La Clarté-Dieu, maison franciscaine, 91400 ORSAY
La Clarté-Dieu, maison franciscaine, 91400 ORSAY

Homélie du 16ème dimanche du temps ordinaire - Année B - 18 juillet 2021 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Jr 23, 1-6 / Ep 2, 13-18 / Mc 6, 30-34

 

Je voudrais vous partager l'espérance de ma Foi en Christ. Dans mes rencontres avec bon nombre d’entre vous, j'ai la joie de contempler combien les soucis qui sont parfois les vôtres n'éteignent pas votre espérance au plus profond du cœur, et que la vie continue à germer en vous.

Jésus est très dur envers les mauvais pasteurs qui enfoncent plutôt que d’aider. Je reste toujours blessé par ceux qui jugent trop vite, qui critiquent ceux qui font du bien ou ont font miséricorde envers autrui, ou ceux qui se méfient de celui est blessé, qui n’est pas dans la norme, ceux qui confondent service et pouvoir, ceux qui imposent des fardeaux à ceux qui sont déjà accablés, des fardeaux qu’ils ne sont pas même capables de toucher un tant soit peu… Ceux qui agissent ainsi, Jésus les critique très sévèrement. En même temps, il est essentiel de montrer envers eux beaucoup de miséricorde, comme Jésus sait le faire car ce sont eux-mêmes des pauvres qui n’ont pas encore assez visité leurs propres difficultés et qui n’ont pas assumé ce qui en eux est trouble.

Vous savez, je suis devant vous comme un homme qui a fait l’expérience d’être sauvé gratuitement et d’être pardonné indépendamment de mes limites et de mes atouts. C’est le plus important dans ma vie. Je suis profondément marqué par la compassion de Dieu manifestée en Jésus-Christ. Chacune de mes rencontres avec vous me fait toucher du doigt, pour moi comme pour chacun de vous, l'amour que Dieu a pour nous. Pour vous, pour moi. Un amour actif, réel. Un amour qui prend chacun de nous au sérieux. Un amour qui relève, qui guérit, qui pardonne et qui redonne notre vraie dignité de fils de Dieu. Que de fois nous pouvons perdre cette belle dignité en faisant le mal. Mais Jésus a donné sa vie pour chacun de nous, les bons comme les méchants, afin de nous restituer notre identité de fils perdu... perdu par nos errances. Il ne nous enferme jamais dans notre passé, mais il ré-ouvre toujours notre avenir quand nous le fermons ou que d’autres le ferment pour nous.

Le Christ est entré définitivement dans ma vie. Aussi, sans restés emprisonnés dans notre passé, nous pouvons faire toute chose nouvelle, commencer à regarder le présent d'une autre manière, avec une nouvelle espérance. Nous ne restons pas bloqués dans ce qui est arrivé. Même si parfois nous souffrons beaucoup, nous pouvons trouver la force de repartir parce que nous regardons le visage de Jésus crucifié qui fut aussi arrêté et emprisonné mais qui a continué d’aimer dans cette situation terrible, peut-être comme la nôtre.

Pierre et Paul, et tant d’autres disciples du Christ, ont été prisonniers, privés de la liberté. On a cherché à les évincer, voire même à les faire périr. La prière et la solidarité les ont soutenus et ils ne sont pas tombés dans le désespoir. Ils ont continué à prier et à servir les plus déshérités. Comme vous le faites certainement. Et cela nous appelle à continuer à marcher.

Chacun de nous a une place unique dans le regard du Christ, le Bon berger. Nous pouvons lui confier nos blessures, nos douleurs et nos fautes pour qu’elles soient portées sur ses épaules, qu’elles soient soignées et qu’il re-suscite notre existence. Il est mort pour moi, il est mort pour nous, pour nous relever et nous ressusciter.

Si notre péché nous replie sur nous-mêmes, le Christ nous réintègre dans sa dignité de fils et de fille de Dieu. Bien sûr, la souffrance, les persécutions, les situations angoissantes peuvent nous faire souffrir au point de rendre notre cœur si douloureux, voire de nous faire douter. Mais avec notre Bon pasteur, luttons contre le mal pour aller de l'avant. Plongeons-nous dans la prière, osons devenir frère avec tous. Entraidons-nous le plus possible.

Notre mission commune est de relever et non d'abaisser, de donner la dignité et non d'humilier, d'encourager et non de causer de la peine. Ce sont les pasteurs que le Christ attend.

Homélie du 15ème dimanche du temps ordinaire - Année B - 11 juillet 2021 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Am 7, 12-15 / Ep 1, 3-14 / Mc 6, 7-13

 

Ouverture :

C'est le dimanche de l'envoi. Va, dit le Seigneur à Amos en le faisant prophète. Jésus envoie les Douze. Il nous envoie. Pour dire quoi ? Une bonne nouvelle, toutes les merveilles dont le Père nous a comblés en Jésus. A notre tour, nous sommes envoyés : Allez, vous aussi, vous dirai-je au nom de Dieu, à la fin de la messe.

Homélie :

Amazias, prêtre de Béthel, dit au prophète Amos : « Va-t-en d'ici et exerce ton métier de prophète ». Mais Amos répond à Amazias : ‘Je ne suis pas prophète ; je suis bouvier et je soigne les figuiers’. Cependant il ajoute : « le Seigneur m'a saisi quand j'étais derrière le troupeau, et c'est lui qui m'a dit : 'Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël' ».

Amos est un homme fruste mais droit. Il n’abandonne pas son métier pour un intérêt personnel, mais pour le Seigneur qui l'a saisi, qui l’a enthousiasmé. Dieu est devenu pour lui Celui qui peut le mobiliser entièrement. En se laissant saisir par Dieu, Amos devient plus libre puisqu’il ouvre ainsi l’espace de sa tente aux dimensions infinies de Dieu.

Comme Amos, les Douze sont appelés. Leur appel, c'est aussi le nôtre. Je vous propose donc d'en repérer quelques caractéristiques qui pourront peut-être nous aider à vivre ce temps de vacances estivales de manière plus évangélique.

1°) Dieu nous précède : Il se révèle à nous quand nous lui laissons un espace. Nous pouvons nous laisser saisir par sa présence pour découvrir combien Il rend heureux.

Dieu nous choisit, "pour être avec lui", pour partager sa vie et témoigner combien Il aime les hommes. La mission trouve donc son origine dans le cœur de Dieu. C’est à la sainteté que nous sommes appelés, celle de devenir ses amis. Profitons de cette période estivale pour entretenir notre amitié avec le Seigneur en prenant du temps pour être auprès de lui, gratuitement.

2°) Jésus appelle douze disciples : douze, pour marquer la naissance d'un nouveau peuple, l'Eglise. Il les envoie deux par deux car, selon le droit juif, deux au moins sont requis pour que leur témoignage soit valable. C’est l’amour des frères qui témoigne, pas des personnes seules. Durant cet été, nous aurons sans doute l’occasion de raviver notre sens de l'Eglise en rencontrant des chrétiens qui essaient de vivre leur foi dans un contexte différent du nôtre, en découvrant d'autres communautés, nous préparer peut-être à entendre à la rentrée de nouveaux appels et contribuer à la vitalité de notre Eglise, le corps du Christ et en particulier au service des membres les plus blessés de ce Corps.

3°) Jésus a toujours l'initiative : il appelle et il envoie. Et c’est pourquoi nous recevons une force qui ne vient pas de nous. Nous ne donnons que ce que nous recevons, notamment grâce à cette intimité avec le Christ. Nous ne parlons bien du Christ qu’en le fréquentant au quotidien. Avant qu’ils ne partent, Jésus donne aux disciples des consignes : n’emporter pour la route que le strict nécessaire. La simplicité des moyens aide les disciples à se désapproprier la mission qui leur est confiée : ce n'est pas leur affaire, mais celle de Dieu. Car nous croyons en la force de l'Evangile lui-même. Profitons de ces vacances pour nous désencombrer du superflu. Puisse cette page d'évangile nous aider à remettre dans notre vie chaque chose à sa juste place, et en ne nous trompant pas de richesses.

4°) Et quand vous avez trouvé l'hospitalité dans une maison, restez-y jusqu'à votre départ. Mais sachez aussi que l'échec vous attend. La mission du Christ comprend la lutte, le combat à bras-le-corps avec les forces du mal. Les esprits mauvais d'aujourd'hui ont peut-être d'autres noms que ceux d'hier : ils s'appellent peut-être : égoïsme des individus et des nations, racisme et xénophobie, mépris ou simplement ignorance des plus petits, rancune ou désir de vengeance... Quoiqu’il en soit, ils restent toujours à combattre et nous avons l’assurance que Jésus nous donne les armes de la victoire.

Ils se convertirent, ils partirent pour inviter d’autres à la conversion. Littéralement changer de direction, reprendre le juste chemin du Christ. C’est ce que François d’Assise a fait, précisément en entendant cet Evangile et le en mettant séance tenante en pratique. C’est ce à quoi nous serons appelés à la fin de cette célébration quand, au nom de Dieu, je vous dirai : Allez dans la paix du Christ !

Rappelons-nous les quatre invitations d'aujourd'hui pour notre été :

1°) l’invitation à une plus grande intimité du Seigneur dans la prière,

2°) l’invitation à une participation plus active à la vie de l'Eglise,

3°) l’invitation à poser quelques gestes concrets qui attestent de la puissance d’amour de l’Evangile,

4°) l’invitation enfin à ordonner notre vie en la centrant sur l'essentiel qu’est l’Evangile : "là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur !"

Homélie du 12ème dimanche du temps ordinaire - Année B - 20 juin 2021 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Jb 38, 1.8-11 / 2 Co 5,14-17 / Mc 4,35-41

    

"Passons sur l’autre rive."

Après avoir prêché en paraboles, sur la barque qui sert de porte-voix, Jésus invite ses disciples à mettre la parabole en acte. Il fait sombre, les disciples s’embarquent sur une parole de foi et la barque navigue vers l’autre rive, vers la rive de la foi, vers la rive du "qui est-il donc ?"

Jésus, Parole vivante, est embarqué avec eux dans cette traversée de la mer pour les ouvrir à la paix d’une vraie traversée intérieure. 

Pour les Hébreux, la mer est le repère des démons, des forces du mal, des dragons de l’angoisse et de la violence. Les monstres qui dévorent la vie et la joie veulent engloutir la fragile barque de la Parole.

Et Jésus dort !

Si nous croyons qu’il est absent et qu’il nous abandonne, il s’abandonne en fait à son Père en se reposant en Lui. Ne dira-t-il pas sur la croix : "Père, entre tes mains je remets ma vie."

Réveillé, il commande à l’ouragan de la mort : "Silence, tais-toi !"

S’il parle, c’est pour faire pour faire jaillir la vie et la paix, comme au matin de la création, là où ce n’était que tohu bohu. Du sommeil dans la tempête, signe de mort, Jésus se réveille : c’est déjà la résurrection.

Alors il se fait un grand calme. Le gouffre de la mort devient un berceau. Comme avec Moïse, la mer s’ouvre en chemin de libération. Le passage devient Pâques. L’autre rive est celle de la Résurrection.

"Passons sur l’autre rive."

Jésus ne dit pas : "passez" mais "passons", ensemble.

La barque devient tabernacle de la Parole aventurée dans les cyclones de l’Histoire et de la vie. C’est l’Église, vaisseau ballotté, toujours abîmé mais toujours réparé. L’Église, en elle repose la Parole de vie.

"Passons sur l’autre rive."

Oui. Mais "qui est-il donc" celui qui invite passer et fait taire la mer ? Qui est-il quand, dans les épreuves de la vie, un passage s’ouvre en nous. Un passage qui nous secoue bien sûr mais qui nous offre la paix.

La Parole nous réveille et impose silence à nos rêves et cauchemars sur Dieu.

Car l’autre rive, c’est aussi nous. Et la parole nous traverse dans tous nos retranchements.

Son glaive tranchant déchire les fantômes rugissants et les fantasmes déferlants, qui hantent nos images de Dieu.

"Silence, tais-toi !" crie Jésus au mensonge qui nous porte pour mieux nous noyer. Pour qu’advienne la paix.

"Qui est-il donc", celui qui fait taire toutes les forces de la mort ?

C’est la question de la foi qui nous traverse au cœur de nos tempêtes. C’est la question de Dieu qui surgit quand nous posons la question de l’homme. C’est Dieu qui nous appelle quand nous l’interrogeons dans nos peurs.

La Parole est toujours dans la barque, mais elle prend corps en nous quand nous partons la chercher sur des rives lointaines, sur la rive de l’autre, sur notre propre rive. Notre corps devient barque, radeau de sauvetage, tabernacle, où la parole de Dieu vient clouer nos démons intérieurs et ouvrir l’espace de notre tente pour témoigner de la paix qu’est Dieu.

Nos idoles et nos dragons intérieurs, même s’ils demeurent, restent tapis en silence. Et dans ce silence, nous pouvons entendre le murmure de la Parole qui nous offre la paix.

Peureux, nous traversions la vie… et voilà que la vie nous traverse nous rendant heureux.

"Qui est-il donc ?"

Il est le vivant qui nous donne la vie du Père. Le vivant qui nous arrache aux griffes de la mort pour nous conduire au rivage où le Père nous attend.

Amis, quels que soient vos tempêtes et peut-être vos naufrages, passez, avec Jésus, sur l’autre rive. Elle est habitée par le Père.

Jésus ressuscite votre foi et libère en vous la joie…

Jusqu’à l’heure de passer, au soir tombant, sur l’autre rive de la vie.

Solennite du Saint Sacrement – Année B – 6 juin 2021 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté-Dieu

Ex 24, 3-8 / He 9, 11-15 / Mt 14, 12-16.22-26
    

Parler des réalités du Royaume est délicat, et c’est pourquoi le Christ en parle surtout en paraboles. Cela l’est davantage lorsqu’il s’agit du Corps du Christ qui jette un défit à notre raison. Au temps de Jésus, déjà, l’incompréhension était totale avec cette fausse interprétation anthropophage du corps du Christ.

Écartons-la définitivement de nos esprits pour remarquer qu’à la Cène, l’évènement que ce repas central évoque, la Pâque du Seigneur, n’avait pas encore eu lieu. La mort et la résurrection de Jésus n’auront lieu qu’ensuite. Et Jésus dit bien : « Ceci est mon corps », « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude ». Les Apôtres ont bien communié au corps et au sang du Christ avant l’événement qu’ils étaient sensés célébrer. C’est donc que le Christ invite ses disciples à partager un repas nuptial, le repas des noces de l’agneau, celles de l’alliance définitive entre Dieu et son humanité bien-aimée, d’une radicalité toute nouvelle. C’est une initiative de Dieu qui aime le premier quand Jésus-Christ donne sa vie pour chacun de nous. C’est une véritable union cosmique, physique, spirituelle, concrète avec notre humanité, un « admirable échange ». Dieu réellement -en Jésus-Christ- s’unit concrètement avec son humanité réelle. Il nous invite à lui faire totalement confiance comme il nous fait confiance dans le don de la vie du Christ à chacun de nous.

C’est dans la foi au Christ que saint François dit dans une de ses admonitions :

« Pourquoi ne pas croire au Fils de Dieu ? Voyez chaque jour il s’abaisse, exactement comme à l’heure où, quittant son palais royal, il s’est incarné dans le sein de la Vierge ; chaque jour c’est lui-même qui vient à nous, et sous les dehors les plus humbles ; chaque jour il descend du sein du Père sur l’autel entre les mains du prêtre. Et de même qu’autrefois, il se présentait aux saints apôtres dans une chair bien réelle, de même se montre-t-il à nos yeux maintenant dans du pain sacré. Les apôtres lorsqu’ils le regardaient de leurs yeux de chair, ne voyaient que sa chair, mais ils le contemplaient avec les yeux de l’esprit, et croyaient qu’il était Dieu. Nous aussi, lorsque de nos yeux de chair, nous voyons du pain et du vin, sachons voir et croire fermement que c’est là, réels et vivants, le Corps et le sang très saints du Seigneur ».

Il poursuit dans son pater paraphrasé : « Donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour, ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, pour que nous puissions nous rappeler, mieux comprendre et vénérer l’amour qu’il a eu pour nous et tout ce que pour nous il a dit, fait et souffert ».

La fête du corps du Christ, c’est bien ce repas nuptial, sacré et fraternel, qui célèbre le don total de Jésus-Christ à son humanité, son épouse mystique, avec laquelle il scelle une Alliance éternelle. Tout dans cette fête est un hymne à l’amour premier de Dieu qui appelle le nôtre. Le sang de l’Alliance. Qui nous libère totalement.

C’est encore François qui disait à tous les hommes : « Que vous reçoive tout entiers Celui qui se donne à vous tout entier ».

On ne peut que s’émerveiller devant le trait de génie de Jésus-Christ lorsqu’il inaugure ce premier repas réel, concret, total. Car avant que son amour ne le conduise par son don au sommet de la croix, il lui restait ce souci qui hante toux ceux qui s’aiment : la permanence de la présence au bien-aimé. La foi de l’Église ne s’est pas trompée lorsqu’elle a créé le terme de présence réelle dans la présence eucharistique. La fine fleur de l’amour, c’est la présence. En aimant les siens, Jésus veut assurer cette présence jusqu’à la fin des temps. « Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps ».

Je suis invité à entrer dans cette Alliance-là, en donnant à mon tour l’essentiel de ce que je suis, quitte à devenir ce pain rompu par la folie de ceux qui refusent d’entrer dans ce chemin d’alliance et qui me feront disparaître. Comme l’hostie disparaîtra de nos regards après la communion. Mais elle retrouvera toute sa puissance d’amour dans la charité des frères qui, une fois le repas de la Cène terminé, se retrouveront au coude-à-coude avec les hommes nos frères sur la terre de cette vie. Alors leur charité sera cette présence réelle du Christ éternellement vivant au milieu des hommes.

Comme les noces de Cana l’avait annoncé prophétiquement, la noce peut se poursuivre alors dans notre pâte humaine et le repas ne manquera ni de pain, ni de vin, ni du sel de l’amour.

Homélie du 6ème dimanche de Pâques – Année B – 9 mai 2021 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté-Dieu

Ac 10, 25-26.34-35.44-48 / 1 Jn 4, 7-10 / Jn 15, 9-17
                                                        

Nous ne pouvons pas échapper à l’étonnement d’entendre parler de l’amour en termes de commandement : deux mots antinomiques. On n’aime pas sur ordre. Et pourtant tout le discours après la Cène chez saint Jean associe amour et commandement avec une insistance à la limite du supportable. Je pense qu’il y a là une véritable théologie spirituelle. Laquelle ?

Au départ il faut se débarrasser du sens immédiat de commandement comme synonyme d’ordre. C’est tout le contexte qui nous en avertit. On n’aime pas sur ordre. Jésus essaye de nous parler de son amour commandement en termes qui ne nous sont pas familiers. Il nous révèle trois regards : d’où vient cet amour, le but qu’il poursuit et quel est son modèle.

D’où vient cet amour ? Une chose est sûre, il ne vient pas de nous. Si l’on parle de commandement, c’est que cet amour-là jouit d’une grande autorité. On voit bien les personnes qui ont une vraie autorité : elle ne vient ni de leurs titres ni de leur posture : elle vient de leurs capacités à aimer vraiment l’autre pour lui-même, à le servir et de le faire se lever. C’est un amour qui vient d’ailleurs et personne ne peut se l’approprier. Sinon on n’aurait pas parlé de commandement, mais d’initiative personnelle sans référence à une autorité. Or cet amour-là vient d’une source : « comme mon Père m’a aimé, moi je vous ai aimé ». Personne au monde ne peut prétendre l’avoir inventé, il vient directement du Père, le Dieu unique. Le terme de commandement a donc d’abord un sens mystique, il émane d’une expérience spirituelle éprouvée. Celle d’un Absolu qui s’incarne dans une vie d’homme. Voilà d’où vient cet amour.

Le but qu’il poursuit : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » C’est parfaitement clair : le but du commandement n’est pas la contrainte, l’oppression, la peur, le fait de créer une angoisse morbide. Bien des personnes en portent les cicatrices. Jésus est venu pour être notre ami. Pour faire vivre à l’exemple de saint Pierre qui fait se lever les autres. Est-ce que je suis de ceux qui mettent debout les autres ? Jésus qui commande n’est pas venu pour juger, mais pour sauver ce qui était perdu. Pour que nous portions du fruit. Le fait de se présenter doux et humble de cœur, de faire voir sur son visage le visage du Père, d’appeler chacun par son nom et de l’inviter à sa suite, tout cela c’est pour nous conduire là où la joie est sans ombre. Jésus ne parle pas pour faire marcher au pas cadencé, mais pour s’avancer, et nous avec lui, vers Celui qui l’a créé pour être heureux comme le Premier-né est heureux depuis toujours et pour toujours d’être ami de Dieu.

Le modèle : Le mot « comme » revient plusieurs fois, c’est une forme d’insistance. « Comme le Père m’a aimé, je vous ai aimés ». « Demeurez dans mon amour comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père ». Aimez-vous les uns autres comme je vous ai aimés ». Le modèle de nos relations, c’est la relation entre le Fils avec son Père, c’est celle de Jésus avec les siens. Elle sert d’étalon pour mesurer la relation de chacun de nous avec le Christ et avec les autres. Et pourquoi cela ? Parce que nous sommes habités par l’amour qui va du Père vers le Fils et du Fils vers tous. C’est un unique Esprit, un amour est indivisible. Obéir, ce n’est donc pas obtempérer à un ordre précis et limité, « fais ceci et cela », c’est suivre le mouvement intérieur d’un unique amour venu d’ailleurs. Être avec le Christ comme un ami est avec son meilleur ami. Il n’y a là ni subjectivisme ni relativisme, mais communion à une présence devenue si familière qu’elle engage à une fréquentation assidue. Cette obéissance évangélique est parfaitement originale et ne se compare à aucune autre. Et quand nous l’oublions, nous en payons très chèrement le prix.

Nous sommes donc appelés à vivre de cet amour qui vient de Dieu, parce qu’il vise à notre vrai bonheur, de la manière même dont le Christ le vit avec son Père, dans l’Esprit Saint.

« Dieu très haut et glorieux, viens éclairer les ténèbres de mon cœur. Donne-moi une foi droite, une espérance solide et une parfaite charité. Donne-moi de sentir et de connaître, afin que je puisse l’accomplir, ta volonté sainte qui ne saurait m’égarer. Amen »

Homélie du 2ème dimanche de Pâques – Année B – 11 avril 2021 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté-Dieu

Ac 4, 32-35 / 1 Jn 5, 1-6 / Jn 20, 19-31

 

Nous citons souvent cet évangile pour justifier notre incrédulité : « Voyez, disons-nous, saint Thomas a douté, donc notre incrédulité est légitime ». Ceci ne me paraît pas juste car l’Évangile ne justifie jamais l’incrédulité : au contraire, il provoque à la foi, il est au service de la foi. Il faut aller chercher ailleurs.

Nous sommes au chapitre 20 de l’Évangile de saint Jean. Le 21ème chapitre est une rajoute postérieure. Notre Évangile de ce jour est donc la conclusion de saint Jean. C’est dire qu’à partir de maintenant la foi change de statut : la foi ne s’originera plus dans une apparition de Jésus comme cela se passait jusque maintenant. Rappelons-nous que saint Paul disait que Jésus était apparu à plus de cinq cents frères dont la plupart étaient encore vivants. Il écrivait cela en 56. Or l’Évangile de Jean est très éloigné de cette période et il ne doit plus rester de ces témoins oculaires lorsque Jean conclut son livre. Nous sommes désormais entrés dans une autre période où la foi va se transmettre sans l’appui de témoins oculaires. Ce sera comme saint Paul l’avait déjà perçu une transmission « de la foi à la foi » Romains 1/16-17. Désormais c’est la Parole qui est première, l’Évangile dans toute sa puissance, passant d’un croyant à un autre croyant par le témoignage du cœur. Alors, oui, bienheureux ceux qui croiront sans avoir vu puisqu’il n’y a pas d’autre manière d’accéder à la foi que par la parole. Ne pas faire confiance à la parole de foi, c’est s’exclure de la foi et c’est grave pour saint Jean.

Quel va être maintenant l’itinéraire de la foi ? Il me semble que saint Paul nous propose une voie originale dans la première lettre aux Corinthiens au chapitre 13 :

« Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Devenu homme, j'ai mis fin à ce qui était propre à l'enfant. A présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse, mais alors, ce sera face à face. A présent, ma connaissance est limitée, alors, je connaîtrai comme je suis connu. Maintenant donc ces trois-là demeurent, la foi, l'espérance et l'amour, mais l'amour est le plus grand. »

La clef de la foi c’est l’amour. C’est donc par l’amour que la foi va passer de l’un à l’autre. Pour percer le mur de l’incroyance, il est nécessaire qu’un croyant passe le témoin à un autre en état de soif et de faim. L’amour jouit de ce privilège d’être voué à l’éternité. Il ne sera jamais usé par le temps. Il sera toujours présent pour permettre à la vie de vaincre les obstacles.

Il permettra de se passer des apparitions. Ceci est vérifié par l’histoire : la foi a connu bien des épreuves, mais l’amour des saints a assuré sa pérennité. Elle est passée de l’état d’enfant au temps des apparitions à l’état d’adulte, celui où l’amour la maintenait en vie.

Ceci devrait nous faire réfléchir à notre responsabilité dans l’évangélisation actuelle. Dans ce monde sécularisé, la transmission de la foi ne peut se faire qu’avec beaucoup d’amour. Seul l’amour a ce privilège de faire apparaître vivant celui qui est mort par amour et qui est vainqueur de la mort. Mais si la foi transmise par les apparitions a dû être patiente devant les réticences des hommes la foi transmise par l’amour n’échappe pas à cette règle, il lui faut aussi vivre l’espérance. La foi est une foi en une personne qui aime. Les chemins de la foi sont déconcertants et heureusement que l’une des vertus de l’amour c’est la patience. Comme le fait remarquer Paul dans la 1ère aux Corinthiens :

« L'amour prend patience, l'amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s'enfle pas d'orgueil. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. »

Dans un monde qui veut tout et tout de suite, que nous partagions la patience de Dieu qui fera ses preuves. Avec l’entêtement de l’amour.

Homélie du 5ème dimanche de Carême – Année B – 21 mars 2021 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté-Dieu

Jr 31, 31-34 / He 5, 7-9 / Jn 12, 20-33

« Au plus profond » : tel me semble être le fil conducteur de ces trois lectures. Au plus profond de vos cœurs, je mettrai ma Loi et mon alliance. Au plus profond du réel, le Christ est descendu. Au plus profond de la Trinité, le Christ attire chacun de nous.

La lecture du prophète Jérémie montre que le Seigneur souhaite faire passer son peuple d’une alliance extérieure au cœur de l’homme à une intériorisation. Si j’obéis à un code, quel qu’il soit, sans que j’en connaisse les motivations les plus profondes, mon alliance ne durera pas ; cela n’en sera que de la pure observance ou du volontarisme. On sait bien que cela ne dure pas parce qu’épuisant, pour soi comme pour les autres. Au contraire, une nouvelle alliance est proposée par notre Dieu pour qu’elle nous conduise à aimer librement et sans contrainte ; Augustin ne disait-il pas « aime et fais ce que tu veux ». Aujourd’hui, notre époque a tendance à dire : « je fais ce que je veux ». Pour être libre, il faut en payer le prix et aimer d’abord. Avec le Christ, je n’accomplis pas ce qui est juste pour être aimé, mais c’est parce que je me laisse aimer que je puis à mon tour aimer et accomplir ce qui est juste. Descendre jusque-là, au plus profond de mon cœur, de mes motivations réelles, jusqu’au très bas de moi-même, le plus enténébré ; et là, me laisser irradier des rayons d’amour de Dieu, notamment de ce pardon, ce don au-delà de toute ma mesure propre.

