela l’action de grâce), comme le pain et le vin que nous allons offrir dans un instant. Nos vies faites de tant de corps sont appelées à être vécues et assumées dans la vérité de ce que nous sommes. Ils peuvent être alors présentés à Dieu pour devenir corps et sang du Christ, un corps ressuscité, un seul pain pour nourrir la multitude de ceux qui peinent sur le chemin, mais aussi de ceux qui ne peinent pas mais qui ont faim d’autre chose que ce que les richesses matérielles croient leur procurer.

Ce pain sera rompu car la vie du Christ a été rompue à cause de la folie des hommes. Il va disparaître de nos regards quand nous le recevrons. Mais il se retrouvera visible dans la charité que nous saurons manifester les uns avec les autres dès la sortie de cette Eucharistie. Et notre charité sera à son tour pain de vie et nourriture d’espérance pour d’autres.

C’est pourquoi nous avons choisi de partager après la Parole de Dieu et la communion, ce que nous venons chercher à La Clarté-Dieu, ce que nous voulons aussi donner de nous-mêmes.

"Recevez ce que vous êtes, et devenez ce que vous recevez !", le corps Christ.

7ème Dimanche de Pâques– Année B, 13 mai 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ac 1, 15-17.20a.20c-26 / 1 Jn 4, 11-16 / Jn 17, 11b-19

 

A la veille de la fête de saint Mathias, nous voyons la communauté chrétienne de l’époque choisir Mathias pour prendre la place vide laissée par Judas qui a trahi son Seigneur. « Qu’un autre prenne sa charge ». Nous sommes nous aussi des Mathias appelés à prendre notre part du ministère de l’Eglise car chacun de nous est appelé à être témoin de la résurrection du Seigneur. Attester, comme le dit saint Jean dans la 2ème lecture, que le Père a envoyé son Fils Jésus comme Sauveur.

Mais, me direz-vous, comment vivre notre vocation dans l’Eglise à la suite du collège des Apôtres : Pierre, Jean, les autres apôtres avec Mathias, et Paul, l’avorton, le saint de Dieu ?

Il nous invite avant tout à demeurer dans son amour comme lui-même demeure dans son Père pour une éternité d’amour. Notre liberté, vrai don de Dieu donnée par le Christ le jour de l’Ascension, ce n’est pas d’être laissés seuls et sans repères. Nous sommes libres parce nous sommes habités de sa présence. Telle est bien la vocation du chrétien : « vivre avec nos frères en la présence de Dieu ». Aimer nos plus proches en demeurant en Dieu. Dans la 1ère lettre de saint Jean, le mot demeurer vient 6 fois. La vie chrétienne, avant d’être centrifuge, est centripète : demeurer en Dieu, vivre en sa présence, dans son amour, dans la prière, la contemplation, par ses sacrements. C’est pour cela que nous venons chaque dimanche ou chaque jour pour nous centrer en Lui, pour puiser dans l’Amour qu’est Dieu l’amour dont nous avons besoin pour vivre heureux et rendre les autres heureux. Demeurer dans l’amour qu’est Dieu et laisser Dieu demeurer en nous. Quand on demeure chez quelqu’un, on entre dans son intimité, dans sa vie, dans sa confiance, et notre relation avec cette personne tellement plus proche et vraie. Le Christ est venu jusque chacun de nous pour nous faire un cadeau immense : nous donner la Parole de son Père et la joie de la relation entre le Père et le Fils : « qu’ils aient en eux MA joie et qu’ils y soient comblés ». Voilà ce que le Christ nous propose pour être ses témoins et prendre notre charge au ministère du Christ : une vie centripète.

Et puis, la vie chrétienne est aussi centrifuge. Il suffit de passer un moment devant le hublot de sa machine à laver le linge pour comprendre la force de celui qui se centre sur la source de la vie et reçoit d’elle l’énergie pour aller au plus loin risquer sa liberté, elle vers les autres en se vidant de tout ce qui n’est pas christique. Ce que nous communiquerons, c’est ce que nous vivons au cœur de cette demeure qu’est Dieu. Ce ne sont pas d’abord des paroles et des connaissances que nous communiquerons mais notre vie intime avec le Christ. Si je vis de la source qu’est Dieu, je serai source pour d’autres. Si je demeure en Lui, d’autres voudront y demeurer avec moi. Si je proclame par ma qualité de vie que Jésus est le Fils de Dieu, d’autres seront entraînés à vivre de cette proclamation. Si j’accepte les appels de l’Eglise comme Mathias a su le faire en risquant ma liberté, je donnerai à d’autres de risquer également le meilleur d’eux-mêmes au service de l’Evangile et des autres. Si le bonheur de Dieu est de nous communiquer la joie qu’il vit dans sa relation entre le Père et le Fils, dans leur intimité, notre joie sera de donner de la joie à Dieu en demeurant avec lui dans cette vie centripète et en nous donnant aux autres dans cette vie centrifuge.