Quant à la lettre aux Hébreux, il nous est dit que le Christ s’est soumis à tout et c’est pourquoi il a été exalté. Cela ne nous rappelle-t-il pas saint François qui, dans sa règle aux frères, invite les frères à être soumis à tous, à faire du bien et rappeler qu’il n’y a de Très-Haut que notre Seigneur. Etre soumis à tout n’a pas bonne presse aujourd’hui après des siècles où le libre arbitre de l’homme a été autant valorisé et après des siècles d’oppression. Mais libre arbitre n’est pas faire ce qu’on veut, mais se mettre à l’écoute du réel, de son réel propre, mais aussi celui des autres, de ceux avec qui je vis ou travaille ; être soumis, je dirai plutôt être mis sous, placés sous le regard d’un autre que soi. C’est bien différent d’être à son compte, totalement indépendant, ne dépendre en rien des autres. Mettre sa vie sous le regard de Dieu, c’est se mettre en état de recevoir ce qu’on ne peut pas se donner soi-même, à savoir la vie de Dieu. Même le Christ ne pouvait se donner la vie de son Père tout seul et il a bien fallu qui se soumette en tout, jusqu’à l’épreuve de la contradiction, des jalousies, des forces du mal et même de la mort, pour recevoir ce qu’il ne pouvait se donner tout seul : la vie éternelle de son Père. Oui, Christ est allé au plus profond de notre humanité, en la traversant sans retour sur lui-même, en l’assumant sans pécher, en aimant sans les haïr ses ennemis. Il en a été exalté, ressuscité et ainsi devenu la source de la vie éternelle.

L’Evangile de Jean est dans la même veine. « Nous voudrions voir Jésus », disent les grecs à Philippe. Et Jésus de répondre : chaque fois que ce grain de blé tombé en terre accepte de mourir pour porter beaucoup de fruits. Les fruits d’un amour qui se donne et ne revendique rien pour lui ; les fruits d’un amour qui sert les autres et ne cherche pas sa gloriole personnelle. Les fruits d’un amour qui préfère écouter plutôt que d’imposer ses vues à l’autre. Celui qui se détache de ses idoles pour entrer dans une plus grande liberté. Les fruits d’un amour qui accepte de perdre pour gagner les autres à la cause de Dieu. Les fruits d’un amour qui pardonne pour casser le cercle infernal de la violence. Les fruits d’un amour qui suit le Christ pour entrer dans le Royaume de Dieu. Oui, c’est là, au plus profond, que nous voyons Jésus. Une démarche si dure au point que Jésus lui-même a désiré que son père lui fasse échapper à cette heure. Mais conviés avec le Christ à traverser au plus profond notre existence jusqu’au service gratuit et au don de soi-même, en particulier pour ceux qui font le mal et qui vous persécutent et pour lesquels le Christ nous demande de prier, là, et là seulement, l’homme accède à sa véritable dignité de créature de Dieu.

C’est comme cela que le Christ a pu jeter dehors le prince de ce monde et a ouvert la voie qui lui permet de nous attirer, nous et tous les hommes : « quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ». Tel un aimant parce que nous aimant parfaitement. A nous d’avoir la bonne polarité évangélique pour nous laisser aimanter vers l’amour qu’est Dieu. 

Homélie du 2ème dimanche de Carême – Année B – 28 février 2021 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté-Dieu

Gn 22, 1-2.9-13.15-18 / Rm 8, 31b-34 / Mc 9, 2-10

En plein milieu du désert, en plein milieu du carême, le peuple de Dieu marche sans trop savoir où aller. Sans avoir vu Dieu, il sait qu’il est parti en ayant mis sa confiance dans la Parole de Dieu adressée au prophète Abraham : « Va vers le pays que je t’indiquerai ». Il est parti, il a quitté ses terres et ses habitudes, il a laissé ce qu’il aimait le plus, abandonné tout ce qu’il avait en propre, en propriété, pour aller à la quête du Royaume de Dieu, à la quête d’une terre promise où coulerait le lait et le miel, le bonheur de Dieu.

Après avoir erré sans aucun point de repère, sans certitude, voilà qu’une oasis se profile à l’horizon. Voilà qu’au plus chaud de la soif, un lieu de rafraîchissement est donné. Seuls, à l’écart sur une montagne, au cœur de nos déserts, de nos nuits et de nos désespérances, là où nous n’avions plus aucune espérance, au cœur de nos refus d’aimer et de nos profondes désillusions, là, Dieu se donne. Il se donne pour transfigurer notre réalité en une réalité divine. C’est toujours la même réalité, mais notre regard est transformé. Un peu comme deux personnes qui se découvrent s’aimant et tout devient autre !

Le Christ vient de subir de façon victorieuse toutes les tentations d’appropriation. Il vit dans sa chair l’itinéraire de ce peuple qui erre dans le désert à la quête de sa véritable espérance. Et c’est au cœur de cette montée vers la montagne de sa Pâque que le Christ va donner à ses disciples, de la part de Dieu, la révélation qu’Il est Fils de Dieu, qu’Il est sauveur, qu’Il est but et finalité de toute vie d’homme et de femme, qu’Il est la terre promise de toute existence. Le Christ se révèle dans toute sa splendeur éternelle. Il est germe et fécondité de toute vie, puissance de résurrection au cœur des forces mortifères.

Dans la première lecture, cette descendance est promise par Dieu à Abraham, et à chacun d’entre nous, comme le fruit d’un long itinéraire, celui de toute une vie. Pour Abraham, Dieu demande de sacrifier Isaac, son fils unique. Ce qu’il a de plus cher ! Dieu n’est pas un Dieu pervers. Il demande, pour ceux que nous engendrons, à tous nos projets, de ne pas nous les approprier. Car, quand nous enfermons l’autre ou notre projet dans notre seul regard et si nous ne faisons pas le sacrifice de la possession de notre enfant, de notre projet, nous l’empêchons de devenir ce qu’il est, voire de l’empêcher de vivre. Réduire l’autre à son image, c’est l’empêcher d’évoluer et même de vivre. Dieu nous appelle à rendre aux autres un lien neuf qui n’est plus un lien propriétaire, pour engendrer en eux leur liberté de donner le meilleur d’eux-mêmes. Il en va de la beauté de toutes nos relations, professionnelles, associatives, amicales. Accepter de sacrifier la possession qu’on a de soi, de l’autre et même de Dieu, c’est rendre sain - S.A.I.N -, et donc saint - S.A.I.N.T -, toute relation. C’est permettre d’engendrer la vie là où le lien était devenu possessif et donc stérile. Cette désappropriation se conjugue alors avec une grande disponibilité : « Me voici », dit Abraham ou tout serviteur de Dieu : « Parce que tu n’as pas refusé ton fils, ton fils unique, [disons ce à quoi tu tiens le plus], je te comblerai ». « Je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer ».

« Dieu lui-même, nous dit saint Paul, n’a pas refusé son propre Fils : il l’a livré pour nous ». C’est dire qu’Il s’en est désapproprié. Et cela est source de vie pour nous, c’est source de résurrection : là même où il y avait des sources de mort, de stérilité, là-même advient la vie, la renaissance.

Les apôtres, chacun de nous avons bien du mal à comprendre cela : « Plantons ici trois tentes ». Nous sommes mieux dans cette oasis que dans l’inconnu du désert. Nous préférons la sécurité de l’image que nous nous faisons des autres à la liberté qui consiste à risquer sa vie, à risquer sa relation. Tant et tant de personnes préfèrent la sécurité au risque de la liberté, car la vraie liberté dérange ceux qui ne s’y sont pas risqués. Le Christ, en cet Évangile, nous montre que dès l’instant qu’on désire s’arrêter sur une oasis, la plénitude obtenue disparaît ; si l’on s’arrête au Fils transfiguré à sa réalité divine sans accepter le passage par le réel de la vie dans la plaine, c’est aller dans une impasse. C’est donc délivré de ces liens de possession que chacun d’entre nous aura la possibilité de poursuivre son itinéraire que personne ne fera à notre place.

Homélie du 5ème dimanche du temps ordinaire – Année B – 07 février 2021 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté-Dieu

Jb 7, 1-4.6-7 / 1 Co 9, 16-19.22-23 / Mc 1, 29-39

Ces trois lectures nous invitent à nous tourner spécialement vers les plus démunis avec un cœur élargi, par un surcroît de solidarité et de manière franciscaine.

Quand Job prend la parole dans la 1ère lecture, cela nous semble tellement contemporain. Il décrit la vie de l’homme comme une corvée, avec ses jours d’ombre et ses cauchemars. Nous y retrouvons la situation de tant d’hommes et de femmes, et peut-être même la nôtre.

Pourtant, nous avons tous cette aspiration au bonheur. En même temps nous voyons nos jours qui coulent plus vite que la navette du tisserand et notre vie qui s’évanouit comme un souffle.

Pessimisme, me direz-vous ? Réalisme pour le moins…

Devant toutes ces situations de précarité auxquelles nous sommes confrontés, il n’est de vraie solidarité qui est celle qui part d’un cœur ému de compassion. Un cœur tourné vers le trésor commun de toute humanité ; un cœur, un corps, un esprit épris de bonheur et pourtant faisant l’expérience, parfois, d’être si peu comblé, parfois malheureux ou pauvre.

Dans l’Evangile de ce jour, la foule entière se presse pour être guérie de toute sorte de maladies. Ce nous sommes nous-mêmes : malades comme la belle-mère de Pierre, possédés parfois par des esprits qui ne sont pas au service du bien.

C’est en sortant de la synagogue que Jésus va vers eux et les fait se lever. Guéris, ils prennent alors la tenue du service, de la solidarité. C’est après le coucher du soleil, là même où les forces inchoatives sont plus fortes que les forces de lumière, c’est alors que Jésus guérit.

Le lendemain, bien avant que l’aube n’ait enfin le dessus sur les forces des ténèbres, Jésus est seul, dans un désert ; il se tient en prière. Il est contemplatif quand la foule le presse de guérir. Pour recevoir de son Père cette force qui libère. La solidarité prend sa source là : un lieu vide, un désert, une nuit opaque, des malheureux et là, une dépossession, une remise au Père, une contemplation de la vie. Dans l’espérance d’une aurore pascale. Dans l’émotion d’un peuple malade qui cherche et la vie et la santé. « Tout le monde te cherche », disent les disciples à Jésus. Et Jésus de répondre : « C’est pour cela que je suis sorti ».

Tournons-nous vers ceux qui cherchent à être guéris. Soyons missionnaires comme Jésus. Sortons de notre maison, comme Jésus. Laissons-nous émouvoir par ceux qui souffrent et sont malades, comme Jésus. Prions au cœur de nos nuits et dans les déserts de cette vie, comme Jésus. Puisons l’énergie du Père dans notre contemplation, comme Jésus. Aimons jusqu’à aimer ce qui n’est pas nous, comme Jésus. Chassons les esprits mauvais et libérer l’Esprit Saint, comme Jésus. Guérissons au nom de Dieu ce qui est malade, comme Jésus. Annonçons la Parole de Dieu, la Bonne Nouvelle de vie et de bonheur, comme Jésus.

Partout où il y a des malades, des esclaves, des sans droits, des affamés, des chercheurs de sens et de dignité… nous sommes appelés.

Notons dans l’Evangile que la Parole est donnée une fois les maladies guéries, la faim apaisée, les ténèbres chassées. Jésus n’a pas cédé à la tentation d’en court-circuiter cette étape.

Alors, notre Job du début ? Les missionnaires que nous sommes, nous pouvons renoncer à gémir sur la vie, même si elle est particulièrement difficile. La vie n’est pas qu’une corvée, elle peut devenir une action de grâce, une reconnaissance de l’action de la gratuité de Dieu. Nous n’avons pas seulement à attendre la paye, comme le dit Job des hommes harassés par le labeur, car nous savons que nous avons déjà reçu la totalité de l’amour de Dieu. Nous ne sommes plus seulement alités, mais déjà relevés, ressuscités. Notre vie n’est plus seulement qu’un souffle, mais une mission. Le bonheur n’est plus une recherche de soi, mais une sortie de soi, vers la rive de l’autre, vers la rive de Dieu. Notre vie ne s’achève pas quand il n’y a plus de fil, mais elle s’accomplit dans la vision de Dieu et la solidarité avec nos frères. Une solidarité remplie d’amitié. Une amitié nourrie de gratuité. Une gratuité puisée dans la contemplation de l’amour gratuit qu’est Dieu. Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. Il y a plus de joie à passer sur la rive de l’autre, sur la rive de Dieu que de rester sur la sienne.

Une vie donnée, même avec la peau burinée par les chemins désertiques et les nuits traversées comme éprouvantes, une vie vers l’autre est une vie comblée.

Homélie du 2ème dimanche du temps ordinaire – Année B –

17 janvier 2021 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté-Dieu

 

1S 3,3b-10.19 / 1Co 6,13c-15a.17-20 / Jn 1,35-42

 

Nous venons d’entendre le début de l’Évangile de Jean où Jésus rencontre ses futurs disciples, ses premiers disciples. Avez-vous remarqué tous les verbes de mouvements et autres actions par lesquelles non seulement il y a une rencontre mais aussi une confiance qui grandit et qui portent ces hommes à suivre Jésus :

Ils quittent Jean-Baptiste qui avait préparé les chemins du Seigneur.

Ils suivirent Jésus, ils allèrent, ils virent, ils restèrent auprès de lui.

A chaque fois, c’est grâce à une autre personne que ces hommes deviennent curieux de Jésus qu’ils questionnent. « Maître, où demeures-tu ? ». Et pour répondre, les personnes sont invitées à bouger, dans leurs têtes, dans leurs conceptions, leur imaginaire, dans leur cœur, dans leur corps ! Pour faire l’expérience d’une relation personnelle avec Jésus : « ils virent où il demeurait ». Pas de connaissance du Christ sans un engagement personnel de leur part. C’est de là, et de là seulement, que la confiance peut naître et grandir. A son tour, André donne envie à Simon de rencontrer Jésus. Simon fait alors l’expérience du regard de Jésus sur lui, qui lui donne un nom nouveau -Pierre- : ce sera ta mission, être pierre sur laquelle d’autres pourront vivre. A la fin de cet évangile, Jésus ne lui dira-t-il pas : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » ?

La 1re lecture, récit de la vocation de Samuel, consonne avec cette mise en route des disciples, et l’appel que le Seigneur adresse à chacun : « Venez et voyez ».

Jean-Baptiste, André, Simon-Pierre, Samuel et nous aujourd’hui, de proche en proche, tous nous sommes appelés à faire l’expérience qu’il est « l’Agneau » : celui qui nous libère du mal, celui qui s’engage avec nous et pour nous, qu’il inaugure des relations nouvelles, pour être des transfigurés.

Et moi ? Qu’est ce qui me donne ou qui me donne envie de « faire l’expérience » de la rencontre du Christ ? Qu’est-ce qui me donne envie de me mettre en route pour entrer dans cette relation personnelle avec lui ? En écoutant sa Parole ? En le laissant poser son regard bienveillant sur moi ? En osant lui parler, le questionner ?

Au passage, nous pouvons noter que l’expression « transmettre la foi » n’est pas pertinente. On ne transmet pas ni la foi, ni la confiance : mais, une personne à qui je fais confiance, peut à son tour risquer sa confiance envers une autre personne, et j’espère avec le Christ. C’est de cette expérience unique entre deux autres personnes que peut naître la confiance, la foi, entre elles. Cela devrait nous déculpabiliser par rapport à nos enfants, petits-enfants où parfois nous croyons avoir raté nos transmissions. Nous ne ratons rien si nous donnons à nos proches le meilleur de nous-mêmes. Ils nous seront toujours reconnaissants d’être des vivants selon le cœur de Dieu.

Le passage de la 1ère lettre de Saint Paul aux Corinthiens apporte une belle précision : « Vos corps sont les membres du Christ. Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint ». Saint Paul ne dit pas « votre corps, s’il est parfait, s’il est jeune, beau, sans blessure » ! Mais votre corps tel qu’il est ! Avec son âge, son histoire, ses limites (même un « géant » a un corps limité !). Mon corps, c’est moi-même. Ne disons pas « j’ai un corps », comme s’il m’était extérieur à moi-même, mais « je suis mon corps », et donc aussi mon psychisme, mon histoire familiale, sociale, ecclésiale. Et il n’y a pas de « niveau requis » pour que le Seigneur s’adresse à nous, pour qu’il pose son regard sur nous et nous invite à le suivre. C’est dans ce compagnonnage, source de conversions quotidiennes, que les êtres de chair que nous sommes, fragiles, limités et pécheurs, deviendront des instruments de son amour et des témoins de Sa Parole.

Venez et vous verrez : demandons à Dieu de “ voir ”. Le bonheur de Dieu, certes. Mais aussi de voir avec les yeux et le cœur de son Esprit. De nous mettre à sa suite, à l’inverse du jeune homme riche qui était venu chercher la lumière et qui a fait demi-tour lorsqu’il l’a entrevue.

Demandons-lui de voir par le moyen de notre foi. De croire en l’amour plus fort que les violents ou les indifférents. Il nous appelle dans les rigueurs de la vie à revêtir comme un manteau son Esprit. A préparer pour d’autres des chemins lumineux. Il nous appelle à regarder les autres avec un regard qui permet à d’autres de se lever quand ils sont prisonniers d’eux-mêmes.

N’ayons pas peur, Dieu change notre regard pour renouveler le regard du plus obstiné en regard de tendre, de pardonnant ; en un disciple de la lumière.

Homélie de l’Epiphanie du Seigneur-Année B – 3 janvier 2021 -

Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté-Dieu

 

Is 60,1-6 / Ep 3,2-3a.5-6 / Mt 2,1-12

 

Pèlerin en marche pour une rencontre, avoir les mains chargées de cadeaux, nous tenir debout et repartir par un autre chemin, autrement que nous sommes venus : telle fut l’attitude des mages venus d’Orient, telle est l’attitude du véritable croyant.

Oui, les mages se mettent en route, les yeux levés vers la lumière, non seulement celle d’une étoile, vers celle éclairant le visage d’un nouveau-né, la lumière de Dieu.

Ils font un détour par Jérusalem pour consulter les Écritures. Ils vivent, eux, ces païens, un véritable déplacement, alors que les croyants de Jérusalem ne bougent pas car ils croient savoir. Le Roi Hérode, lui, jaloux de son pouvoir, demeure dans son palais paralysé par son inquiétude et tous les chefs religieux de Jérusalem avec lui.

Ces pèlerins venus d’Orient trouvent enfin le lieu où se trouve l’enfant : ils voient, éprouvent une grande joie et tombent à genoux. Et ils repartiront par un autre chemin. Autrement…

Ils avaient rendez-vous avec quelqu’un, un enfant qu’ils ont reconnu comme « Roi des Juifs ». C’est ce même titre que Pilate, lui aussi païen, donnera à Jésus une fois crucifié ; et c’est encore ce titre que donneront les soldats en l’injuriant : « salut, roi des juifs ! »

Mais ce rendez-vous des mages avec Jésus était accompagné par Dieu, puisqu’accompagnés par une étoile et un songe.

Ce sont donc des païens, sans oublier les bergers de la grotte, qui reconnaissent en l’enfant de Bethléem, l’envoyé de Dieu, la « manifestation » de Dieu sur terre. Tel est le sens du mot « épiphanie ». Comme Mathieu s’adresse à des juifs convertis, il veut montrer que Dieu a envoyé son Fils pour le salut de tous les hommes. Tous, juifs et païens, croyants et non croyants, sont invités à reconnaître le Messie, encore faut-il qu’ils se mettent en marche.

Vous voyez, frères et sœurs, pourquoi un chrétien est un pèlerin en marche et non pas installé dans des certitudes ou un confort moral. Acceptons donc d’être dérangés, de vivre autrement et d’engager une conversion.

Si les mages se sont mis en marche, leurs mains sont chargées de cadeaux.

En ce temps de Noël, nous avons offert et reçu des cadeaux. Nous nous sommes demandé ce qui ferait plaisir à la personne qui allait recevoir notre cadeau. Les cadeaux des mages à l’Enfant de Bethléem ont manifesté la personnalité du nouveau-né de Bethléem : l’or parce qu’il est roi, l’encens parce qu’il est Dieu, la myrrhe parce qu’il est mortel.

A notre tour d’apporter à cet Enfant de la crèche, ce que nous sommes après avoir été guidés par Dieu lui-même, au moment où nous nous prosternons devant lui.

Parce qu’il est Roi, nous lui offrons notre désir de vivre en citoyens de son Royaume. Un Roi qui n’est pas à l’image du tout puissant Hérode, puisque sa royauté n’est pas de ce monde, qu’il n’a ni d’armée, ni trône sinon une croix. Il n’a pas de couronne que celle tressée avec des épines. Il vient, non pas pour être servi, mais pour servir. Nous ne pouvons alors pas lui faire plus plaisir que de lui présenter nos mains offertes pour la construction de la Paix, la solidarité, les démarches de réconciliation, autant de gestes qui participeront à l’établissement de son Royaume d’amour. Voilà notre premier cadeau.

Parce qu’il est Dieu, nous lui offrons notre prière. Notre cadeau, c’est le temps que nous prenons pour célébrer chaque dimanche l’Eucharistie, pour méditer ce qu’il nous dit puisqu’il est la Parole même de Dieu, pour lui offrir notre louange et lui présenter nos demandes. Voilà notre second cadeau.

Parce qu’il est Dieu fait homme et compagnon de chaque personne humaine, nous lui offrons notre regard porté sur tout homme, spécialement sur les plus petits, puisque nous reconnaissons en eux la manifestation de son propre visage. Nous croyons que ce que nous faisons à l’un de ces petits qui sont ses frères, c’est à lui que nous le faisons. Voilà notre troisième cadeau.

 Frères et sœurs, chaque Eucharistie nous permet de faire l’expérience des mages venus d’Orient. Nous nous sommes mis en marche pour venir l’adorer, l’écouter par sa Parole, proclamer notre foi en reconnaissant Dieu comme notre Dieu. Avec le pain et le vin, nous lui offrons notre engagement pour faire advenir le Royaume, notre temps pour la prière et l’amour de nos frères en humanité vers lesquels il nous envoie.

C’est par un autre chemin, autrement, que nous allons repartir, car, après avoir rencontré le Sauveur du monde, nous ne pouvons reprendre la route comme nous sommes venus. Si nous sommes installés, bougeons ; si nous sommes inquiets, demandons la confiance au Prince de la paix ; si nous sommes tristes, regardons ce Nouveau-Né ; si nous doutons, laissons-nous envoyer.

L’Épiphanie que nous célébrons aujourd’hui sera alors pour nous et pour nos proches une véritable manifestation de Dieu.

Homélie De la Nuit de la Nativité–Noël 2020-Année B – 24 décembre 2020 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 9,1-6 / Tt 2,11-14 / Lc 2,1-14

 

Dès le 5ème siècle, la veille de Noël, on célébrait à Sélestat, dans l’est de la France, la naissance d’Adam. Au cours de cette célébration, on lisait l’arbre généalogique du Christ qui descend d’Adam, après 3 fois 14 générations. On décorait alors l’Eglise d’un arbre qui représentait cet arbre généalogique, qui représentait aussi l’arbre du Paradis terrestre. Arbre toujours vert, symbole de vie et de l’éternité de Dieu qui ne finit jamais.

Si le bois qui construit ce berceau et sur lequel nous nous pen­chons ce soir protège et honore cet enfant, il est aussi celui qui servira pour détruire le Messie au sommet du bois de la croix de bois. Jé­sus naît nu et il mourra nu sur la croix, victime de la folie du péché des hommes. La femme qui berce son enfant le soir de Noël le verra mou­rir, crucifié, quelques années plus tard.

Oui, le plus faible parmi les faibles, un nouveau‑né, va devenir notre Sauveur.

C’est l’humilité qui élève.

Cet arbre de la fête de Noël est chargé, non pas de pommes de pin, mais de boules d’or. Ces boules sont les fruits de l’arbre du Paradis appelé à produire du fruit en abondance. Arbre en plein été visité par l’Esprit Saint avec ses longs cheveux en fils d’argent que nos guirlandes veulent symboliser. Oui, cet Esprit du Père et du Fils construit les liens d’unité et d’amour entre tous ceux qui se laissent irradier par le Christ.

Un arbre empli de lumière. Cet arbre est précisément rempli de bougies. Un arbre qui donne la lumière ! Nous savons tous que le feu est l’ennemi du bois le plus mortel et pourtant l’arbre de Noël brûle sans se consumer, comme Moïse a pu le constater devant le buisson ardent. Il irradie une lumière éternelle et une chaleur qui nous brûle d’amour. Un amour qui ne s’impose jamais à l’autre, pour faire grandir sa liberté.

C’est l’humilité qui élève.

Au sommet de l’arbre, une étoile : celle qui s’arrête au-dessus de la crèche et signe de son éclat la présence de cet enfant, Prince merveilleux, Dieu fort, Prince de la Paix vers lequel beaucoup vont converger et prendre l’attitude du ravi et de l’adoration. « Telle est la tendresse du cœur de notre Dieu ; grâce à elle, du haut des cieux, un astre est venu nous visiter ; il est apparu à ceux qui étaient dans les ténèbres et l'ombre de la mort, pour guider nos pas sur le chemin de la paix ».

A Noël, je vois donc venir à ma rencontre un faible nouveau‑né qui va m'apprendre que, d'un côté, il y a les stratégies, les calculs, la force, la puis­sance, l'argent, la jalousie. Et que, de l'autre côté, il y a l'attention à l'autre, l'oubli de soi, le don, l'ouverture, la bonté. Cet enfant va me faire prendre conscience qu'à chaque pas, à chaque mot, à chaque geste, j'ai à choisir entre deux chemins, celui du monde sans Dieu ou celui de la vie avec Dieu. Soit tu choisis le « mon­de » des ténèbres qui rejette la lu­mière de Dieu, soit tu choisis de recevoir cette lumière issue de l’arbre de la Vie. Cet Enfant de Noël va nous rendre la vie impossible, oui… mais, si sans cet impossible il n'y a rien. Avec cet impossible, il y a tout !

Autrefois, le lendemain de la célébration de la naissance d’Adam, le 25 décembre, l’arbre du Paradis était débité en bûches et partagé entre les familles du village. Chaque famille emportait alors chez elle une bûche. Et cette bûche, posée dans l’âtre de la cheminée, devenait alors le signe d’une présence sacrée, d’un buisson ardent, celle de la présence de Dieu. Une présence qui réchauffe les plus pauvres et les plus déshérités. Devant ce feu, on ôtait ses sabots, comme autrefois Moïse enlevait ses sandales devant le buisson ardent. Un acte d’humilité devant celui qui est tout puissant. Un acte de pauvreté à Celui qui nous offre sa miséricorde en abondance. Un acte de bonté et de tendresse envers Celui qui nous entoure de ses bras d’amour comme le fils aîné au retour de sa vie enténébrée.

C’est l’humilité qui élève.

Et à la faveur du sommeil, ces sabots s’emplissaient de cadeaux pour les enfants, pour exaucer leurs souhaits. Nous tous, enfants de Dieu, nous avons cette espérance de la part de Dieu, d’être comblés de son Royaume ! C’est notre plus beau cadeau. A nous de nous déposséder de ce qui n’est pas essentiel dans nos vies pour accueillir, les mains nues, ce Royaume qui appartient à ceux qui ressemblent aux enfants.

Homélie du 4ème dimanche de l’Avent – Année B – 20 décembre 2020 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

2 S 7, 1-5.8b-12. 14a.16 / Rm 16, 25-27 / Lc 1, 26-38

 

L’épître aux Romains nous dit ce matin : le Christ, c’est « celui qui peut vous rendre forts selon l’Evangile ».

Dans la première lecture, il nous est dit que si l’on cherche à construire une maison pour le Seigneur, c’est en soi une bonne chose car souvent il est le premier oublié de nos vies. Samuel se rend compte de la réalité : j’habite une maison de cèdre et Dieu est sous un abri de toile… Cf Couvent de Paris… On est loin du « Dieu premier servi » …

Et voilà que le Seigneur dit à Nathan : va faire savoir à Samuel : je t’ai délivré de tes ennemis, j’ai été avec toi partout où tu es allé, ce n’est pas tant toi qui bâtiras la maison du Seigneur, mais le Seigneur lui-même qui bâtira ta maison, Samuel !

Je bâtirai ta maison, l’espace de ta vie. Au creux de ta virginité, au creux de ta stérilité, je te donnerai un fils et Dieu lui donnera un trône qui sera stable pour toujours.

Mais comment, dit Élisabeth, car je suis stérile et Zacharie son époux ? Mais comment, dit Joseph ? Mais comment, dit Marie car je suis vierge ? Mais comment, dis-je, car je suis inapte, impuissant ou peut-être plutôt trop puissant.