 

« De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. »

Dans ce monde là, ce monde si souvent sans Dieu et qui parfois lutte contre la vérité qu’est Dieu. C’est dans ce monde-là que nous sommes invités à aimer et à le remplir de la lumière de Dieu, de sa bonté et de sa vérité, sans utiliser les mêmes armes que ce monde. Mais avec la vraie douceur, la simplicité, la bonté, le respect, la non-violence et le pardon.

« J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu. »

Nous nous savons accompagnés dans l’exercice difficile et délicat de notre liberté par celui qui est la liberté même. « Je veille sur eux ». Et il veille bien sur chacun de nous pour qu’à notre tour nous veillions bien les uns sur les autres. Et que la joie du Père et du Fils dans l’Esprit saint soit en nous comme dans toutes nos relations : « Je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. »

Ascension du Seigneur – Année B, 10 mai 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ac 1, 1-11 / Ep 4, 1-13 / Mc 16, 15-20

Qu'avez-vous à regarder le ciel ?

  1. Nous fêtons, non pas un départ mais une autre présence de Jésus. Car, au moment de nous quitter visiblement, il nous dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ». Jésus, Emmanuel, Dieu avec nous, toujours présent, mais autrement que dans l’immédiateté d la rencontre. Autrement et même plus intensément car agissant par son Esprit qu’il nous communique.
  2. Quand une personne part à la retraite, ce n'est pas un adieu mais un départ qui permet à d’autres de donner à leur tour le meilleur d’eux-mêmes, mais autrement. De même pour le Christ : « Je m'en vais vous préparer une place, mais je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous soyez aussi ».
  3. Si le Christ disparaît de nos regards terrestres en ce jour, il nous confie une tâche : « Soyez mes témoins... », avec l’aide de mon Esprit que je vous envoie. Travaillez les deux pieds sur la terre et le regard tourné vers le ciel. Cueillez des fleurs, et soutenez le faible qui marche à vos côtés...

Cette fête de l’Ascension, c’est Pâques que nous continuons de fête. Le Christ a passé 40 jours auprès de ses disciples en leur montrant les signes de sa résurrection. Et nous fêtons le passage de la vie terrestre du Christ à sa vie glorieuse. Pour nous y entraîner à sa suite. Il est le Premier né d’une multitude, notre Premier de cordée. Et nous à sa suite. Le Ressuscité est désormais présent dans le seul regard de la foi.

Nous fêtons ce passage où il nous entraîne et aussi notre espérance : "Il reviendra" (Ac 1,11). Nous possédons déjà comme dans une graine qui a déjà germée ce que nous aurons un jour en plénitude : notre place avec lui auprès du Père.

. Jésus reste parmi nous dans la dynamique de son Esprit, dans l’humilité des sacrements et la lumière de la foi. Et Jésus s'élève et disparaît dans une nuée. Etre élevé, c’est s’engager dans la cause de l’Evangile. Au quotidien. Si les Apôtres ne restent pas à regarder le ciel les bras croisés, c’est bien pour retrousser leurs manches pour travailler à préparer le Royaume de Dieu jusqu'à ce que Jésus-Christ vienne parachever l’œuvre immense de sa création.

Nous savons désormais que tout pouvoir a été donné au Christ. Un pouvoir total. Sur tout, au ciel et sur la terre. Même sur toutes les forces mortifères et la mort elle-même. Qu’il nous envoie avec comme défenseur son Esprit pour nous assister.

Allez, faites des disciples, préparez-les à la foi ; apprenez-leur à vivre la foi, à vivre de la foi. Si je vous quitte des yeux du corps, je suis avec vous tous les jours, avec l'Eglise d'aujourd'hui, jusqu'à la fin du monde. Et là où je suis, vous y serez aussi.

Seigneur, tu es la porte du Royaume. Tu es la route vers le Père. Tu nous élèves vers ce qui est éternel pour en vivre au quotidien. Par ton Esprit, tu nous fais donner de l'importance à ce qui ne sera jamais détruit par la mort : l'amour, le don de soi, l'aide aux plus vulnérables, l'engagement pour la justice et le témoignage de notre foi...

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4ème Dimanche de Pâques– Année B, 22 avril 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ac 4, 8-12 / Jn 3, 1-2 / Jn 10, 11-18

 

Introduction

Ce quatrième dimanche de Pâques, d'une fête unique qui dure jusqu'à la Pentecôte, est illuminé par la figure du bon Pasteur. Un Pasteur qui ne pas craint d'aller au-devant du danger, de se laisser supprimer pour nous. Mais un Agneau redressé dans sa résurrection.

C'est le Christ pascal au nom duquel Pierre fera marcher le mendiant paralysé. C'est le Pasteur qui nous guide vers l'intimité avec le Père jusqu'à cette gloire du face à face quand nous le verrons tel qu'il est. Ce dimanche qui valorise le Berger valorise aussi les brebis. A quelle dignité ne sommes-nous pas appelés ! et c’est le dimanche des vocations.