Comment ? Joseph va renoncer à son projet de répudier Marie en secret et il fait ce que lui ange lui a prescrit. Marie : que tout soit fait selon ta parole.

Mais comment ? En faisant du vide. En faisant le vide. En faisant le vide de mes projets trop axés sur ma seule volonté, volonté qui me coupe des autres.

En faisant le vide de mes toutes puissances qui m’isolent et me font croire que je suis seul à bien faire mon travail.

En faisant le vide de mes cécités qui m’empêchent de voir avec bienveillance ce qui est beau et bon en l’autre. En faisant le vide de tous ces trop pleins qui empêchent à ses enfants de vie de naître en moi et chez les autres.

Sainte Catherine de Sienne disait : « fais-toi capacité et je me ferais torrent en toi ». Laisse l’Esprit saint te prendre sous son ombre. Écoute tous les appels des anges de ta vie. Que tout t’advienne selon sa Parole et non pas la tienne.

Quel est donc celui qui te rend fort ? Quel est celui qui construit en toi l’homme intérieur ? C’est le Seigneur qui est avec toi. Ton seul travail, c’est ta capacité à faire du vide, pour accueillir ce qui est de Dieu. Cet homme intérieur vidé de son trop plein pour être rempli du Christ, de son Évangile, de sa Parole. Obéissant à la parole de tes anges. Obéissant au Christ, vrai roc de l’homme intérieur que tu es.

Oui, ce n’est pas toi qui construiras ma maison, dit le Seigneur, c’est moi qui construirai la tienne. Comme une cathédrale, sois cette pierre vivante qui délimite un espace vide et intérieur et qui en même temps donne, pour toi et pour les autres, la forme de la croix, la forme du Christ. Ainsi naîtra l’Enfant de Bethléem en ta vie, en nos vies.

 

 

Introduction :

 

François nous invite :

Un jour, François fit appeler Jean de Greccio. « Si tu veux bien, lui dit-il, célébrons à Greccio la prochaine fête du Seigneur… Je veux évoquer en effet le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu’il endura dès son enfance ; je veux le voir, de mes yeux de chair, tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin entre un bœuf et un âne. » L’ami fidèle courut en toute hâte préparer au village en question ce qu’avait demandé François.

Le jour de joie arriva, le temps de l’allégresse commença… Hommes et femmes, les gens du pays, l’âme en fête, préparèrent, chacun selon ses possibilités, des torches et des cierges…

En arrivant, le saint vit que tout était prêt et se réjouit fort. On avait apporté une mangeoire et du foin, on avait amené un âne et un bœuf. Là vraiment la simplicité était à l’honneur, c’était le triomphe de la pauvreté, la meilleure leçon d’humilité : Greccio était devenu un nouveau Bethléem… Les foules accoururent et le renouvellement du mystère renouvela leurs motifs de joie.

 

Homélie du 2ème dimanche de l’Avent – Année B – 06 décembre 2020 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 25, 6-10a / Ph 4, 12-14. 19-20 / Mt 22, 1-14

 

« Voici votre Dieu, Il vient avec puissance ». Le Seigneur vient, Il frappe à notre porte. Si tu ouvres ton cœur, il fera chez toi sa demeure.

Ce temps de l’Avent est un temps pour se préparer à ouvrir la porte de notre cœur au Christ qui va naître en nos vies. Il naît chaque fois qu’un sourire remplace la tristesse, chaque fois que la bienveillance remplace la malveillance, chaque fois que la colère fait place à la patience.

Celui qui accueille Dieu dans son cœur, des chemins s’ouvrent dans son cœur. Dieu vient pour dire qu’à ses yeux nos péchés ne laissent plus de trace car son amour veut tous les brûler.

Préparons donc ce chemin, le chemin de nos cœurs pour se laisser aimer et aimer à son tour.

Préparer ce chemin : comment ?

Dans la jungle de nos cœurs, il convient d’abord de débroussailler les lianes tortueuses qui nous empêchent de voir l’horizon. Couper, ce qui ne peut que vieillir. Toutes nos montagnes d’orgueil, les araser, les aplanir. Les ravins de nos manques qui provoquent en nous de graves addictions et nous font commettre parfois l’irréparable, les laisser se combler de l’amour de Dieu et du service du prochain. Transformer nos chemins tortueux en droit chemin de Dieu. Dieu nous rectifie, il nous rend droit et nous appelle à poser des actes de justice envers les autres.

Sur ce chemin, nous le voyons l’emprunter lui-même et subir les mêmes souffrances que nous, voire même en être rejeté. Ce chemin d’humanisation de nos vies est difficile, exigeant, mais il rend heureux, d’un bonheur vrai que personne ne peut nous enlever. Nous croyons que le Christ marche à nos côtés ; qu’il prend soin de nous comme il nous l’a promis, et même qu’il vient au-devant de nous. Il va même au-devant de ce qui est en nous perdu, comme une brebis perdue dans les dangers du désert.

« Voyant les foules il eut pitié d’elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger ». Jésus nous révèle la compassion de Dieu pour la misère de son peuple. En lui nous voyons s’accomplir la parole du livre de l’Exode : « J’ai vu, oui j’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu ses cris, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer et le faire monter vers une terre spacieuse et fertile, vers une terre ruisselante de lait et de miel ».

Sur ce chemin, Dieu lui-même est le premier de cordée, mais pour que nous soyons à notre tour de ceux qui préparent pour d’autres un chemin de vraie libération et de rendre droits leurs propres chemins.

Homélie du 1er dimanche de l’Avent – Année B – 29 novembre 2020 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 25, 6-10a / Ph 4, 12-14. 19-20 / Mt 22, 1-14

 

AVENT : vient de adventus, en latin à la venue, l’avènement.

Les Hébreux attendaient un sauveur : un rameau sortira de la souche de Jessé, de Dieu. Sur lui, reposera un esprit de sagesse et de discernement, un esprit d’amour de Dieu.

Avec ce premier dimanche de l'Avent commence une nouvelle année liturgique. Nous y lirons l'évangile de Matthieu pour revivre les grands évènements de l’Homme et de notre délivrance en Christ. C’est le début de l’aventure humaine où Dieu sera la réalisation de l’homme, le début de la révélation de Dieu où : en un enfant, sas défense aucune, Dieu nous apprend qui Il est.

Avec Isaïe, Paul & Mathieu, la liturgie de ce 1er dimanche de l’Avent porte notre regard – non sur Noël-, mais sur l'avènement final du Christ. Avènement qu'il nous faut préparer, aujourd'hui, en nous centrant sur l'humble venue du Christ de l'Aujourd'hui, en nous préparant au grand Demain de l'avènement final.

Sa promesse d’une vraie délivrance sera tenue.

 

---------------------------------HOMELIE-------------------------------

 

"Si tu veux bien, dit François d’Assise à ses frères, célébrons à Greccio la prochaine fête de la nativité du Seigneur : pars dès maintenant, et occupe-toi des préparatifs…" PARS ! 

Partir, mais pour aller où ? Et que préparer ? Pour attendre quoi ?

La liturgie de ce dimanche nous invite comme François à partir et à partir à la rencontre de Quelqu'un, de le faire avec courage et de prendre des chemins de justice, c'est-à-dire des chemins qui, peu à peu, nous ajustent à l'œuvre de Dieu.

Or, nous ne sommes pas seuls à partir. Quittant le sein de ton Père, Ô Christ, tu es parti toi-même. Et voici que tu es descendu -c’est Isaïe qui nous le dit-. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice.

Pars donc, laisse surgir en ton cœur le désir de rencontrer Celui qui vient vers toi… Donne-moi, donne-nous, Seigneur, d'aller avec courage sur les chemins de la justice à ta rencontre. Puisque que nous nous sommes laissés entrer en tentation et que nos désirs se sont enroulés sur nous-mêmes, nos péchés nous ont éloignés de toi. Mis voilà que tu descends toi-même, à notre rencontre pour laisser façonner par tes mains l’argile fragile de nos vies, notre existence abîmée par nos éloignements.

François et Claire te parlent : Dieu ne demande pas à François d’Assise ni à nous-mêmes de mépriser nos désirs ou d'y renoncer, mais d'accepter qu'Il les réalise à Sa manière et en Son temps.

Une nuit, saint François s’entend appeler pendant son sommeil ; une voix affectueuse lui demande où il compte partir ainsi. François lui explique ses projets : il part faire la guerre dans les Pouilles. Mais la voix reprit :

« De qui peux-tu attendre le plus, du maître ou du serviteur ?

- Du maître, répondit François.

- Pourquoi donc courir après le serviteur au lieu de chercher le maître ?

- Seigneur, dit François, que veux-tu que je fasse ?

- Retourne au pays qui t’a vu naître. »

 

Descend vers toi, descend d’un mètre vers la profondeur de ton être. Va vers toi. Deviens tendre et vrai en refusant d’être à la superficie de toi-même. Il va vers toi pour que tu deviennes enfin qui tu es, un vivant selon le cœur de Dieu.

Oui, François et Claire t'invitent… à regarder tes désirs, les attentes qui habitent ton cœur, sans rien laisser de côté, car tout dans ta vie peut devenir chemin vers Dieu. A prendre conscience où tes pas te conduisent. A essayer de percevoir les touches de Dieu dans ta vie de chaque jour. Pour cela, retire-toi chaque soir de cette semaine un peu à l'écart et regarde ta vie avec tendresse et bienveillance. Découvre les désirs de ton cœur et essaie de laisser Dieu t'emporter vers le cœur de ton désir où il vient descendre, désir qu’Il veut habiter, façonner à sa façon. Sors de ton sommeil ou de ta vie endormie : sois un vivant, risque ta liberté -c’est le plus dur-. Veille et veille bien. Le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin, veille sur tes désirs mais sur ton frère le plus proche dont tu ignores peut-être qu’il est en train de vivre un drame, un doute, une désespérance ou une joie imprenable… Veille bien en étant bienveillant.

Car Dieu est parti en voyage vers toi. Pour que tu partes en voyage vers ton frère qui est seul.

Seigneur, s'il te plaît… viens habiter chacun de mes désirs et oriente-les vers Toi. Toi qui marche vers moi, viens épouser chacun de mes pas et modèle-les à l’argile de tes pas. Guide-les vers Toi. Comme saint François nous le dit, « ne garde pour toi rien de toi, afin que te reçoive tout entier celui qui se donne à toi tout entier. » ‘C’est lui, et c’est saint Paul qui nous le dit aujourd’hui, c’est lui qui te fera tenir fermement jusqu’au bout’.

Avec sainte Claire : « remets-toi toujours ceci en mémoire : ce que tu as acquis, conserve-le soigneusement ; ce que tu fais, fais-le bien ; ne recule jamais ; hâte-toi au contraire et cours d'un pas léger, sans achopper aux pierres du chemin, sans même soulever la poussière qui salit tes pieds ; va confiant, allègre et joyeux. Avance avec précaution cependant sur le chemin du bonheur ».

Solennité de Tous les Saints – Année A – 1er novembre 2020 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ap 7, 2-4.9-14 / 1 Jn 3, 1-3 / Mt 5, 1-12a

 

Messe télévisée

Nous venons de proclamer les béatitudes du Christ : en le suivant, nous pouvons devenir bienheureux.

Ces béatitudes, Jésus les a vécues dans une vie d’homme réussie aux yeux de Dieu. Regardez-le, contemplez-le : c’est lui, l’Homme, l’Homme parfaitement réussi, le Saint de Dieu.

Il ne se contente pas d’instruire la foule et ses disciples sur la montagne, surtout, il accomplit les béatitudes dans sa vie d’homme rendue parfaite aux yeux de Dieu.

Il dit qu’il inaugure en sa personne la vie de Dieu qu’il vit de toute éternité.

Il dit qu’il est un pauvre devant son Père en recevant tout de lui.

Il dit qu’il est un doux quand il rejoint la brebis égarée jusque dans ses propres errances et qui la porte sur son cœur.

Il dit qu’il pleure devant son ami Lazare qui est mort, devant le père Jacques Hamel ; Samuel Paty ; Simone, Nadine et Vincent le sacristain égorgés jeudi à Nice et tant d’autres. Tant d’autres martyrs de la folie meurtrière de certains.

Il dit qu’il a faim et soif de la justice quand la prostituée est mal jugée.

Lui qui s’appuie sur son Père, il dit qu’il est la paix de Dieu à ceux qui tuent au nom de Dieu.

Il dit qu’il est insulté, persécuté, martyrisé quand il annonce la Bonne Nouvelle de son Père et qu’on cherche à le supprimer, alors qu’il parachève sa vie de vrai homme et de vrai Dieu.

Et quand tout est accompli sur la croix, il dit que sa récompense est grande quand il reçoit de son Père la résurrection qui restitue à notre monde meurtri sa ressemblance divine.

Nous sommes invités aujourd’hui à vivre notre marche en pèlerins, parfois dans la grande épreuve, parfois en lavant nos vies dans le sang des hommes, mais blanchies par le sang de l’Agneau, avec tous ceux qui nous précèdent et que nous irons honorer dans nos cimetières ou dans notre cœur, et avec ceux et celles qui nous suivront dans le temps.

Nous croyons, -et c’est l’espérance qu’il faut redire à temps et à contre temps-, que nous serons revêtus de blanc par le Christ lui-même, gratuitement, en recevant de lui la sainteté que, certainement pour une part, nous vivons déjà. Je pense en disant cela à tous les saints  et les saintes de la vie quotidienne : cette personne paralysée sur son fauteuil qui donne son sourire ; ce mari qui sert son épouse alors qu’elle ne le reconnaît même plus ; ces parents qui restent en lien avec leur grand ado plongé dans la toxicomanie ; ce prisonnier qui prie pour sa victime et qui, à genoux, implore à Dieu son pardon... tous ces saints  et ces saintes du quotidien que j’aime tant et pour qui je prie de m’aider à devenir saint. Quoiqu’il arrive. Car c’est ma vocation. C’est notre vocation.

Frères et sœurs, avec saint François d’Assise, héraut du dialogue avec tous les habitants de la terre, avec le Sultan qu’il a découvert non pas comme un ennemi à abattre mais un frère à aimer, frère François si délicat et respectueux de dame notre mère la terre, réapprenons à vivre avec les autres. Même confinés, surtout confinés. Recevons de Dieu cet appel à être bien-heureux, à être une graine de saint pour rendre les autres bien-heureux. Ne laissons jamais seul un de nos proches, telle personne malade, sa maman, son papa. Même par zoom ou par skype. Prenons soin les uns des autres. Demandons-leur comment ils vont ; gratuitement, vraiment. N’attendons pas que l’autre soit meilleur pour l’aimer car il attend d’être aimé pour devenir meilleur.

Respectons-nous dans nos différences comme l’a si bien montré François d’Assise, pour défaire les murs qu’hélas nous bâtissons pour nous protéger de l’autre. Réapprenons la courtoisie avec nos frères et sœurs d’autres religions ou sans confession en aimant ce qu’il y a de vrai, de beau et de bon en eux plutôt que d’exhiber ce qui pourrait les blesser. Donnons, quoi qu’il en coûte, le meilleur de nous-mêmes, ce bienheureux que je suis déjà parce que j’ai décidé de suivre le Christ. Jusqu’au bout de l’amour. Être une graine de saint, c’est être bon pour les autres, comme le Christ l’est pour moi et pour eux. Sans réserve.

Alors, en présence de tous les vivants de la terre et du ciel, avec Marie qui est la première d’entre nous à vivre de cette sainteté de Dieu, devenons qui nous sommes, des fils et des filles de Dieu, des vivants, des saints assemblés pour chanter le Seigneur : « Louange et gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles » !

 

 

Homélie du 28ème dimanche du temps ordinaire – Année A – 11 octobre 2020 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 25, 6-10a / Ph 4, 12-14. 19-20 / Mt 22, 1-14

 

Messe télévisée : Repas de noces

Cette parabole adressée par Jésus aux pharisiens nous parle de la dignité de chacun d’entre nous : « ils n’ont pas été trouvés dignes », dit le maître de maison à ses serviteurs. Je pense, en disant cela, à l’évêque qui m’a ordonné prêtre à Saint-Denis. Je préparai avec lui la célébration et je lui ai dit que je ne souhaitais pas que soit posée la question prévue par la liturgie : « est-il digne ? ». Car je ne me sais pas digne de représenter le Christ pour celles et ceux vers qui je suis envoyé. Il m’a répondu : « oui, Benoît, tu as raison, tu n’en es pas digne mais d’autres t’ont jugé digne de devenir prêtre ».

Dans l’histoire humaine, pourquoi tant de personnes se dérobent à cette extraordinaire invitation ? Le maître du temps et de l’histoire, le créateur de tous les univers, invite chacun de nous à ce festin de noces entre Dieu et son humanité. Il prend lui-même le tablier de service. Il confectionne un festin de viandes grasses et de vins capiteux. Il vient servir chacun de nous en nous donnant le meilleur de sa vie. Et je me déroberais à cette invitation ? Jusqu’à même supprimer les serviteurs porteurs d’une telle invitation ? Mais quel drame !

Le Seigneur me dit : « si tu ouvres ta porte, j’entrerai, je prendrai chez toi le repas et toi avec moi ; je serai ton Dieu et tu seras mon fils bien aimé ». Si tu ouvres ta porte ! Quoi de plus important dans mon existence. Et parce que tant ont refusé son invitation, le maître dit à ses serviteurs : allez sur les places, appelez les bons comme les mauvais, tous ceux qui accepteront d’ouvrir la porte de leur existence, de se laisser revêtir du vêtement de noces pour se laisser aimer et servir, et pour devenir les amis du Christ. 

Comme aumônier à la Maison d’Arrêt de Fleury Mérogis, je rencontre de nombreuses personnes qui ont perdu leur dignité par le mal qu’ils ont pu commettre à d’autres, et ce mal est revenu sur eux par un effet boomerang, avec tout le poids de la culpabilité et de la honte. Ils ont été ainsi réduits à rien. La culpabilité met à nu.

Ayant la clé de leur cellule, j’entre par leur porte et m’assois à leurs côtés. Je sais que je ne suis pas plus digne qu’eux. Nous savons l’un et l’autre où notre propre histoire a blessé notre dignité. Ma dignité, ce n’est pas d’être quelqu’un de bien ou celle que je me donne, mais bien de devenir qui je suis, fils ou fille de notre Dieu

C’est pourquoi, le maître de ma vie me fait cette invitation à devenir son ami, son intime, à me laisser revêtir par sa miséricorde, vrai vêtement de ma dignité, pour vivre et vivre bien sur le chemin de la sainteté, celui des amis du Christ.

 

Ce qui m’a le plus touché durant le confinement, c’est la beauté du ciel bleu et des arbres, ici, à La Clarté Dieu. Une fois la pollution dissipée, chaque élément de la nature se voyait restituer sa beauté originelle. Il en est de même pour chacun de nous : une fois dissipé ce qui pollue mes relations parfois si difficiles, je me vois restituer ma véritable dignité de fils. Même le mal que j’ai pu commettre ne peut détruire ma véritable beauté. Il suffit d’accepter ce que je suis : un fils de Dieu et de me laisser servir par le maître de mon existence. L’évêque qui m’a ordonné avait bien raison : d’autres t’ont jugé digne ! Ce n’est pas ton œuvre ; cela t’est donné et donné à vivre pour que d’autres, à leur tour, puissent se laisser aimer, servir et devenir les amis du maître de ce festin, les bons comme les méchants, pour devenir bon de la bonté même de Dieu. 

Merci à mes frères détenus qui sont pour moi des maîtres dans ce chemin : certes, ils ne peuvent ouvrir la porte de leur cellule, mais ils m’aident à ouvrir la porte de mon cœur pour que je devienne bon.

Oui, le Seigneur essuiera les larmes sur nos visages. Il effacera l’humiliation quand nous aurons perdu notre dignité. Il fera disparaître tout ce qui est mortifère en nous. En lui nous espérions, et il nous a sauvés.

Homélie du 24ème dimanche du temps ordinaire– Année A – 13 septembre 2020 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Si 27, 30-28, 7 / Rm 14, 7-9 / Mt 18, 21-35

 

Pardonner ne va pas du tout de soi. Car devant l’adversité, nous sommes plus prompts prendre notre revanche ou de contre-attaquer pour nous défendre. Regardez l'instinct des animaux ; regardez parfois les enfants. Il est dans l’ordre des choses que nous-mêmes ayons les mêmes réflexes, soit de nous venger soit de nous soumettre. Renoncer à certains de nos droits et, qui plus est, pardonner de tout son cœur est toujours des plus difficile.

De toutes générations, on se moque de ceux qui pardonnent en les accusant de faiblesse, de soumission, de lâcheté ou même de manque d'intelligence. Il n'est pas naturel de pardonner. Regardez les relations internationales : il semble que les représailles soient le seul moyen efficace d'obtenir la paix pour maintenir fermes les positions des belligérants. Non, vraiment, à bien y penser, le pardon est, semble-t-il, contre nature !

Jusqu'où pardonner, demande Pierre à Jésus ? “Jusqu'à soixante-dix fois sept fois !

Pardonner sans discernement ou par faiblesse pour se débarrasser d’un conflit trop gênant ? Non ! sûrement pas. Le contexte de l’Evangile de dimanche dernier est éclairant : “Si ton frère a commis un péché, va d'abord lui parler seul à seul. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi deux ou trois personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.”

Le pardon ne prend son sens que dans le dialogue, la compréhension, la guérison des blessures, dans le temps, parfois beaucoup de temps et le soutien mutuel. Le pardon suppose que l’un et l’autre fasse une partie du chemin. Et quand l’autre n’est pas prêt à faire ce chemin, ou que soi-même ne sommes pas prêts, continuer de l’espérer, de l’attendre comme un veilleur, ne rien faire qui puisse l’empêcher s’il venait à venir. Prier aussi, prier beaucoup pour celui qui n’est pas prêt à recevoir mon pardon ou bien prier pour moi-même pour que je puisse accueillir le pardon de l’autre.

Saint François dit dans son commentaire sur le Notre Père : « pardonne-nous nos offenses et ce que nous ne pardonnons pas pleinement, fais que toi, Seigneur, nous le pardonnions complètement ». Oui, remettre à Dieu nos pardons impossibles pour qu’il nous donne de les mettre en œuvre, pour qu’Il nous ouvre l’issue que nous n’arrivons pas à trouver nous-mêmes.

Et Jésus de raconter cette parabole d'un roi qui vient régler ses comptes avec ses serviteurs. Le premier qui se présente lui doit 10.000 talents. C'est une somme énorme, équivalant à 60 millions de journées de travail. Plus de 3 milliards d’Euros ! Absolument impossible pour un seul homme à rembourser. Un pardon impossible à vue d’homme. Mais le roi accepte aussitôt de lui remettre la totalité de sa dette. Dieu, qui est infiniment plus grand que nous, est le seul à pouvoir effacer nos dettes envers lui. Qui d’entre nous n’est pas dans la position du serviteur incapable de payer sa dette ? La bonne nouvelle de ce jour est que nous sommes des pécheurs pardonnés. Nous sommes graciés. Comme un condamné à mort. Graciés gratuitement, indépendamment de nos mérites et malgré notre péché. « Il pardonne toutes tes offenses », dit le psaume 102. Nous sommes donc mal venus d'exiger rigoureusement des autres leurs dettes envers nous. Ne jugeons personne. Au mal que l’on me fait, que je réponde par de la bonté ! Au mal que je fais, que je tombe à genou pour implorer le pardon. Au pardon non reçu ou non donné, creusons notre patience et prions pour l’autre mais aussi pour soi pour demander au Seigneur d’ouvrir l’espace de notre tente intérieure. Car tout pardon non reçu ou non donné est comme un boulet que je traîne et qui m’enchaîne. Tout pardon donné ou reçu est une véritable libération.

Nous, les croyants, nous savons que nous sommes des pécheurs, mais surtout des pécheurs pardonnés. Et si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur. Nous pouvons en faire mémoire chaque fois qu’une dette s’impose entre nous et un autre. Dans nos relations humaines, aussi dures soient-elles, Dieu est toujours partie prenante. Car nous, les croyants, nous appartenons au Seigneur. C'est avec lui que nous apprenons à pardonner. Et puisque la mesure de Dieu est la démesure, en pardon notamment, engageons notre pardon, mesure de notre propre amour.

Le signe éclatant de l'amour que Dieu nous porte, c'est bien qu'il nous propose inlassablement son pardon. Par cette eucharistie, il nous entraîne dans cette dynamique là, sûrs que nous sommes, nous les croyants, vraiment attendus sur la qualité de notre don et de notre pardon.

Homélie du 20ème dimanche du temps ordinaire– Année A – 16 août 2020 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 56, 1.6-7 / Rm 11, 13-15.29-32 / Mt 15,21-28

 

Dans la 1ère lecture, Israël s'était préservé son identité nationale et religieuse en évitant tout contact avec les peuples environnants. Mais l'exil va le noyer dans un milieu étranger et païen. Sa mentalité évolue, il voit plus universel et, au retour d'exil, le voilà plus ouvert. Pour nous, c'est un bel exemple d'ouverture aux autres, sans noyer les exigences de la foi dans de faux compromis.

Cette ouverture du judaïsme tardif prélude à l'universalité chrétienne annoncée par la foi de la Cananéenne dans l’Evangile.

 

Dans la 2ème lecture, poursuivant sa méditation sur le destin de ses frères de race, les Juifs, Paul dit qu'il serait heureux s'il pouvait en sauver quelques-uns pour anticiper ce que Dieu fera. Même si nous sommes infidèles, Dieu reste fidèle à ses promesses.

Cette conviction, il la confie aux chrétiens de Rome qui ont des rapports tendus avec les nombreux juifs vivant en ville, et avec les juifs convertis de leur propre communauté. Et de leur dire : ne méprisez pas les Juifs, car vous aviez désobéi, vous aussi, à Dieu, au temps de votre paganisme. Vous aussi, vous avez été graciés. Israël, lui aussi, quand il reconnaîtra son refus, obtiendra un jour miséricorde. Tous, juifs et païens convertis, nous sommes appelés à être un même peuple de frères. Il n'y a pas lieu de se croire meilleur, de faire le fier : tous, nous avons désobéi à Dieu ; à tous, il fera miséricorde.

Dans l’Evangile, Jésus s'était retiré vers la région de Tyr et de Sidon. Depuis la multiplication des pains, rien ne va plus. Les pharisiens lui en veulent à mort. Les foules sont déçues parce qu'il n'emboîte le pas révolutionnaire : ils sont désemparés. C'est le moment pour le Christ de se retirer, de se consacrer davantage à la formation du petit groupe des disciples et de se préparer à monter à Jérusalem où se joueront les grandes décisions. Pour éviter les foules, Jésus séjourne près de la frontière, dans la région païenne de Tyr et de Sidon, villes côtières de l'actuel Sud-Liban.

Cette Cananéenne vient de ce territoire. Ce sont des païens par excellence, l'ennemi religieux numéro un. Jésus l’admire beaucoup parce qu’elle crie sa douleur et ne la retient pas : « ma fille est tourmentée par un démon. Aie pitié de moi, Seigneur ». Parce qu’elle se prosterne en se connaissant non toute puissante mais dépendante des autres et même de Dieu. Parce qu’enfin elle fait un acte de foi extraordinaire en Jésus qu’elle reconnaît comme Seigneur de toute existence. Les juifs, eux, n’ont rien fait de ceci et se protègent derrière l’application stricte de la Loi. Elle, la païenne, elle acclame le Messie des Juifs au moment où les Juifs eux-mêmes le contestent !

C’est vrai que Jésus, dans la phase de la première annonce du Royaume, sait qu'a été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël ». Il avait d’ailleurs précisé à ses disciples : "Ne prenez pas le chemin des païens et n'entrez pas dans une ville de Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël" pour commencer le ministère par ce peuple choisi comme porteur des promesses.

Et voilà que cette femme cananéenne ouvre l’annonce du Royaume à toute homme et toute femme, quelle que soit sa culture ou sa religion. Ta foi est grande ! Que tout se fasse comme tu le veux. Et, à l'heure même, sa fille fut guérie.