Célébrons donc l'Eucharistie, non comme un troupeau amorphe qui ne se sent pas concerné, mais comme une assemblée où chacun est valorisé dans la mesure de sa participation.

Homélie

C'est à ceux qui ont tué Jésus que Pierre proclame le message de la résurrection : Vous l'avez rejeté. Dieu l'a ressuscité. Ce Jésus que vous avez rejeté comme une mauvaise pierre, est devenu la pierre d'angle. C’est la pierre la plus importante de notre édifice personnel ou communautaire, avec laquelle tout tient, sans laquelle rien ne tient. Pourquoi faut-il que nous rejetions ce qui seul peut nous sauver ? Pourquoi Dieu a planté sa tente parmi nous et n’a pas été accueilli ? Pour quoi avoir mis saint Pierre en prison pour avoir fait le bien ? « Nous sommes interrogés pour avoir faire du bien » ! St Jean le dit : « le monde n’a pas connu Dieu ». Et du coup, ce que nous sommes, c’est-à-dire fils de Dieu, n’est pas encore révélé en sa totalité. Plus que jamais, nous sommes invités à accueillir Dieu et nous accueillir nous-mêmes en vérité. Nous le verrons tel qu’il est et nous nous verrons tels que nous sommes. Oui, ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; nous le voyons comme à travers un épais brouillard. Mais le Fils de Dieu, par sa résurrection, vient déchirer le voile devant nos visages et nous révéler notre vraie identité, notre vraie vocation. Pour devenir celui que nous contemplons et, pour les autres, miroir du Christ.

Si nous pouvons le rejeter, lui ne nous rejettera jamais. La preuve, nous dit saint Jean, c’est qu’il est le bon berger qui ne fuit pas quand pour les brebis arrive le loup, quand le danger nous guette ou que nous fuyons la vérité de qui nous sommes pour de fausses vérités, de faux appuis, ou de faux bergers. Au contraire, il va à la recherche de chacun de nous, là où le danger nous attire. Il est capable de laisser 99 brebis pour nous qui sommes si éloigné de nous-même ou des autres. Il nous cherche jusqu’à ce qu’il nous ait trouvé. Il reste près de nous au plus fort de notre épreuve. Puis il nous prend alors sur ses épaules et nous restaure notre vrai visage. Il va même jusqu’à donner sa vie pour chacun de nous. Et aller au-delà des frontières, pour celles qui ne sont pas de ton enclos, que nous ne connaissons pas. Pour que personne ne soit laissé de côté. Et elles ont tout autant du prix à ses yeux. Ce berger est même capable de transformer tout ce que nous rejetons de vrai et de bon en puissance de vie et de force : la pierre rejetée, le Christ, est devenue pierre d’angle. Sur qui nous pouvons compter.

Oui, tu as du prix à mes yeux, tu comptes pour moi. Se mettre sous le regard de quelqu’un qui nous aime ainsi peut nous remettre en route, et cela nous rend capables de faire du bien. Tout ce qu’aimer peut engendrer ! Si nous savions nous regarder ainsi…

Ce « je t’aime » en actes de notre bon berger, peut effacer nos larmes, redonner espoir et goût à la vie, raviver un dynamisme perdu, re-susciter un amour étiolé. Aimer celui qui aime de la sorte, c’est vivre avec lui et pour les autres. Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même, disant sainte Thérèse de Lisieux.

Le Christ a donné sa vie pour chacune et chacun de nous. Si nous nous laissons pétrir par cette intimité avec lui qui est ressuscité, le Christ nous fait renaître. Jusqu’où serons-nous capables de donner de nous-mêmes pour sa mission ?

4ème Dimanche de Carême– Année B, 18 mars 2018, Fr Hugues Roquette, Clarté Dieu

 

2Ch 36, 14-16.19-23 / Ep 2, 4-10 / Jn 3, 14-21

 

Nous venons de chanter : "L'heure est venue d'affermir votre coeur. L'heure est venue de courir vers la vie » ! C'est comme un écho à cet évangile de saint Jean que nous venons d'entendre. L’heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. "Souvent l'évangile de St Jean parle de l'heure. Déjà à Cana, quand Marie dit à Jésus : "Ils n'ont plus de vin", Jésus lui répond : "Que me veux-tu, femme ? Mon heure n'est pas encore venue. D'autres fois l'heure n'est pas encore venue, et aujourd'hui : "l'heure est venue. ''C'est maintenant l’heure où le Fils de l'homme doit être glorifié. C'est l'heure de sa croix, l'heure de sa mort et de sa Résurrection, l’heure du jugement et du salut du monde, l'heure de la plus grande révélation de Dieu.