 

Tout n’était donc pas écrit d’avance. La mission de Jésus s’est éclairée peu à peu au fil de ses rencontres en élargissant l’espace de son cœur à tous ceux qui sont si loin de la religion pour que tous accèdent à la foi. Il s’est laissé façonné par les gens qu’il rencontrait, par leurs cris, par leur foi. Homme d’un pays, d’un peuple, d’une religion, Jésus s’est découvert solidaire de l’humanité tout entière : « Dieu ne veut en perdre aucun », dira-t-il ; et le soir de sa Pâque : « Ceci est ma vie donnée pour la multitude. »

Admirons Jésus qui se laisse "renverser" par cette païenne. Admirons cette païenne dont la foi est plus profonde que celle des Juifs, et méfions-nous des jugements trop rapides sur les non-croyants. La ligne de démarcation ne passe pas par le registre des baptêmes, elle passe par les cœurs. Quel encouragement pour ceux qui cherchent !

La foi au Christ apparaît comme la seule dimension importante de nos vies.

Préparons-nous à entrer dans notre eucharistie en imitant la foi de la Cananéenne. "Seigneur, je ne te demande pas grand-chose : une seule parole et quelques miettes. Pas la peine de venir jusqu'à moi, je n'en suis pas bien digne, et les longs discours, je risque de ne pas bien les comprendre ou de les oublier. Mais, à distance, un simple mot de toi, et ma vie sera transformée. Seigneur, je ne te demande pas une place d'honneur au banquet de ton Royaume, mais un simple petit strapontin dans un coin. Et aujourd'hui une fraction d'hostie me suffira : ces quelques miettes nourriront ma foi. Oui, Seigneur, viens à mon secours !".

Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie– Année A – 15 août 2020 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ap 11, 19a;12, 1-6a.10ab / 1 Co 15, 20-27 / Lc 1, 39-56

 

Frères et sœurs, le dogme de l’Assomption est relativement récent au regard de l’histoire de l’Eglise puisque c’est le 1er novembre 1950 que le Pape Pie XII le proclama.

Dans cette solennité, ce qui apparaît en premier, c’est la foi des chrétiens. Pour les chrétiens des premiers siècles de l’Eglise, l’idée que Marie, la mère du Sauveur, ait pu connaître la dégradation du tombeau heurtait leur foi ! Très tôt, pour parler de la fin terrestre de Marie, la dévotion chrétienne a mûri l'idée d’une dormition. Nous connaissons bien ce mot quand nous disons de quelqu’un qu’il s’est endormi dans le Seigneur. Certes les Ecritures ne parlent pas de l’Assomption de la Vierge, mais, comme nous allons le voir, elles l’attestent à leur façon.

Souvent il y a une certaine confusion entre le mot Ascension, qui s’applique à l’Ascension du Seigneur, et le mot « Assomption » qui s’applique à la Vierge Marie. « Assomption » est un terme passif. On pourrait le traduire par « être assumé ». Ce qui veut dire que Marie ne s’élève pas au ciel d’elle-même mais qu’elle y est élevée, assumée, par le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Pour entrer dans le mystère de cette grande fête, l’Eglise nous a donné à entendre trois textes de l’Ecriture. Arrêtons-nous particulièrement sur le texte de l’Apocalypse et de l’Evangile.

Le livre de l’Apocalypse a de quoi nous laisser perplexes… les images sont oniriques et même effrayantes. Peut-être que les plus jeunes de notre assemblée sont plus à l’aise que nous dans un tel univers, habitués qu’ils sont à voir des films de science-fiction dans lesquels le Bien et le Mal, les bons et les méchants, s’affrontent dans des scénarios qualifiés à juste titre d’apocalyptiques ! « Apocalyptique », c’est effectivement le mot qui nous vient spontanément à l’esprit pour décrire des visions effrayantes. Or, « Apocalypse » veut dire « dévoilement ». Rien d’effrayant ! Une apocalypse dévoile et annonce l'intervention de Dieu pour une destinée heureuse des croyants au cœur même des épreuves.

Contrairement à l’usage que nous en faisons aujourd’hui, le mot Apocalypse désigne, non l’anéantissement, mais la Victoire, celle des chrétiens qui, bien que persécutés, sortent victorieux des forces du Mal. Réécoutons ces quelques lignes de l’Apocalypse : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

Or, frères et sœurs, la première bénéficiaire de ce salut qui nous vient tout droit de la résurrection du Christ, c’est précisément cette femme que nous décrit l’Apocalypse, celle en qui le péché n’a trouvé aucune place, la mère du Sauveur, celle en qui est déjà accomplie la promesse de la résurrection à laquelle nous sommes tous appelés.

Quant à l’Evangile de Luc, il nous donne de contempler le mystère de deux vies, non encore écloses au monde des hommes, de deux vies qui se tissent en Marie et d’Elisabeth ! L’enfant que porte Élisabeth et qui représente le dernier prophète de l’Ancien Testament, bondit de joie en présence de l’enfant que porte Marie. D’où la réaction d’Élisabeth qui, remplie à son tour d’Esprit Saint, désigne en Marie le Messie attendu en criant d’une voix forte (et là je reste au plus près du texte grec) : « bienheureuse es-tu d’avoir cru qu’il y aura un plein accomplissement aux paroles qui t’ont été dites de la part du Seigneur ! » Accomplissement comme assumé pleinement.

Dans cette exultation d’Élisabeth, c’est le sens profond de cette fête de l’Assomption qui est exprimé. En effet, c’est la confiance de Marie dans le plein accomplissement des paroles du Seigneur qui lui ont été dites qui fait que nous pouvons célébrer cette fête aujourd’hui. C’est cette confiance-là de Marie qui a été assumée par la naissance, la mort et la résurrection du Christ !   L’Assomption de Marie en son corps et en son âme, c’est bien l’œuvre de Celui qui a pris chair de sa chair, c’est le plein accomplissement de la foi de Marie !

Alors, frères et sœurs, soyons heureux nous-mêmes de croire qu’il y aura, pour nous aussi, un plein accomplissement aux paroles de vie qui nous ont été dites lors de notre baptême. Comme Marie, hâtons-nous sur les chemins de notre quotidien, tout joyeux de porter en nous, par notre foi, Celui qui se donne à nous ! Comme Marie et Elisabeth, tressaillons de joie nous aussi, car c’est bien cette joie qui nous transfigure chaque fois que nous sommes en présence du Seigneur de toute vie.

Ensemble, rendons grâce pour l’Assomption de la Vierge Marie et croyons de tout cœur qu’il y aura aussi pour nous un plein accomplissement des Paroles de vie du Seigneur qui nous sont données dès notre vie présente et qui s’accompliront pleinement dans notre vie par-delà notre mort. Gardons dans nos cœurs ces paroles brûlantes de Paul aux Corinthiens : le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis ; de même que tous nous mourrons en Adam, de même tous c’est dans le Christ que nous recevrons la vie…  AMEN.

Homélie du 19ème dimanche du temps ordinaire– Année A – 9 août 2020 - Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

1 R, 19, 9a.11-13a / Rm 9, 1-5.8-11 / Mt 14, 22-33

 

Jésus reprend pour les accomplir les actions de Moïse ou des prophètes. Élisée, le disciple d'Élie, avait nourri une centaine d'hommes en multipliant vingt pains d'orge, Jésus a nourri 5 000 hommes avec cinq pains et deux poissons. C’était l’évangile de dimanche dernier. Bien avant Élisée, Moïse avait nourri le peuple de Dieu au désert avec la manne et les cailles ; de la même manière, Jésus nourrit le peuple au désert avec le Pain de vie. Moïse a traversé la mer Rouge à pied sec ; aujourd'hui Jésus marche sur les eaux.

Puis, après avoir passé, seul, toute une nuit en prière, Jésus rejoint les disciples qui sont dans une barque en grande difficulté et qui crient. Ils appellent ‘au secours’ !

Les eaux et la mer déchaînées représentent, aux temps bibliques, les puissances de la destruction et de la mort dont les forces habitent le fond de la mer. Pensons au peuple libanais vit un drame terrible car sa capitale, vivant essentiellement de l’activité de son port, est détruite. Là, c'est le nitrate d’ammonium, pas l'eau, qui a donné la mort.

C'est moi ; n'ayez pas peur !” Pierre réagit avec son enthousiasme et sa fougue habituels : “Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l'eau.” - “Viens !” lui répond Jésus. Isaïe avait écrit à ce sujet : “Si tu traverses les eaux, je suis avec toi ; si tu passes les torrents, ils ne te submergeront pas”.

Ce qui arrive à Pierre et aux disciples nous ressemble : nos élans, notre foi, mais aussi nos hésitations, nos peurs, nos doutes. Nous comprenons facilement le risque que Pierre prend dans son élan spontané vers le Seigneur. Pour nous, suivre Jésus à sa manière inconditionnellement, avec une entière confiance en lui, mais aussi avec nos peurs et nos doutes, n'est-ce pas aussi notre expérience de croyantes et de croyants ? Pensez au prophète Jérémie : au moment de lui confier sa mission, Dieu exigeait de lui la même assurance : “Ne tremble point devant eux”.

Dans le perpétuel combat de la vie qui se joue en chacun de nous, avec nos échecs potentiels dont seul le Seigneur pourra nous tirer, est-ce que nous faisons l'expérience de la solidité de Dieu et que nous redirons avec les rameurs de nos nuits : “Vraiment, tu es le Fils de Dieu.”

Saint Paul, dans la lecture de ce matin, se désole de son peuple. Sa foi au Christ ressuscité est absolue, mais en même temps, il n’oublie pas qu’il est solidaire de son peuple. Il énumère les nombreux dons que les gens de sa race ont reçus : ils ont tout ce qu'il faut pour croire au Messie et pourtant ils n'accèdent pas à la foi au Christ. Saint Pierre regarde plus ses peurs que le Christ : alors il s’enfonce dans ce passage difficile vers l’autre rive dont seul le Christ est le pont.

Pour avancer dans la foi, Moïse quitte les structures sociales bien établies d'Égypte, ses oignons et ses marmites de viande. Il se met en route et repart les mains vides à travers le désert pendant 40 années vers cette Terre promise, alors qu’elle s'éloigne sans cesse au fur et à mesure qu’il avance.

Elie sort de la grotte de ses peurs ; il accepte d’entendre Dieu dans le bruissement ténu de la Parole de Dieu – c’est la traduction littérale de la bise légère. Et il est debout, vainqueur de la reine Jézabel qui veut sa mort, vainqueur aussi de ses peurs : il sort de sa grotte.

Pierre accepte de prendre la main que le Seigneur lui tend alors qu’il s’enfonce dans ses peurs et le Christ lui confie les clefs du Royaume.

Paul accepte les persécutions de ses propres frères juifs pour rompre avec la loi mortifère et il devient l’apôtre des nations païennes.

Et chacun de nous ? De quelle grotte je suis invité à sortir ? Quelles eaux suis-je invité à ne plus regarder pour me centrer sur le Christ ? A quelles ruptures suis-je invité pour vivre mieux, plus libre et plus adonné à la tâche du Royaume ?

Même si nous avons peur.

Il n'y a donc qu'une seule issue possible, c'est celle que Pierre nous indique dans sa réaction spontanée : “Seigneur, sauve-moi !”. L'appel au secours de Pierre au Christ est à la fois l'aveu de sa faiblesse et le don de sa confiance. Il sait que la force de dominer la mer n'est pas en lui. Il sait en même temps que le seul qui pourra le sauver est le Fils de Dieu, en qui il a déjà mis toute sa confiance. Nous sommes heureux à notre tour de proclamer la foi de Pierre, qui est la foi de l'Église ! Qui est notre foi !

Homélie du 13ème dimanche – Année A – 28 juin 2020 Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

2 R 4, 8-11.14-16a / Rm 6, 3-4.8-11 / Mt 10, 37-42

 

Si nous sommes ce matin dans cette chapelle, c’est parce que le Christ nous donne rendez-vous. Et parce qu’un jour nous avons fait le choix de prendre le Christ comme Maître et comme ami.

L’Évangile que nous venons d’entendre est déroutant. Nous aimons quand le Christ parle en paraboles, quand il guérit les malades, nourrit les foules, prend soin des plus pauvres, des petits, des enfants. Mais nous sommes déroutés quand Jésus s’en va seul, à l’écart sur la montagne, pour prier et pour opérer les choix qui fondent une existence tout entière.

L’Evangile d’aujourd’hui nous déconcerte. Jésus met les points sur les " i ", donnant, pour qui veut le suivre, des repères aussi indispensables qu’incontournables. Il vous faut choisir !

" Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi " - " Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi " - " Celui qui ne prend pas sa croix pour me suivre n’est pas digne de moi " - " Celui qui veut garder sa vie la perdra ".

Ce chapitre 10 de Matthieu est une sorte de code de conduite, une liste de recommandations et d’avertissements que Jésus donne aux apôtres qu’il vient de choisir pour être ses disciples.

Pour ses amis, sa parole oblige celles et ceux qui veulent le suivre à prendre conscience de l’importance des choix à poser pour être ouvrier du Royaume et donc des ruptures qui vont avec. Jésus ne nous dit pas de ne pas aimer père, mère, enfants, et même notre propre vie. Il nous invite de manière radicale à poser les choix fondateurs qui donneront à notre vie une réelle capacité à aimer comme lui-même nous aime. Des choix à poser et à assumer, parce qu’ils conduiront inexorablement le disciple à d’autres choix que les valeurs d’un monde sans Dieu ; des choix qui s’imposeront à celui qui choisit d’être son ami et d’être fidèle à son appel à vivre l’Évangile.

Suivre le Christ, choisir le Christ pour Maître et pour ami, ne pourra se faire qu’en renonçant vraiment à ce qui n’a rien à voir avec l’Évangile et la Bonne Nouvelle. Choisir, c’est renoncer. Choisir le Christ, c’est quitter ce qui ne peut que vieillir pour entrer dans la vraie vie de Dieu, une vie donnée. C’est exigeant mais quand le Christ appelle des disciples, il désire pour eux le meilleur, la sainteté. Morts au péché mais vivants pour Dieu. Jusqu’à porter notre croix ! La croix signifie : aimer comme le Christ.

Choisir le Christ pour Maître et pour ami, jusqu’à porter notre croix, ce n’est pas une performance à accomplir. Vivre l’Évangile n’est pas une course d’obstacles ni un marathon ! Cela n’apporte ni honneur, ni argent mais plutôt des persécutions. 

Mais vivre l’Évangile change tout dans la vie de celui qui choisit le Christ pour Maître et pour ami. Vivre l’Évangile, c’est puiser dans le Christ la source dont nous avons besoin pour être visage du Christ pour nos frères. Vivre l’Évangile, c’est donner à notre vie d’être elle-même "don" : notre vie tire toute sa valeur et sa grandeur dans notre capacité à la donner, et à la perdre à la manière du Christ lui-même. C’est ce que fait cette femme dans la 1ère lecture et l’on voit à quelle fécondité cela nous conduit.

Ce que nous disons au travers de nos engagements et notre passion de l’Evangile, avec ce que nous sommes, notre histoire, nos désirs, notre volonté, nous engage sur une parole qui vient de bien plus loin que nous. Et plus nous revêtons la tenue de service, plus nous devenons visage du Christ pour nos frères et nos sœurs.

Soyons des disciples, choisissons sans hésitation le Christ pour Maître et pour ami. Répondons à son appel, exigeant certes, mais qui nous libère d’une vie fermée sur elle-même pour avancer vulnérables à la suite du Christ et "donner à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple."

Solennité de la Pentecôte – Année A, 31 mai 2020, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 2,1-11  / 1Co 12,3b-7.12-13  / Jn 20,19-23

 

Au Cénacle, l’Eglise naissante sort d’un long confinement de 50 jours. Elle naît sur des ruines. Rien d’étonnant à cela. Jésus n’avait-il pas dit : « Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai » ? Qu’est-ce qui est détruit, douloureux, confiné blessé dans la vie et dans le cœur des disciples en ces jours de la Passion/Résurrection de Jésus ?

- Sans doute l’espoir d’une église triomphante dans laquelle, eux, les disciples, occuperaient les premières places, victimes de leur ego surdimensionnés et de leurs volontés de puissance.

- Mais aussi les ruines des dernières illusions qu’ils avaient sur eux-mêmes, leur incapacité à avoir la foi en Jésus, à le suivre et lui être fidèle, leurs difficultés à s’ouvrir pleinement aux autres et à vivre la fraternité.

Nous comprenons pourquoi la Pentecôte n’a pas surgi de suite dans la vie des disciples. Il faut consentir au temps, à l’attente. Cinquante jours. Et pour nous davantage avec le Covid-19. Mais le Seigneur ne nous a-t-il pas dit que nous ferions plus que lui… ?

Parce qu’il faut du temps pour accepter de mourir aux fausses images du Sauveur, mais aussi à l’image idéalisée de soi-même. Il faut de la persévérance pour laisser tomber les murs de nos fausses sécurités pour se découvrir libres, enfin libres de faire du Christ humble et pauvre notre vraie richesse, de mettre en lui notre confiance et notre fierté.

Persécutés, les premiers chrétiens vont fuir Jérusalem. Durant trois siècles, ils vont vivre dans une extrême précarité. Et pourtant leur foi vive, ardente, incandescente, rayonne. Jusqu’au jour où l’empereur lui-même se convertit et décrète le Christianisme religion d’État. On commence à construire de magnifiques cathédrales, les chrétiens ont pignon sur rue, leurs évêques deviennent des notables mais n’ont-ils pas perdu avec la sève évangélique ? Heureusement, Dieu veille ! Des crises régulières, intérieures ou extérieures, viennent bousculer l’Eglise et la société. Pour renaître sans cesse de ses ruines.

N’ayons pas peur des crises violentes qui traverse l’Église, et aujourd’hui notre planète tout entière. Durant des années, nous avons cru maintenir notre belle image de nous-même, tel un appartement témoin cherchant à cacher les lézardes qui fragilisent toute la construction. Aujourd’hui, ce n’est plus possible ! Ne cherchons surtout pas à reconstruire à l’identique ! Nous ôterons bientôt nos masques de laideur pour que nos visages irradient du Ressuscité. Nous saisirons la chance qui nous est donnée de vivre autrement.

Les apôtres parlèrent d’autres langues, selon l’Esprit. Nous aussi, vivons autrement avec les autres. Parce que c’est quand tout s’écroule qu’apparaît l’essentiel. C’est lorsque l’on consent à sa pauvreté que l’on s’ouvre au don de l’Esprit qui vient faire toutes choses nouvelles. La Pentecôte est bien c’est promesse d’une nouvelle naissance, dans l’eau et l’Esprit.

Le temps est venu de transcender la peur en espoir.

Le temps est venu de ne plus sacrifier le futur au présent et de ne plus laisser l’avenir décider à notre place.

Le temps est venu de réanimer notre humanité, de prendre soin et de réparer la planète.

Le temps est venu de se rappeler que la vie est un don, qu’elle est fragile et que tout est lié.

Le temps est venu de cultiver la différence.

Le temps est venu de reconnaître notre vulnérabilité et d’apprendre de nos erreurs.

Le temps est venu d’une mondialisation qui partage avec les plus faibles.

Le temps est venu d’une économie qui préserve et redistribue à chacun.

Le temps est venu d’une économie sociale et solidaire.

Le temps est venu de nous fixer des limites dans ce qui blesse mais aucune dans ce qui soigne.

Le temps est venu d’apprendre à vivre plus simplement, de vivre avec moins mais mieux.

Le temps est venu de nous libérer de nos addictions consuméristes.

Le temps est venu de faire naître des désirs simples, de distinguer l’essentiel du superflu. 

Le temps est venu de lier notre je au nous et de croire en l’autre.

Le temps est venu de vivre de l’Esprit de Jésus et du Père.

 

Le vent de l’Esprit vient tout ébranler. Il planait sur le chaos primordial avant que la parole ne surgisse et donne vie. Sur la croix, Jésus remet son dernier souffle en disant : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » Le chaos, la mort… Et aujourd’hui, Jésus remet à chacun de nous son Esprit. Tout peut commencer : laisse-toi ébranler, bousculer, déplacer par l’Esprit, vent parfois violent ou souffle si fragile…

Le feu de l’Esprit nous embrase de la présence de Dieu. Comme le buisson dans le désert qui brûlait sans se consumer, nous sommes appelés à nous laisser embraser par le feu de l’Esprit. Est-ce ça brule en nous, de Dieu ?

En écoutant chaque jour la Parole de Dieu, nous devenons parole de Dieu pour d’autres vie. Non plus en grec ou en latin ! Mais avec la langue de l’amour, du respect, de la miséricorde, de la communion fraternelle, de cet élan qui nous pousse vers l’autre pour partager la joie de croire. Ce langage-là est universel. Chacun peut le comprendre dans sa propre langue.

Frères et sœurs, l’Esprit nous est donné en ce jour de Pentecôte, promesse d’une nouvelle naissance. Comme en se penchant sur le berceau du nouveau-né on se demande ce que deviendra cet enfant, nous nous demandons ce qui va naître de la crise immense dont nous n’avons qu’entr’ouvert à peine la fenêtre. Les plus grands saints ont été donnés à l’Église aux heures les plus sombres de son histoire. Appuyons-nous sur la promesse de Jésus : « N’ayez pas peur, je suis vainqueur du monde. Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fon du monde ». Et Jésus ne ment pas. Il fait ce qu’il dit.

Homélie du 2ème dimanche ordinaire – Année A, 19 janvier 2020, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 49, 3.5-6 / 1 Co 1, 1-3 / Jn 1, 29-34

Nous sommes dans les mêmes conditions que dimanche dernier, jour du baptême du Seigneur. Jean propose, dans l’eau, un baptême de conversion, et voilà qu’il se retire pour laisser place à celui qui baptise dans l’Esprit saint. Regardez celui sur qui descend et demeure l’Esprit saint, comme une colombe : « c’est lui, le Fils de Dieu ».

C’est lui le serviteur de Dieu dont parle Isaïe dans la 1ère lecture.  Mais c’est aussi chacun de nous quand nous recevons l’Esprit saint et que nous le laissons demeurer en nous, que nous le laissons agir en nous.

Alors entendons ces paroles d’Isaïe pour nous-mêmes :

  • « Tu as du prix à mes yeux » : si les autres nous jugent, le Seigneur nous dit que nous comptons pour lui, qu’un homme, fut-il le plus défiguré de tous, vaut plus que tout l’or du monde.
  • « Tu es mon serviteur » : tu existes pour servir ma cause ; je t’ai formé dès le sein de ta mère pour que tu épouses ma cause, pour que tu sois mon ami. Pour que tu serves l’avenir de mon Royaume qui est un Royaume de justice et de paix, ce Royaume que je te promets en héritage.
  •  « En toi je me glorifierai » : chaque fois que tu œuvres dans le sens de Dieu, Dieu trouve en toi sa propre joie.
  •  « Le Seigneur est ta force » : chaque fois que tu t’éloignes de lui et que tu t’appuies sur tes propres forces, tu perds en qualité d’être ; chaque fois que tu te rapproches de lui, c’est qui est ta propre force, c’est lui qui est ton espérance, c’est lui qui est ton avenir, c’est lui qui est ta liberté.
  • « Tu es mon serviteur pour que tu ramènes ceux qui sont loin, que tu sois facteur d’unité » :

Nous ne pouvions pas rejoindre l’autre : un Autre nous a rejoint. Dans la pauvreté de la crèche. Dans le dénuement de la croix.

Nos ténèbres intérieures étaient si profondes : la lumière du Christ a éclairé notre regard pour le découvrir Fils de Dieu.

Nous étions paralysés par nos peurs et nos doutes, par nos histoires relationnelles parfois difficiles, par nos blessures ou notre péché : Dieu nous a pris la main et nous dit : « Tu as du prix à mes yeux ».

Nous étions paralysés : je te ferai délivrer les autres de leurs paralysies.

Nous étions aveugles et nous ne voyions pas la vie : je ferai de toi une lumière qui éclaire ceux qui marchent dans les ténèbres, jusqu’aux extrémités de la terre.

Nous étions enfermés : je te mettrai au carrefour des nations pour être un passeur de frontières.

Nous jouions perso : je te ferai partager mon destin et ma mission.

Nous étions bloqués par notre passé : tu te lèveras vers l’avenir que le Christ te propose.                                                     

Epiphanie du Seigneur – Année A, 05 janvier 2020, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Is 60, 1-6 / Ep 3, 2-3a.5-6 : Mt 2, 1-12

Que signifie « Épiphanie » ?

Si dans le monde gréco-romain, les gens utilisaient ce terme pour parler de la manifestation secourable d’une divinité ou la venue triomphale d’un souverain dans une ville, sur son trône, saint Paul a utilisé ce mot dans sa lettre à Tite (2,13) à propos de la 1ère venue de Jésus, sa naissance, et de sa 2nde venue, dans la gloire.

Ce mystère est celui de la manifestation du Christ à toutes les nations, et nous faisons partie de ces nations !

Regardons cet événement de l’adoration des mages avec celle qui en a été le premier témoin, Marie. On peut imaginer Jésus quand il avait 7 ou 8 ans et demandant à sa mère : « Maman, raconte-moi l’histoire des mages et de l’étoile. » On peut imaginer sa réponse : « Écoute bien, mon fils. Tu étais tout petit, et nous étions encore, ton père et moi, à Bethléem. Voici que frappent à la porte des mages. Ils viennent de très loin, du pays où le soleil se lève, du pays d’Abraham notre père, à qui Dieu, à cause de sa foi, a promis une descendance aussi vaste que les étoile du ciel (Gn 26,4). Ce sont des savants. Dans le ciel, ils voient une étoile, signe d’un événement cosmique. Est-ce un songe, une révélation ? Ils ont lu dans nos écrits les plus anciens, la Tora, l’histoire de Balaam. C’est un prophète païen comme eux ; il avait annoncé qu’une étoile se lèverait en Israël, annonçant ainsi un roi qui dominerait des peuples nombreux. Ces savants partent alors dans la nuit, sur le sentier d’Abraham, pour honorer le roi des Juifs. Ils représentent la part de notre l’humanité qui désire Dieu. Ils arrivent ainsi à Jérusalem. Ils consultent les spécialistes des Ecritures Saintes et parviennent aux conclusions de leurs recherches : le roi des Juifs - que nous appelons, nous, Messie, ou Christ - doit naître à Bethléem, la cité de David. Ton père Joseph descend de David. A cause du recensement impérial, nous étions justement à Bethléem quand tu es né. Aussitôt, les mages viennent jusqu’à nous, en direction de l’étoile qui leur est apparue comme à nous. Sans se scandaliser de la mangeoire d’animaux où tu es né, ces étrangers t’ont adoré comme roi et Créateur. Ils ont offert leurs présents : l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Ils sont magnifiques, ces mages, vêtus comme des rois. Ils jubilent de joie, parce que dans les ténèbres de notre époque, ils t’ont reconnu comme la vraie étoile, le vrai soleil, la Lumière du monde, le Fils de Dieu. Et moi aussi je jubile, car je me souviens de l’oracle d’Isaïe sur Jérusalem (entendu dans la 1ère lect., Is 60, 1-6) et nous formions à ce moment-là, nous et les mages avec toi, la nouvelle Jérusalem, remplie de la gloire du Seigneur :

… sur toi se lève le Seigneur,
sur toi sa gloire apparaît.
Les nations marcheront vers ta lumière,
et les rois, vers la clarté de ton aurore.
(…) vers toi viendront les richesses des nations
(…) Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens,
ils annonceront les exploits du Seigneur.

Voilà ta grande manifestation, ton Épiphanie : ces mages, étrangers à l’Alliance de Dieu, ont été conduits par Dieu jusqu’à toi, mon fils, lumière du monde. Ce sont eux, des étrangers, et non pas des théologiens de Jérusalem, qui ont ouvert nos cœurs à l’espérance. Au-delà de leur démarche personnelle, ils représentent les nations qui ne connaissent pas le vrai Dieu et son Fils Jésus Christ. Ils représentent tous les peuples qui « marchent vers ta Lumière ».

Et toi, mon fils, tu jubilais aussi : tu t’es mis à gazouiller et tu leur as ouvert les bras, tu ouvrais tes bras au monde entier. Eux, ensuite, rassérénés et fortifiés, sont partis proclamer la merveille aux peuples qui ne te connaissaient pas.