         Jésus prend une comparaison dans la nature : "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. "Ceux qui travaillent dans leur jardin le savent bien, une graine doit mourir pour porter du fruit. Les évangiles synoptiques (de Mt, Mc et Lc) parlent de Jésus en agonie au jardin des oliviers avant son arrestation et sa passion. "Il priait (Mc) pour que s'il était possible cette heure passât loin de lui. Il disait à Dieu son Père : "Père tout t'est possible : éloigne de moi cette coupe ; pourtant, pas ce que je veux mais ce que tu veux !" Dans l'évangile de saint Jean, nous avons le débat intérieur de Jésus : "Mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? Père, sauve-moi de cette heure ? - Mais non ! C'est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom !" Jésus a connu l'angoisse de la mort. Il a obéi par amour. Il est resté fidèle au Père, attaché à sa volonté. La voix du Père s’est fait entendre : « Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore. » La croix est l'heure de la gloire, l'heure où Jésus sera glorifié, l'heure de la manifestation de Dieu, l'heure où le prince de ce monde va être jeté dehors, et Jésus va être élevé. Il va être élevé sur la croix, il va être élevé par sa Résurrection et son Ascension, sa montée vers le Père. Sa mort sur la croix est l'œuvre des hommes, sa Résurrection et son Ascension sont l'œuvre de Dieu le Père.

         Nous sommes à quelques jours de la semaine sainte. Pour nous, l'heure est venue de courir vers la vie. L’évangile de ce jour donne le sens de la mort de Jésus. Il a donné sa vie pour sauver l'humanité. Et l'évangile donne le sens de notre vie et de notre mort : "Qui aime sa vie la perd ; qui s'en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle." Prenons ce chemin du service, de l'aide, de l'ouverture aux autres... ce chemin nous mène à la vie, nous en faisons l'expérience. Et Jésus élevé de terre attire à lui tous les hommes. Contemplons la croix. J'ai souvent visité un détenu de Colombie à qui j'ai donné une croix. Il l'avait mise sur un mur de sa cellule, et nous faisions chaque fois une prière en la regardant. Elle était pour lui le signe que Jésus l'aimait et lui pardonnait. Jésus attire à lui tous les hommes.

La semaine prochaine, nous entrerons dans la semaine sainte. Continuons le Carême encore quelques jours. La lumière est au bout du chemin !

3ème Dimanche de Carême– Année B, 04 mars 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ex 20, 1-17 / 1Co 1, 22-25 / Jc 2, 13-25

 

         « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage ». En ce troisième dimanche de Carême qui marque notre progression vers Pâques, il est bon de nous entendre dire à nouveau que si Dieu est notre Sauveur c’est bien parce qu’Il nous fait sortir de tous nos exils. Exils qui nous conduisent souvent loin de nous-mêmes, loin de notre véritable identité au point, parfois, de ne plus nous reconnaître et de devenir étrangers à nous-mêmes et envers nos semblables. A cause de ce qu’Il est c’est-à-dire Bonté de qui vient tout bien, Dieu a le pouvoir de nous faire sortir de tous les esclavages dus à nos manques d’amour. Esclavages qui viennent blesser la liberté pour laquelle nous avons été créés. Un seul moyen de retrouver la voie de notre liberté, c’est de reprendre résolument le chemin de Dieu qui veut nous abreuver à la source de Vie. Regardons dans notre vie toutes les sorties de nos liens mortifères que nous avons pu effectuer grâce à telle ou telle personne. Là, je puis reconnaître que Dieu est présent dans ma vie, qu’Il est mon sauveur parce qu’Il m’a vraiment sauvé de ces liens en m’entraînant à sa suite sur de vrais chemins de liberté.

Les préceptes du Seigneur, ses 10 paroles de vie, c’est-à-dire son Décalogue, c’est la pédagogie de Dieu pour que nous retrouvions le goût de Dieu. Comme dans une course en haute montagne, ce Décalogue déroule sous nos yeux les passages obligés de notre marche parfois périlleuse afin de nous protéger du danger. Dieu ne veut pas que nous tombions et c’est le sens de cette expression : « Je suis un Dieu jaloux ». Je désire -pourrait-il nous dire-que, dans ces passages étroits, tu progresses de façon sûre dans la Loi d’amour de Dieu. Je te donne ces basiles, non pour te charger davantage mais pour te protéger de toi-même et t’ouvrir à cette vie que je désire partager avec toi et que je vis avec mon Père.

Remémorons-nous le Psaume 19. La suite « amoureuse » du Seigneur, c’est la seule qui nous restitue notre vraie liberté, c’est la seule qui donne le vrai bonheur :

La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples. Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard…

Dans l’Evangile, Jésus est là, parmi les siens et ceux-ci cherchent à l’arrêter comme un malfaiteur. Ils exigent des signes mais quand ils sont devant leurs yeux, ils ne savent même pas les lire. « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai », et saint Jean d’ajouter : « le Temple dont il parlait, c'était son corps ». Ce Temple, mon corps, votre corps, vous l’avez pollué avec vos trafics et vos idoles : eh bien je le relèverai. Même terme employé pour la « résurrection. » Le seul signe donc que Jésus veut donner à ceux qui recherchent des signes merveilleux dans les effets médiatiques, le bling-bling, et à ceux qui recherchent une pseudo sagesse coupée de Dieu dans l’ésotérisme, le paganisme éthéré et les richesses inutiles, le seul signe, c’est un Messie crucifié, puissance de Dieu, Sagesse de Dieu. Pauvre, sans apparats, serviteur sans gloire mais ressuscité car Dieu l’a fait sortir des liens mortifères dans lesquels nous l’avons mis pour nous acheminer vers notre véritable liberté.