Jésus, qui avait écouté fort attentivement, posa alors une question : « Maman, dis-moi la signification de l’or, de l’encens et de la myrrhe… »

Les mages t’offraient l’or pour symboliser ta royauté, la myrrhe comme être de prière en vue de l’ensevelissement de ton corps humain après ta mort sur la croix, anticipant ainsi ta souffrance à venir de n’être pas reçu ; avec l’encens ils t’adoraient en tant que Dieu. Voilà l’interprétation de saint Bernard.

Saul, le radicalisé scrupuleux de la Loi juive et persécuteur des chrétiens, lui, a vécu une épiphanie du Christ ressuscité, vrai Dieu et vrai homme. Il s’inclinera devant toi et comprendra que tout homme peut entrer dans l’Alliance que tu es venu offrir de la part de Dieu ton Père.

Avec les mages, avec saint Paul, oui, tous, nous sommes appelés à participer au même héritage promis à Abraham, à faire partie du même corps, ton Corps et à partager la même promesse par l’annonce de l’Evangile.

Frères et sœurs, comme aux mages, à saint Paul et à tous les saints qui nous ont précédés, l’épiphanie, la révélation de Dieu nous est faite à nous aussi « en esprit et en vérité » chaque fois que nous discernons ta présence, Seigneur, dans le plus petit de nos frères. Chaque fois que, dans l’Eucharistie, nous te discernons, nous t’adorons et te recevons non seulement dans notre bouche, mais aussi au plus intime de notre personne.

Alors, belle EPIPHANIE à chacun de nous aujourd’hui, jusque dans l’éternité merveilleuse.

Homélie du 2ème dimanche de l’Avent – Année C, 08 décembre 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Gn 3, 9-15.20 / Ep 1,3-6.11-12 / Lc 1, 26-38

 

« Dieu s’est fait homme pour que, marchant derrière un homme, ce que nous pouvons, nous parvenions jusqu’à Dieu, ce que nous ne pouvons pas ». C’est une très belle phrase de saint Augustin. Dimension horizontale et dimension verticale. Ces lectures me font donc me tourner vers la croix, signe de la conversion à vivre.

Sa dimension horizontale d’abord auquel le baptême de Jean-Baptiste nous convie. Convertissez-vous, produisez des fruits de conversion. A chacun d’entre nous, il est demandé de rendre droit les chemins de nos cœurs en les libérant des obstacles qui empêchent le Seigneur de venir les toucher et les habiter.

Si notre cœur change, à notre tour, nous pouvons nous accueillir les uns les autres pour que notre humanité dépasse ses seuls instincts. Certes, le nouveau monde annoncé par le prophète Isaïe n’existe pas encore mais en communauté nous pouvons commencer à faire vivre ce changement des cœurs. Pour qu’on puisse dire : « voyez comme ils s’aiment ».

Des épées qui tuent, nous en forgerons des socs de charrue. Des lances qui détruisent, nous en ferons des faucilles pour notre travail.

Nous sommes invités à porter du fruit : c’est par nos fruits, les grains que nous produirons que nous serons appréciés, accueillis. Il y a une urgence à porter le fruit de la conversion car nous portons nos propres occasions de chute, et la cognée est déjà sur l’arbre. Et tout ce qui n’est pas Dieu sera détruit, disparaîtra comme la cognée va abattre l’arbre qui ne produit pas de fruit et finira par laisser une souche apparemment stérile.

Voilà pour la dimension horizontale.

Quant à la dimension verticale, celle que nous ne pouvons pas nous donner, consiste, -en nous mettant en position de veilleur- à regarder comment le Seigneur vient faire germer une petite pousse sur cette grosse souche devenue stérile, parce que nous ne nous convertissons pas assez. Oui, « un rameau sortira de la souche » ! Un rejeton sortira d’une souche condamnée ; de cette souche naîtra un rameau, le Messie, le Fils de David.

Ce rameau représente ce qui en nous et dans notre humanité est tout ce qu’il y a de plus fragile, de plus faible, de plus méprisable, parfois de plus honteux dans nos existences. Celui, celle qui ne visite pas ses profondeurs pour y découvrir l’existence jusque-là de ce qu’il est en vérité et croit pouvoir s’appuyer uniquement sur ce qui est fort, beau, reluisant, puissant ou tape-à-l’œil, ne peut découvrir la paix qui lui viendra d’en Haut. Nous avons dans le texte d’Isaïe des contraires que nos dimensions horizontales ne peuvent réconcilier. Le grand et le petit, le loup et l’agneau, le petit et la vipère, le vieux et le jeune, la classe des 100 plus riches de ce monde qui va croissante et les plus pauvres jetés dans des bidonvilles jusqu’aux portes de notre périphérique, le malade psychiatrique et le bien portant, le beau et le laid, le séduisant et le repoussant, les gilets jaunes et les grands de ce monde, les banlieues défavorisées et le 16ème arrondissement, le vrai Dieu et le vrai homme. Pourquoi passons-nous notre existence à opposer toutes ces réalités dans notre société comme en nous-même d’ailleurs : le frimeur et le vulnérable ?

Un rameau des plus fragile se propose de venir pousser sur nos souches desséchées où s’opposent tous ces contraires pour les faire se coïncider, pour qu’ils se nourrissent les uns par les autres, où chacun peut et doit avoir besoin de l’autre.

La limace et le ver de terre ont besoin du chêne pour se nourrir de ses racines et de ses glands et le chêne a besoin de la limace et des vers pour retourner quotidiennement la terre, l’oxygéner et la féconder. Coïncidence des opposés.

Le fort et le riche ont besoin du plus pauvre pour qu’il ne pas croit que tout dépend de lui et de ses forces comme le plus déshérité a besoin du fort pour être protégé et survivre. Dans la prison, je fais l’expérience de ma propre pauvreté devant moi-même, devant les autres et devant Dieu. Et ce sont les prisonniers eux-mêmes qui me libèrent. Ils sont devenus mes maîtres en m’apprenant à mieux aimer, à mieux me consacrer aux autres, à mieux découvrir la face lumineuse de chaque personne voulue et restée aimable parce qu’aimée de Dieu ; ils m’apprennent à être libre. Coïncidence des opposés : sur la souche de celui qui est pauvre et rejeté, sur la souche de celui qui est détruit par le mal et son péché, le privé de liberté m’apprend la liberté à moi qui me croit libre !

Le rejeté a besoin de celui qui a de grandes responsabilités pour être intégré dans la société des humains ; et l’homme ou la femme brillant ont besoin de la personne rejetée, faible, handicapée pour n’être pas dans la solitude de ce qu’il croit être, de son pouvoir ou de son argent qu’il croit avoir, de l’assurance où il croit ne dépendre de personne en vivant par lui seul.

Le jeune a besoin de la sagesse du vieillard pour grandir en expérience et bénéficier des rides de ses joies comme de ses échecs ; et le vieillard a besoin du jeune pour savoir combien il est resté jeune beaucoup plus longtemps que lui.

Le loup qui lutte en nous ne sera plus un loup mais un frère dès lors que je saurai le reconnaître, l’identifier, le nommer, l’accueillir, le nourrir et le laisser transformer sa rage en puissance d’amour pour moi comme pour autrui. Au lieu de me détruire parce que j’aurai passé toute ma vie à le combattre ou passer toute ma vie à être dans le déni, il sera pour moi source de paix et fécondité. Coïncidence des opposés !

La plus belle coïncidence des opposés est résolue en Christ, avec le Christ, par le Christ. Il est, lui, le vrai Dieu et le vrai homme. Pas de plus grande opposition en effet entre Dieu et les hommes. Mais par le don de soi, le Christ est devenu notre paix : il est celui qui fait le pont entre des mondes qui s’ignorent ou s’affrontent. Regardez nos églises romanes : l’autel qui représente le Christ fait le pont entre le bas en forme de carré -l’humanité-, et le rond de la voute qui représente Dieu. Il est capable de réconcilier l’irréconciliable en donnant à celui qui le crucifie son pardon sur la croix : vraiment, celui-ci est le Fils de Dieu !

« Dieu s’est fait homme pour que, marchant derrière un homme, ce que nous pouvons, nous parvenions jusqu’à Dieu, ce que nous ne pouvons pas ».

2ème Dimanche de Pâques– Année C, 28 avril 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Ac 5, 12-16 / Ap 1, 9-11a.12-13.17-19 / Jn 20, 19-31

 

Nous voyons les disciples dans leurs peurs, la peur des juifs et de tout ce qui vient de se passer. Dans les Actes des apôtres, nous voyons la foule qui a peur de passer de la religion des miracles à une foi personnelle, une relation personnelle avec le Christ, en s’attachant à lui.

C’est précisément là où il y a la peur et l’enfermement que le Christ vient, là qu’il nous rejoint pour nous apporter Sa paix : « la paix soit avec vous ». Tout de suite après, Jésus nous envoie : sortez de vos enfermements et pour cela : « recevez l’Esprit Saint ».

Cet Esprit du Père et du Fils, c’est le désir profond que le corps blessé de l’humanité retrouve sa vigueur et puisse ressusciter le meilleur de lui-même. La miséricorde du Seigneur, c’est bien ce cadeau immense qui nous est donné que nous célébrons de manière particulière aujourd’hui. C’est saint Jean-Paul II qu’il a voulu. Ce cœur au cœur de nos misères et de nos angoisses. La misère du péché est recouverte par la miséricorde de l’amour. Un homme blessé apporte la paix à d’autres blessés. Et nos blessures sont des lieux de rencontre avec les autres blessés et le Ressuscité. Toute cette peine que Jésus s’est donné pour nous relever, Il veut qu’à notre tour nous la donnions en prolongeant tout ce qu’il a fait pour nous. Il dit à ses disciples : « recevez l’Esprit Saint, à qui vous remettez ses péchés ils lui seront remis ; à qui vous me maintiendrez ses péchés ils lui seront maintenus ». Qu’as-tu fait de cette miséricorde que je t’ai moi-même donné alors que tu étais enfermé dans tes propres murs ? Bien sûr, ma miséricorde est pour tous et elle ne peut dépendre de toi. Mais elle est un trésor que tu ne peux laisser enfoui. Le corps blessé de l’humanité, tu vas pouvoir le sortir de ses enfermements et aller sur les places ; là, les blessés de la vie pourront être revêtus de la miséricorde de Dieu. Il nous est dit dans les Actes que l’ombre des disciples guérissait les malades. Un peu comme l’ombre de l’Esprit saint sur Marie à l’Annonciation lui fit accéder à ce monde nouveau. Oui, le Seigneur nous relève par sa miséricorde.

Et Thomas, l’un des douze ? Le corps de Jésus qui se présente devant Thomas est troué, transpercé amoché. Cela montre bien que la croix n’est pas un mauvais moment dont la résurrection serait l’heureuse conclusion : le visage du Ressuscité et de Dieu est inséparable de ce corps blessé avec ses trop nombreuses blessures.

Dieu n’est pas qu’impassible ; le corps dont parle saint Jean devant Thomas est bien ce corps blessé. Et si dans la lettre aux hébreux Jésus intercède avec ses plaies pour nous aujourd’hui, plus encore Jésus présente à Dieu -par intermédiaire de Thomas- les blessures de l’humanité. Le corps de l’Eglise est blessé, le corps de l’humanité l’est largement. Jésus montre donc avec son corps blessé et ressuscité toute la peine qu’il s’est donné pour relever l’humanité blessée.

Thomas doit donc l’accepter mais plus encore s’engager comme le Christ qui s’est donné la peine pour les membres souffrants de son corps. Avance ton doigt, mets tes mains, engage toute ton existence pour rejoindre ce corps blessé là où il est enfermé et donne-lui ce que toi-même tu as reçu : la miséricorde, ce cœur de Dieu qui est pour toi, qui est pour tous. Tu ne comprendras la résurrection que si tu te donnes de la peine pour faire vivre l’autre, pour le tirer de la mort, de l’angoisse, de la maladie ou de la souffrance.

La résurrection, c’est l’acte par lequel on fait vivre quelqu’un d’autre parce que c’est précisément ce que le Christ a fait : produire la vie, donner la vie et se donner !

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur – Année C- La Clarté-Dieu, 14 avril 2019, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

Is 50, 4-5 / Ph 2, 6-11 / Lc 22, 14-23,56

 

La passion du serviteur de Dieu, c’est la domination absolue du mal. La figure du juste souffrant et victime de la cruauté humaine traverse l’histoire à travers divers personnages illustres comme Job, Jérémie, Jésus-Christ, les martyres de toutes sortes et de tous horizons, plus près de nous Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela etc… La société fonctionne de façon répétitive selon une logique exorciste par le moyen de la victimation de l’innocent. Autrement dit, le mal sévissant sans cesse, il faut le sacrifice d’un innocent pour apaiser la colère et le désir de vengeance qui couvent dans la société. C’est ce que j’appelle la domination absolue du mal.

Lorsque l’on voudra procéder autrement pour sortir de l’impasse en demandant à chacun de faire un effort d’élévation spirituelle et morale par une conversion intérieure, l’on est sûr de s’entendre dire que ce genre de discours est bon pour les lieux de culte, pour la religion et que la société en général ne saurait s’appuyer sur de telles convictions. Ceux qui y croient sont traités en fait de rêveurs, d’utopistes, à posteriori de prophètes. S’ils venaient à gagner du monde à leur cause, ils courent fortement le risque de se faire taire par des forces obscures. C’est ce que j’appelle la domination absolue du mal, le cercle vicieux, la spirale infernale.

L’antienne du milieu du jour de la deuxième semaine du temps de l’avent s’écrie : « Oh ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! ». Aujourd’hui nous entendons le Seigneur Jésus-Christ s’écrier : « Mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Allons nous répondre à la souffrance et au mal par le rêve, par le désir d’un bonheur perpétuellement insatisfait ? Par une espérance béate ?

Le Seigneur Jésus-Christ nous ouvre un chemin de vie qui pour nous est le chemin de vie et de salut par excellence. Ne disons pas « Hosannah ô fils de David » comme la foule, c’est-à-dire pour accompagner sans le savoir le Christ à la croix. N’est-ce pas pourquoi, Qohélet en son temps, ayant fait cet amer constat dira : « Vanité des vanités, tout est vanité ! » ? Est-ce vrai ? Nous voulons bien dire non !

Chers frères et sœurs, parce que nous n’avons pas le courage de vivre à fond notre engagement chrétien, nous participons à la perpétuation du système, à ce que j’appelle la domination absolue du mal. Parce que le mal est absolu, il doit être absolument combattu, mais ensemble dans la communion fraternelle en Jésus-Christ, Fils de Dieu et lumière du monde.

1er Dimanche de Carême– Année C, 10 mars 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Dt 26, 4-10 / Rm 10, 8-13 / Lc 4, 1-13

 

Être attentif à ce qui germe en moi pour apprendre à être libres dans le Christ

Le peuple de Dieu est un peuple nomade, maltraité et emprisonné. Il erre sur un chemin désertique. Jésus lui-même a été conduit sur sa terre désertique. Nous-mêmes faisons parfois l’expérience du désert dans notre terre intérieure.

Le peuple crie dans le désert : « un pauvre crie, le Seigneur entend ». Dieu le délivre de sa prison et lui fait la promesse d’une terre vers laquelle il marche. Jésus lui-même marche dans le désert vers Jérusalem comme nous-même sortons de notre quant à soi pour aller de notre terre asséchée vers la terre bienheureuse de l’autre. Voilà chemin pascal de ce temps de carême.

Si Dieu a donné autrefois une terre à son peuple ; aujourd’hui la terre de nos vies, c’est notre vie intérieure, là où le Seigneur veut semer sa vie divine. Ce n’est plus la terre qui est le symbole de notre foi, mais notre cœur. Du coup, plus de différence entre les hommes : la coupure entre le peuple juif et les nations n’existe plus : Dieu vient planter sa vie et sa Parole dans le jardin intérieur de tout homme, de toute femme.

Dans ce jardin, je peux y apporter les prémices des fruits de mon sol intérieur, des fruits de bonté et de justice, des fruits de pardon et de tendresse, des fruits de prière et d’intériorité. L’abondance n’est pas encore là, mais ce que nous avons et ce que nous sommes, nous le présentons à Dieu en ce début de carême pour qu’il vienne féconder cette terre de nos personnes et y faire germer sa puissance de vie et de résurrection.

Comme le Christ au désert, j’ai des choix à faire pour que cette germination en moi puisse se réaliser. Et pour cela, j’ai, comme le Christ, un combat spirituel à mener. Un combat énorme. Demandons pour cela l’aide et la persévérance à Dieu.

On voit Jésus confronté durement aux trois tentations majeures qui, au fond, traversent chacune de nos vies. Plus quelqu’un cherche à mener une vie bonne, belle, juste et vraie, plus il trouve des oppositions très fortes. Et Jésus va résister aux trois tentations du diable en les changeant de nature et de sens et en les convertissant en puissance de vie.

La 1ère tentation, c’est de transformer ce qui vient de la terre -une pierre- en pain. C’est croire que mon bonheur dépend de ce que je possède ou de mon ventre. Après 40 jours, Jésus a faim. Mais il affirme que nous avons plus faim de relations que de pain. Avoir quelqu’un qui m’aime et que je puisse aimer. La réponse à cette tentation est le Jeudi saint où Jésus prendra du pain, signe de sa vie donnée à toute personne. Oui, « l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

La 2ème tentation, c’est de se prosterner devant tous les royaumes humains de la terre -encore une fois la terre-. C’est notre volonté de puissance sur les autres qui transforme notre besoin légitime d’être reconnu et apprécié en besoin de paraître et de briller. Au point de faire de l’ombre aux autres. Jésus répond à cette tentation en se prosternant devant son Père, véritable Royaume de nos vies. Et il se mettra à genoux le Jeudi saint devant l’homme le plus fragile et le plus blessé et lui lavera les pieds.

La 3ème tentation, l’adversaire propose à Jésus de se jeter en bas en défiant les lois de la gravité pour prendre le pouvoir en vendant son âme. Jésus répond à cette tentation en descendant plus bas encore, en naissant dans une mangeoire d’animaux et en mourant sur la croix des païens.

Vous voyez, ce combat spirituel peut nous mener vers la vraie libération quand nous vivons notre rapport aux biens, aux pouvoirs ou à nos responsabilités et à nos relations comme le Christ. Vivons-nous une vie en prenant le pain eucharistique du Christ ? Vivons-nous tournés vers le Père ? Servons-nous nos frères pour construire la fraternité du Royaume de Dieu ?

Sortons avec Jésus vainqueur de ces 3 principales tentations. Lorsqu’on a, comme le Christ, l’assurance d’être bien-aimé, dans le cœur de Dieu, on n’a plus besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. On est libre. Libre par rapport aux choses car on ne se définit pas à partir d’elles ; libre par rapport au prestige car nous savons qui nous sommes ; libre par rapport au pouvoir car nous n’avons pas besoin de dominer pour exister. Ces 3 tentations, c’est toujours la même chose : nous faire croire que nous devrions être quelqu’un d’autre que ce que nous sommes.

Jésus nous donne cette grâce d’entrer en résistance face à tout ce qui n’est pas digne de chacun de nous. Nous avons quarante jours pour nous exercer à être plus libres à l’image de Jésus. Laissons-nous tenter par cette liberté-là. Amen.

8ème Dimanche de Carême– Année C, 03 mars 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

Si 27, 4-7 / 1Co 15, 54-58 / Lc 6, 39-45

 

Discernement et humilité, voilà ce à quoi l’Ecriture de ce jour nous invite, me semble-t-il.

Nous sommes plongés dans un monde où croire en l’autre n’est pas chose facile à cause de nos différences. Et le Christ nous dit : « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? … Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère ». Cette parole définit une exigence personnelle qui nous invite à ne pas accabler de reproches notre semblable pourtant si différent, surtout parce que la poutre dans mon œil me rend aveugle. La parole de Jésus nous invite à commencer par « un travail sur soi. » Ce travail commence par une disponibilité intérieure pour écarter ce qui nous empêche de voir la vraie réalité : ne pas projeter sur l’autre nos propres opinions, mais vivre en amitié, accueillir et écouter d’abord. Alors, une parole peut naître de la bonté du cœur et devenir constructive. Une bonté acquise souvent au prix de grands combats intérieurs pour enlever ce qui nous empêche de voir clair et nous libérer de toute jugement sur l’autre. S’exprimer avec humilité et sans dureté. Celui qui a cheminé dans l’aridité des jours et dans les difficultés de la fidélité est capable alors de montrer ce chemin de vie. Celui qui est capable de bouger intérieurement peut aider l’autre à bouger.

Qu’il y ait du mal en nous, chez les autres, dans le monde, c’est l’évidence. Mais c’est précisément à cause de cela que nous avons à discerner ce dont nous sommes capables dans l’ordre bien, du bon et du vrai. La lucidité sans la bienveillance, c’est une lumière crue, cruelle, blessante, une fausse lucidité. La vraie lucidité, c’est celle qui voit au-delà des apparences. Parce que vous comme moi, avec nos limites, nous avons absolument besoin d’être encouragés par un regard de bienveillance et de confiance.

" L’homme regarde le visage, Dieu regarde le coeur. " Nous, nous ne voyons souvent que le visible, mais la vérité d’un être humain est de l’ordre de la profondeur. C’est pourquoi on ne voit clair qu’avec le regard du coeur.

Nous avons une grande responsabilité les uns à l’égard des autres. Il s’agit pour nous d’être les témoins de Dieu - rien moins que cela - les témoins du regard que Dieu, lui, pose sur nous. Ce regard que Jésus pose sur nous, alors que nous sommes pauvres et pécheurs, ce regard de bonté et de vérité qui voit au-delà du visible, nous rejoint dans la vérité de notre être.

Avec les défauts des autres, les difficultés à vivre ensemble, la fatigue à supporter les autres, Dieu nous demande non pas de faire la morale ou d’être des redresseurs de torts, mais de nous aider les uns les autres à avoir du courage. A croire en la bonté de Dieu qui est à l’œuvre, en nous, chez l’autre, et dans chaque être humain.

Je vous propose, cette semaine, de prendre une feuille et d’y inscrire notre principale qualité. Puis prendre un autre papier et y inscrire la principale qualité de ceux qui nous entourent. Nous aurons des surprises ! d’heureuses surprises, vous verrez.

Au sein d’une humanité blessée, souffrante, il est urgent de témoigner de notre foi en la bonté des autres et de Dieu. Envers et contre tout, envers et contre tout mal, nous avons besoin, aujourd’hui, d’un vrai regard de foi, d’espérance, sur les autres, sur nous-mêmes et sur Dieu.

Nous porterons alors du fruit, celui d’un arbre bon qui donne un bon fruit. Comme les saints qui nous marquent. Ceux qui mûrissent dans l’épreuve pour vivre d’une bonté nouvelle : ils deviennent une icône de Jésus. Tous ces visages de bonté qui nous aident dans la vie parce qu’ils sont des présences de Dieu dans notre vie. Et Marie en premier. Elle ne s’appuie que sur son Dieu en qui elle fait confiance. C’est parce que Marie aime Dieu qu’elle peut mettre toute sa foi en lui. Et sa Foi va devenir la lumière qui va éclairer sa vie.

Demandons la grâce du discernement et de l’humilité. Demandons cette disponibilité que vit Marie.

2ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C- La Clarté-Dieu, 20 janvier 2019, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Is 62, 1-5 / 1Co 12, 4-11 / Jn 2, 1-11

 

La fête de l’épiphanie se poursuit normalement encore aujourd’hui. En effet l’Epiphanie célèbre trois mystères : les mages guidés par l’étoile vers la crèche, le baptême du Seigneur dans le jourdain par Jean-Baptiste et l’eau changée en vin aux noces de Cana. Ces trois événements signifient trois grandes manifestations messianiques de notre Seigneur Jésus-Christ, roi de l’univers, roi d’Israël et roi sur nos vies.

  1. J.C, Roi de l’univers

Les mages viennent de l’Orient pour représenter les nations du monde, apportant à l’enfant-Jésus des présents (l’or, la myrrhe et l’encens), symboles de la création toute entière qui célèbre son roi, le messie qui vient restaurer et sauver l’œuvre du Créateur.

 

  1. J.C, Roi d’Israël

Lors du Baptême de Jésus, la voix du Père se fait entendre des cieux en disant : « Tu es mon fils, aujourd’hui je t’ai engendré » (Ps2) qui est un psaume messianique qui sert à l’intronisation du roi en Israël, signifiant par là que Jésus est le messie, le fils de David annoncé par les prophètes dont Jean-Baptiste est le dernier, oint par l’Esprit manifesté sous la forme d’une colombe.  Le roi d’Israël est un roi temporel et sa filiation est symbolique. Quant à Jésus sa royauté n’est pas de ce monde et sa filiation est réelle. Et pourtant c’est lui, le roi qu’Israël attend, le messie qui accomplit les écritures comme le confessera Pierre « Tu es le messie, le fils du Dieu vivant ». Que signifie donc réellement la royauté du Christ ? Les noces de Cana nous le dirons.

 

  1.  J.C, Roi de nos vies

Les noces de Cana où l’eau est changée en vin, événement que nous célébrons en ce jour fera pour nous l’objet d’une attention particulière. Durant ces noces l’on parle des six jarres d’eau. Pourquoi 6 au lieu de 7 qui signifie la totalité de l’œuvre de Dieu ponctuée par son repos du septième jour ? Il y a bel et bien une septième jarre, le corps de l’homme croyant, l’homme de l’alliance nouvelle, l’alliance des noces du royaume, ce corps qui va consommer le vin nouveau du Christ, le bon vin qui a été gardé pour la fin, comme le souligne le marié, mais qui pourtant permet aux noces de prendre un nouveau départ. Ce vin qui permet un nouveau commencement qui réfère au commencement de la Création (Gn1, 1), à mettre aussi en lien avec les débuts des évangiles selon Marc et Jean. Le septième est à comprendre comme le jour de la résurrection qui n’est pas le jour du sabbat (septième jour de la semaine juive) mais le premier jour de semaine, jour de résurrection du Christ, jour de la création nouvelle.  La communion au vin de l’alliance nouvelle rend participant au règne du Christ ressuscité, toujours vivant. Le règne du Christ qui n’est pas de ce monde est un règne spirituel qui se manifeste dans le cœur de tout croyant, celui qui reconnait le Christ comme l’époux de l’Eglise. Chaque fois que tout chrétien renouvelle en lui l’alliance du Christ avec son Eglise, c’est la royauté universelle du Christ qui s’accomplit, c’est la royauté du Christ sur Israël qui s’accomplit. Il faut entendre ici accomplissement non pas comme conformité ou équivalence mais comme réalisation, correction et dépassement. En effet, En Christ le nouveau Moïse, le nouvel Elie, le nouveau Jonas etc… il y a plus que Elie, plus que Moïse et plus que Jonas et plus que tous les rois et prophètes de l’ancienne alliance. Ainsi donc avec le vin nouveau du Christ qui réchauffe, qui dynamise et qui réjouit les cœurs célébrons les noces du royaume du Christ en témoignant d’un monde d’amour, de bonheur et de fidélité.

Solennité de l’Epiphanie du Seigneur– Année C- La Clarté-Dieu, 6 janvier 2019, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Is 60, 1-6 / Ep 3, 2-3a.5-6 / Mt 2, 1-12

 

Cette page de Matthieu est un monument théologique qui invite à une visite attentive des moindres détails. Avec les savants d’aujourd’hui, ceux qui sont favorables à l’évolutionnisme contre le créationnisme remettent à jour une théologie catholique tenue sous le boisseau depuis longtemps, en particulier celle d’un théologien écossais Duns Scot, franciscain du 14ème siècle et patron de notre Province franciscaine.

Jusqu’à lui, la liturgie et la réflexion de l’église portaient essentiellement sur le mystère de la Rédemption : le Verbe de Dieu s’est incarné pour sauver l’homme du péché. La fête de Pâque, centrale, drainait toutes les autres.

Pour Duns Scot et ses nombreux disciples encore actuels, l’amour de Dieu créateur qui nous fait le don de son Christ ne peut dépendre du péché de l’homme. Duns Scot ne peut imaginer que la créature la plus parfaite, la plus sainte, le Christ donc, doit son existence terrestre à quelques causes contingentes et, qui plus est, aux « déficientes » de l’homme du fait qu’il est pécheur. Dieu a créé le monde entier en vue de l’Incarnation de son Fils. Autrement dit, le Christ s’est incarné sur notre terre, indépendamment du péché de l’homme. Le Christ est voulu en lui-même pour le plus grand amour de Dieu. Il est le motif de la création et le couronnement de la création.