Ainsi, le chemin qui nous mène du Décalogue à la Pâque de Jésus est le chemin spirituel qui, en nous faisant intérioriser les lois du Seigneur, nous révèle l’Amour que Jésus va accomplir dans sa propre chair.

En montagne, les passages difficiles sont balisés et équipés par un premier de cordée. Jésus est notre premier de cordée puisqu’en Lui se trouve accomplie la plénitude de l’amour de Dieu et que c’est en Lui et en lui seul que nous pouvons « passer » les passages difficiles qui conduisent à la liberté qu’est Dieu.

L’Evangile de Jean me dit que la sortie d’Egypte, puis la Loi, puis le Corps de Jésus livré, crucifié et ressuscité, en enfin l’amour du Seigneur, c’est la passion de ma vie qui me fait monter vers la joie et la lumière de Pâques.

Avec saint Paul, je sais que la folie de Dieu est plus sage que l'homme et sa faiblesse plus forte que l'homme ». Arrivés à cette troisième étape de notre route de Carême, accueillons Dieu dans un cœur pauvre, humble et reconnaissant : hâtons-nous sur la route de Dieu qui ne cesse de nous rechercher où que nous soyons pour nous libérer de nos entraves. Sur nos chemins escarpés vers la liberté, devenons fous de l’amour de Dieu derrière le premier de cordée. Par la louange et la charité envers les hommes nos frères, donnons notre amour par amour de Dieu pour tous, notamment les plus faibles et les plus fragiles, en qui le visage du Christ nous est révélé.

Là est le Carême que Dieu aime ! 

5ème Dimanche du temps ordinaire– Année B, 04 février 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Jb 7, 1-4.6-7 / 1Co 9, 16-19.22-23 / Mc 1, 29-39

 

Introduction :

Nous savons, surtout en cette période, que la vie est difficile pour tous. Mais si nous sommes accablés, Christ vient pour nous faire le don de son espérance. Dieu plus grand que notre cœur, plus grand que nos frontières, plus grand que nos péchés. Ce don, ce pardon, nous serons appelés, après avoir rencontré le Christ en cette l'eucharistie, à le communiquer à ceux que nous rencontrerons. Accueillons-le maintenant !

 

Homélie :

La présence de tant de personnes souffrantes en est pour nous un rappel : ceux qui, comme Job, n’en peuvent plus, pour qui la vie est une immense corvée, où le soir n’en finit pas, tous ces migrants, notamment à Calais. Pour eux, saint Paul et surtout Jésus cherchent à ranimer notre zèle missionnaire. « Faites-vous tout à tous, annoncez l'Évangile ! » Même si, en France, les chrétiens sont devenus minoritaires, le nombre importe peu : ce qui compte, c’est que nous soyons des passionnés de Dieu, des zélés de sa Parole, de ses gestes de relèvement, des porteurs de l’Evangile. Saint Paul nous dit d’être tout à tous, déracinés avec les étrangers, engagés avec ceux qui s’impliquent pour servir la dignité des hommes et des femmes, dynamiques avec les jeunes, respectueux de la différence culturelle ou religieuse, et leur faire découvrir qu’ils sont aimés de Dieu, d’un amour extraordinaire, un amour capable de soulever des montagnes et poser des gestes de relèvement.

Jésus s'intéresse pleinement à la vie quotidienne des hommes qu'il rencontre. Il se fait proche d’eux pour eux-mêmes. Il ne fait pas du racolage, mais il ne se lasse pas de révéler aux hommes combien ils sont aimés de son Père. Ils les accueillent tels qu'ils sont, là où ils en sont, avec leurs joies et leurs soucis quotidiens. Et pas seulement le dire, mais leur montrer : par des gestes concrets. Jésus ne se contente pas de vivre avec chacun de nous ; il dit ce qu'il vit dans sa relation à son Père, il nomme Celui qui le fait vivre, au risque même de ne pas être accepté, d’être rejeté et haï. Regardons-le avec la belle-mère de Pierre : "sans plus attendre", on parle à Jésus de la malade ! Il la prend par la main et la fit se lever. Quelle délicatesse, quelle force humble !

Sans plus attendre… la personne fragile devient donc la personne prioritaire. Oui, les plus fragiles, les plus faibles, notamment les personnes malades et handicapées qui ne sentent plus leurs forces, les pécheurs qui ne savent plus combien ils sont aimables, les prisonniers enfermés dans leur culpabilité. Tous ceux que Jésus rencontre, il ré-ouvre en eux un chemin de lumière et de liberté, là où certains les ont peut-être enfermés. Le Christ ouvre des chemins de liberté : quand on aime comme Dieu nous aime, on devient libre.

L'Église que nous sommes est l’Eglise faite de pécheurs qui se savent pardonnés ; c’est l'assemblée de ceux qui reconnaissent que Jésus les sauve. En sachant que Dieu sauve au-delà des frontières de notre Église. Jésus nous parle de son Père comme de Celui qui fait lever son soleil sur les méchants comme sur les bons : « sortons, dit Jésus, allons aux villages voisins pour que j’y prêche aussi ; c’est pour cela que je suis sorti ». Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père. Beaucoup seront surpris au jour de son Jugement d’amour quand ils se verront accueillis par un Christ qu'ils n'auront apparemment pas reconnu sur la terre mais qui les accueillera dans ses immenses bras d’amour. "Chaque que vous avez donné un verre d’eau à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi que vous l’avez fait !"

Dans son encyclique « Dieu est amour », Benoît XVI écrit : "L'amour du prochain consiste précisément dans le fait que j'aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n'apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu'à partir de la rencontre intime avec Dieu. J'apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon le regard de Jésus Christ " (§ 18). Jésus s'approche de la malade, il la prend par la main et il la fait se lever ! La fièvre la quitta et elle les servait ! A peine guérie, la belle mère de Pierre se met à servir, à se consacrer aux autres, à se donner aux autres. A la suite du Christ, elle choisit librement d'orienter sa vie au service des autres et au service de Dieu. C’est ce que tentent de faire vos pasteurs, vos frères prêtres, tous les bénévoles qui soutiennent notre centre de La Clarté-Dieu, vous-mêmes pour relever celui qui n’en peut plus.

Oui, saint Paul a raison : "Si j'annonce l'Évangile, je n'ai pas à en tirer orgueil". Un chrétien n’est pas meilleur qu’un autre mais il se sait habité par Celui qui nous fait passer du bien au meilleur. Si l'Évangile est un don, il est aussi une tâche à faire et un risque ! À qui on aura donné beaucoup, il sera beaucoup demandé ! Malheur à moi si je n'annonce pas l'Évangile !

Notre vocation à nous, chrétiens rassemblés ici pour ce temps de ressourcement et d’action de grâce, c'est d'annoncer l'Évangile, par la parole parfois, mais surtout par la qualité de notre vie et de nos gestes. Aux plus fragiles d’entre nous et de notre entourage. Au bureau, à la maison, dans le quartier.

Nous célébrons l’Eucharistie comme chaque dimanche, c'est-à-dire que nous rendons grâce à Dieu pour le don qu’il nous fait de sa Vie et pour l’énergie, le souffle, l’Esprit saint qu'il nous donne pour être d’authentiques témoins, des passionnés de Dieu, des hommes habités par le Christ et respectueux des hommes que Dieu aime sans aucune restriction. Vivons comme Jésus, d'autant plus tournés vers les hommes que nous sommes enracinés dans une vie de prière, de contemplation et de vraie fraternité ! Nous sommes là, ensemble, pour porter les souffrances de ceux qui n’en peuvent plus. Nous sommes là pour tous pour qu’ils se sentent soutenus par notre humble présence.

Louons Dieu dans la confiance, surtout dans l’épreuve comme Job. Et proclamons la Bonne Nouvelle en bénissant et en libérant des ténèbres par la lumière et la bonté de nos vies.

2ème Dimanche du temps ordinaire Clarté Dieu– Année B, 25 février 2018, Fr Romain MAILLEUX, Franciscains à Bruxelles

Gn 22,1-2. 9-13. 15-18 / Rm 8, 31b-34

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc  (9, 2-10)

2Six jours après,

Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean.

Il les fit monter sur une haute montagne,

à l'écart, seuls.

 

Et il fut transfiguré devant eux.

3Ses vêtements devinrent resplendissants,

d'une blancheur telle,

que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.

 

4Élie leur apparut avec Moïse,

et tous deux s'entretenaient avec Jésus.

 

5Pierre, voulant répondre, dit à Jésus:

"Rabbi, il est bon que nous soyons ici.

Faisons donc trois tentes:

une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie."

6Il ne savait en effet que répondre, Pierre;

tant ils étaient saisis de frayeur.

 

7Survint une nuée qui les couvrit de son ombre,

et de la nuée survint une voix:

"Celui-ci est mon fils, l'Aimé,

écoutez-le!"

 

8Et soudain, regardant tout autour,

ils ne virent plus personne,

sauf Jésus, seul, avec eux.

 

9Ils descendirent de la montagne.

Il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu,

si ce n'est quand le fils de l'homme se lèverait d'entre les morts.

 

Ils se retinrent de parler,

se demandant toutefois entre eux ce que voulait dire:

"se lever d'entre les morts".