Relisez le début de la lettre de Paul aux Éphésiens : « Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l'amour. Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ ».

Comme Paul, Duns Scot voit l’incarnation comme première avant le mystère de la Rédemption. Avant la création, avant la faute originelle, préexiste l’amour inconditionnel du Père pour son Fils Bien Aimé. Toute la création est consacrée au Christ : tout est pour Lui, tout est par Lui. Il est premier en tout, et l’Homme est voulu pour lui-même indépendamment de son péché.

Tout commence donc par l’amour entre le Père et son Fils Ben-Aimé. Tout le reste s’en suivra pour tous les hommes depuis Adam jusqu’au dernier des 144 mille de l’Apocalypse pour être embrassés par un même amour. Certes, le péché des hommes peut modifier le déroulement de ce dessein d’amour, mais non son origine ou sa finalité. L’Incarnation n’est pas un accident provoqué par ce péché : c’est un acte d’amour irrévocable.

Et, me direz-vous, l’Épiphanie dans tout cela ? Nous fêtons aujourd’hui l’immense amour de Dieu pour tous : il déborde le petit territoire du Peuple juif. Les Mages étrangers qui viennent adorer le Christ à la crèche est bien le Dieu que Duns Scot a décrit, ce Dieu qui aime son Fils et la création tout entière indépendamment du péché. Un « Père immense » en amour qui invite chacun de nous à être un missionnaire du Christ. Ouvrons donc grande ouverte la porte de l’évangile à toute la création, au-delà des sphères connues. L’Épiphanies est la fête du Christ révélé à tous, ce Christ qui révèle à tous l’amour débordant du Père.

Ainsi, quand lorsque nous manifestons notre amour à nos frères, nous fêtons ce mystère de l’Incarnation révélé dans cette épiphanie telle qu’elle est sortie du cœur de Dieu avant toute création. Nous réalisons le vœu premier du Père et nous devenons sa joie : le ciel est en fête. Les Anges de Noël jouent de leurs instruments et la paix envahit la terre. Nous rendons Dieu comblé de bonheur !       

4ème Dimanche de l’Avent – Année C- La Clarté-Dieu, 23 décembre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Mi 5, 1-4 / He 10, 5-10 / Lc 1, 39-45

La rencontre joyeuse est l’un des thèmes de ce dimanche. Marie rencontre Elisabeth. Jésus rencontre Jean-Baptiste.  Le sacerdoce du Christ rencontre le sacerdoce d’Aaron (figuré par Zacharie).

Elisabeth dira de Marie : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». En effet Marie est celle qui a dit « oui » au Seigneur. Elle entre dans la maison de Zacharie devenu muet à cause de son incroyance : (Lc1, 20). Le silence de Zacharie signifie la fin du sacerdoce d’Aaron. Désormais le temps est au sacerdoce du Christ : « Me voici, je suis venu mon Dieu pour faire ta volonté » (deuxième lecture : lettre aux Hébreux). Le sacerdoce du Christ est un sacerdoce du don de soi à Dieu et non celui des holocaustes et des sacrifices pour le péché. « Tu m’as fait un corps ».

  • C’est avec ce corps que Marie s’est rendu chez sa cousine Elisabeth. 
  • C’est avec ce corps qu’elle porte en son sein le Messie.
  • C’est avec ce corps qu’Elisabeth a senti Jean-Baptiste tressaillir d’allégresse en son sein dès qu’il sentit la présence du Messie.
  • C’est avec ce corps que le Seigneur Jésus-Christ viendra au monde pour annoncer l’Evangile jusqu’à s’offrir en sacrifice parfait à Dieu le Père pour le salut du monde.
  • C’est avec ce corps glorifié qu’il ressuscitera pour entrer dans le royaume éternel du Père.

Notre corps est pour chacun signe et moyen de salut. Ce corps nous lui devons le meilleur soin possible pour en faire un instrument de bien pour soi-même et pour autrui. Nous allons bientôt fêter Noël. Qu’est-ce que Noël si ce n’est la fête de l’Incarnation. La célébration du corps comme lieu et instrument de la révélation de Dieu et de sanctification de l’homme.

Comment nous servir de notre corps pour qu’il ne soit pas un instrument de la chair (au sens johannique) au service de la voracité, de la bestialité, de la déprédation et de la dévitalisation du monde et j’en passe… mais plutôt un moyen de fécondité, de charité, d’embellissement et de sanctification et de célébration joyeuse de la vie dans l’Esprit.

Ce temps de l’avent est le temps où nous apprenons à célébrer nos rencontres, à leur donner un visage humain qui glorifie le Père, un temps où on apprend à sourire, à être un cadeau pour l’autre, un temps où on apprend à concrétiser dans le bien tout ce que l’on a dans le cœur. Un temps où on apprend sans cesse à sentir la vie au contact de l’autre. Un temps où plus que jamais, je prends conscience de ce que je suis un corps, un être en lien corporel, physique par lequel je me dois de communiquer l’Esprit de Dieu.  

Lorsque nous offrirons un cadeau à Noël, c’est à tout cela qu’il faudra penser. Oui « c’est par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes, que nous sommes sanctifiés ».

2ème Dimanche de l’Avent – Année C- La Clarté-Dieu, 16 décembre 2018, Fr Max de WASSEIGE, ofm Chapelle Notre Dame des Buis

 

So 3, 14-18a / Ph 4, 4-7 / Lc 3, 10-18

 « Nous n'avons pas d'autre devoir que la joie » (Paul Claudel)

J'ai le triste privilège de vous parler de la joie !! Car elle n'est pas évidente dans un monde où il y a tant de blessures et dont l'avenir est incertain. Mais je ne peux me dérober car tous les textes de la Liturgie en parle.

D'abord Sophonie. Il est paradoxal de voir que s'est lui qui évoque « le jour de Yahvé » avec une imagerie qui a fait trembler des générations, et dont s'est inspiré le fameux Dies irae ! Mais ici, le prophète parle de « danse », « de cris de joie », « d'ovations », et même « d'allégresse », cette joie qui vient du fond des entrailles et qui éclate en public.

Et si je prends la Lettre de Paul à ces chers Philippiens. L'apôtre parle de « joie, de sérénité ». Or Paul est en captivité quand il écrit cette lettre !

Jean-Baptiste, dont les paroles ne sont pas tendres, est      la veille d'être emprisonné par Hérode. L'annonciateur proclamera à tout le peuple la Bonne Nouvelle. Comment peut-on annoncer une bonne nouvelle quand on est à la veille d'une décapitation ?

Je vais donc vous parler de la joie. Paul Claudel en faisait un devoir pour les chrétiens : « Nous n'avons pas d'autre devoir que la joie ». Or, la joie n'est pas évidente, on a même l'impression que plus notre société s'enfonce dans la consommation, plus elle perd la joie profonde. Et, plus la joie s'éloigne du cœur profond, plus notre société aura tendance à illuminer les rues, les façades et les devantures des magasins !

Et pourtant, dans le jardin de notre cœur, la joie est, malgré tout, une plante vivace qui résiste aux rigueurs de l'hiver, à la tristesse, au découragement. A travers tout, elle se fraye un chemin car la faim de bonheur est inscrite dans nos gênes. Tous, nous sommes en quête de joie mais cette quête s'arrête assez souvent à la jouissance immédiate : nous avons tendance à visiter ces parcs de loisirs, tous plus beaux les uns que les autres. Notre faim de bonheur est d'ailleurs habilement excitée par les médias et conditionnée, de façon séduisante, par quantité de promotions et d'occasions à ne pas manquer. Mais toutes ces joies, à portée de main, sont-elles la vraie joie ? Car, dans le jardin de notre cœur la vraie joie est une plante qui pousse parmi beaucoup d'autres. Pas mal de sirènes tentent de nous séduire. Il est rare cependant que celui qui succombe à leur charme trouve ce qu'il cherchait. La magie se dissipe souvent comme brume du matin !

La vraie joie est, au contraire, durable, son caractère distinctif est d'ailleurs la fidélité. Parce qu'elle se nourrit à des sources stables et non pas dans une culture de perpétuel zapping qui cherche à tuer le temps et qui ne trouve jamais le vrai repos. La vraie joie est également plus qu'un bien-être psychologique. Elle n'est pas seulement affaire de caractère heureux, de tempérament optimiste.

De nombreux Saints d'ailleurs avaient un côté sombre. Saint François a dû se bagarrer longtemps avec un tempérament dépressif. Mais son tempérament dépressif, il l'a caché dans les plaies du Christ. Il est sans doute devenu le Saint le plus jubilant de l'Histoire.

Quand on lit l'Evangile de Luc, on remarque que la joie jaillit, à chaque page, du début à la fin. Dès le début un ange dit aux bergers : « Voici que je viens vous annoncer une grande joie ». Et après le parcours si extraordinaire du Maître, les disciples repartent à Jérusalem « en grande joie ».

Si les Chrétiens avaient mieux intériorisé la Bonne-Nouvelle, ils n'auraient pas mérité l'apostrophe de Nietzsche :« Mais vous, si votre foi vous rend heureux, montrez-vous donc heureux ! Vos têtes sont encore plus tristes que vos pensées ».

Alors, que le message joyeux de notre Bible soit marqué sur notre visage !

2ème Samedi de l’Avent – Année C- La Clarté-Dieu, 15 décembre 2018, Fr Max de WASSEIGE, ofm Chapelle Notre Dame des Buis

 

Si 48, 1-4.9-11 / Mt 17, 10-13

Mon cher Jean-Baptiste,

L'Evangile de ce jour me pousse à t'écrire cette lettre et je ne te cache pas qu'il m'a d'abord heurté, ou plutôt c'est toi qui me heurtes, j'oserais presque dire me scandalise.

D'abord ta tenue : ton vêtement en poils de chameau et ta ceinture autour des reins. Ensuite ta nourriture : des sauterelles et du miel sauvage. Est-ce un accoutrement pour quelqu'un de sérieux ?

Je sais qu'au désert certains ascètes disaient que manger un aliment cuit était une intempérance, mais quand même !

Mais surtout ce qui m'effraie c'est ton discours et la manière de le prononcer. Tu ne parles pas, tu cries, tu vocifères : "Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?"

Je te vois dans ta tenue d'ascète, haranguant, vociférant, les veines du cou saillantes, la peau desséchée et burinée par le soleil torride du désert.

Ne devrais-tu pas baisser d'un ton pour annoncer la venue de l'Agneau sans défense, vos mères ne se sont-elles pas rencontrées dans la joie ? Toi qui te nourris de miel que tes paroles sont dures ! Il est vrai qu'avant toi Isaïe parlait déjà "De la parole qui frappe le pays comme un bâton" "Du souffle des lèvres qui brûle les méchants".

Mais si tu cries, c'est parce que tu es plein de la sainteté de Dieu et que tu rencontres tant de cœurs secs et stériles, tant de chemins tortueux que tu veux redresser pour préparer le chemin de Celui qui vient.

Si tu cries, ce n'est pas par rage ou par désespoir mais par abandon entre les mains de Celui qui peut redresser ce qui est tordu et combler ce qui est vide.

Un jour tu as compris que le temps est venu où le monde devait faire peau neuve. Toi qui t'es approché de Dieu, tu as vu que ton peuple en était fort éloigné. Il est vrai que ton accoutrement et ta manière rude de parler ruinent le confort familier et blessent les habitudes chéries !

Et tu nous dis : "Recommence à rêver du chemin perdu que tu n'as jamais pris."

"Ose devenir ce que tu n'as jamais pu être et qui est pourtant ta vocation profonde. "N'est-ce pas la conversion que tu nous prêches, Jean-Baptiste ! Mais tu as surtout compris que ta mission était de préparer les chemins d'un Autre devant qui tu devais t'effacer. Tu n'avais qu'une peur : qu'on te prenne pour le Messie : "Moi je vous plonge dans l'eau pour que vous changiez de vie, mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, je n'ose pas même mettre mes pieds dans ses sandales."

Tu n'avais qu'une joie : le montrer du doigt afin que lui grandisse et que toi tu diminues. Doigt qui montre la Vie, l'Amour, le Chemin. Le montrer et disparaître telle était ta mission et ta joie.

Voilà, Jean, tu as brillé comme une étoile filante. Sorti du désert créé par Dieu, tu es bien vite entré dans le désert créé par les hommes qui ne supportent pas les paroles qui brûlent. Ils préfèrent les paroles qui endorment, les discours prêt-à-porter qui n'ont pas d'avenir et qui au bout du chemin sont des paroles meurtrières.

Les engeances de vipères que tu dénonçais t'enfermeront dans un trou à rats où tu as du te demander, comme un Autre le fera plus tard, si Dieu ne t'avait pas abandonné. Puis tu es mort, la tête coupée par un caprice de femme.

Combien encore aujourd'hui, après toi, ont la tête tranchée parce qu'ils ont voulu mettre un peu d'humanité dans nos déserts.

Oui, mon cher Jean-Baptiste, tu devais disparaître comme un Autre après toi, car comme Lui tu mettais trop de lumière dans nos lâchetés et nos compromissions.

Oui donne-nous la force de proclamer après toi Celui qui vient, qui est bien plus proche que nous n'osons l'espérer, et bien plus grand que nous n'osons l'imaginer !

Oui, bien sûr, nous n'aurons pas ton dépouillement et ta parole de feu, mais toi qui est maintenant près de Lui, demande-lui si nous ne pouvons quand même pas mettre nos pieds dans ses sandales !

Solennité du Christ ROI– Année B- La Clarté-Dieu, 25 novembre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Dn 7, 13-14 / Ap 1, 5-8 / Jn 18, 33b-37

 

En 1925 le pape Pie XI institue la fête du Christ-Roi par l’encyclique Quas Primas qui met en lumière l’idée que les nations devraient obéir aux lois du Christ. La réforme liturgique de 1969 mettra l’accent sur l’idée que dans le Christ toute la création est récapitulée. Cette fête devient alors la fête du Christ roi de l’univers. Le règne du Christ couvre le domaine de l’histoire et le monde visible, et c’est le règne de la grâce qui concerne l’Église militante, c’est-à-dire nous.

 

Ce règne couvre également le champ de l’au-delà, le monde invisible, le paradis et c’est le règne de gloire qui concerne l’Église triomphante, c’est-à-dire les saints. Du coup, célébrer le Christ-Roi, c’est accepter de mettre sous le règne du Christ toute mon existence, passée, présente et future. Soumettre ma mémoire blessée à la catharsis de la croix, puissance qui guérit et transfigure. Tout ce passé qui me pèse et me rend si lourd je l’offre humblement au Seigneur et je lui dis : « dis seulement un mot et je serai guéri...si tu le veux Seigneur tu peux me guérir…Fils de David, aie pitié de moi ».

 

Le Seigneur m’a aimé jusqu’au bout ; son règne va jusqu’à la croix, lui qui a dit « Pardonne leur Père car ils ne savent pas ce qu’ils font ».  J’ai besoin d’être debout, résolu, déterminé pour rendre témoignage à la vérité de ce Dieu qui est amour comme le Christ lui-même qui dit : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

 

Chacun de nous appartient à la vérité car par le baptême je suis configuré au Christ Prêtre, prophète et roi. C’est pourquoi quel que soit ma condition, mon état de vie je me battrai toujours pour que le règne du Christ soit manifesté. Cette manifestation, je la veux entière et parfaite. J’aspire et j’espère au plus profond de mon être avoir part à la vie éternelle avec le Christ.

 

Comme le bon larron, je dis aujourd’hui même au Seigneur : « Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton royaume. » Toi qui es la résurrection et la vie, tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues te serviront. Ta domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et ta royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

33ème dimanche du temps de Dieu – Année B- La Clarté-Dieu, 18 novembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Dn 12, 1-3 / He 10, 11-14.18 / Mc 13, 24-32

Dans les médias, les journalistes parlent de scoops pour dévoiler un événement extraordinaire. Aujourd’hui, dernier dimanche de l’année liturgique avant la fête du Christ roi, dimanche prochain, quatre scoops.

Premier scoop par Daniel : « En ce temps de détresse, ton peuple sera délivré. Beaucoup qui dormaient dans la poussière se réveilleront pour la vie éternelle. » Première fois que dans l’Ancien Testament on trouve l’espérance en la résurrection des morts.

Deuxième scoop : le psalmiste donne son espérance en la résurrection en s’adressant directement à Dieu : « tu ne peux m'abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption. Mon Dieu, j'ai fait de toi mon refuge. Tu m'apprends le chemin de la vie. A ta droite, éternité de délices ». Un appel à s’abandonner dans la confiance !

Troisième scoop par l’auteur de la lettre aux Hébreux : « Jésus Christ s'est assis pour toujours à la droite de Dieu. Par l’offrande de sa vie, il nous a mené pour toujours à la sainteté ». Quand le pardon est accordé, on n’offre plus de sacrifice pour le péché et l’on parvient à la sainteté.

Enfin, dernier scoop de la part de Jésus : Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.

Que de bonnes nouvelles : le Christ est au milieu de nous, et il est ressuscité. Il est à notre porte. Il vient rassembler ses élus, c’est-à-dire nous-mêmes, des quatre coins du monde.

Nous avons dans nos têtes une représentation linéaire du temps et de sa réalisation. Nous pensons que c’est de la fin du monde dont le Christ parle en cette fin d’année liturgique, comme si cette espérance serait réalisée quand le temps et ce monde visible disparaîtront. Mais le Christ lui-même nous dit que sa génération, celle du Christ, ne passera pas avant que tout cela n’arrive.

Cette heure, eh bien c’est le centre, le point focal de chacune de nos existences et celle de toute la création. Cette heure-là s’accomplit quand le Christ passe de la mort à la résurrection. Cette heure-là, elle s’accomplit quand il nous offre sa victoire définitive sur le péché et sur la mort par son pardon. Cette heure-là, c’est la venue de cette nouveauté radicale du Christ offerte à tous les hommes, parce qu’il chemine à nos côtés, parce qu’il est le Verbe éternel de Dieu, la Parole de Dieu faite chair dans notre humanité qui, si le ciel et la terre passent, ne passera jamais. Cette heure-là, c’est sa résurrection. Elle est déjà accomplie une fois pour toute ; à nous de la rendre visible !

Car ce point focal de mon existence s’accomplit en moi quand je passe d’une vie sans charité à une vie faite d’amour. Au même titre que ce figuier qui reverdit après un long hiver passé sec au creux de la terre et arrive le Printemps, il lance ses ramures tendres annonciatrices d’un fruit doux et suave. Le Christ nous invite à croire qu’au-delà de toutes les morts à vivre dans notre vie et même le passage par la mort corporelle, en retrouvant les mots et les gestes de notre consentement libre au don gratuit qu’Il nous fait de son amour, Dieu nous fait le don en surabondance de sa vie. Nous sommes comme ce figuier quand, engloutis dans nos morts ou notre poussière, nous nous relevons : « confiance, lève-toi, il t'appelle ».

Nous qui sommes animés par la foi et rassemblés autour du Christ en ce dernier dimanche de l’année qui symbolise le dernier des jours où nous ne vivons pas en Dieu pour accueillir le jour de Dieu dans nos vies, c’est cette confiance-là qui nous permet de recevoir le Christ comme accomplissant la Parole de Dieu ; nous accueillons son pardon, sa vie de ressuscité une fois pour toutes. Nous accueillons aussi l’urgence de notre conversion à vivre : c’est celle de notre relèvement ; celle de notre responsabilité et de notre liberté ; celle aussi de notre témoignage. Il est urgent que notre monde souvent loin de Dieu et qui parfois le rejette, puisse recevoir lui aussi cette Parole de Vie qui ne passe pas quand tout le reste passe. Et il en va de la responsabilité de notre propre conversion et de notre témoignage.

« Seigneur mon partage et ma coupe, de toi dépend mon sort. Je te garde devant moi sans relâche ; tu es à ma droite : je suis inébranlable. Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance car tu ne peux m’abandonner à la mort ni me laisser, moi ton ami, voir la corruption. »

Mon Dieu, aujourd’hui encore, je décide librement de faire de toi mon unique refuge car c’est Toi qui m’apprends le chemin de la vie : sous ton regard, mon cœur déborde de joie ! En ta présence, ce sont déjà ici-bas les délices de ton Royaume éternel. Amen !

 

31ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 4 novembre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Dt 6, 2-6 / He 7, 23-28 / Mc 12, 28b-34

 

« Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ». Telle est la réponse de Jésus au scribe. La prédication du Seigneur portait sur la venue du Royaume de Dieu. Le royaume de Dieu s’est approché mais il faut l’accueillir, c’est pourquoi il dit d’abord « convertissez-vous ». Entendons simplement : « accomplissez les œuvres du royaume ». Le Seigneur nous montre les œuvres du royaume dans les béatitudes. Heureux ceux qui vivent selon les vertus du royaume de Dieu. Heureux les pauvres de cœur : « les anawim », les pauvres de YAHVE qui n’ont faim et soif que de Dieu lui-même. Ceux qui se rassasient de la Parole Dieu, qui en vivent et qui se détachent volontiers des biens de ce monde pour préférer Dieu par-dessus tout. Ceux dont le cœur est entièrement disposé à reconnaitre les œuvres de Dieu et à le glorifier pour ses merveilles.  A ceux qui vivent les béatitudes le Seigneur dit le royaume des cieux est à eux. Au scribe il dit tu n’es pas loin du royaume de Dieu. Il reste au scribe la mise en pratique, la conversion véritable dans l’accomplissement des œuvres du royaume.

En Jn 9 Au sujet de l’aveugle-né, les disciples posent une question à Jésus : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! ». (vs 1-2) Et à vous qui portez un handicap et qui vous posez parfois des questions du genre : qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter un tel sort, n’est-ce pas parce que je suis un vaurien que j’en suis là  et que sais-je encore ? A vous, comme le Christ, je réponds : « vous n’avez rien fait mais c’est pour que les œuvres de Dieu soit manifesté. Ne voyez-vous pas tant d’amour que l’on vous porte ? A vous qui donnez de votre temps, de votre énergie à ces anawim (foi et lumière), qui leur portez tant d’affection, à vous le Seigneur ne dit pas comme au scribe que vous n’êtes pas loin du royaume mais je vous dis au nom de notre Seigneur : « le royaume des cieux est à vous ». En effet le Seigneur vous dit en Mt 25, 40 : « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Solennité de Tous les Saints– Année B- La Clarté-Dieu, 01 novembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ap 7, 2-4.9-14 / 1Jn 3, 1-3 / Mc 5, 1-12a

 « J’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève ». Les anges, ce sont toutes les personnes qui autour de nous font du bien, exercent de la bonté avec une puissance de miséricorde qui les font ressembler à Dieu, qui sont pour nous un visage de Dieu. Ce sont ceux qui vont chercher ce qui lève en direction du meilleur qu’est Dieu, ceux qui veillent à toutes les petites pousses de résurrection dans ce monde. Une invitation pour nous à devenir et à être pour d’autres ces anges qui montent du côté où le soleil se lève.

Ces anges, dans le livre de l’Apocalypse, se tournent tous ceux qui veulent faire du mal à la terre, à la mer, aux arbres et aux serviteurs de Dieu. Ne détruisez pas ce qui est l’œuvre de Dieu. Respectez notre maison commune voulue et créée par Dieu quand Il vit que cela était bon. Chaque fois que vous touchez aux conditions de vie de notre planète, vous la détruisez. Nous venons d’apprendre que, depuis 1970, 60% des animaux vertébrés ont disparu. Ne touchez pas non plus aux conditions de vie des hommes et des femmes, en particulier des plus fragiles car Dieu les a créées et quand il fit, Il vit que cela était très bon.

Ces anges, qui vont du côté où Dieu suscite et ressuscite, viennent marquer le front des serviteurs de Dieu pour les inviter à la sainteté, les marquer de leur appartenance à Dieu et non pas aux forces mortifères, les marquer dans leur conformité au Christ. Il est, lui, le Saint par excellence, notre frère qui a parfaitement acquis l’image et la ressemblance de Dieu, celle qu’il avait de toute éternité avec Dieu.

Ces serviteurs, c’est nous : nous constituons cette foule immense de toutes nations, tribus, peuples et langues, quand nous nous tenons debout devant le Christ ; debout, c’est-à-dire déjà ressuscités, libres enfin d’être bons avec les autres, libres enfin d’exercer la miséricorde à qui n’en peut plus parce que traversant de grandes épreuves, libres enfin de les traverser habités par le Christ qui vient nous délivrer du poids de nos ténèbres.

Ce qui fait un saint, ce n’est pas une perfection morale de quelque ordre que ce soit. C’est se laisser marquer par cette appartenance au Christ, qui nous porte dans nos grandes épreuves, qui re-suscite notre identité de fils et de fille de Dieu, qui dynamise notre capacité à être bon et miséricordieux, pour soi, pour d’autres. Être saint, c’est se tenir dans la vraie joie de celui qui se sait habité par le Christ, même dans les grandes épreuves, lui l’Agneau porteur de la vie, le Prince de la paix.

Porteurs du sceau qui marque que Dieu vit en nous, nous sommes vêtus de blanc, signes que nous sommes déjà ressuscités. Nous proclamons d'une voix forte que le Salut ne vient pas des hommes mais qu'il est donné par notre Dieu. Nous, appelés à être disciples du Christ au quotidien, marqués par le sceau du baptême, plongés dans la mort et la résurrection du Christ, nous pouvons devenir saints dans la vie de tous les jours.

Nous avons alors le coeur pur, celui qui n’est pas double ! Être saint en nous rendant étrangers à l’esprit du monde. Être saint en accueillant un amour que le monde ne connaît pas et que nous avons à lui révéler en en vivant tout simplement...

Contemplons Jésus qui construit en nous une nouvelle manière d'être : celle des enfants du Royaume qui vivent les Béatitudes, cette jubilation de Jésus qui prend sa source dans sa communion à son Père, pour que nous en vivons :

  • Heureux sommes-vous, nous qui choisissons la vie en devenant des chercheurs de Dieu,
  • Heureux sommes-vous de faire nôtres les valeurs évangéliques d'humilité, de douceur, de pureté, de sainteté et de justice.
  • Heureux sommes-vous d'être des artisans de paix en toutes circonstances.
  • Heureux sommes-vous d’oser venir conformer notre vie à celle du Christ.
  • Oui, heureux sommes-vous de faire le bon choix de la sainteté même si aux yeux du monde cela paraît fou ! Mais la folie de la Croix nous sauve en nous révélant qui nous sommes, des anges de Dieu appelés à être bons et miséricordieux !
  • Heureux sommes-nous également quand nous ne confondons pas sainteté et perfection ! Le risque de la perfection, c'est la performance héroïque qui ne fait pas de nous les enfants du Royaume car dans ce genre d'exercice, le risque est trop grand d'être prisonnier de sa propre image. La Sainteté, elle, est un humble et fidèle chemin en choisissant l'Évangile du Christ, où -même dans l'épreuve, la persécution ou l'esprit du monde-, brillent déjà la joie et l'allégresse qu'il y a dans le cœur de Dieu et dans tous ces saints qui vivent en enfants de lumière.

Quelle joie et quelle espérance de découvrir ce lien indissoluble qui unit le ciel et la terre par les saints qui nous ont précédés et nous qui sommes sur ce chemin de vie. Un lien qui fait que tout ce qui est semé sur cette terre avec amour s'épanouit au ciel en un fruit que Dieu reconnaît comme sien !

 

29ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 21 octobre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Is 53, 10-11 / He 4, 14-16 / Mc 10, 35-45

 

Le moteur de la vie humaine est la quête de bonheur. L’homme déploie sans cesse ses énergies corporelles et spirituelles en vue de mener cette existence épanouie qu’il appelle de tous ses vœux. Servir, partager, espérer, réussir, se réjouir, constituent des actions diverses au sein de multiples lieux d’engagement de sa personne. Cette quête est cependant marquée par la douleur. Les échecs dus à ses limites peuvent le plonger dans l’égarement et l’immobilisme.  L’homme a besoin d’être guidé, éclairé pour vivre dans la justesse de la pensée et de l’action, pour déployer avec vigueur et assurance ses énergies au service du bien. D’où lui viendra cette lumière qui le rassure ? Cette lumière lui viendra de celui qui le connaît et qui le comprend. Qui mieux que le créateur connait sa créature ? Qui mieux qu’une mère ou un père connait sa progéniture ? Par sa parole le Seigneur rejoint son fils quand il dit : « Mon serviteur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. » Toi qui m’écoutes maintenant le Seigneur te dit : « tu réussiras alors que tu te sens si faible, si fragile, si limité en bien des endroits ».