 

Homélie

 

"Et il fut transfiguré devant eux".

 

Métamorphosé, dit le texte. Un visage autre, transformé, un visage au-delà du visage habituel, au-delà de l'humain. Un visage habité, habillé de lumière, celle de l'amour, l'amour de cette voix qui sort de la nuée: "Celui-ci est mon fils, l'Aimé, écoutez-le!".

 

Et non seulement le visage, mais le corps, l'humain tout entier est habillé de lumière: "Ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille".

 

La lumière, l'épanouissement, le rayonnement que donne à l'Aimé l'amour reçu. "Celui-ci est l'Aimé". Car c'est bien parce qu'il est l'Aimé, parce qu'il est aimé que le fils de l'homme, le fils de l'humain, Jésus, est rayonnant de lumière, de beauté et de bonheur. Et cela, sur une haute montagne, là où le ciel rejoint la terre, où l'au-delà de l'humain rejoint l'humain.

 

En chacune, en chacun de nous aussi, le ciel peut rejoindre la terre. La transfiguration de l'amour, par l'amour, dans l'amour! Quel est le couple aimant, l'enfant aimé, la personne aimée, qui n'a pas connu, qui ne connaît pas ses moments de transfiguration, d'extase ? Quel est le spirituel, le contemplatif, le mystique, le fou de Dieu, qui n'en est pas visité ? Et, en contrepoint hélas, on sait que tant d'enfants, de femmes et d'hommes ne les connaissent pas et ne les connaîtront jamais ces moments-là, parce qu'ils ne sont pas ou ne se sentent pas aimés.

 

Heureux instants que ces transfigurations où l'on vit l'intense, où l'on sent qu'une présence nous dépasse, que c'est venu d'ailleurs. Présence que nous, chrétiens, nous nommons Dieu, Jésus, l'Esprit, le divin, et qui prendra d'autres noms dans d'autres langues. Présence en haut de la montagne, là où le ciel rejoint la terre, en nous les humains.

 

À côté de Jésus, il y a Moïse, la Loi, et Élie, les Prophètes, tout ce qui est, était l'essentiel jusque-là. Ils ne sont pas la lumière, ils sont à côté.

 

Pierre est déconcerté. Impulsif comme il est, il faut qu'il dise quelque chose. Il est de ceux-là qui ne supportent pas le silence devant les situations énigmatiques. Il veut répondre, dit le texte, comme si on l'avait interrogé, alors que rien ne lui a été demandé. Il parle sans savoir ce qu'il dit, ajoute le texte. Il sent bien pourtant, il voit bien que quelque chose d'inédit, d'unique, survient en cet homme vêtu de lumière. "Rabbi, il est bon que nous soyons ici, s'écrie-t-il. Restons-y. Plantons des tentes ! Une pour chacun de vous".  On est si bien ici !

 

Et non, Pierre ! La transfiguration, elle ne se laisse pas mettre sous tente. Elle échappe à toute prise, à toute mise en demeure. Non sans avoir livré son message, cependant : "Jésus, lui, vous reste, seul. Écoutez-le." Et soudain, poursuit le texte, regardant tout autour, ils ne virent plus personne, sauf Jésus, seul, avec eux." Moïse et Élie ont disparu. Il reste, il y a Jésus. Uniquement Jésus.

 

Les transfigurations, on ne peut les fixer sur la vie qui coule, on ne peut les figer. Il faut descendre de la montagne, revenir vers l'humain et ses vicissitudes, l'humain cheminant sur les sentiers de la terre.

 

Nous savons que l'amour, même le plus fort, le plus transfiguré et le plus transfigurant, le plus divin, ne peut préserver l'Aimé de tout obstacle sur les chemins de la vie.

 

Le Père Aimant de Jésus-Christ, cette voix qui avait proclamé "Celui-ci est mon fils, l'Aimé", n'a pas pu le préserver, lui, l'Aimé, du mal que lui ont voulu et fait les hommes, ceux de sa propre religion, lorsqu'ils ont défiguré le plus beau des enfants de l'homme, lorsqu'ils lui ont craché au visage leur mépris, leur haine et leurs coups, jusqu'à le faire basculer chez les morts.

 

L'amour des mères, l'amour des pères, l'amour de celles et ceux qui aiment, si grand soit-il, ne peut préserver les enfants, tous les enfants, de tous les dangers, des violations et des dégradations, des cruautés ou autres maux qui les menacent.

 

L'amour des proches, si fort soit-il, ne peut préserver les "aimés" du monstre assassin qui mange la vie, de la souffrance, de la peur de vivre.

 

L'amour, si grand, si infini qu'il soit, peut vaincre la cupidité qui détruit l'autre ; il ne peut la supprimer. L'ivraie croît, avec le grain.

 

Mais il peut être présent, l'amour, toujours. Être là. Être avec. Après la transfiguration, "il n'y avait plus que Jésus, seul, avec eux".