Le Seigneur ne se contente pas de nous montrer le chemin par la parole. Il est celui là même qui a traversé les cieux pour venir jusqu’à nous afin que par lui nous traversions le monde pour parvenir aux cieux. En effet la lettre aux hébreux nous invite à tenir ferme dans la foi et nous dit : « nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. » Que ressentons nous qui soit étranger à la passion de notre Seigneur ? Il nous rejoint dans ce que nous avons de plus intime à savoir notre souffrance. Oui, il a lui-même énormément souffert du péché des hommes. Avec lui, « avançons nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce pour obtenir miséricorde et secours ». Libérons nos cœurs de la désespérance, car aux cœurs de nos souffrances se tient le Seigneur. Tenons-lui toujours la main.

Le chemin du Christ est vraiment celui du bonheur et de la paix. Le Seigneur s’évertue à en convaincre les fils de Zébédée qui veulent rechercher leur bonheur dans le pouvoir, la domination, la vaine gloire. Le Seigneur leur montre que la place que nous tenons est un don. Il leur dit en effet : « Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. » Il est donc très important pour le disciple du Christ de se tenir avant tout comme un serviteur à qui le Père a confié une mission. Quelles que soient nos aptitudes, le plus important est l’esprit dans lequel cette mission sera accomplie, celui du serviteur.  Le serviteur de Dieu, le seul et vrai maitre qui nous confie sa mission et nous en donne le mode d’emploi : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur…car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Ce chemin du service, chemin d’obéissance est chemin de vrai bonheur, de résurrection et de vie éternelle.

28ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 14 octobre 2018, Fr Jovite DJEDJI, ofm Clarté Dieu

 

Sg 7, 7-11 / He 4, 12-13 / Mc 10, 17-30

 

Le désir de vivre chez l’être humain est instinctif et profondément ancré dans son être.  C’est dans la nature de l’homme d’aimer la vie et de fuir la mort, de rechercher tout ce qui lui permet d’entretenir et de sauvegarder la vie reçue depuis sa naissance. Même lorsqu’il en vient au suicide, c’est dans l’espérance profonde d’une vie meilleure à la présente. L’on comprend donc aisément la question de cet homme qui demande à Jésus, la conduite à tenir pour avoir la vie éternelle en héritage. Mais comment s’y prend-il ?

« Bon maitre »

Cet homme commence sa demande à Jésus par le procédé stylistique de la « captatio benevolentiae ». Jésus ne se laisse cependant pas émouvoir par cette civilité flatteuse. Il voit découvre tout de suite qu’il s’agit d’un homme qui aime le paraître. Jésus va donc faire un saut qualitatif pour le situer dans le domaine divin. Si tu cherches qui est bon alors adresse toi à Dieu, car lui seul est bon. Le décor est planté. Il s’agit pour cet homme d’élever plus haut son âme, de prendre de la hauteur spirituelle.

La Parole de Dieu est totale

C’est dans cette logique que Jésus poursuit quand il lui cite les commandements de Dieu. En effet les dix commandements peuvent se scinder en deux grandes parties : ceux qui regarde strictement la louange et le service divin et les sept suivants qui concernent les rapports humains. Jésus omet sciemment les trois premiers pour ne citer que les autres.  Lorsque l’homme lui fait comprendre qu’il a mis en pratique tous ces commandements depuis sa jeunesse, le texte nous dit que Jésus l’aima. Autrement dit il le connut. Il l’a pleinement saisi dans ses limites et l’invite à la perfection. Tout quitter pour venir à Dieu. Car il ne faut pas confondre aimer Dieu et aimer son prochain. Les deux se complètent sans se confondre. L’amour de Dieu nous plonge dans la gratuité absolue, le don total de soi. Cet homme n’a jamais envisagé sa pratique religieuse sous cet angle. L’un sans l’autre plonge immanquablement le croyant dans l’hypocrisie.  C’est en cela que la deuxième lecture (hébreux) est éclairante.

La parole de Dieu est Lumière

« Tout est nu devant elle ». Elle fait la vérité en l’homme. Le croyant accepte de se laisser déranger par la Parole qui le remet sans cesse en cause car « elle juge des intentions et des pensées du cœur ». Nul n’est à l’abri du jugement de la parole : « Pas une créature n’échappe à ses yeux ». Le Seigneur Jésus, le saint de Dieu comme l’appelle les démons à Geraza, reste humble devant le mystère de la Parole : « Dieu seul est bon ». Il faut toujours se dire comme Socrates : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». L’humilité est la caractéristique de celui qui craint le Seigneur et le commencement de la Sagesse, c’est la crainte du Seigneur.

La Sagesse, Chemin de bonheur total

Dans la première lecture (Sagesse de Salomon), Salomon nous dit qu’il a préféré la sagesse par-dessus tout : « Je l’ai préféré aux trônes et aux sceptres ; à côte d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ». Celui qui a la Sagesse ne manque de rien. Salomon renchérit en disant : « Tous les biens me sont venus avec elle et par ses mains, une richesse incalculable ». C’est bien ce que fait comprendre le Seigneur à ses disciples lorsqu’il leur dit : « Nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Evangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà le centuple : maisons, frères, enfants, etc…avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle ».

Avec Jésus, on joue à qui perd gagne. Pourvu que l’on accepte de jouer le jeu à fond. A chacun selon sa condition et son état de vie, le Seigneur dit aujourd’hui même : « Viens et suis-moi » !

27ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 07 octobre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Gn 2, 18-24 / He 2, 9-11 / Mc 10, 2-16

 

Ces lectures nous parlent de notre origine : Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir la même origine.

Or nous voyons dans le livre de la Genèse que Dieu créé l’homme et la femme et qu’il tire la femme du côté de l’homme, en lui retirant une côte. Récit symbolique pour dire trois choses :

  • L’homme ne vient pas de lui-même, mais de Dieu. Il ne peut faire de lui-même sa propre origine. Dans notre société hautement technicisée, c’est une bonne nouvelle de rappeler que l’homme doit rechercher ce qui le fonde en un autre que lui-même. Et que s’il ne faut pas chercher notre origine seulement dans le commencement de notre vie ou du monde avec le big bang ; il faut le rechercher dans ce qui fonde aujourd’hui ma vie, bien sûr avec mon histoire passée, mais ouverte vers son avenir que je saurai inventer avec Dieu.
  • D’autre part, cette côte retirée de l’homme est là pour marquer que ni l’homme ni la femme ne peuvent revendiquer l’un sur l’autre une toute puissance car ils sont tirés de la vulnérabilité et de la blessure de l’autre. Nous naissons blessés d’une blessure originelle pour nous empêcher d’être tout puissants. Nous avons tous une histoire de blessures qui, reconnue et acceptée paisiblement devient le lieu même où nous pouvons être les plus féconds. Je pense, en disant cela, à toutes les personnes que je rencontre en prison mais aussi à l’extérieur, et qui peinent sur le chemin de la vie parfaite parce que leur blessure n’est pas refermée par le baume d’être reconnu aimable et aimé, blessure de ne pas arriver à s’accepter tel que qu’on est. Alors que c’est en l’assumant, cette histoire de blessures, et en se donnant aux autres avec une immense bonté que des portes s’ouvrent.
  • Enfin, si la femme a tiré de l’homme dans la première création de notre réalité faite d’argile, dans la nouvelle création où nous sommes appelés à devenir des êtres spirituels, le Christ, l’homme nouveau, sera tiré de la femme, Marie, la nouvelle Eve. Comme pour nous inviter à un saut qualitatif de l’homme d’argile que nous sommes tous, blessés dans son origine, et devenir l’homme spirituel. C’est notre vocation à tous. Puisque précisément le Christ, par sa vie partagée avec nous, nous conduit à devenir une multitude de fils jusqu’en sa gloire, c’est-à-dire en devenant ces hommes spirituels où notre origine multiple, blessée, devient unifiée et pacifiée puisque le Christ devient notre origine commune.

 

Dans sa maison, Jésus s’assoit et appelle ses disciples. Face à notre origine blessée, Jésus place un enfant au milieu de ses disciples. Il l’embrasse. Au temps de Jésus et dans tout l'Orient, un enfant ne compte pas : il n'intéresse pas les adultes. Là au milieu d'eux, cet enfant est moins un signe de l’innocence qu’un signe de la faiblesse, de celui qui ne compte pas, un mineur. Devant nos toutes volontés de puissance, un enfant, faible, vulnérable, impuissant ; pour oser risquer de devenir qui nous sommes. A la parole qui blesse, condamne ou détruit l’autre, un enfant qui ne parle pas. A la folie des hommes, un enfant qui ne connaît rien de la vie.

 

Accueillir cet enfant dans la Foi, c’est accueillir ce qui est faible et blessé en nous ; c’est accueillir nos volontés de toute puissance et les transformer en beaucoup de bienveillance, même avec la face cachée de mon être. C’est apprendre à s’aimer soi-même pour en révéler la vraie face lumineuse et spirituelle de tout mon être. Un enfant pour que je passe de l’enfant d’argile blessé à l’enfant spirituel unifié par cette origine commune qu’est le Christ.

Jésus embrasse l’enfant blessé qui est en nous. François d’Assise a voulu devenir mineur, en embrassant le lépreux qui est en lui, qui est chez les autres. Pour qu’à travers moi, réconcilié, j’accueille le Père des cieux et que chacun de nous trouve sa vraie place.

Que celui qui veut devenir grand se fasse le serviteur, le serviteur de cet enfant-là !

23ème Dimanche du temps ordinaire– Année B- La Clarté-Dieu, 09 septembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Is 35, 4-7a / Jc 2,1-5 / Mc 7,31-37

 

Introduction générale

Le Christ vient à moi, pendant cette eucharistie, pour m'ouvrir "l'oreille du cœur" pour que j'entende. Il veut délier ma langue timide, afin que je transmette autour de moi sa Bonne Nouvelle. Accueillons-le, Lui qui ouvre en nous des chemins de vie.

Homélie

Jésus quitta la région de Tyr, passe par Sidon et va vers le lac de Galilée pour aller en Décapole. C'est un détour et cela l’oblige à passer par la montagne. Mais l’essentiel pour Jésus est de passer par des régions païennes. Jésus change de rive pour décloisonner son milieu.

Ce détour s'explique aussi par le désir qu’a Jésus d'éviter les pharisiens avec lesquels il a eu maille à partir. Dans ces régions à l'écart, dans l’anonymat, Jésus pourra ainsi se consacrer à la prière et à l’enseignement de ses disciples. Mais cet anonymat ne dure pas longtemps : on le cherche de partout. Et voici qu'on lui amène un sourd-muet. Séance tenante, il prend le malade, loin de la foule, à l'écart il lui met les doigts dans les oreilles et, prenant de la salive, lui touche la langue. Utiliser la salive est courant, et les mamans le font pour apaiser l'enfant qui s'est heurté le genou, le bras.

Alors Jésus lève les yeux au ciel pour implorer la force d'en-haut et là, il soupire, il respire à fond, comme s'il prenait un élan, pour mieux lutter contre le mal qui enferment, tous ces endurcissements qui excluent, ces cléricalismes qui s’approprient les pouvoirs et laissent à la porte du festin tous les autres invités. Les premiers prendront la dernière place tandis que ces derniers auront la 1ère place.

Ce sourd symbolise bien sûr le peuple de la 1ère alliance, sourd aux appels du Christ alors que ce sont des païens qui accèdent à la foi par l'entendement du cœur. Telle est la véritable écoute, l’écoute du cœur, par le cœur. Et seul celui qui sait écouter peut dire une parole profonde. Dieu est la vérité : il nous rend capable de nous faire entendre toutes les vérités, même les plus exigeantes. Marc, qui écrit pour des païens convertis, sait que le baptême délie la langue afin de "proclamer les merveilles" de Dieu.

Nous sommes, nous, ce sourd auquel Jésus dit : Ouvre-toi, ne reste pas bloqué par tes refus, tes peurs, tes tristesses, tes principes. Ouvre-toi aux tiens, au monde. Parle. Proclame. Pas forcément avec des mots. Que ta vie toute entière soit annonce.

Allons plus loin. Ce signe de Jésus est signe de la puissance d’amour de Dieu. Guérir un sourd-muet est impossible à l’homme. En le réalisant, nous découvrons en Jésus le Messie, celui qu'Isaïe prédisait comme "ouvrant les oreilles des sourds", celui qui ouvre l'homme à Dieu. Par tous ces signes, comme en chacun des sacrements, Jésus ouvre un monde neuf, une nouvelle création, et les témoins de ce signe ne s’y sont pas trompés puisqu’ils proclament : « Tout ce qu'il fait est admirable ! ». Rappelons-nous le récit de la première création : "Et Dieu vit que cela était bon".

Oui, Jésus est le Messie, mais il recommande à ses disciples de n'en rien dire à personne. Car les esprits ne sont pas prêts. Autant se taire en attendant qu’ils ouvrent leurs oreilles, leurs yeux et leurs cœurs, à la lumière de la croix, pour proclamer sa résurrection à toute la création. C’est la journée de la création voulue par notre pape François.

Ecoutons, regardons les signes de la nouvelle création en germe avec toutes ces initiatives plus respectueuses de l’unité entre l’économie, la vie de l’homme et le respect de la création. Ne soyons plus "sourds-muets" aux appels des plus déshérités qui appellent à un plus juste partage. Entendons le cri de Dieu qui souffre avec nous et veut dire "effata" à tant de réalités blessées. Au nom du Christ, que de nombreux relais de fraternité puissent se mettre en place pour être capables de s’exclamer avec les plus déshérités : "tout ce qu'il fait est admirable !"

Le Christ aujourd’hui te dit "effata". N'oublie pas d'ouvrir tes oreilles, ta bouche et plus encore ton cœur à ce que Dieu fait pour toi, à ce que Dieu est pour toi, à ce que Dieu dit en toi, à ce que Dieu veut pour toi !

22ème Dimanche du temps ordinaire– Année B, 02 septembre 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Dt 4, 1-2. 6-8 / Jc 1,17-18.21b-22.27 / Mc 7,1-8.14-15.21-23

 

"Vous faites une belle brochette d'hypocrites", vient de dire Jésus aux Pharisiens. "Ce culte-là, je n’en veux pas. Car vous m’honorez des lèvres mais votre cœur est loin de moi. Vos doctrines ne viennent pas de Dieu ; elles ne sont que préceptes humains."

Quelle violence de la part de Jésus. Quelle exigence aussi ! Mais on n'est-on pas exigeant avec ceux qu'on aime... Il doit y avoir quelque chose d'essentiel là mais quelque chose qui est comme perverti. Car enfermer la vie dans des principes, dans des lois, pour asseoir ses petits pouvoirs sur les autres et croire ainsi gérer ce qui en soi n’est pas assumé : voilà ce que Jésus leur reproche comme une perversion de cette loi.

Pour Dieu, un commandement n’est pas un ordre ou un principe, mais une parole de vie, au service de la vie. Les commandements sont l’expression d’une alliance, celle entre Dieu et les hommes. Quand je fais alliance avec quelqu’un, c’est pour servir la relation avec cette personne : ce n’est pas d’abord un ensemble de lois. Même s’il faut que, pour servir cette alliance, cette relation, des lois pour en préciser le cadre. Des lois qui permettent à chacun de trouver sa juste place. Des lois que je finirai tellement d’intégrer qu’elles ne me paraitront plus une contrainte, comme par exemple rouler à droite sur les routes.

En nous cohabite le meilleur et le pire, le pur et l’impur. L’impur n’est pas dans les choses extérieures à l’homme -et c’est une vraie révolution quand Jésus dit cela à un juif de l’époque-. L’homme livré à lui-même n’est pas capable de rien. Comme les habitants d’une navette spatiale, un jour ou l’autre, auront besoin de recevoir d’ailleurs ce qu’ils ne pourront pas se donner eux-mêmes pour vivre, l’homme doit s’ouvrir à plus grand que lui pour pouvoir risquer le meilleur de lui-même. Il ne s’agit pas d’être parfaits, mais d’unifier l’intérieur et l’extérieur. Et pour cela, d’accueillir avec douceur cette Parole de vie que Dieu sème en nous afin qu’elle grandisse.

Dieu inscrit au fond de notre cœur cette Parole de vie. Pour que nous passions d’une extériorité qui produit vie superficielle, qui ne permet pas de vivre en vérité ou qui entraîne toute forme de radicalisme, passage donc à une intériorité qui permet d’aimer avec bonté et miséricorde. Seule une telle intériorité permet notre engagement à servir les autres. Nous attacher, non aux principes mais à la douceur de la Parole semée en moi. Non à la loi, mais à l’esprit de la loi, non aux rites mais à l’amour que ces rites appellent à vivre.

Le Christ est lui-même la Parole de Vie : il accomplit parfaitement ces commandements de vie. Il en est la réalisation parfaite. Il nous engendre alors par sa Parole, puisqu’il est lui-même la Parole de Dieu pour qu’à notre tour nous risquions notre liberté et notre parole.

La Parole de Dieu semée en nous, cette intériorité, cet engagement envers les autres, accueillons-les avec grande humilité, mais aussi avec la Foi, la confiance qui seule produit le bien, le bon et le vrai, qui seule peut sauver ce qui en nous n’est pas de Dieu.

Laissons pour finir la parole à saint François dans son admonition 16 : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. Ont vraiment le cœur pur ceux qui ne cessent jamais d’adorer et de voir rien d’autre que le Seigneur Dieu Vivant et vrai.

18ème Dimanche du temps ordinaire–Année B, 5 août 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ex 16, 2-4.12-15 / Ep 4,17.20-24 / Jn 6,24-35

 

En plein désert, Dieu nourrit son peuple pour sa marche de la vie quotidienne. Il donne Mannou, qui a donné manne en français et qui veut dire « qu'est-ce que c'est ? ». Qu’est-ce qui me nourrit dans la vie et qui a la consistance de la vie éternelle ? Le pape récemment parlé que toutes nos idoles modernes comme l’orgueil, l’opposé de l’humilité, les addictions au travail, à l’alcool ou à la drogue, la carrière aux dépends de la famille et des enfants, le culte de la beauté.

Toutes ces idoles divinisent ce qui n’est pas Dieu : elles promettent la vie et elles engendrent la mort. Elles nous font miroiter la beauté mais avec elles tout devient laid. Les Médias nous font croire que c’est une nourriture solide mais en les consommant, un grand vide se creuse dans nos vies de plus en plus et à les chercher on y perd sa vie. On nous fait croire quand les thésaurisant on ne manquera de rien ; mais plus on n’en consomme moins nous sommes rassasiés. Par exemple la course à toujours plus de progrès, avoir par exemple le plus bel ordinateur, le dernier téléphone, le dernier cri. Alors que la vraie manne venue du ciel est une nourriture pour chaque jour qu’on ne peut ni conserver ni s’approprier mais qui nourrit vraiment, qui est une vraie nourriture.  Nos idoles modernes nous promettent bonheur mais en fait, elles ne nous offrent qu’une solitude effroyable. Elles nous contraignent à nous immoler à elles.

Un exemple en prison…

Mais la manne, le pain venu du ciel : qu’est-ce que c’est ? Ce ne sont pas ces idoles, comme dit saint Paul dans sa lettre aux chrétiens d’Ephèse, qui nous entraînent à être à la remorque de notre pensée. Cette manne, celle que nous désirons le plus profondément, c’est le pain que Dieu nous donne à manger, le pain qui descend du ciel.

Ce pain-là, nul ne peut donner soi-même. C’est un pain qu’on accueille, qu’on reçoit dans le don gratuit de Dieu. C’est un pain produit avec d’autres et qui veut servir les autres et non pas d’abord soi. Pensez à cette image du paradis chez les chinois avec baguettes pour se servir de pour servir ses frères de riz.

Ce pain-là, on ne peut le garder pour soi sous peine qu’il pourrisse : il est pour autrui. En le mangeant il nourrit vraiment notre corps, notre âme, notre intelligence, notre désir, notre vie !

Ce pain-là, on l’accueille dans la foi et il nourrit notre foi. Jésus ne dit-il pas : « l’œuvre de Dieu c’est de croire que celui que le père envoyé » ? c’est-à-dire de croire au Christ. Notre travail, c’est de croire en soi, dans les autres et en Christ. Car ce pain venu du ciel, c’est Jésus venu sur notre terre. Jésus dit de lui-même : « je suis le pain de la vie ». Le verbe fait chair, la Parole du Père donnée en nourriture, sa vie donnée en partage pour les bons comme pour les méchants, sa guérison offerte aux plus vénérables, son pardon donné gratuitement à tous les pêcheurs et même les plus grands des pêcheurs.

Le pain des idoles n’engendrait qu’une la solitude effrayante : le pain de Dieu construit la fraternité en nous donnant des frères, une communauté.

Le pain des idoles est pour soi et contre les autres alors que le pain de Dieu se multiplie par la charité des frères.

Le pain des idoles promettait la liberté mais il ne procure que la servitude : le pain de Dieu, lui propose, la vraie liberté des enfants de Dieu.

L’homme qui prend de ce pain là et s’abreuve à la source du Christ devient l’homme nouveau dont parle saint Paul.

Travaillons donc pour la nourriture qui demeure dans la vie éternelle.

13ème Dimanche du temps ordinaire– Année B, 1er juillet 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24 / 2 Co 8, 7.9.13-15 / Mc 5, 21-43

 

 « Ne crains pas, crois seulement » !

Dieu est l’auteur de la vie et il a créé l’homme à son image pour qu’il devienne à sa ressemblance. Il porte en lui, nous dit le livre de la Sagesse, l’image éternelle de Dieu. Chaque personne que nous rencontrons, et nous-même, nous portons l’empreinte éternelle de Dieu, et donc son incorruptibilité. Nous sommes créés à images de Dieu. Ce qui veut dire que ni la mort, ni la souffrance que Dieu combat avec nous, ni nos doutes voire nos péchés, rien ne peut détruite l’image éternelle de Dieu que nous portons en nous. Cf les miettes dans la patène : chacune d’elle contient tout l’amour de Dieu.

Le livre de la Sagesse ne parle pas de la mort corporelle, mais de ce qui atteint la vie spirituelle, c’est-à-dire nos œuvres mortifères. Il nous dit cette bonne nouvelle que l’homme n’est pas l’auteur à lui seul de la mort mais une entité, jamais personnifiée dans la Bible, appelée diable, diviseur ou père du mensonge. L’homme collabore avec ce mal quand il se laisse séduire par lui et quand il en fait l’expérience. Quoiqu’il en soit, la vie éternelle de Dieu qui vit en nous est plus forte que nos œuvres de mort et même que la mort elle-même. Dieu ne veut pas la mort de sa créature : il la veut vivante.

Le psaume 29 ne dit-il pas que lorsqu’on est au fond du trou, Dieu nous relève ? Par sa puissance d’amour manifesté par un proche, par Sa Parole, par ses sacrements, par le don que nous faisons lorsque nous nous exerçons à la charité, Dieu nous relève.

Saint Paul, lui, nous dit qu’on devient riche par la pauvreté du Christ. Cela ne veut-il pas dire qu’on ne peut pas donner si on ne sait pas accueillir et se faire pauvre devant l’autre. Et l’on ne peut pas accueillir si l’on ne sait pas donner. C’est un vrai partage qui est demandé, pas du superflu. Quand on est tenté par le diable, on ne sait plus partager et l’on va dans le sens de la mort. Mais quand on croit au Christ, qu’on se fait humble, on expérimente que c’est en donnant qu’on reçoit. Ce sont souvent ceux qui sont les plus démunis qui savent partagent et c’est grâce à ceux-là qui partagent que le monde n’explose pas.

Le Christ désire que la fille de ce chef de Synagogue soit une vivante. Comme cette femme qui souffre tant. Comme pour chacun de nous. Nous disons dans le langage courant : « c’est la foi qui sauve ». Mais c’est tellement vrai. Oui, c’est la foi qui sauve cette femme malade de ses pertes de sang, malade surtout d’être considérée comme impure aux yeux des juifs. Elle croit que Jésus peut sauver sa vie en touchant son vêtement. Elle se jette aux pieds de Jésus pour accueillir la guérison à laquelle elle croit de tout son cœur en osant braver la foule et toucher, ne serait-ce que la frange du manteau de Jésus. En même temps, elle craint de n’être pas guérie. Imaginez : après 12 ans de maladie, avec son exclusion de la communauté ou les manipulations de la foule, comment croire encore qu’on peut en être délivré ? Regardez tous ceux qui n’osent même pas demander d’être sauvés, ceux qui sont dans l’ombre de la mort. Crois seulement, dit Jésus. Comment est-ce possible ? Comment croire que la vie de Dieu aura le dernier mot sur la maladie et les forces mortifères ? Comme regarder d’un regard qui relève et réchauffe celui que les forces de mal ont réduit ? Comment regarder celui qui n’en peut plus à cause de son handicap ou de son cancer ? Comment lui faire sentir par une parole et surtout par notre attitude à l’exemple du Christ : oui, nous croyons en toi, nous croyons en toutes les forces de vie de Dieu qui coulent dans tes veines spirituelles, nous croyons que tu es image de Dieu, nous croyons que tu portes en toi son éternité de vie.

Cette femme jetée à ses pieds, cette jeune fille couchée par la mort, c’est leur foi en Christ qui font qu’elles se relèvent. Cette parole de tendresse qui relève, cette main de Jésus qui saisit la mort à bras le corps pour en faire une vivante, quelle espérance ! Proclamons-là cette espérance aujourd’hui, à temps et à contre temps : que la vie de Dieu l’emporte sur toutes nos expériences mortifères. Laissons-nous toucher par les autres, saisissons à bras le corps les corps morts de nos contemporains. Disons que nous croyons en toi, toi que nous rencontrons sur notre chemin et que nous invitons à croire en toi-même.

« Ne crains pas, crois seulement » !

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, Année B, 3 juin 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ex, 24.3-8 / HE 9.11-15 / Mc 14, 12-26

Introduction

C’est aujourd’hui la fête du saint Sacrement, la "Fête-Dieu", la fête du Corps et du Sang du Christ, la célébration du Christ qui se rend présent dans l'Eucharistie... A l'époque des évangiles, le corps voulait dire la personne, et le sang symbolisait la vie. Quand nous recevons le Christ en personne, nous recevons sa vie et son don de lui-même, depuis la crèche jusqu’à la croix.

Nous voici rassemblés pour célébrer ce don du Christ en communion avec toute l’Eglise.

Tous, nous sommes appelés former le corps du Christ. Dans l'humilité et la simplicité, tournons-nous avec assurance vers le Seigneur afin qu'il pardonne ce qui, en nous et dans le monde, fait obstacle à la construction et à l'unité de son Eglise, et tout ce qui détruit la joie.

Notre Père

C’est encore François qui disait à ses contemporains : « Que vous reçoive tout entier Celui qui se donne à vous tout entier ». Jésus s'est offert lui-même pour nous révéler Celui que nous appelons : « Notre Père, … ».

Invitation pour la communion

C'est à ce don entier du Christ que nous sommes appelés à communier : "Offrons-nous

 

nous-mêmes tout entier à celui qui se donne à nous tout entier : ce sera là notre véritable culte". Le voici, le pain de l'homme en route, l’Agneau qui enlève le péché du monde…

Homélie

Nous croyons que nous sommes le corps du Christ.

Notre personne est unique mais elle est faite d’un corps physique, d’un corps psychique, d’un corps affectif, d’un corps doué d’une raison, d’un corps familial et social et aussi d’un corps spirituel. Tous ces corps sont appelés à s’harmoniser, s’ajuster et s’unifier sans que l’un n’étouffe l’autre et en permettant à chacun de bénéficier des autres pour s’épanouir.

L’homme, dans ses différents corps, fait l’expérience, parfois cruelle, de passer par bien des déserts, de sentir la faim, le dénuement. Il fait en même temps l’expérience d’être habité par de grands désirs, soit qui l’unifient, soit qui le tiraillent. Il fait l’expérience d’avoir besoin de diverses nourritures pour être comblé. De pain et d’eau, bien sûr, mais aussi de paroles vraies. Un bébé, par exemple, a besoin de lait mais il ne peut pas vivre sans un regard vrai, des paroles aimantes et des caresses. L’homme a besoin d’une parole et d’un pain qui le tire vers plus haut que lui et qu’il ne peut se donner lui-même. Une parole et un pain à recevoir de Dieu. Dans nos déserts, nos pauvretés. Et de la pierre que nous sommes parfois pourra jaillir des sources d’eaux vives. A tous et aux personnes handicapées, maltraitées, blessées dans leur corps ou leur psychisme, à celles dont l’amour a été trahi et qui les déchire, Dieu donne toute sa vie, toute son existence. Le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Christ deviennent une vraie nourriture. Tu as senti la faim, la pauvreté et la nudité, la pierre dure des souffrances : Dieu te donne une vraie nourriture.

Le corps du Christ que nous sommes est aussi le fruit de nos actes gratuits (c’est cela l’action de grâce), comme le pain et le vin que nous allons offrir dans un instant. Nos vies faites de tant de corps sont appelées à être vécues et assumées dans la vérité de ce que nous sommes. Ils peuvent être alors présentés à Dieu pour devenir corps et sang du Christ, un corps ressuscité, un seul pain pour nourrir la multitude de ceux qui peinent sur le chemin, mais aussi de ceux qui ne peinent pas mais qui ont faim d’autre chose que ce que les richesses matérielles croient leur procurer.

Ce pain sera rompu car la vie du Christ a été rompue à cause de la folie des hommes. Il va disparaître de nos regards quand nous le recevrons. Mais il se retrouvera visible dans la charité que nous saurons manifester les uns avec les autres dès la sortie de cette Eucharistie. Et notre charité sera à son tour pain de vie et nourriture d’espérance pour d’autres.

C’est pourquoi nous avons choisi de partager après la Parole de Dieu et la communion, ce que nous venons chercher à La Clarté-Dieu, ce que nous voulons aussi donner de nous-mêmes.

"Recevez ce que vous êtes, et devenez ce que vous recevez !", le corps Christ.

7ème Dimanche de Pâques– Année B, 13 mai 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ac 1, 15-17.20a.20c-26 / 1 Jn 4, 11-16 / Jn 17, 11b-19

 

A la veille de la fête de saint Mathias, nous voyons la communauté chrétienne de l’époque choisir Mathias pour prendre la place vide laissée par Judas qui a trahi son Seigneur. « Qu’un autre prenne sa charge ». Nous sommes nous aussi des Mathias appelés à prendre notre part du ministère de l’Eglise car chacun de nous est appelé à être témoin de la résurrection du Seigneur. Attester, comme le dit saint Jean dans la 2ème lecture, que le Père a envoyé son Fils Jésus comme Sauveur.

Mais, me direz-vous, comment vivre notre vocation dans l’Eglise à la suite du collège des Apôtres : Pierre, Jean, les autres apôtres avec Mathias, et Paul, l’avorton, le saint de Dieu ?

Il nous invite avant tout à demeurer dans son amour comme lui-même demeure dans son Père pour une éternité d’amour. Notre liberté, vrai don de Dieu donnée par le Christ le jour de l’Ascension, ce n’est pas d’être laissés seuls et sans repères. Nous sommes libres parce nous sommes habités de sa présence. Telle est bien la vocation du chrétien : « vivre avec nos frères en la présence de Dieu ». Aimer nos plus proches en demeurant en Dieu. Dans la 1ère lettre de saint Jean, le mot demeurer vient 6 fois. La vie chrétienne, avant d’être centrifuge, est centripète : demeurer en Dieu, vivre en sa présence, dans son amour, dans la prière, la contemplation, par ses sacrements. C’est pour cela que nous venons chaque dimanche ou chaque jour pour nous centrer en Lui, pour puiser dans l’Amour qu’est Dieu l’amour dont nous avons besoin pour vivre heureux et rendre les autres heureux. Demeurer dans l’amour qu’est Dieu et laisser Dieu demeurer en nous. Quand on demeure chez quelqu’un, on entre dans son intimité, dans sa vie, dans sa confiance, et notre relation avec cette personne tellement plus proche et vraie. Le Christ est venu jusque chacun de nous pour nous faire un cadeau immense : nous donner la Parole de son Père et la joie de la relation entre le Père et le Fils : « qu’ils aient en eux MA joie et qu’ils y soient comblés ». Voilà ce que le Christ nous propose pour être ses témoins et prendre notre charge au ministère du Christ : une vie centripète.

Et puis, la vie chrétienne est aussi centrifuge. Il suffit de passer un moment devant le hublot de sa machine à laver le linge pour comprendre la force de celui qui se centre sur la source de la vie et reçoit d’elle l’énergie pour aller au plus loin risquer sa liberté, elle vers les autres en se vidant de tout ce qui n’est pas christique. Ce que nous communiquerons, c’est ce que nous vivons au cœur de cette demeure qu’est Dieu. Ce ne sont pas d’abord des paroles et des connaissances que nous communiquerons mais notre vie intime avec le Christ. Si je vis de la source qu’est Dieu, je serai source pour d’autres. Si je demeure en Lui, d’autres voudront y demeurer avec moi. Si je proclame par ma qualité de vie que Jésus est le Fils de Dieu, d’autres seront entraînés à vivre de cette proclamation. Si j’accepte les appels de l’Eglise comme Mathias a su le faire en risquant ma liberté, je donnerai à d’autres de risquer également le meilleur d’eux-mêmes au service de l’Evangile et des autres. Si le bonheur de Dieu est de nous communiquer la joie qu’il vit dans sa relation entre le Père et le Fils, dans leur intimité, notre joie sera de donner de la joie à Dieu en demeurant avec lui dans cette vie centripète et en nous donnant aux autres dans cette vie centrifuge.

 

« De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. »

Dans ce monde là, ce monde si souvent sans Dieu et qui parfois lutte contre la vérité qu’est Dieu. C’est dans ce monde-là que nous sommes invités à aimer et à le remplir de la lumière de Dieu, de sa bonté et de sa vérité, sans utiliser les mêmes armes que ce monde. Mais avec la vraie douceur, la simplicité, la bonté, le respect, la non-violence et le pardon.

« J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu. »

Nous nous savons accompagnés dans l’exercice difficile et délicat de notre liberté par celui qui est la liberté même. « Je veille sur eux ». Et il veille bien sur chacun de nous pour qu’à notre tour nous veillions bien les uns sur les autres. Et que la joie du Père et du Fils dans l’Esprit saint soit en nous comme dans toutes nos relations : « Je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. »

Ascension du Seigneur – Année B, 10 mai 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ac 1, 1-11 / Ep 4, 1-13 / Mc 16, 15-20

Qu'avez-vous à regarder le ciel ?

  1. Nous fêtons, non pas un départ mais une autre présence de Jésus. Car, au moment de nous quitter visiblement, il nous dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ». Jésus, Emmanuel, Dieu avec nous, toujours présent, mais autrement que dans l’immédiateté d la rencontre. Autrement et même plus intensément car agissant par son Esprit qu’il nous communique.
  2. Quand une personne part à la retraite, ce n'est pas un adieu mais un départ qui permet à d’autres de donner à leur tour le meilleur d’eux-mêmes, mais autrement. De même pour le Christ : « Je m'en vais vous préparer une place, mais je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous soyez aussi ».
  3. Si le Christ disparaît de nos regards terrestres en ce jour, il nous confie une tâche : « Soyez mes témoins... », avec l’aide de mon Esprit que je vous envoie. Travaillez les deux pieds sur la terre et le regard tourné vers le ciel. Cueillez des fleurs, et soutenez le faible qui marche à vos côtés...

Cette fête de l’Ascension, c’est Pâques que nous continuons de fête. Le Christ a passé 40 jours auprès de ses disciples en leur montrant les signes de sa résurrection. Et nous fêtons le passage de la vie terrestre du Christ à sa vie glorieuse. Pour nous y entraîner à sa suite. Il est le Premier né d’une multitude, notre Premier de cordée. Et nous à sa suite. Le Ressuscité est désormais présent dans le seul regard de la foi.

Nous fêtons ce passage où il nous entraîne et aussi notre espérance : "Il reviendra" (Ac 1,11). Nous possédons déjà comme dans une graine qui a déjà germée ce que nous aurons un jour en plénitude : notre place avec lui auprès du Père.

. Jésus reste parmi nous dans la dynamique de son Esprit, dans l’humilité des sacrements et la lumière de la foi. Et Jésus s'élève et disparaît dans une nuée. Etre élevé, c’est s’engager dans la cause de l’Evangile. Au quotidien. Si les Apôtres ne restent pas à regarder le ciel les bras croisés, c’est bien pour retrousser leurs manches pour travailler à préparer le Royaume de Dieu jusqu'à ce que Jésus-Christ vienne parachever l’œuvre immense de sa création.

Nous savons désormais que tout pouvoir a été donné au Christ. Un pouvoir total. Sur tout, au ciel et sur la terre. Même sur toutes les forces mortifères et la mort elle-même. Qu’il nous envoie avec comme défenseur son Esprit pour nous assister.

Allez, faites des disciples, préparez-les à la foi ; apprenez-leur à vivre la foi, à vivre de la foi. Si je vous quitte des yeux du corps, je suis avec vous tous les jours, avec l'Eglise d'aujourd'hui, jusqu'à la fin du monde. Et là où je suis, vous y serez aussi.

Seigneur, tu es la porte du Royaume. Tu es la route vers le Père. Tu nous élèves vers ce qui est éternel pour en vivre au quotidien. Par ton Esprit, tu nous fais donner de l'importance à ce qui ne sera jamais détruit par la mort : l'amour, le don de soi, l'aide aux plus vulnérables, l'engagement pour la justice et le témoignage de notre foi...

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4ème Dimanche de Pâques– Année B, 22 avril 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ac 4, 8-12 / Jn 3, 1-2 / Jn 10, 11-18

 

Introduction

Ce quatrième dimanche de Pâques, d'une fête unique qui dure jusqu'à la Pentecôte, est illuminé par la figure du bon Pasteur. Un Pasteur qui ne pas craint d'aller au-devant du danger, de se laisser supprimer pour nous. Mais un Agneau redressé dans sa résurrection.

C'est le Christ pascal au nom duquel Pierre fera marcher le mendiant paralysé. C'est le Pasteur qui nous guide vers l'intimité avec le Père jusqu'à cette gloire du face à face quand nous le verrons tel qu'il est. Ce dimanche qui valorise le Berger valorise aussi les brebis. A quelle dignité ne sommes-nous pas appelés ! et c’est le dimanche des vocations.

Célébrons donc l'Eucharistie, non comme un troupeau amorphe qui ne se sent pas concerné, mais comme une assemblée où chacun est valorisé dans la mesure de sa participation.

Homélie

C'est à ceux qui ont tué Jésus que Pierre proclame le message de la résurrection : Vous l'avez rejeté. Dieu l'a ressuscité. Ce Jésus que vous avez rejeté comme une mauvaise pierre, est devenu la pierre d'angle. C’est la pierre la plus importante de notre édifice personnel ou communautaire, avec laquelle tout tient, sans laquelle rien ne tient. Pourquoi faut-il que nous rejetions ce qui seul peut nous sauver ? Pourquoi Dieu a planté sa tente parmi nous et n’a pas été accueilli ? Pour quoi avoir mis saint Pierre en prison pour avoir fait le bien ? « Nous sommes interrogés pour avoir faire du bien » ! St Jean le dit : « le monde n’a pas connu Dieu ». Et du coup, ce que nous sommes, c’est-à-dire fils de Dieu, n’est pas encore révélé en sa totalité. Plus que jamais, nous sommes invités à accueillir Dieu et nous accueillir nous-mêmes en vérité. Nous le verrons tel qu’il est et nous nous verrons tels que nous sommes. Oui, ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ; nous le voyons comme à travers un épais brouillard. Mais le Fils de Dieu, par sa résurrection, vient déchirer le voile devant nos visages et nous révéler notre vraie identité, notre vraie vocation. Pour devenir celui que nous contemplons et, pour les autres, miroir du Christ.

Si nous pouvons le rejeter, lui ne nous rejettera jamais. La preuve, nous dit saint Jean, c’est qu’il est le bon berger qui ne fuit pas quand pour les brebis arrive le loup, quand le danger nous guette ou que nous fuyons la vérité de qui nous sommes pour de fausses vérités, de faux appuis, ou de faux bergers. Au contraire, il va à la recherche de chacun de nous, là où le danger nous attire. Il est capable de laisser 99 brebis pour nous qui sommes si éloigné de nous-même ou des autres. Il nous cherche jusqu’à ce qu’il nous ait trouvé. Il reste près de nous au plus fort de notre épreuve. Puis il nous prend alors sur ses épaules et nous restaure notre vrai visage. Il va même jusqu’à donner sa vie pour chacun de nous. Et aller au-delà des frontières, pour celles qui ne sont pas de ton enclos, que nous ne connaissons pas. Pour que personne ne soit laissé de côté. Et elles ont tout autant du prix à ses yeux. Ce berger est même capable de transformer tout ce que nous rejetons de vrai et de bon en puissance de vie et de force : la pierre rejetée, le Christ, est devenue pierre d’angle. Sur qui nous pouvons compter.

Oui, tu as du prix à mes yeux, tu comptes pour moi. Se mettre sous le regard de quelqu’un qui nous aime ainsi peut nous remettre en route, et cela nous rend capables de faire du bien. Tout ce qu’aimer peut engendrer ! Si nous savions nous regarder ainsi…

Ce « je t’aime » en actes de notre bon berger, peut effacer nos larmes, redonner espoir et goût à la vie, raviver un dynamisme perdu, re-susciter un amour étiolé. Aimer celui qui aime de la sorte, c’est vivre avec lui et pour les autres. Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même, disant sainte Thérèse de Lisieux.

Le Christ a donné sa vie pour chacune et chacun de nous. Si nous nous laissons pétrir par cette intimité avec lui qui est ressuscité, le Christ nous fait renaître. Jusqu’où serons-nous capables de donner de nous-mêmes pour sa mission ?

4ème Dimanche de Carême– Année B, 18 mars 2018, Fr Hugues Roquette, Clarté Dieu

 

2Ch 36, 14-16.19-23 / Ep 2, 4-10 / Jn 3, 14-21

 

Nous venons de chanter : "L'heure est venue d'affermir votre coeur. L'heure est venue de courir vers la vie » ! C'est comme un écho à cet évangile de saint Jean que nous venons d'entendre. L’heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. "Souvent l'évangile de St Jean parle de l'heure. Déjà à Cana, quand Marie dit à Jésus : "Ils n'ont plus de vin", Jésus lui répond : "Que me veux-tu, femme ? Mon heure n'est pas encore venue. D'autres fois l'heure n'est pas encore venue, et aujourd'hui : "l'heure est venue. ''C'est maintenant l’heure où le Fils de l'homme doit être glorifié. C'est l'heure de sa croix, l'heure de sa mort et de sa Résurrection, l’heure du jugement et du salut du monde, l'heure de la plus grande révélation de Dieu.

         Jésus prend une comparaison dans la nature : "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. "Ceux qui travaillent dans leur jardin le savent bien, une graine doit mourir pour porter du fruit. Les évangiles synoptiques (de Mt, Mc et Lc) parlent de Jésus en agonie au jardin des oliviers avant son arrestation et sa passion. "Il priait (Mc) pour que s'il était possible cette heure passât loin de lui. Il disait à Dieu son Père : "Père tout t'est possible : éloigne de moi cette coupe ; pourtant, pas ce que je veux mais ce que tu veux !" Dans l'évangile de saint Jean, nous avons le débat intérieur de Jésus : "Mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? Père, sauve-moi de cette heure ? - Mais non ! C'est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom !" Jésus a connu l'angoisse de la mort. Il a obéi par amour. Il est resté fidèle au Père, attaché à sa volonté. La voix du Père s’est fait entendre : « Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore. » La croix est l'heure de la gloire, l'heure où Jésus sera glorifié, l'heure de la manifestation de Dieu, l'heure où le prince de ce monde va être jeté dehors, et Jésus va être élevé. Il va être élevé sur la croix, il va être élevé par sa Résurrection et son Ascension, sa montée vers le Père. Sa mort sur la croix est l'œuvre des hommes, sa Résurrection et son Ascension sont l'œuvre de Dieu le Père.

         Nous sommes à quelques jours de la semaine sainte. Pour nous, l'heure est venue de courir vers la vie. L’évangile de ce jour donne le sens de la mort de Jésus. Il a donné sa vie pour sauver l'humanité. Et l'évangile donne le sens de notre vie et de notre mort : "Qui aime sa vie la perd ; qui s'en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle." Prenons ce chemin du service, de l'aide, de l'ouverture aux autres... ce chemin nous mène à la vie, nous en faisons l'expérience. Et Jésus élevé de terre attire à lui tous les hommes. Contemplons la croix. J'ai souvent visité un détenu de Colombie à qui j'ai donné une croix. Il l'avait mise sur un mur de sa cellule, et nous faisions chaque fois une prière en la regardant. Elle était pour lui le signe que Jésus l'aimait et lui pardonnait. Jésus attire à lui tous les hommes.

La semaine prochaine, nous entrerons dans la semaine sainte. Continuons le Carême encore quelques jours. La lumière est au bout du chemin !

3ème Dimanche de Carême– Année B, 04 mars 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Ex 20, 1-17 / 1Co 1, 22-25 / Jc 2, 13-25

 

         « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage ». En ce troisième dimanche de Carême qui marque notre progression vers Pâques, il est bon de nous entendre dire à nouveau que si Dieu est notre Sauveur c’est bien parce qu’Il nous fait sortir de tous nos exils. Exils qui nous conduisent souvent loin de nous-mêmes, loin de notre véritable identité au point, parfois, de ne plus nous reconnaître et de devenir étrangers à nous-mêmes et envers nos semblables. A cause de ce qu’Il est c’est-à-dire Bonté de qui vient tout bien, Dieu a le pouvoir de nous faire sortir de tous les esclavages dus à nos manques d’amour. Esclavages qui viennent blesser la liberté pour laquelle nous avons été créés. Un seul moyen de retrouver la voie de notre liberté, c’est de reprendre résolument le chemin de Dieu qui veut nous abreuver à la source de Vie. Regardons dans notre vie toutes les sorties de nos liens mortifères que nous avons pu effectuer grâce à telle ou telle personne. Là, je puis reconnaître que Dieu est présent dans ma vie, qu’Il est mon sauveur parce qu’Il m’a vraiment sauvé de ces liens en m’entraînant à sa suite sur de vrais chemins de liberté.

Les préceptes du Seigneur, ses 10 paroles de vie, c’est-à-dire son Décalogue, c’est la pédagogie de Dieu pour que nous retrouvions le goût de Dieu. Comme dans une course en haute montagne, ce Décalogue déroule sous nos yeux les passages obligés de notre marche parfois périlleuse afin de nous protéger du danger. Dieu ne veut pas que nous tombions et c’est le sens de cette expression : « Je suis un Dieu jaloux ». Je désire -pourrait-il nous dire-que, dans ces passages étroits, tu progresses de façon sûre dans la Loi d’amour de Dieu. Je te donne ces basiles, non pour te charger davantage mais pour te protéger de toi-même et t’ouvrir à cette vie que je désire partager avec toi et que je vis avec mon Père.

Remémorons-nous le Psaume 19. La suite « amoureuse » du Seigneur, c’est la seule qui nous restitue notre vraie liberté, c’est la seule qui donne le vrai bonheur :

La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples. Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard…

Dans l’Evangile, Jésus est là, parmi les siens et ceux-ci cherchent à l’arrêter comme un malfaiteur. Ils exigent des signes mais quand ils sont devant leurs yeux, ils ne savent même pas les lire. « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai », et saint Jean d’ajouter : « le Temple dont il parlait, c'était son corps ». Ce Temple, mon corps, votre corps, vous l’avez pollué avec vos trafics et vos idoles : eh bien je le relèverai. Même terme employé pour la « résurrection. » Le seul signe donc que Jésus veut donner à ceux qui recherchent des signes merveilleux dans les effets médiatiques, le bling-bling, et à ceux qui recherchent une pseudo sagesse coupée de Dieu dans l’ésotérisme, le paganisme éthéré et les richesses inutiles, le seul signe, c’est un Messie crucifié, puissance de Dieu, Sagesse de Dieu. Pauvre, sans apparats, serviteur sans gloire mais ressuscité car Dieu l’a fait sortir des liens mortifères dans lesquels nous l’avons mis pour nous acheminer vers notre véritable liberté.

Ainsi, le chemin qui nous mène du Décalogue à la Pâque de Jésus est le chemin spirituel qui, en nous faisant intérioriser les lois du Seigneur, nous révèle l’Amour que Jésus va accomplir dans sa propre chair.

En montagne, les passages difficiles sont balisés et équipés par un premier de cordée. Jésus est notre premier de cordée puisqu’en Lui se trouve accomplie la plénitude de l’amour de Dieu et que c’est en Lui et en lui seul que nous pouvons « passer » les passages difficiles qui conduisent à la liberté qu’est Dieu.

L’Evangile de Jean me dit que la sortie d’Egypte, puis la Loi, puis le Corps de Jésus livré, crucifié et ressuscité, en enfin l’amour du Seigneur, c’est la passion de ma vie qui me fait monter vers la joie et la lumière de Pâques.

Avec saint Paul, je sais que la folie de Dieu est plus sage que l'homme et sa faiblesse plus forte que l'homme ». Arrivés à cette troisième étape de notre route de Carême, accueillons Dieu dans un cœur pauvre, humble et reconnaissant : hâtons-nous sur la route de Dieu qui ne cesse de nous rechercher où que nous soyons pour nous libérer de nos entraves. Sur nos chemins escarpés vers la liberté, devenons fous de l’amour de Dieu derrière le premier de cordée. Par la louange et la charité envers les hommes nos frères, donnons notre amour par amour de Dieu pour tous, notamment les plus faibles et les plus fragiles, en qui le visage du Christ nous est révélé.

Là est le Carême que Dieu aime ! 

5ème Dimanche du temps ordinaire– Année B, 04 février 2018, Fr Benoît DUBIGEON, Chapelain à la Clarté Dieu

 

Jb 7, 1-4.6-7 / 1Co 9, 16-19.22-23 / Mc 1, 29-39

 

Introduction :

Nous savons, surtout en cette période, que la vie est difficile pour tous. Mais si nous sommes accablés, Christ vient pour nous faire le don de son espérance. Dieu plus grand que notre cœur, plus grand que nos frontières, plus grand que nos péchés. Ce don, ce pardon, nous serons appelés, après avoir rencontré le Christ en cette l'eucharistie, à le communiquer à ceux que nous rencontrerons. Accueillons-le maintenant !

 

Homélie :

La présence de tant de personnes souffrantes en est pour nous un rappel : ceux qui, comme Job, n’en peuvent plus, pour qui la vie est une immense corvée, où le soir n’en finit pas, tous ces migrants, notamment à Calais. Pour eux, saint Paul et surtout Jésus cherchent à ranimer notre zèle missionnaire. « Faites-vous tout à tous, annoncez l'Évangile ! » Même si, en France, les chrétiens sont devenus minoritaires, le nombre importe peu : ce qui compte, c’est que nous soyons des passionnés de Dieu, des zélés de sa Parole, de ses gestes de relèvement, des porteurs de l’Evangile. Saint Paul nous dit d’être tout à tous, déracinés avec les étrangers, engagés avec ceux qui s’impliquent pour servir la dignité des hommes et des femmes, dynamiques avec les jeunes, respectueux de la différence culturelle ou religieuse, et leur faire découvrir qu’ils sont aimés de Dieu, d’un amour extraordinaire, un amour capable de soulever des montagnes et poser des gestes de relèvement.

Jésus s'intéresse pleinement à la vie quotidienne des hommes qu'il rencontre. Il se fait proche d’eux pour eux-mêmes. Il ne fait pas du racolage, mais il ne se lasse pas de révéler aux hommes combien ils sont aimés de son Père. Ils les accueillent tels qu'ils sont, là où ils en sont, avec leurs joies et leurs soucis quotidiens. Et pas seulement le dire, mais leur montrer : par des gestes concrets. Jésus ne se contente pas de vivre avec chacun de nous ; il dit ce qu'il vit dans sa relation à son Père, il nomme Celui qui le fait vivre, au risque même de ne pas être accepté, d’être rejeté et haï. Regardons-le avec la belle-mère de Pierre : "sans plus attendre", on parle à Jésus de la malade ! Il la prend par la main et la fit se lever. Quelle délicatesse, quelle force humble !

Sans plus attendre… la personne fragile devient donc la personne prioritaire. Oui, les plus fragiles, les plus faibles, notamment les personnes malades et handicapées qui ne sentent plus leurs forces, les pécheurs qui ne savent plus combien ils sont aimables, les prisonniers enfermés dans leur culpabilité. Tous ceux que Jésus rencontre, il ré-ouvre en eux un chemin de lumière et de liberté, là où certains les ont peut-être enfermés. Le Christ ouvre des chemins de liberté : quand on aime comme Dieu nous aime, on devient libre.

L'Église que nous sommes est l’Eglise faite de pécheurs qui se savent pardonnés ; c’est l'assemblée de ceux qui reconnaissent que Jésus les sauve. En sachant que Dieu sauve au-delà des frontières de notre Église. Jésus nous parle de son Père comme de Celui qui fait lever son soleil sur les méchants comme sur les bons : « sortons, dit Jésus, allons aux villages voisins pour que j’y prêche aussi ; c’est pour cela que je suis sorti ». Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père. Beaucoup seront surpris au jour de son Jugement d’amour quand ils se verront accueillis par un Christ qu'ils n'auront apparemment pas reconnu sur la terre mais qui les accueillera dans ses immenses bras d’amour. "Chaque que vous avez donné un verre d’eau à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi que vous l’avez fait !"

Dans son encyclique « Dieu est amour », Benoît XVI écrit : "L'amour du prochain consiste précisément dans le fait que j'aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n'apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu'à partir de la rencontre intime avec Dieu. J'apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon le regard de Jésus Christ " (§ 18). Jésus s'approche de la malade, il la prend par la main et il la fait se lever ! La fièvre la quitta et elle les servait ! A peine guérie, la belle mère de Pierre se met à servir, à se consacrer aux autres, à se donner aux autres. A la suite du Christ, elle choisit librement d'orienter sa vie au service des autres et au service de Dieu. C’est ce que tentent de faire vos pasteurs, vos frères prêtres, tous les bénévoles qui soutiennent notre centre de La Clarté-Dieu, vous-mêmes pour relever celui qui n’en peut plus.

Oui, saint Paul a raison : "Si j'annonce l'Évangile, je n'ai pas à en tirer orgueil". Un chrétien n’est pas meilleur qu’un autre mais il se sait habité par Celui qui nous fait passer du bien au meilleur. Si l'Évangile est un don, il est aussi une tâche à faire et un risque ! À qui on aura donné beaucoup, il sera beaucoup demandé ! Malheur à moi si je n'annonce pas l'Évangile !

Notre vocation à nous, chrétiens rassemblés ici pour ce temps de ressourcement et d’action de grâce, c'est d'annoncer l'Évangile, par la parole parfois, mais surtout par la qualité de notre vie et de nos gestes. Aux plus fragiles d’entre nous et de notre entourage. Au bureau, à la maison, dans le quartier.

Nous célébrons l’Eucharistie comme chaque dimanche, c'est-à-dire que nous rendons grâce à Dieu pour le don qu’il nous fait de sa Vie et pour l’énergie, le souffle, l’Esprit saint qu'il nous donne pour être d’authentiques témoins, des passionnés de Dieu, des hommes habités par le Christ et respectueux des hommes que Dieu aime sans aucune restriction. Vivons comme Jésus, d'autant plus tournés vers les hommes que nous sommes enracinés dans une vie de prière, de contemplation et de vraie fraternité ! Nous sommes là, ensemble, pour porter les souffrances de ceux qui n’en peuvent plus. Nous sommes là pour tous pour qu’ils se sentent soutenus par notre humble présence.

Louons Dieu dans la confiance, surtout dans l’épreuve comme Job. Et proclamons la Bonne Nouvelle en bénissant et en libérant des ténèbres par la lumière et la bonté de nos vies.

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