 

Avec eux ! Avec leurs joies et leurs peines, avec leurs souffrances et leurs questions. Car les questions, elles sont là, elles sont nôtres. Ils ne disaient rien en descendant de la montagne, "se demandant toutefois ce que pouvait bien vouloir dire : se lever d'entre les morts".

 

Le Jésus qui est avec nous aujourd'hui, en cette Eucharistie tout particulièrement, c'est le Jésus de Pâques, celui qui s'est levé d'entre les morts. Il est notre espérance, puisqu'il sait, lui, ce que veut dire "se lever d'entre les morts", et puisqu'il est avec nous. 

L’EPIPHANIE– Année B, 07 janvier 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 60, 1-6 / Ep 3, 2-3a.5-6 / Mt 2, 1-12

Epiphanie : cela veut dire "révélation", "manifestation".

Venus d’Orient, trois mages étrangers à la foi juive suivent la lumière de l’étoile qui les guident jusqu’à Bethléem. Arrivés devant la Crèche, ils adorent Jésus et reconnaissent en lui le Sauveur.

  Balthazar offre une urne remplie d’or pour honorer Jésus comme roi.

  Gaspard offre de l’encens pour honorer la divinité du Christ et le rencontrer dans la prière.

  Quant à Melchior, il tend un coffret contenant de la myrrhe -gomme aromatique-, signe de souffrance. Il annonce ainsi que le Christ souffrirait par amour pour chacun de nous et pour nous sauver.

A Noël et à l'Epiphanie, des anges et une étoile pour proclamer la gloire de Dieu. Un astre apparaît, figure de la naissance du Christ annoncé par le livre des Nombres : "De Jacob montera une étoile, d'Israël surgit un sceptre". A cette époque, la naissance des rois est comparée à des astres, des étoiles. L'astre guide le chemin vers le Christ pour y aller l’adorer. Aujourd’hui, la Parole de Dieu et la communauté qui porte cette Parole nous accompagnent pour l’adorer.

Les mages symbolisent l'ensemble de l'humanité, la vocation de toute personne à accéder au Royaume de Dieu. Les bergers venaient des alentours pour le voir, les mages viennent de loin pour l'adorer : ils symbolisent la venue de tous les peuples étrangers à la foi. Ils représentent ce qui en nous est le plus étrange, le plus étranger à nous-mêmes et aux autres. Le plus étranger accède à Dieu pour être illuminé dans la foi. Avec les bergers et les mages, les premiers incroyants à accéder à la foi, c’est chacun de nous, dans toute ses zones d’incroyances, qui est invité à :

  1. vivre la recherche de Dieu guidés par toutes les étoiles de nos vies. Essayons de les chercher, de les scruter, de les nommer.
  2. à adorer le Christ quand nous l’avons trouvé. A déposer les armes de nos violences intérieures ou de nos volontés de puissances, pour mettre Dieu à la première place dans notre existence.
  3. à lui offrir le meilleur de nous-mêmes en servant nos frères. C’est en donnant que l’on reçoit. C’est en pardonnant qu’on est pardonné.

Notre or, c’est le Royaume de Dieu que nous recevons pour le donner aux autres.

Notre encens, c’est la confession de la divinité du Christ et de sa résurrection qui fait de nous des vivants.

Notre myrrhe, c’est incarner l'humanité du Christ dans des actes de bonté, de beauté et de justice auprès de nos semblables. Pour qu’ils soient des ressuscités.

La galette des rois est une tradition typiquement française déjà active au 14ème siècle. La galette était partagée en autant de portions que de convives, plus une. Cette portion supplémentaire, appelée "part du Bon Dieu" ou "part de la Vierge", était destinée au premier pauvre qui se présenterait.

Nous aussi, que cette galette des rois que nous allons partager représente notre capacité à laisser de la place à ce qui est étrange en l’autre, en nous pourquoi pas ! Après cette adoration et cette fête, retournons comme les mages vers le réel de notre vie par un autre chemin, c’est-à-dire autrement que nos habitudes trop humaines où notre péché nous lie, mais par le chemin de l’Evangile, en mettant nos pas dans ceux du Christ, dans le chemin de son amour.

Car à la crèche, comme les rois mages, nous avons rencontré celui qui vaut toute l'attention, tout l'or, l'encens et la myrrhe du monde. Alors, fais silence, et tu pourras entendre le Verbe de Dieu. C'est en écoutant et en se taisant que l'on va au-devant du Verbe de Dieu. Sors de toi-même, et il entrera. Plus tu sors, plus il entre. A Noël, Marie et Joseph sont partis, hors de chez eux. Vers eux se déplacent les bergers et les mages. A ton tour, sort de ton « cher moi ». Vide-toi pour pouvoir être rempli. Sors pour pouvoir entrer, car Dieu ne peut emplir le coeur de ceux qui sont tout pleins d'eux-mêmes.

Bonne fête de l’Epiphanie et faites-vous l'âme libre !

 

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